Lutteurs (Courbet)

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Lutteurs
Gustave Courbet - The Wrestlers - Google Art Project.jpg
Artiste
Date
Type
Technique
Dimensions (H × L)
2,52 × 1,98 cm
Localisation
Numéro d’inventaire
C0334 ; 502-B

Lutteurs est un tableau peint en 1853 par Gustave Courbet.

Description[modifier | modifier le code]

Cette huite sur toile montre, en un format portrait de très grande dimension, au centre, deux lutteurs, dont l'un est barbu, au prise durant un combat en plein jour et par beau temps, avec à l'arrière plan de l'image, à droite, les tribunes du public, et au fond du décor, surplombant d'autres publics, un vaste bouquet d'arbres, du sommet desquels transparaissent les frontons de batiments. Le sol est couvert d'herbe sauf au premier plan, à gauche.

Le lutteur au short rouge, grâce à une prise, est sur le point de faire basculer vers l'avant et au sol le lutteur au short vert foncé, qui lui, tête baissée, cependant, résiste de sa main droite.

Un examen à la loupe de la toile montre, au dessus de la main du personnage de gauche, dans le vert des arbres une inscription : « Pierre ...SON, lutteur de Paris ».

Analyse[modifier | modifier le code]

Le sport représenté ici est peut-être la lutte française, inspirée de la lutte gréco-romaine. Une note révèle que la scène se jouerait à l'ancien hippodrome situé aux Champs-Élysées à Paris[1].

L'interprétation de cette toile pose quantité de questions. S'agit-il ici d'une scène renvoyant à un simple spectacle de foire ou à une compétition ? Les corps des lutteurs, dans le degré de réalisme que Courbet emploie pour les figurer, font-ils référence à une forme de stéréotype ? Pourquoi avoir placé autant de vide entre les lutteurs et les publics ? Pourquoi cette impression de collage des deux corps sur un fond trop grand pour eux mais qu’ils remplissent ? Il y a davantage de questions ouvertes face à ce tableau que de déductions, plus d’incertitudes que de convictions[2].

Courbet se montre ici très attentif à l'anatomie, comme il le fait pour tous ses nus. Les corps masculins présentent un côté massif, embarqué, presque brut, et tranchent avec les canons esthétiques de l'époque.

Histoire du tableau[modifier | modifier le code]

Cette toile est exposée pour la première fois au Salon de 1853, juste au dessus des Baigneuses dont elle formerait le pendant. Dans un courrier adressé à ses parents, le 13 mai 1853, Courbet dit des Lutteurs « qu'il a couvert leurs nudités et [que la critique] n'en dit ni bien ni mal jusqu'ici », alors que Les Baigneuses divisent le public ; le positionnement de la toile lors de l'exposition explique sans doute ce silence relatif. Il révèle par ailleurs que le châssis est une ancienne de ses toiles, représentant La Nuit classique de Walpurgis (1841), inspirée de la légende de Faust et exposée au Salon de 1848, et qu'il a du recouvrir par soucis d'économie[3].

Pour sa dimension sculpturale, elle inspira entre autres Alexandre Falguière pour ses Lutteurs, une toile de 1875[4].

Entrée après 1867 dans la collection du baron Léon Hirsch à Chenonceaux[5], elle a été achetée en 1908 par Ferenc Hatvany (1881-1958), hongrois fortuné de Budapest, également acquéreur de L'Origine du monde en 1913[6].

En 2012, Lutteurs a été présenté au musée d'Orsay et donc pour la première fois en France depuis qu'il est conservé à Budapest au Magyar Szépművészeti Muzeum, où il est entré en mai 1952, et où il fut restauré en 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] Michèle Haddad, Gustave Courbet, le peintre d'Ornans, Société des études romantiques et dix-neuviémistes, ISH-Lyon/CNRS en ligne.
  2. À partir de l'œuvre de Gustave Courbet : Les lutteurs, 1853 par Christophe Cirendini, Comme une analyse (octobre 2015), corrigé du programme de Terminale Option de Spécialité, Lycée Simone Weil.
  3. Michelle Haddad, Courbet, Paris, Jean-Paul Gisserot, 2002, p. 32.
  4. « L'Essor de la lutte française » par Dominique Lobstein, Nouvel éclairage sur l'Histoire, en ligne.
  5. Selon Léonce Bénédite, L'Art de notre temps : Courbet, Paris, Gillequin, 1911.
  6. « Courbet miraculé », par Philippe Dagen, Le Monde, 26 septembre 2007.