Laura Codruța Kövesi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Laura Codruța Kövesi
Description de l'image Laura Codruta Kövesi.jpg.
Nom de naissance Laura Codruța Lascu
Naissance (45 ans)
Sfântu Gheorghe (Roumanie)
Nationalité Roumaine
Pays de résidence Roumanie
Profession
Activité principale
Procureure en chef de la DNA (2013-2018)
Formation
Droit

Laura Codruța Kövesi (née Laura Codruța Lascu le 15 mai 1973 à Sfântu Gheorghe, Roumanie) est une juriste roumaine, procureure en chef de la Direction nationale anticorruption (DNA) de Roumanie de 2013 à 2018. Auparavant, elle était procureure générale de Roumanie, rattachée à la Haute Cour de cassation et de justice (en)[1].

Lors de sa nomination en 2006, elle était, à 33 ans, la plus jeune procureure générale de l'histoire de la Roumanie, et également la première femme à occuper ce poste[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Laura Kövesi est la fille du procureur Ioan Lascu, qui occupe de 1980 à 2010 les fonctions de chef du parquet au tribunal de Mediaș. Elle est sélectionnée dans l'équipe nationale de basket-ball féminine junior avec laquelle elle est vice-championne d'Europe en 1989[3],[4].

De 1991 à 1995, elle étudie à la faculté de droit de l'université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.

En 2002, elle épouse Eduárd Kövesi, dont elle conserve le nom de famille après leur divorce en 2007.

Parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Au tribunal de Sibiu[modifier | modifier le code]

De 1995 à 2006, elle est procureure au tribunal de Sibiu, d'abord au parquet, puis au Bureau de lutte contre la corruption et le crime organisé, et enfin au sein de la direction d’investigation des infractions de criminalité organisée et de terrorisme[1].

Comme procureure générale de Roumanie[modifier | modifier le code]

Le 26 août 2006, elle est nommée procureure générale de Roumanie rattachée à la Haute Cour de cassation et de justice par le président Traian Băsescu. Elle est alors la plus jeune procureure générale de Roumanie, et la première femme à être nommée à ces fonctions. C'est alors la première fois qu'un procureur général accomplit son mandat de trois ans jusqu'au bout, alors que ses prédécesseurs avaient été changés pour des raisons politiques[5].

Le 2 octobre 2009, elle est réinvestie dans ses fonctions pour un autre mandat de trois ans[5].

Elle s'attache alors à moderniser et réorganiser le parquet. On lui reconnaît des qualités d'intégrité et de moralité qui peuvent se retourner contre certains de ses collègues, entre autres quand, en 2009, elle accuse publiquement l'ancien procureur militaire Dan Voinea de nombreuses irrégularités dans le traitement des dossiers concernant la révolution roumaine de 1989 et les minériades des années 1990[6].

À la tête de la Direction nationale anti-corruption[modifier | modifier le code]

En 2013, elle est nommée à la tête de la Direction nationale anticorruption. Dès lors, la DNA fait d'importants progrès dans sa lutte contre la corruption de haut niveau en Roumanie, poursuivant avec succès des maires (comme Sorin Oprescu, maire de Bucarest), des parlementaires, des ministres, et même l'ex Premier ministre Victor Ponta, alors en exercice[7]. En 2014, plus de 9 000 dossiers de corruption ont été traités, un millier de personnes ont été traduites en justice y compris d'anciens juges et procureurs, 90 % d'entre eux étant condamnées[2]. 300 millions d'euros ont été récupérés, ce qui ne représenterait toutefois que 10 % des sommes détournées[2].

Le 6 avril 2016, le président Klaus Iohannis a renouvelé le mandat de Laura Kövesi à la DNA pour trois ans[8]. En trois ans, la DNA a en effet, sous sa direction, poursuivi 3000 élus et fonctionnaires, dont deux ex-Premiers ministres du PSD (Parti-social-démocrate)[9]. Lors des grandes manifestations de février 2017 réclamant le départ de Liviu Dragnea, leader du PSD, Laura Kövesi a déclaré au Guardian, le 12 février : « Je crois vraiment que la DNA aide à créer une nouvelle Roumanie. »[9]

Le 22 février 2018, le ministre de la Justice, Tudorel Toader lance une procédure de destitution à son encontre. Il lui reproche d'avoir « enfreint la constitution » et d'avoir nui à l'image de la Roumanie[10]. Le président Klaus Iohannis, à qui il revient de mettre fin à ses fonctions s'il le souhaite, affirme qu'il s'est déclaré « à plusieurs reprises content de l’activité du DNA et de sa direction, un point de vue qu'il maintient »[11]. Le 25 février, une manifestation est organisée pour la soutenir[12]. Kövesi reçoit aussi le soutien du Conseil supérieur de la magistrature[13].

Le 30 mai 2018, la Cour constitutionnelle ordonne au président de la destituer, estimant que le président ne possède pas de « pouvoir discrétionnaire »[10]. L'opposition estime que la décision, prise par six juges sur neuf, « porte gravement atteinte à la crédibilité » de la Cour constitutionnelle[14]. Elle est finalement révoquée le 9 juillet 2018[15]. Le 9 septembre 2018, le ministre de la Justice nomme Adina Florea, procureure à la cour d'appel de Constanta, et réputée proche des sociaux-démocrates, pour lui succéder[16].

Au ministère public[modifier | modifier le code]

Le 11 juillet, peu après sa révocation de la direction de la DNA, Codruța Kövesi est nommée procureure au sein du ministère public et chargée de la mise en place de la stratégie anti-corruption pour 2016-2020[17],[18].

Critiques[modifier | modifier le code]

Laura Kövesi fait régulièrement l'objet d'attaques dans les médias. En septembre 2015, peu de temps après sa mise en accusation pour blanchiment d'argent, usage de faux et évasion fiscale par la DNA, Victor Ponta, alors Premier ministre du pays, a notamment affirmé sur sa page Facebook que le seul problème du pays est « l'obsession d'un procureur pas du tout professionnel qui essaie de se faire un nom en inventant et imaginant des faits et de fausses situations qui datent d'il y a dix ans »[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (ro) « CV KÖVESI LAURA CODRUȚA », sur Direcția Națională Anticorupție (consulté le 19 avril 2016).
  2. a, b et c Damien Roustel, « Roumanie. L’Incorruptible des Carpates », L'Humanité,‎ (lire en ligne).
  3. Jonas Mercier, « Laura Kovesi, l'intégrité roumaine », La Croix,‎ (lire en ligne).
  4. (en) « Statistiques de Laura Codruta Lascu », FIBA Europe
  5. a et b (ro) Lucia Efrim, « Codruţa Kovesi - singurul procuror general al României care-şi duce mandatul până la capăt », Mediafax,‎ (lire en ligne).
  6. (ro) Ella Moroiu, « Nu trebuia aprobata decizia de pensionare a lui Dan Voinea. Fostul procuror militar va primi o pensie de 18.500 lei, desi a savarsit abateri disciplinare », Hot News,‎ (lire en ligne).
  7. a et b (en) Kit Gillet, « Bringing in the scalps: the woman leading Romania's war on corruption », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne).
  8. (ro) Radu Eremia, « Iohannis a semnat decretul de reînvestire a Codruţei Kovesi pentru funcţia de şef la DNA: „Nu am niciun semn de întrebare în ceea ce o priveşte“ », Adevărul,‎ (lire en ligne).
  9. a et b David Fontaine, « Liviu Dragnea: Le Roumain dans le sac », Le Canard enchaîné,‎ .
  10. a et b « Roumanie : le président doit révoquer la procureure anticorruption Laura Codruta Kovesi », sur La Croix, (consulté le 30 mai 2018)
  11. « Roumanie: le gouvernement demande la tête de la cheffe du parquet anticorruption », sur Libération.fr, (consulté le 27 février 2018)
  12. « Manifestation anticorruption en Roumanie », sur Le Figaro (consulté le 27 février 2018)
  13. « Roumanie: le parquet anticorruption se dit victime d'"attaques sans précédent" », sur L'Orient-Le Jour (consulté le 28 février 2018)
  14. « Roumanie : la justice contraint le président à révoquer la procureure anticorruption », sur romandie.com, (consulté le 30 mai 2018).
  15. « Le gouvernement roumain obtient le limogeage de Laura Codruta Kövesi, à la tête du parquet anticorruption », sur Le Monde.fr, (consulté le 9 juillet 2018)
  16. Le JDD, « Roumanie : le pouvoir paralyse la lutte contre la corruption », sur lejdd.fr (consulté le 12 septembre 2018)
  17. (en) Lydia Osborne, « Romania: Axed Anti-Graft Prosecutor Given New Role », OCCRP,
  18. (en) Irina Marica, « Romania’s former DNA chief prosecutor will continue anticorruption fight at new job », Romania Insider,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]