Lalla Fatma N'Soumer

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Lalla Fatma N'Soumer
Portrait de Lalla Fatma N'Soumer.
Portrait de Lalla Fatma N'Soumer.

Surnom Jeanne d'Arc du Djurdjura[1]
Naissance 1830
Werja, Abi Youcef (Algérie)
Décès 1863 (à 33 ans)
Origine Kabyle
Années de service 1850-1857
Conflits Conquête de l'Algérie par la France
Commandement Imseblen
Faits d'armes Bataille du Haut Sebaou

Lalla Fatma n'Soumer ou Lalla Fadhma n'Soumer (en kabyle: Lalla Faḍma n Sumer, tifinagh: ⵍⴰⵍⵍⴰ ⴼⴰⴹⵎⴰ ⵏ ⵙⵓⵎⵎⵔ, née Fadhma bent a Taieb ben Ali ben Aïssa; en 1830, morte 1863) était une figure importante du mouvement de résistance algérien au cours des premières années de la conquête française de l'Algérie.

De 1854 à juillet 1857, elle a aidé à mener une résistance contre les Français. Une fois capturée par les forces françaises, elle a été emprisonnée jusqu'à sa mort six ans plus tard. Ses disciples croient qu'elle a été dotée de pouvoirs par Dieu, y compris les capacités à voir l'avenir et à guérir la maladie[2].

En transférant les restes de sa dépouille au carré des martyrs de la révolution, les autorités algériennes reconnaissent en 1995, à Fadhma n’Soumeur le statut de résistante nationale.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son surnom est composé de Lalla, mot du berbère et utilisé en arabe dialectal; attribué en tant que titre honorifique ou marque de respect aux femmes en raison de leur âge ou de leur rang[3], ou désignant une femme sainte ou vénérée[4], et de Soumeur, nom du village à proximité duquel était située la zaouia à laquelle appartenait son lignage, les Aït-Sid. Ahmed[5].

Elle a aussi porté le surnom de Lalla N'Ouerdja qui, dans la tradition kabyle, se donne aux jeunes filles qui refusent de se résigner aux usages et aux traditions[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Née en 1830 en Kabylie (Algérie), dans le village de Werja (ou Ouerdja), près d'Aïn El Hammam ; son père est le chef d'une école coranique liée à une zaouïa de la confrérie Rahmaniya de Sidi M'hamed Bou Qobrine. Elle appartient à la lignée du marabout Ahmed Ou Méziane. Ayant choisi la dévotion et la méditation, Fadhma n’Soumeur s’impose progressivement dans le monde de la médiation et de la concertation politico-religieuses jusque là réservées aux hommes. Forte de sa lignée, elle exerce une grande influence sur la société kabyle.

Combat[modifier | modifier le code]

En 1849, Fatma n’Soumeur entre dans la résistance et se rallie à Si Mohammed El-Hachemi, un marabout qui a participé à l’insurrection du Cheikh Boumaza dans le Dahra en 1847[7]. En 1850, elle soutient le soulèvement du Cherif Boubaghla venu de la Kabylie des Babors.

L’assemblée de Soumeur, Tajmaât, autorité politique du village, délègue Lalla Fadhma et son frère Sidi Tahar, marabouts, à diriger les Imseblen (volontaires de la mort) venus de nombreux villages de la contrée du Djurdjura tels que Aït Itsouregh, Illilten, Aït Iraten, Illoulen u Malou.

Peinture représentant des cavaliers armés
Chérif Boubaghla et Lalla Fatma N'Soumer (Philippoteaux, 1866).

En 1854, elle remporte sa première bataille face aux forces français à Tazrouk (près de Aïn El Hemmam), connue sous le nom de bataille du Haut Sebaou. Elle dure deux mois juin-juillet 1854. Les troupes françaises sont vaincues et contraintes de se retirer. Les villages environnants sont toujours indépendants.

Les troupes françaises estimées à 13 000 hommes dirigés par les généraux Mac Mahon et Maissiat sont confrontées à une forte résistance. En 1857, les troupes du maréchal Randon réussissent à occuper Aït Iraten à la suite de la bataille d'Icheriden. Les combats sont féroces, et les pertes françaises considérables[8].

Fatma n’Soumeur forme un noyau de résistance dans le hameau Takhlijt Aït Aatsou, près de Tirourda.

Le 11 juillet 1857, Fatma est arrêtée par le général Yusuf. Elle est conduite au camp du maréchal Randon à Timesguida. Elle est emprisonnée dans la zaouia Al aissaouia ( ex Tourtatsine ) à Tablat, placée ensuite en résidence surveillée sous la garde de si Tahar ben Mahieddine. Elle y meurt en 1863, à l'âge de trente-trois ans, éprouvée par son incarcération et affectée par la mort de son frère en 1861. Les chefs, Si Hadj Amar, Si Seddik Ben Arab, Si El-Djoudi et Sidi Tahar, sont contraints de se rendre.

Sa tombe demeure longtemps un lieu de pèlerinage pour les habitants de la région. Ses cendres sont transférées en 1994 du cimetière de Sidi Abdellah, à 100 mètres de la zaouia Boumâali à Tourtatine, vers le Carré des martyrs du cimetière El Alia, à Alger.

Personnalité et caractère[modifier | modifier le code]

Émile Carrey, écrivain, et Alphonse François Bertherand médecin lors de la campagne de Kabylie en 1857, tous deux accompagnant les troupes françaises la décrivent :

« Seule la prophétesse, formant disparate avec son peuple, est soignée jusqu'à l'élégance. Malgré son embonpoint exagéré, ses traits sont beaux et expressifs. Le kohl étendu sur ses sourcils et ses cils agrandit ses grands yeux noirs. Elle a du carmin sur les joues, du henné sur les ongles, des tatouages bleuâtres, épars comme des mouches sur son visage et ses bras, ses cheveux noirs soigneusement nattés, s'échappent d'un foulard éclatant, noué à la façon des femmes créoles des Antilles. Des voiles de gaze blanche entourent son col et le bas de son visage, remontant sous sa coiffure comme les voiles de la Rebecca d’Ivanhoé. Ses mains fines et blanches sont chargées de bagues. Elle porte des bracelets, des épingles, des bijoux plus qu'une idole antique[9]. »

« Fatma est une espèce d'idole, d'une tête assez belle mais tatouée sur tout le corps et d'un embonpoint tellement prodigieux que quatre hommes ne pouvaient l'aider à marcher....tous les soldats criaient « Place à la reine de Pamar »[10],[Note 1] et faisaient sur son compte milles bonnes ou mauvaises plaisanteries. Le lendemain on lui rendit la liberté mais du moment où elle est entre nos mains, toute résistance cessa[11]. »

L'historien Georges Duby décrit Lalla Fadhma N'Soumer comme « la grosse, et volumineuse beauté », la Velléda, prophétesse germanique[12].

Entre mythe et réalité[modifier | modifier le code]

Lalla Fatma N'Soumer, est issue d'une famille puissante et respectée. Suivant la tradition elle épouse son cousin. Refusant sa couche, vivant recluse dans sa chambre, elle prie jour et nuit, officie les cérémonies, et s'occupe des pauvres. Appartenant à la confrérie Rahmaniya, elle est considérée comme prophétesse berbère, ou druidesse musulmane[13]. La venue de troupes légionnaires françaises dans la région, et dominant en maitre, le chef Kabyle Cherif Boubaghla embrase la région[14]. Lalla organise l’insurrection en collectant les denrées nécessaires aux insurgés. Petite et massive, elle croit en sa bonne étoile et en son pouvoir céleste. D'après les témoins lors de sa capture, « elle paraît hautaine et arrogante sur le pas de sa porte, et avec un regard presque menaçant, elle écarte les baïonnettes des zouaves français, pour se jeter dans les bras de son frère Mohamed Sidi-Taieb »[15]. Son frère, marabout, couvert de cicatrices de guerre est un guerrier brave, combatif et défenseur des libertés kabyles. Il s'engage dans la résistance contre la colonisation des troupes françaises. Consulté comme sage, d'une filiation vénérée et émancipée, appartenant à une famille de marabouts de la tribu des Illilten.

Hommage[modifier | modifier le code]

Le bâteau Lalla Fatma N'Soumer dans le détroit des Dardanelles.

Un transporteur de gaz naturel liquéfié de la marine marchande algérienne, d'une capacité de 145 000 m3, réceptionné en 2004, est baptisé Lalla Fatma N'Soumer à Osaka au Japon[16].

La vie de Lalla Fadhma a été documentée dans le film Fadhma N'Soumer réalisé par Belkacem Hadjadj, et publié en 2014[17]. Des statues de Lalla Fatma sont exposées en Algérie. Quelques écoles et rues portent son nom en Algérie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Dans les textes italiens, Pamar (ou Aigiarm) est la fille du roi Tartare Caidu. Elle était forte et vaillante, connue dans tout le royaume, pour être invaincue par les chevaliers ou écuyers de seigneurs. Elle ne désirait se marier qu'avec un gentilhomme qui la dominerait en lutte de combat
Références
  1. Afrique-Asie, Numéros 390 à 401, Société d'Éditions Afrique, Asie, Amérique Latine, (présentation en ligne)
  2. Captain Carette, “Algérie.”, L’Univers pittoresque, Histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, moeurs, coutumes, Paris, Firmin Didot, (lire en ligne), p. 30-31
  3. Ambroise Queffélec, Le français en Algérie : Lexique et dynamique des langues, Bruxelles, Duculot, (ISBN 9782801112946, lire en ligne), p. 390.
  4. Farid Benramdane, « Espace, signe et identité au Maghreb. Du nom au symbole », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle, no 9,‎ , p. 1-4 (ISSN 1111-2050, lire en ligne)
  5. Camille Lacoste-Dujardin, Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie, La Découverte, (ISBN 2707145882), p. 323-324.
  6. Agnès Fine et Claudine Leduc, Femmes du Maghreb, Toulouse, Presses Univ. du Mirail, (ISBN 2858164614, ISSN 1252-7017), chap. 9, p. 249
  7. Malha Benbrahim, « Malha Benbrahim, Documents sur Fadhma N’Soumeur (1830-1861) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 9,‎ (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.298, lire en ligne)
  8. Kamel Kateb, Européens, "indigènes" et juifs en Algérie (1830-1962) - Représentations et réalités des populations, INED, , 386 p. (ISBN 2-7332-0145-X, lire en ligne), p. 45
  9. Jules Liorel, Races berbères, Kabylie du Djurjura, Paris, E. Leroux, (ISBN 2221109465 et 9782221109465, lire en ligne), chap. 1, p. 238-250
  10. Edouard Charton, Voyageurs anciens et modernes; ou, Choix des relations de voyages ...: depuis le cinquième siècle avant Jésus-Christ jusqu'au dix-neuvième siècle, avec biographies, Bureaux du Magasin Pittoresque, (lire en ligne), chap. 2, p. 422
  11. Journal des débats politiques et littéraires, Voici la fin de la campagne contre la Kabylie : Extrait d'une correspondance – Alger 21 juillet 1857, Paris, (lire en ligne), chap. Lundi 27 juillet 1857, p. 2/4
  12. Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et l'histoire des femmes, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, (ISBN 2858163790), chap. 8, p. 231
  13. Émile Carrey, Récits de Kabylie campagne de 1857, M. Lévy, , p. 269
  14. Ahmed Bencherif, Marguerite, Publibook, (ISBN 274834202X et 9782748342024), chap. 1, p. 204
  15. Jules Liorel, Races berbères, Kabylie du Djurjura, Paris, E. Leroux, (ISBN 2221109465 et 9782221109465, lire en ligne), chap. 1, p. 231
  16. « Bulletin d'Information d'Hyproc Shipping Company », INDD, Hyproc News, no 4,‎ (lire en ligne)
  17. Belkacem Hadjadj, Assaad Bouab et Melha Bossard, Fadhma N'Soumer, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Salem Chaker, Hommes et femmes de Kabylie, Aix-en-Provence, Édisud, , 207 p. (ISBN 2744902349 et 9782744902345)
  • Achour Cheurfi, Dictionnaire encyclopédique de l'Algérie, Alger, ANEP, , 1230 p. (ISBN 9947213196 et 9789947213193)
  • Tahar Oussedik, Lla Fat'ma n'Soumeur, Alger, Entreprise nationale algérienne du livre, , 83 p.
  • Habiba Djahnine, Fathma N'Soumer, article de L'Algérie et la France, dictionnaire coordonné par Jeannine Verdès-Leroux, Robert Laffont 2009; (ISBN 978-2-221-10946-5)

Liens externes[modifier | modifier le code]