El Hierro

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Hierro
El Hierro
Île de Fer (fr)
Image satellite d'El Hierro.
Image satellite d'El Hierro.
Géographie
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Archipel Îles Canaries
Localisation Océan Atlantique
Coordonnées 27° 44′ 00″ N 18° 03′ 00″ O / 27.733333, -18.05 ()27° 44′ 00″ N 18° 03′ 00″ O / 27.733333, -18.05 ()  
Superficie 287 km2
Point culminant Pico de Malpaso (1 501 m)
Géologie
Géologie Île volcanique
Type Volcan rouge
Activité Actif
Dernière éruption 10 octobre 2011 au 5 mars 2012
Code 1803-02-
Observatoire Instituto Tecnológico y de Energí­as Renovables
Administration
Communauté autonome Îles Canaries
Province Santa Cruz de Ténérife
Municipalités La Frontera, Valverde, El Pinar
Démographie
Population 10 995 hab. (2011[1])
Densité 38,31 hab./km2
Plus grande ville Valverde
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+0

Géolocalisation sur la carte : Îles Canaries

(Voir situation sur carte : Îles Canaries)
El Hierro
El Hierro
Îles d'Espagne

El Hierro ou île du Méridien, en espagnol Isla del Meridiano, aussi appelée en français île de Fer ou Ferro, est une île d'Espagne située dans l'océan Atlantique et faisant partie des îles Canaries. Elle constitue la partie émergée d'un volcan bouclier ayant connu plusieurs effondrements de ses flancs qui lui ont donné sa forme triangulaire. La seule éruption des temps historiques a eu lieu entre le 10 octobre 2011 et le 5 mars 2012 avec l'émission sous-marine de lave au sud-ouest de l'île. Elle a été le cœur d'une crise sismique qui a débordé cette période. El Hierro est aussi un exemple, reconnu au niveau mondial notamment par l'Unesco, de développement durable, avec la montée en puissance de ses énergies renouvelables, pour aboutir à l'indépendance énergétique de l'île à court terme.

Géographie[modifier | modifier le code]

Littoral d'El Hierro.

Localisation[modifier | modifier le code]

El Hierro est l'île la plus occidentale et la plus méridionale des îles Canaries et l'une des plus petites de cet archipel avec une superficie de 287 km2. L'île de la La Palma est distante de soixante kilomètres vers le nord et les îles de La Gomera et Ténérife se trouvent vers le nord-est.

Topographie[modifier | modifier le code]

L'île, de forme triangulaire et montagneuse, culmine à 1 501 mètres d'altitude au Pico de Malpaso.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

El Hierro est l'île de l'arbre fontaine, connu historiquement aussi sous le nom d'arbre saint ou encore de Garoé, qui se retrouve sur ses armoiries. C'était un arbre de la forêt de nuages qui avait la particularité de recueillir l'eau du brouillard, très dense sur El Hierro, à son pied, lorsque le vent déposait en quantité des gouttelettes de brume sur son feuillage. Cette source d'eau atmosphérique était utilisée, lors des sécheresses, par les aborigènes Guanches jusqu'à l'arrachage de l'arbre en 1610 lors d'une tourmente[2]. Toutefois des arbres fontaines ont été replantés au XXème siècle, sous l'impulsion du forestier Zosimo Hernandez Martin (1920-2004). El Hierro abrite aussi une population de lézards géants endémiques de l'espèce Gallotia simonyi. Ces reptiles ont été sauvés de l'extinction par un programme spécifique. La plantation de nouveaux arbres fontaines et la multiplication des lézards géants participèrent grandement en l'an 2000 au classement complet de l'île en Réserve de la biosphère par l'Unesco. Ce statut protège flore et faune sans exclure les activités traditionnelles bien vivantes de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche.

Géologie et volcanisme[modifier | modifier le code]

Le volcan d'El Hierro forme une sorte de bouclier, dont toute la face Nord-Ouest se trouve tronquée par un escarpement massif d'environ 1 500 mètres de hauteur, formé à la suite de l'écroulement dans l'océan du volcan El Golfo, cataclysme qui remonterait à 130 000 ans[3]. En contrebas, une plate-forme de lave borde la baie El Golfo sur douze kilomètres.

Méridien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Méridien de Ferro.
Carte d'Europe dressée en 1759 basée sur le méridien d'El Hierro.

À la suite de son prédécesseur Marinos de Tyr, Ptolémée place dans sa Géographie le méridien origine dans les Îles des Bienheureux, identifiées comme la partie occidentale des îles Canaries, à l'époque le point le plus occidental du monde connu[4]. La géographie de Ptolémée restera la référence jusqu'aux grandes découvertes maritimes des XVe et XVIe siècles, qui donnent une nouvelle vision du monde. Chaque pays décide alors d'avoir « son » méridien origine : l'île de Terceira aux Açores pour le Portugal, Tolède pour l'Espagne, Ténérife aux îles Canaries pour les Pays-Bas, etc[5].

Conscient des problèmes posés par cette pluralité de références, le roi français Louis XIII réunit en 1634 les plus importants géographes et astronomes d'Europe pour qu'ils s'accordent sur la définition d'un premier méridien unique. Fortement imprégnés des idées de Ptolémée, les savants décident de le situer à El Hierro, alors appelée « île de Fer ». Cette position à l'extrême Ouest avait l'avantage d'indiquer des longitudes positives commodes pour tous les pays européens. Le roi de France décrète ainsi par ordonnance que désormais toutes les cartes et globes terrestres devraient prendre ce méridien comme référence de l'origine des longitudes. Bien que ne s'adressant qu'aux géographes de France, cette décision est acceptée par bon nombre de géographes européens et utilisée par eux jusqu'au début du XIXe siècle. Le « méridien de l'île de Fer » sera officiellement abandonné en 1792 au profit du méridien de Paris, puis de celui de Greenwich en 1884.

Le méridien de l'île de Fer avait été arbitrairement placé à 20° 00′ 0″ à l'ouest du méridien de Paris[6]. Ce dernier étant situé à 2° 20′ 14" à l'est du méridien de Greenwich, la longitude actuelle du méridien d'El Hierro serait donc de 17° 39′ 46" Ouest, ce qui le ferait passer au large de l'île, dont les longitudes sont comprises entre 18° 9′ 39" et 17° 53′ 53" ouest[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'explorateur français Jean de Béthencourt conquiert l'île en soumettant les Bimbaches, ses habitants originels, notamment par la négociation. Il est aidé par Augeron, le frère du roi guanche, jouant le rôle d'interprète et de médiateur. De nombreux Bimbaches sont réduits en esclavage tandis que des Français et des Galiciens s'établissent sur l'île. Une révolte des Bimbaches est notamment réprimée par le gouverneur Lázaro Vizcaíno.

El Hierro aurait connu une éruption en 1793 mais l'événement n'est pas certain[8]. L'apparition d'une activité sismique d'origine volcanique survient le [9]. Les secousses d'une magnitude inférieure à 3 se produisent à une dizaine de kilomètres de profondeur au sud-ouest de l'île[9]. Dans le même temps, un gonflement du volcan est enregistré[9]. Ces manifestations sont interprétées par les volcanologues comme l'annonce possible d'une éruption. Le 24 septembre 2011, le gouvernement local place l'île en niveau d'alerte jaune[10],[9], préparant ainsi la population à une éventuelle évacuation. Fin septembre, les séismes qui se font plus puissants et beaucoup plus nombreux commencent à être ressentis pas la population et le gonflement du sol atteint 3,5 centimètres[9]. Le 10 octobre, la nature des séismes change avec l'apparition d'un trémor situé au large des côtes méridionales de l'île, signe d'une éruption sous-marine[11]. Le niveau d'alerte passe alors au rouge pour le village de Restinga dans la commune d'El Pinar et une zone d'exclusion maritime est mise en place[11]. Le 12 octobre, des manifestations de l'éruption atteignent la surface de la mer avec la coloration de l'eau en vert clair, la remontée de bulles de gaz et la suspension de fragments volcaniques dans l'eau[11]. Cette éruption sous-marine pourrait passer à une phase surtseyenne en se rapprochant de la surface puis donner naissance à une nouvelle île, ce scénario étant conditionné par la quantité de magma rejetée[12]. Le 5 mars 2012, l'éruption est déclarée achevée mais le secteur maritime reste interdit d'accès[13].

Administration[modifier | modifier le code]

Les Canaries conservent, sur chacune des îles, une administration qui n'existe plus ailleurs en Espagne depuis la fin de son empire : le Cabildo[14] dont les représentants sont élus et qui chapeaute les communes et qui impulse la politique de façon cohérente car il est adapté à l'unité insulaire. El Hierro est divisée en trois municipalités, depuis le , avec la création de la municipalité d'El Pinar. Depuis 1913, l'île n'était constituée que de deux municipalités Valverde, le chef-lieu, et La Frontera.

Démographie[modifier | modifier le code]

Au 1er janvier 2011, la population d'El Hierro était de 10 995 habitants[1] mais, ne vivent de façon permanente que, environ 8 000 personnes ; la crise sismique et économique espagnole est passée par là et l'émigration a toujours été une soupape contre la pauvreté et le chômage dans l'histoire.

Économie et énergie[modifier | modifier le code]

En 2000 toute l'île fut classée en Réserve de la biosphère par l'Unesco, à la demande de ses élus. Ce statut n'exclut pas les activités traditionnelles bien vivantes de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche qui s'exercent notamment dans le cadre coopératif. L'élevage notamment ovin est en nette reprise, depuis quelques années, et c'est l'île des Canaries qui a conservé le plus important volet agricole par rapport à sa population. Plus de 10 % de sa superficie sont cultivés : bananes, ananas, vigne, etc. Avec le chômage, dû à la crise espagnole qui dure depuis 2008, un notable retour à la terre se constate.

Elle devrait être la première île du monde à devenir intégralement autonome en électricité, grâce aux énergies renouvelables, avec une originale centrale hydro-éolienne[15],[16]. Début 2012, le parc éolien était complètement installé. En février 2014, les essais de turbinage de la partie hydraulique commencent pour une mise en fonction de la centrale électrique hydro-éolienne prévue à l'été 2014[17]. Afin de réussir l'autonomie énergétique, il fallut implanter 5 éoliennes de 2,1 MW chacune, réaliser le dessalement de l’eau de mer en utilisant leur énergie, bâtir une centrale hydraulique de 11 MW avec 4 turbines Pelton, prenant leur relais en cas de panne de vent, et donc construire deux réservoirs, à des altitudes différentes, fonctionnant en STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage et turbinage). Néanmoins tout cela ne veut pas dire mettre sous un cocon voire démonter l’ancienne centrale thermique au fioul, d’ailleurs installée sur un site très proche de celle hydraulique. Ce regroupement permet aussi de limiter l'impact sur le paysage des nouvelles technologies environnementales. L’objectif est un mix ou bouquet énergétique parce qu’il faut sécuriser l’approvisionnement de l’île [18].

Depuis plusieurs décennies, les îliens ont également considérablement changé leurs comportements avec des démarches concrètes et avant-gardistes de développement durable. De nos jours, la mobilité électrique et la fabrication de biodiesel commencent à se développer. Sur une île où, par tradition, les coopératives et les mouvements politiques et citoyens sont très actifs, il ne faut pas oublier la wifi gratuite partout dans les lieux de réunion tandis que l’éclairage public à led se diffuse.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (es) Instituto Canario de Estadística (ISTAC), chiffres de 2011
  2. Gioda, A. et al. L'arbre fontaine. La Recherche, vol. 23, décembre 1992, p. 1400-1408.
  3. Volcano Discovery: El Hierro volcan
  4. Pascal-François-Joseph Gossellin, La Géographie des Grecs analysée, Debure l'aîné, Paris, 1790 p. 114-116.
  5. François de Dainville, Le Langage des géographes, A. & J. Picard, Paris, 1964.
  6. Dictionnaire géographique portatif, Les Libraires Associés, Paris, 1763, p. 528.
  7. Données provenant de Google Maps.
  8. (en) « Histoire éruptive », Global Volcanism Program (consulté le 25 octobre 2011)
  9. a, b, c, d et e (en) « Rapports hebdomadaires de septembre 2011 », Global Volcanism Program (consulté le 25 octobre 2011)
  10. (fr) « Activolcans : dépêche du 24 septembre »
  11. a, b et c (en) « Rapports hebdomadaires d'octobre 2011 », Global Volcanism Program (consulté le 25 octobre 2011)
  12. (es) « El Hierro podría ver nacer una nueva isla », La Nueva España,‎ 17 octobre 2011 (lire en ligne)
  13. (en) « Rapports hebdomadaires de février 2012 », Global Volcanism Program (consulté le 11 mai 2012)
  14. (es)Cabildo de El Hierro
  15. Article titled "Sun, wind and water The new El Hierro island's allies" in pdf format
  16. Andrés Cala. Tiny Spanish Island Has a Huge Stake in the Future, New York Times, 19 January 2011; NYTimes.com website, 20 January, 2011; & International Herald Tribune, 19 January 2011.
  17. Katell Abiven. "El Hierro, l'île espagnole qui vivra de vent et d'eau fraîche". AFP, 5 avril 2014.
  18. Alain Gioda et al. "El Hierro : île écologique modèle ?" Pour la Science, mars 2013, n°245, p. 52-58.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources[modifier | modifier le code]

  • Corinne Moutout (texte) et Benjamin Bechet (photos), « El Hierro, l'île 100 % durable », GEO,‎ janvier 2013, p. 40-49 (ISSN 0220-8245)

Article connexe[modifier | modifier le code]