Internet en Turquie

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Évolution du nombre d'utilisateurs d'Internet en Turquie.

Internet en Turquie est utilisé en 2014 par environ 51 % de la population[1] après une croissance extrêmement rapide depuis le début du XXIe siècle. L'état des infrastructures fait que les connexions domestiques sont plus rares que celles utilisant les accès professionnels ou les cybercafés. Les fournisseurs d'accès sont peu nombreux et les tarifs élevés. L'Internet en Turquie est fermement réglementé et fait l'objet d'une censure à des fins politiques.

Le domaine de premier niveau de la Turquie est « .tr ».

Statistiques[modifier | modifier le code]

Sur l'échelle de l'indice de développement des TIC, la Turquie se place en 2016 à la 70e place mondiale sur 175[2], et à la 38e place sur 40 en Europe[3].

Pourcentage d'internautes[1]
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
% 11,38 12,33 14,58 15,46 18,24 28,63 34,37 36,40 39,82 43,07 45,13 56,07[4] 59,31 62,76 66,81

Fournisseurs d'accès[modifier | modifier le code]

Bien que des essais aient débuté à l'Université Ege en 1987, la première connexion à Internet en Turquie a été établie le [5],[6]. Les premières connexions se faisaient par ligne commutée. Internet par le câble est disponible depuis 1998 et l'ADSL depuis 2001. La couverture d'Internet et de téléphonie mobile s'est accrue fortement depuis le début des années 2000.

La plupart des utilisateurs se connectent à Internet depuis leur université, leur lieu de travail ou dans des cybercafés. Une mauvaise infrastructure, surtout dans les régions de l'Est, et l'absence d'un approvisionnement en électricité stable ont rendu rare la possibilité d'avoir une connexion à Internet domestique dans certaines régions, notamment celles du Sud-Est du pays. Il reste des problèmes au niveau du nombre de connexions et de la régulation des flux de données. Le prix pour une connexion stable a en effet diminué, mais reste néanmoins trop élevé pour une grande partie de la population.

Il y a environ 150 fournisseurs d'accès à Internet en Turquie. C'est dans ce contexte que l'entreprise Türk Telekom, financée par l'État, fournit 81 % des connexions à Internet grâce à son fournisseur d'accès TTNET. À la fin de la décennie 2010, son service ADSL 2+ est le plus largement utilisé, offrant des vitesses de connexion de 8 Mbit/s à 24 Mbit/s. Elle fournit également un service VDSL2 à des vitesses de 25 Mbit/s à 100 Mbit/s[7]. Il y a d'autres compagnies mettant à disposition un service à haut débit, telles que SmileADSL et Biri, qui utilisent encore majoritairement l'infrastructure de TTNET. Superonline propose Internet par la fibre sur une zone restreinte à douze villes, bien que l'entreprise croisse à un bon rythme. Elle propose actuellement des vitesses jusqu'à 1 000 Mbit/s. De plus, une couverture Internet par le câble, relativement étendue mais pas universelle, est maintenue par UyduNET et offre des vitesses de 10 Mbit/s à 100 Mbit/s.

En mars 2012, TTNet et Superonline, qui assurent une grande partie de l'accès à Internet à haut débit, ont commencé à appliquer des politiques « d'utilisation équitable » (connu en turc sous les abréviations AKK, Adil Kullanım Kotası et AKN, Adil Kullanım Noktası), qui restreignent fortement les quotas alloués de téléchargement et de téléversement. La plupart des comptes sont autorisés à télécharger 50 GB et à téléverser 10 GB, après quoi, la bande passante est réduite d'un facteur dix, jusqu'à moins de 3 Mbit/s. Certains utilisateurs ont signalé que leur débit d'accès était réduit pendant six jours par mois. Les deux entreprises ont été sévèrement critiquées à cause de ces mesures.

Le monopole de TTNET et le tarif jugé excessif ont fait l'objet de nombreuses critiques par les utilisateurs.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Selon TÜSİAD, la Turquie compte 36 millions d'utilisateurs actifs d'Internet dont 10 millions utilisent activement les services de commerce en ligne[8]. Le taux d'utilisation des cartes bancaires est très élevé en Turquie. Toutefois, le développement de systèmes de paiement alternatifs sera très utile pour, à la fois, faciliter les transactions des consommateurs possédant une carte bancaire et pour familiariser au commerce en ligne ceux qui n'en disposent pas.

La Turquie a appliqué des politiques protectionnistes pour stimuler l'industrie locale des technologies d'Internet et pour appliquer sa réglementation sur la conservation des données : en 2016, le portail de paiement PayPal a été contraint de cesser la plupart de ses activités dans le pays[9]. En janvier 2017, le gouvernement a dévoilé ses plans pour le développement d'un moteur de recherche national et d'un service de messagerie web. Le monde de l'entreprenariat Internet en Turquie, aussi appelé le « bosphore digital »[10], s'est concrétisé sous plusieurs formes. Les trois plus grandes entreprises du secteur sont Yemeksepeti[11], Gittigidiyor[12] et Markafoni[13]. Selon Sina Afra, le potentiel du marché Internet turc est plus grand que celui de nombreux autres pays européens[14].

Contrôle[modifier | modifier le code]

Loi 5651[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Loi no 5651 en Turquie.

La loi 5651 a pour mission de protéger le grand public de la cybercriminalité. Elle a été rédigée en mai 2007 et a pris effet en 2008.

5651 sayılı İnternet Ortamında Yapılan Yayınların Düzenlenmesi ve Bu Yaynlar Yoluyla İşlenen Suçlarla Mücadele Edilmesi Hakkında Kanun.

— Intitulé de la loi 5651[15]

« Loi no 5651 sur la réglementation des émissions via Internet et la prévention des crimes commis par le biais de telles émissions »

En 2011, l'autorité de régulation de la communication et des technologies (BTK, Bilgi Teknolojileri ve İletişim Kurumu) a annulé un programme de filtrage national, qui devait protéger la population de contenus jugés dangereux. Il ne filtrait pourtant pas la propagande terroriste.

Sous Erdoğan[modifier | modifier le code]

Au mois de mai de l'année 2013, un mouvement de protestation, devenu l'un des plus grands mouvements de ce type en Turquie, a commencé dans le parc Gezi à Istanbul. La police a utilisé des gaz lacrymogènes. La protestation a aussi montré la complexité des médias traditionnels turcs[pas clair], qui ne paraissent pas neutres aux yeux des citoyens turcs. Ces derniers ont aidé à faire émerger des sites comme YouTube, Twitter et Facebook comme sources d'informations indépendantes. Le président Erdoğan a désigné les réseaux sociaux comme étant la « pire menace pour la société »[16]. À la suite de cela, de nombreuses personnes ont été placées en détention sous le motif de communications et de recherches illégales.

Censure[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Censure d'Internet en Turquie.

La censure d'Internet est la méthode privilégiée en Turquie pour empêcher les critiques et l'opposition d'avoir un impact. Plus de 7 000 sites internet sont bloqués en Turquie en 2011[17], en février 2012, 10 000sites étaient verrouillés, en avril 2013, 29 000sites, en 2014, 40 000[18] et en mai 2015, plus de 80 000sites étaient bloqués. Le site YouTube a été bloqué pendant près de trois ans entre mai 2008 et 2010[19].

Des sites tels que Facebook, Twitter et YouTube, mais aussi des blogs internationaux ont été rendus inaccessibles jusqu'à maintenant. En janvier 2015, les forces de l'ordre turques ont menacé Twitter de fermer complètement le site, quand ils ont refusé de fermer le compte du journal de gauche BirGün (en), qui a signalé l'existence de transferts d'armes menés en zone de guerre syrienne via les services secrets turcs. Twitter a réagi en supprimant le compte du journal et les comptes qui ont partagé cet article.

Parmi les cas connus, celui du pianiste et compositeur Fazıl Say, condamné à 10 mois de prison avec sursis[20] à cause de tweets critiques envers l'islam jugés blasphématoires. Un utilisateur a été détenu pendant pratiquement 10 ans pour la diffusion de propagande terroriste sur Facebook. En juillet 2015, cinq blogs politiques pro-kurdes ont été bloqués sur la plateforme de blogging Wordpress.com. À la fin du mois d'avril 2017, l'encyclopédie en ligne Wikipédia est, elle aussi, rendue inaccessible[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Crédits de traduction[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « ICT Facts and Figures 2016 », Union internationale des télécommunications
  2. (en) « ICT development index 2016 », Union internationale des télécommunications
  3. (en) « IDI 2016 regional rank: Europe », sur itu.int, Union internationale des télécommunications
  4. (tr) « Türkiye İnternet Kullanıcı Sayısı: 26.6 Milyon [IAB Türkiye Şubat 2013] », Eticaretmag, (consulté le 22 août 2013)
  5. (en) « 22 Years of The Internet in Turkey », sur internetsociety.org,
  6. (en) « Turkey. Internet Usage Stats and Market Report », sur internetworldstats.com
  7. (tr) « Hýzlý internet, VDSL2 ile evinizde! », TTNET
  8. (tr) « "Dijital Pazarın Odak Noktası e-Ticaret: Dünya’da Türkiye’nin Yeri, Mevcut Durum ve Geleceğe Yönelik Adımlar" Raporu », TÜSİAD (consulté le 9 mai 2017)
  9. (en) « Startups face new uncertainties as PayPal announces Turkey withdrawal », D8 News,‎ (lire en ligne)
  10. (en) « Digital Bosphorus: The State of Turkish eCommerce 2013 », Sina Afra, (consulté le 9 mai 2017)
  11. (tr) « Yemeksepeti 589 milyon dolara satıldı! », Milliyet (consulté le 9 mai 2017)
  12. (en) Leena Rao, « eBay Acquires Turkish Marketplace GittiGidiyor », Techcrunch, (consulté le 9 mai 2017)
  13. (en) Robin Wauters, « Naspers values Turkish ecommerce giant markafoni at $200 million, buys 70% stake », Techcrunch, (consulté le 9 mai 2017)
  14. (en) « The Turkish eCommerce – “The Return of the Ottoman will be virtual” », sur sinaafra.com, (consulté le 9 mai 2017)
  15. (en) « Turkey. Law No. 5651 on Regulating Broadcasting in the Internet and Fighting Against Crimes Committed through Internet Broadcasting », sur wipo.int,
  16. « Les réseaux sociaux, "pire menace pour la société", selon Erdogan », France 24 (consulté le 9 mai 2017).
  17. « La censure du Net en Turquie tellement excessive qu’elle sombre dans le ridicule », Reporters sans frontières,
  18. Erwan Cario, « La Turquie, habituée de la censure sur Internet », Libération,‎ (lire en ligne)
  19. Marine Deffrennes, « Turquie : manifestations pour l'Internet libre », sur terrafemina.com,
  20. (de) « Türkischer Starpianist: Fazil Say wegen Blasphemie verurteilt », Spiegel online (consulté le 9 mai 2017)
  21. (en) Ahmet Sait Akcay, « Turkey: Wikipedia blocked for disregarding the law », Anadolu Agency,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]