Inertie thermique

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Lorsqu'un matériau se trouve à l'équilibre thermique, sa température est fixe et les échanges de chaleur (échange par conduction, convection, rayonnement) qu'il a avec son environnement sont équilibrés (autant de chaleur reçue de son environnement que de chaleur cédée à cet environnement). L'inertie thermique de ce matériau représente sa résistance au changement de température lorsque intervient une perturbation de cet équilibre thermique. Si la perturbation l'amène vers une nouvelle température d'équilibre, l'inertie thermique est mise en évidence par le temps avec lequel ce nouveau point d'équilibre est atteint :

  • si le matériau a une faible diffusivité thermique, il atteindra cet équilibre au bout d'un temps long ;
  • si le matériau a une grande diffusivité thermique, il atteindra cet équilibre au bout d'un temps bref.

Le temps caractéristique en question dépend de la diffusivité thermique du matériau mais aussi de l'écart entre les deux températures d'équilibre.

La notion d'inertie thermique est utilisée en particulier dans le secteur du bâtiment, dans le cadre de la conception des parois opaques extérieures. Les températures intérieures et surtout extérieures de ces parois varient fréquemment. En particulier, ces parois subissent l'influence thermiques du rayonnement solaire. Leurs matériaux constitutifs participent à la stabilité de la température intérieure.

Dans le secteur industriel, maîtriser l'inertie thermique des éléments ou matériaux permet d'optimiser des processus de fabrication.

Grandeurs pour quantifier l'inertie thermique d'un matériau[modifier | modifier le code]

On quantifie l'inertie thermique essentiellement par :

  • la diffusivité thermique (ou ) du matériau, qui représente sa tendance à favoriser la diffusion de la chaleur (une « bonne » diffusivité thermique en bâtiment correspond à une valeur faible et une « mauvaise » diffusivité thermique en bâtiment correspond à une valeur élevée) ;
  • l'épaisseur du matériau considéré ; le temps caractéristique (auquel est lié le déphasage thermique) dépend alors de ces deux premiers paramètres, puisqu'il est de l'ordre de  ;
  • l'effusivité thermique du matériau considéré, c'est-à-dire sa capacité à échanger de l'énergie thermique avec son environnement.

L'inertie thermique ne dépend donc pas uniquement de la densité des matériaux traversés. Par exemple, le béton a une très « mauvaise » diffusivité malgré sa masse volumique élevée, ce qui explique que le rayonnement solaire traverse rapidement ce matériau et crée des surchauffes dans les constructions.

À la différence de la diffusivité thermique qui décrit la rapidité d’un déplacement des calories à travers la masse d’un matériau, l’effusivité décrit la rapidité avec laquelle un matériau absorbe les calories. Plus l’effusivité est élevée, plus le matériau absorbe d’énergie sans se réchauffer notablement. Au contraire, plus elle est faible, plus vite le matériau se réchauffe. Par exemple le béton a une effusivité élevée et donne une sensation de froid au toucher alors que le bois a une effusivité faible et ne donne pas une sensation de froid au toucher.

Effets dans le cas d'un bâtiment[modifier | modifier le code]

Schématiquement, sur des temps d'observation donnés (journaliers, saisonniers...), les variations de la température extérieure mais surtout l'absorption du rayonnement solaire incident sur les parois sont périodiques. L'inertie thermique du bâti entraîne que la température à l'intérieur du bâtiment suit nécessairement ces variations, mais avec :

  • un amortissement, qui atténue les effets des canicules ou des grands froids
  • un déphasage, lié au temps caractéristique mentionné plus haut, qui permet de retarder les effets (exemple  : en été, le front de chaleur du rayonnement solaire pénètre dans la maison en fin de journée plutôt qu'en matinée).

L'amortissement et le déphasage sont d'autant plus marqués que l'inertie thermique est grande.

On peut distinguer deux cas de figure où intervient l'inertie thermique :

  • l'inertie en transmission, qui concerne l'atténuation de l'influence des conditions extérieures notamment les impacts du rayonnement solaire sur la température intérieure du bâtiment. Cette inertie repose essentiellement sur une isolation thermique avec une très faible diffusivité thermique du côté extérieur de l'enveloppe du bâtiment. La résistance thermique de l'isolant mais surtout sa diffusivité jouent un rôle important dans ce cas ;
  • l'inertie par absorption, qui concerne l'accumulation de chaleur ou de fraîcheur dans les cloisonnements et les parois de la structure en contact avec l'intérieur du bâtiment. L'épaisseur des parois lourdes n'a pas trop d'importance au-delà d'une quinzaine de centimètres par face (accumulation de chaleur près de la surface).

Application dans la cuisson[modifier | modifier le code]

Une cuisson démarrée de façon classique peut être achevée à l'inertie thermique en utilisant un caisson isotherme, selon une technique nommée Marmite Norvégienne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thèse de doctorat de Jean Sicard, Analyse modale appliquée à la thermique, Université Pierre et Marie Curie, Paris, 1984 : une analyse de la notion « intuitive » d'inertie thermique, appliquée au cas du bâtiment, se trouve p. 117-119.
  • Concevoir des bâtiments bioclimatiques : fondements et méthodes, Pierre Fernandez et Pierre Lavigne, Le moniteur, Paris, 2009.