Chaufferette

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Une chaufferette est un petit appareil de chauffage (souvent portable) qui permet de se réchauffer ; différents types sont disponibles : réfractaire, à bâtonnets ou chimique. C'est aussi le nom d'un type de brasero utilisé par certains viticulteurs champenois pour limiter les dégâts du gel sur les vignes. Au Québec, ce terme désigne également le dispositif de chauffage de l'habitacle dans un véhicule.

Une chaufferette à braise
Chaufferette en cuivre

Chaufferettes à braise[modifier | modifier le code]

Le terme chauffette ou chaufferette se rencontre souvent dans les inventaires d’objet datant du XIVe siècle et désignait aussi bien le chauffe-lit, le chauffe-pieds, le chauffe-mains, le chauffe-biberon, etc., de formes et de matières les plus diverses[1].

Usage cancérigène[modifier | modifier le code]

Kangri (kangid ou kangir), pot de terre cuite entouré d'une attache en osier. Garni de quelques braises, il était porté au Cachemire sous le phéran traditionnel (au niveau de l'abdomen ou entre les jambes), contre le froid, mais avec un risque très accru de cancer de la peau au niveau des cuisses et/ou de l’abdomen[2]

En 1772, le médecin valenciennois André Ignace Joseph Dufresnoy (1733-1801) "découvre" et commence à expliquer une maladie des ouvrières du textile (du nord de la France dans ce cas) qui restera méconnue jusqu'au milieu du XXème siècle : il envoie à la Société royale des sciences de Montpellier des « Observations sur les ulcères produits par l’ardeur du feu » ce qui semble être la première description de l’ erythema ab igne (ou « dermite des chaufferettes », une entité médicale qui ne sera vraiment comprise qu’en 1967 à partir d'observations faites dans le Nord-ouest de la Chine[3].

Dufresnoy, dans l'exercice de sa profession, constate une fréquence fortement accrue de lésions ulcéreuses évoluant en cancer de la peau, après d'autres anomalies cutanées apparaissant sur les jambe des femmes pauvres qui tissaient ou produisaient la dentelle dans les caves ou des ateliers non chauffés. Il fait cette observation dans une période climatiquement très froide (période la plus froide du petit âge glaciaire) et dit ;

« Les ouvrières textiles faisaient donc un usage intensif des chaufferettes, un usage encore accru avec l’avance en âge, qui les rendaient selon Du Fresnoy plus « sensibles au froid » et les conduisaient à augmenter « le feu de leurs chaufferettes qui leur [grillait] insensiblement les cuisses, ce qui [était] cause que non seulement elles les [avaient] en tous temps fort marbrées mais encore qu’il s’y [formait] à la fin de chaque hiver des croutes que la plus légère blessure [faisait] changer en ulcères quand elles [étaient] parvenues à l’âge de 55 à 60 ans » (...) « ulcères [devenaient] cancéreux au bout de quelques années par leur négligence » Du Fresnoy »

Ce médecin note que les femmes riches portant des caleçons sont épargnées, ce cancer ne touchant selon lui

« que des filles du bas peuple et des artisans, car les personnes aisées [étaient] rarement attaquées de ces accidents par la précaution qu’elles [avaient] de porter des caleçons et de ne se servir que de chaufferettes fermées d’un couvercle percée de petits trous, comme un crible. »

Mais il ne devine pas que la combustion du charbon de bois, de l'huile ou plus souvent dans le nord de la France du Charbon de terre[4] est source de particules et d'émanations cancérigènes (de benzo(a)pyrène notamment montrera-t-on bien plus tard ; un puissant carcinogène, utilisé de nos jours dans le modèle animal pour induire des cancers)[5], ce qui sera démontré peu après par un autre médecin (le chirurgien anglais Percivall Pott, en 1775 à la suite de l'étude du cancer du scrotum touchant fréquemment les ramoneurs (pots a relié l'origine de ce cancer, très rare dans la population générale, à « son origine à la suie qui se [logeait] dans les rides du scrotum »[6],[7] ; la médecin officielle ne reconnaîtra le caractère cancérigène de l'usage des chaufferettes à braise que dans les années 1960, 200 ans après les observations de Dufresnoy et l'explication donnée par Pott[8].

En 1910 un médecin (Neve) avait pourtant déjà établi un lien causal entre l’usage du kangri, kangid ou kangir (petite réserve portative de braises de bois ou de charbon), utilisé par les habitants du Cachemire pour se réchauffer et l'apparition de cancers cutanés des cuisses et de l’abdomen très inhabituels ailleurs dans le monde ; ce kangri était porté sous les vêtements, parfois directement sur la peau[2].

Chauffe-lit[modifier | modifier le code]

Moine
On utilisa dans les campagnes françaises, jusqu'en 1950 environ, un appareil nommé moine : il comprenait un récipient métallique contenant les cendres chaudes du feu de bois (ou de charbon on) de la pièce principale, isolé entre deux luges de bois permettant de le glisser quelques minutes dans un lit sans roussir les draps. Son effet était apprécié pour réchauffer les draps et les rendre bien secs avant le coucher. Dans les derniers modèles, la source de chaleur était une ampoule électrique suspendue à l'intérieur des luges, ce qui rendait le dispositif beaucoup plus pratique.
Bassinoire
Une variante du moine, nommée bassinoire, ne comportait pas de glissières et se composait d’un réservoir en forme de poêle de métal, généralement de cuivre ou de laiton, et dont le couvercle percé laissait passer l’air pour le maintien des braises et échapper la chaleur. Le tout était tenu au bout d'un manche (bois ou métal) qui demandait une grande habileté pour ne pas risquer d'abîmer les draps.

Ustensile que l’on trouve encore dans un but décoratif et de fabrication récente.

Réchaud à briquette
Petit panier métallique muni d’anses en fil de fer sur lequel était déposée une briquette de terre cuite vernissée préalablement chauffée sur la braise.
Briques
Beaucoup de familles avaient aussi l'habitude de faire chauffer des briques sur la cuisinière ou le poêle à feu continu, puis de les envelopper dans des feuilles de papier ou dans un torchon, et de les placer au moment du coucher dans le lit sous les draps, en particulier à l'emplacement des pieds, plus sensibles au froid.

Chauffe-pieds[modifier | modifier le code]

Chaufferette, XIXe siècle, Collection Musées départementaux de la Haute-Saône
éléments constitutifs, XIXe siècle, Collection Musées départementaux de la Haute-Saône

Autrefois, c'était une petite boîte métallique dont le couvercle percé laissait passer la chaleur des braises tirées d'un feu de bois et manipulées avec une pelle à couvot[9]. On posait les pieds dessus, puis on se recouvrait les jambes d'une couverture pour que la chaleur monte également le long des jambes. Il existe un modèle de chaufferette en bois à l’extérieur et doublé de fer à l'intérieur, le plus souvent contenant un seau en fonte, en fer, en laiton ou cuivre, dans lequel étaient déposées les braises.

Chauffe-mains[modifier | modifier le code]

Chaufferette à mains ou pomme ou escaufaille ou pomme à chauffer les mains ou chauffe-doigts ou boule à chauffer ou comtesse en forme de livre. Utilisées dès le XIIIe siècle elles permettaient d'avoir chaud aux mains en les gardant dans les poches. Il s'agit généralement d'une boule creuse de métal, attachée au bras par une chaînette et s'ouvrant en deux hémisphères que l'on remplissait de braise[10].
Parfois le chauffe-mains prenait l’aspect d’un livre d'heures car ces chaufferettes étaient utilisées tant par les ecclésiastiques que par les fidèles pour se prémunir des engelures l’hiver[11] dans les nefs froides des églises.

Chaufferette à eau[modifier | modifier le code]

Avec la disparition progressive des cheminées au bois et l’apparition des fourneaux ou cuisinières bois-charbon ; la nature de l’élément énergétique est passée du solide (braise) au liquide (eau). Cette mutation affecta également la nature du contenant qui est plus connu sous le nom de bouillotte.

Ce nouveau mode de chauffage évite tout risque d’incendie et est, hormis un risque d’humidité dû à une fuite, toujours d’actualité, le contenant prit toutes les formes imaginables dans une multitude de matières.

  • récipient en forme de cruche ou de bouteille de grès, matière qui emmagasine la chaleur,
  • Récipient métallique, laiton ou acier galvanisé plus économique, moins fragile, plus facile à fabriquer industriellement,
  • Récipient de matière souple comme le caoutchouc, dont l’aspect souplesse permet son usage tant en chauffe-lit qu’en chauffage corporel ponctuel (mains, reins, dos, pieds).


Dès la fin du XVIIIe siècle, ce nouveau moyen énergétique excita l’imagination d’inventeurs qui créèrent les bouillottes les plus originales :

  • en 1770, un cordonnier pour femme, imagine des pantoufles de spectacle munies de talons métalliques creux et remplis d’eau chaude,
  • en 1780, un fontainier publia une de ses créations sous la forme d’un petit réservoir rempli d’eau bouillante pour tenir les pieds au chaud dans les voitures[12],

Chaufferette électrique[modifier | modifier le code]

La première chaufferette fonctionnant à l'électricité est apparue au début du XXe siècle, plus précisément en 1922.

Cette catégorie de chaufferette s'est déclinée en plusieurs types :

  • Radiateur rayonnant : Appareil utilisant des éléments chauffants (céramiques ou non) pour disperser la chaleur par rayonnement.
  • Radiateur halogène : Type de chaufferette relativement similaire au radiateur rayonnant, mais utilisant des ampoules halogènes comme éléments chauffants
  • Radiateur à air forcé : Communément appelé radiateur-ventilateur ou même pulso-radiateur, c'est le type d'appareil de chauffage portatif le plus commun. Il utilise un ventilateur en plus des éléments chauffants (métal ou céramiques), le ventilateur servant à disperser la chaleur plus vite, ce qui est utile pour une caravane par exemple.
  • Radiateur à bain d'huile : Appareil ressemblant beaucoup à un radiateur à eau chaude, mais qui est rempli d'huile et scellé. L'huile est utilisée pour conserver la chaleur, ce qui réduit le nombre de cycles marche/arrêt.

Il existe des chaufferettes plus ou moins efficaces, dont le rendement énergétique est fonction du mode de transmission de la chaleur. Les méthodes les plus efficaces pour chauffer l'environnement domestique sont l'échangeur solide/air et le convecteur.

Chaufferette chimique[modifier | modifier le code]

Une chaufferette à l'acétate de sodium, avec sa pastille métallique.
Vidéo montrant la cristallisation d'une chaufferette.

Une chaufferette chimique est constituée d'une pochette contenant une solution aqueuse saturée en acétate de sodium en surfusion, la température de fusion étant à 54 °C pour une solution à 20 %, ce qui est bien au-dessus de la température ambiante. En tordant une plaquette métallique à l'intérieur du liquide, on libère des germes d'acétate solidifié, qui déclenchent la cristallisation, et la solution devient solide[13]. Cette transition de phase est exothermique, ce qui signifie qu'elle s'accompagne d'un dégagement de chaleur. Lorsque la pochette est refroidie, on fait passer l'acétate de sodium de l'état solide à l'état liquide en plaçant la pochette dans de l'eau très chaude. Puis la solution peut rester liquide jusqu'à une température de −120 °C[13], ce qui est très largement inférieur à la température de fusion, on dit que le liquide est en surfusion.

Bien que ces chaufferettes possèdent le qualificatif de « chimique », le processus mis en jeu est purement physique.

Il existe aussi de vraies chaufferettes chimiques dont le principe est activé par oxydation au contact de l'air. Elles sont efficaces bien plus longtemps (de 8 à 60 h contre 1 h) mais ne servent qu'une fois.

Chaufferette (viticulture)[modifier | modifier le code]

Le terme « chaufferette » est aussi le nom d'un type de brasero utilisé par certains viticulteurs champenois : en cas de risque de gel printanier, ils peuvent être amenés à employer des chaufferettes de grande taille, pour réchauffer leur parcelle de vigne pendant quelques heures et protéger ainsi les bourgeons.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Havard (H.). Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours. Paris, maison Quantin, 1887-1890. 4 vol tome 1 p. 785.
  2. a et b E. F. Neve, « One cause of cancer as illustrated by epithelioma in Kashmir », BMJ, vol. 2, no 2592,‎ , p. 589–591 (ISSN 0959-8138 et 1468-5833, DOI 10.1136/bmj.2.2592.589, lire en ligne, consulté le )
  3. H. T. Laycock, « The "Kang Cancer" of North-west China », BMJ, vol. 1, no 4559,‎ , p. 982–982 (ISSN 0959-8138 et 1468-5833, DOI 10.1136/bmj.1.4559.982, lire en ligne, consulté le )
  4. Anthony Du Vivier, Phillip H. McKee, Atlas de dermatologie clinique (2e édition), Bruxelles, Paris, De Boeck université, 1996, p. 456.
  5. IARC(2012) Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans ; vol. 100F : 110-144.
  6. Percival Pott (1777), Œuvres chirurgicales, tome 2, Paris, Didot, p. 295 sq.
  7. Percival Pott (1775) Chirurgical observations relative to the cataract, the polypus of the nose, the cancer of the scrotum, the different kinds of ruptures and the mortifications of the toes and feet, London, Carnegy, 1775.
  8. Coste J (2011, Nov.) Sur les traces d’une maladie inobservée des anciennes sociétés: les ulcères et cancers cutanés des ouvrières textiles des Flandres et du Hainaut au XVIIIe siècle. In Pour une histoire de la santé des classes populaires en France, en Flandre, en Italie et en Suisse, XVIIIe-XXe siècles
  9. Guide des outils et objets domestiques, André Mercuzot, ed. Jean-Cyrille Godefroy 1997, page 268
  10. Paul Rouaix, Dictionnaire des arts décoratifs : à l'usage des artisans, des artistes, des amateurs et des écoles : ameublement, armurerie..., Paris, A la librairie illustrée, , 1043 p., p. 254
  11. Objets civils domestiques, par Catherine Arminjon et Nicole Blondel (éd. Imprimerie Nationale, 1984) p. 484
  12. Journal général de France, 17 janvier 1780
  13. a et b Courty JM, Kierlik E, Les chaufferettes chimiques, Pour la Science, décembre 2008, p. 108-110

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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