Incendie du centre de données d'OVHcloud à Strasbourg

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Incendie du centre de données d'OVHcloud à Strasbourg
Type Incendie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Strasbourg, France
Coordonnées 48° 35′ 08″ nord, 7° 47′ 50″ est
Date Nuit du au

L'incendie du centre de données d'OVHcloud à Strasbourg est un incendie qui eut lieu dans la nuit du dans le centre de données de l'entreprise OVHcloud dans le quartier du Port du Rhin, à Strasbourg, entre 1 heure, moment de l'alarme, et 7 heures, lorsque l'incendie fut circonscrit. Bien que le sinistre n'ait fait aucune victime[1], l'incendie a intégralement détruit un des quatre centres de données strasbourgeois (SBG2), et partiellement un autre (SBG1)[2],[3]. Un deuxième incendie a lieu le [4]. Les deux autres sites adjacents (SBG3 et SBG4) furent épargnés[5], mais il a fallu les mettre hors de fonctionnement durant l'incendie. Cet arrêt total ou partiel a occasionné des interruptions de service pour des milliers d'entreprises et services publics, et des pertes de données définitives encore non estimées.

Premier incendie et constats[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du au , un incendie se déclare dans les centres de données de Strasbourg de la société OVHCloud. L'incendie part de SBG2 pour le détruire entièrement en épargnant SBG3 SBG4. SBG1 reste partiellement affecté. Tous les centres de données strasbourgeois d'OVH sont arrêtés lors de l'incendie.

Les causes de l'incendie, déclaré peu avant h, sont encore inconnues. Les premiers éléments de l'enquête penchent sur un départ de feu accidentel depuis deux onduleurs, dont l'un avait eu des opérations de maintenance quelques heures avant l'incendie[6],[7].

Le nombre de sites internet touchés dont certains du gouvernement français ou de sites officiels est très important, OVHcloud étant un acteur de premier plan en matière d'hébergement en France. À l’éducation nationale des problèmes ont été constatés au cours de la journée du mercredi 10 mars sur les Espaces numériques de travail (ENT)[8].

Les plugins ou service en ligne utilisés dans la conception d'autres sites entraine des conséquences en cascade sur le Web mondial. À titre d'exemple, l'indisponibilité du plugin de compression d'images Imagify touche 400 000 de ses clients à travers le monde[9].

Les données contenues dans les serveurs détruits sont perdues, à moins d'avoir été sauvegardées par ailleurs, chez d'autres hébergeurs ou sur d'autres serveurs d'autres sites d'OVHcloud. Alexandre Archambault, avocat spécialiste des questions numériques le rappelle « ... un site Web, une activité Internet critique, se redonde sur au moins deux prestataires distincts... »[10]. La société OVHCloud demande à ses clients d'engager leur plan de reprise d'activité informatique.

Sites internet, serveurs, domaines touchés[modifier | modifier le code]

Message du site du Centre Pompidou annonçant qu'il ne marchait pas suite à l'incendie.

D'après une analyse de Netcraft, spécialiste anglais du monitoring d'Internet, environ 3,6 millions de serveurs HTTP représentant 464 000 noms de domaines, et 18 % des IP attribuées à OVH, ne répondaient plus le entre h et h du matin[11].

Les sinistrés, affectés à différents degrés, incluent notamment[3],[12],[13],[14],[10] :

Les sites hébergés dans les centres de donnés d'OVHcloud à Roubaix et à Gravelines (Nord), et à Beauharnois au Canada n'ont pas été affectés.

Deuxième incendie[modifier | modifier le code]

Le 19 mars au soir, un nouvel incendie a lieu dans un local à batteries du bâtiment SBG1, interrompant les travaux de remise en état[4].

Des questionnements en suspens[modifier | modifier le code]

En tant qu'hébergeur, OVH aurait eu quelques négligences sur la conception de son centre de données à Strasbourg. Ces choix d'infrastructure ont eu un impact direct sur la propagation de l'incendie et la relance des centres de données adjacents, pourtant épargnés par le feu pour certains :

  • les datacenters SGB1 et SBG4 devaient être fermés (annoncé en 2017)[19],[20] ;
  • le datacenter SBG4 n’était pas indépendant énergétiquement comme annoncé en 2017[19],[20] ;
  • SBG3 n’avait pas sa propre salle réseau[19] ;
  • des sauvegardes étaient réalisés sur le même datacenter[19] ;
  • les planchers du datacenter SBG2 étaient en bois[19],[21] ;
  • il n'y avait pas de système d’extinction automatisé sur SBG2[19],[21] ;
  • l'énergie stockée dans des batteries en plomb (qui sous les flammes brûlent leur énergie) dans les salles serveurs[21] ;
  • le courant d'air dû à la conception free cooling qui a propagé l'incendie dans les étages[21] ;
  • l'absence de coupe-feu[21].

Le centre de données de Strasbourg (SBG2) est basé sur le concept d'une tour de cinq à six étages afin de s'appuyer sur le free cooling. À ce jour, d'autres centres de données d'OVH exploitent la même conception, à savoir Roubaix 4 (RBX4) et Beauharnois 1-2 (BHS1-2)[20].

Une action juridique[modifier | modifier le code]

170 entreprises[22], hébergées dans la ferme de serveurs du prestataire informatique qui a brûlé à Strasbourg en mars 2021, se sont regroupées et préparent une action collective pour obtenir réparation[23].

Rapport d'accident et préconisations[modifier | modifier le code]

Le 27 mai 2022, le Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels (BEA-RI) rend un rapport d'enquête[24] comprenant une chronologie détaillée de l'évènement, les conclusions de l'enquête et des préconisations quant à la reconstruction de SBG2 et la construction de futurs datacenters. Celui-ci ne mentionne pas les expertises judiciaires en cours menées par le collège d’experts désigné par le Tribunal Judiciaire de Strasbourg.

Ce rapport pointe d'une part des problèmes structurels liés à la conception du bâtiment et à l'absence de système d’extinction automatisé et, d'autre part, la difficulté de couper totalement l'alimentation électrique du site (qu'elle soit externe, via le réseau Strasbourg Électricité Réseaux, ou interne, via les réseaux de batteries et les générateurs de secours censés fournir de l'électricité en cas de défaillance de l'alimentation externe). Ces différents facteurs ont favorisé la progression de l'incendie et retardé l'intervention des secours incendie, expliquant l' « embrasement généralisé de SBG2 et la propagation de l’incendie à des bâtiments voisins »[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Strasbourg : « Important incendie » sur le site classé Seveso de l'entreprise OVH », sur 20minutes.fr (consulté le )
  2. « OVH Tasks », sur travaux.ovh.net (consulté le )
  3. a et b « A Strasbourg, un « important incendie » sur le site de l’entreprise OVH », sur Le Monde (consulté le )
  4. a et b J-F.T. et A.B., « Strasbourg, Nouvel incendie chez OVHcloud », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. « Découvrez l'histoire d'OVHcloud », sur OVHcloud (consulté le )
  6. « L’incendie survenu sur le site de l’entreprise OVH serait d’origine accidentelle », Le Monde avec AFP, (consulté le )
  7. Guillaume Périssat, « Incendie OVH : des onduleurs suspects selon Octave Klaba », sur L'1FO Tech par L'Informaticien, (consulté le )
  8. Violaine Morin, « Après l’incendie du site d’OVH à Strasbourg, des services de l’éducation nationales perturbés », sur Le Monde, (consulté le )
  9. (en) 98shares, « OVH Data Center Fire Darkens Popular Sites Worldwide », sur Search Engine Journal, (consulté le )
  10. a et b Xavier Demagny, « Un important incendie touche l'hébergeur français OVH, de nombreux sites internet hors service », sur franceinter.fr, (consulté le )
  11. (en) « 3.6 million websites taken offline after fire at OVH datacenters » (consulté le )
  12. « L'INCENDIE DES SERVEURS OVH FAIT PARTIR EN FUMÉE UNE PARTIE DU WEB FRANÇAIS », sur BFM TV (consulté le )
  13. (en) « Blaze destroys servers at Europe's largest cloud services firm », sur Reuters (consulté le )
  14. « Strasbourg: important incendie chez OVHcloud, de nombreux sites internet indisponibles partout dans le monde » (consulté le )
  15. « Incendie chez OVH : quels sont les sites internet en panne après la destruction des serveurs à Strasbourg », sur midilibre.fr (consulté le )
  16. Violaine Morin, « Après l’incendie du site d’OVH à Strasbourg, des services de l’éducation nationale perturbés », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « Le Mans. Université : les élections reportées à cause de l’incendie du site OVH de Strasbourg », (consulté le )
  18. « Statut de la plateforme : Perturbations suite à l’incendie chez OVH » [archive du ] Accès libre, sur apps.education.fr (consulté le )
  19. a b c d e et f « Six choses qu'OVH ne dit pas sur l'incendie de Strasbourg », sur journaldunet.com (consulté le )
  20. a b et c « Panne OVH : l'hébergeur revient sur le dernier incident qu'il a connu avec plus de détails », sur Developpez.com (consulté le )
  21. a b c d et e « Incendie – 6 erreurs d’OVHcloud », sur Datacenter Magazine, (consulté le )
  22. « Incendie chez OVH: les victimes demandent réparation » (consulté le )
  23. « OVH menacé d'une action collective suite à l'incendie de son data center », sur Les Echos, (consulté le )
  24. a et b Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels, « Rapport d’enquête Sur l’incendie au sein du centre de stockage de données OVH situé à Strasbourg (67) le 10 mars 2021. » Accès libre [PDF] (Rapport d'enquête), sur Conseil général de l'environnement et du développement durable, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]