Incendie du 5-7

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Incendie du 5-7
Mémorial aux victimes de l'incendie du 5-7.
Mémorial aux victimes de l'incendie du 5-7.

Type Incendie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Saint-Laurent-du-Pont (Isère)
Coordonnées 45° 22′ 59″ nord, 5° 42′ 37″ est
Date 1er novembre 1970
Participant(s) ~ 180 (au moment de l'incendie)
Répression
Arrestations 5
Morts 146

L'incendie du 5-7, dancing situé le long de la D520 à Saint-Laurent-du-Pont en Isère, s'est produit le et fit 146 morts[1].

Les victimes, âgées de 14 à 27 ans[2], ont succombé par asphyxie ou ont été brûlées vives. Par ailleurs, environ 55 victimes étaient âgées de 18 ans ou moins[2].

L'origine de l'incendie reste inconnue encore aujourd'hui[3].

L'incendie[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

La boîte de nuit avait été inaugurée en avril 1970 et drainait régulièrement des jeunes venus des régions de Voiron, Chambéry et Grenoble.

Dans la nuit du au , vers h 40 du matin, alors qu'environ 180 personnes sont présentes dans l'établissement, le sinistre se déclare dans le recoin d'une loge située au dessus du bar, au premier étage[4].
Il s'est rapidement propagé aux décors de la boîte de nuit et au mobilier, faits de papier mâché et de polystyrène expansé[5]. Ce matériau dégage alors un gaz asphyxiant[6]. Le plastique qui fond met également le feu aux vêtements en fibres synthétiques[6]. Les sorties de secours sont verrouillées pour éviter les resquilleurs, ce qui pousse les jeunes à tenter vainement de sortir par les tourniquets d'entrée car ils ne tournent que dans un sens (celui pour entrer)[1]. Selon le témoignage de Pierre Montillo, un survivant, l’orchestre a continué de jouer alors que le feu ravageait déjà une partie de l'établissement : « Il jouait Satisfaction des Stones, j'ai ce souvenir précis » dit-il[7]. Lorsqu'une trentaine de personnes réussit à s'échapper en forçant une issue de secours, un appel d'air entraîne une boule de feu qui traverse toute la discothèque[8].
Les lieux sont dépourvus de téléphone[5] ; un des directeurs de l'établissement, Gilbert Bas, se rend en voiture à Saint-Laurent-du-Pont pour donner l'alerte. À son retour sur les lieux avec les secours, il est trop tard, le feu a déjà englouti le bâtiment. Les pompiers de Saint-Laurent-du-Pont prennent la décision d'attendre le lever du jour pour dégager les victimes du lieu, après avoir vérifié qu'il n'y a plus de survivants[6].
Le travail d’identification des victimes est rendu très difficile, de par les manques de moyens techniques de l'époque et les corps carbonisés[6]. Neuf personnes ne seront jamais identifiées[6].

Le bilan élevé de cet incendie est dû au fait que les sorties étaient condamnées et aux fumées toxiques dégagées par la combustion des décors.

Plan au moment de l'incendie du 5-7 (rez-de-chaussée).

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès de l'incendie a lieu environ deux ans plus tard, en novembre 1972[9].

Cinq personnes sont condamnées à des peines de prison avec sursis de plusieurs mois, excepté le gérant condamné à six mois fermes en plus de la peine avec sursis[9]. Ainsi, Gilbert Bas, le gérant du 5-7 (seul rescapé sur les trois directeurs), Pierre Perrin, le maire de Saint-Laurent-du-Pont, Marcel et Joseph Vimfles, les installateurs du chauffage et Alfred Moskovits, le fournisseur du polyuréthane (molécule du polystyrène) sont accusés d’homicides et blessures involontaires[9].

De plus, les parties civiles ont été indemnisées à hauteur de 5 670 000 francs (864 386 € ), soit 38 835 francs (5 920 €) par victime[9]. Les assurances ont, par ailleurs, pris en charge les frais d'obsèques[9].

Autour de l'événement[modifier | modifier le code]

La presse relève le caractère dramatique de l'incendie et la jeunesse des victimes, avec des gros-titres tels que « le bal maudit », « le bal tragique » ou « la mort a fermé le bal »[10]

Le 9 novembre 1970, soit huit jours après la tragédie, le général de Gaulle meurt dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises. L'hebdomadaire satirique Hara-Kiri titre en couverture de son no 94, daté du lundi 16 novembre 1970 : « Bal tragique à Colombey – 1 mort »[11]. L'hebdomadaire est alors interdit de parution le lendemain[12]. Une rumeur veut que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, ait alors décidé lui-même de cette interdiction. Une autre, plus sceptique sur les délais de réaction réels des ministères, veut que la procédure d’interdiction, déjà en cours, ait simplement abouti par coïncidence cette semaine-là[13].

Les causes de l'incendie font l'objet de multiples rumeurs d'attentat, d'abord par le bouche-à-oreille dans la localité et sa région, puis, deux années plus tard par la presse idéologique et satirique. Pour Gaëlle Clavandier, qui analyse ces rumeurs, et fait un parallèle avec celles qui ont suivi l'incendie du Bazar de la Charité ou l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, il s'agirait d'une réaction permettant de donner une cause plus logique à des faits qui semblent inacceptables s'ils relèvent du seul accident[10].

Cette affaire de l'incendie du 5-7 est célèbre dans la jurisprudence administrative française, en ce qu'elle illustre le fait qu'une victime ne peut se prévaloir d'un droit à réparation lorsqu'elle se trouve en situation illégale. Ainsi, les exploitants qui n'avaient pas respecté les consignes de sécurité ne peuvent se prévaloir du préjudice causé par les fautes supposées des autorités de police.

Mémorial[modifier | modifier le code]

Un mémorial en l'honneur des victimes a été inauguré le 13 juin 1976, à l'emplacement du dancing. On y retrouve un des tourniquets[14]. Une cérémonie en l'honneur des victimes et familles de victimes s'y déroule annuellement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b 142 sont morts immédiatement et quatre des suites de leurs brûlures. « Commémorations de la tragédie du 5-7 », Le Dauphiné libéré, 27 octobre 2013, sur ledauphine.com, consulté le 27 octobre 2013.
  2. a et b « La liste complète des victimes », Le Dauphiné Libéré,‎ (lire en ligne)
  3. « Il y a 40 ans, le drame de la discothèque du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont », 20minutes.fr,‎ (lire en ligne)
  4. « Le 5-7, bal tragique du baby boom : Replay vidéo de l'émission Attenti », Public Senat,‎ (lire en ligne)
  5. a et b (en) « France: An Unusual Silence », time.com, consulté le 6 novembre 2010.
  6. a, b, c, d et e « Ils ne pourront jamais oublier cette nuit-là », Le Dauphiné Libéré, consulté le 1er novembre 2010, sur ledauphine.com, consulté le 1er novembre 2010.
  7. « Miraculé des flammes, l'Annécien Pierre Montillo n'a pas oublié le drame de la discothèque le 5/7 », sur www.lessorsavoyard.fr (consulté le 31 octobre 2016)
  8. (en) John Canning, Great Disasters, Ivy Leaf Books, 1990 (ISBN 0-86363-018-9), p. 100-101.
  9. a, b, c, d et e « De nombreuses négligences relevées au procès », Le Dauphiné Libéré,‎ (lire en ligne)
  10. a et b Gaëlle Clavandier, « Recourir au fait divers dans les situations post-catastrophiques : le cas des rumeurs », Les Cahiers du journalisme n° 17 – Été 2007 lire en ligne
  11. « De Hara-Kiri à Charlie : plus de 40 ans de provocations », sur ladepeche.fr, La Dépêche du Midi,‎ (consulté le 1er février 2015).
  12. « Il y a 40 ans, le drame de la discothèque du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont », Le Point, 1er novembre 2010, sur lepoint.fr, consulté le 27 octobre 2013.
  13. Stéphane Mazurier, « Ces gens-là nous ignoraient » : Charlie Hebdo et la presse « sérieuse », Acrimed, 27 avril 2009.
  14. « Il y a 40 ans : la tragédie du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont — Un long combat pour un mémorial. » sur ledauphine.com, 1er novembre 2010

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « La Dernière Nuit au Cinq-Sept » de Jodel Saint-Marc, en 2010.
  • « La dernière danse au 5-7 » de Patrice Morel et Benjamine Jeunehomme, 35 minutes diffusé le 1er novembre 2010 sur France 3 Rhône-Alpes-Auvergne.
  • « La Tragédie du 5-7 » cinq reportages de six minutes de Patrice Morel, diffusés sur France 3 Rhône-Alpes en novembre 2008.
  • « Le bal tragique » le 19 décembre 2013 dans 50 ans de faits divers sur 13e rue et sur Planète+ Justice.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]