Incendie du 5-7

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Incendie du 5-7
Mémorial aux victimes de l'incendie du 5-7.
Mémorial aux victimes de l'incendie du 5-7.

Type Incendie
Pays Drapeau de la France France
Localisation 2020, avenue Victor-Hugo

Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

Coordonnées 45° 22′ 59″ nord, 5° 42′ 38″ est
Date
Nombre de participants ≈ 180 à 200 (au moment de l'incendie)
Résultat Origine inconnue
Bilan
Blessés 6
Morts 146
Répression
Arrestations 5

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Incendie du 5-7
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Incendie du 5-7

L'incendie du 5-7, discothèque située le long de la D520 à Saint-Laurent-du-Pont en Isère, en France, s'est produit le et fit 146 morts.

Les victimes, âgées de 14 à 27 ans, ont succombé par asphyxie ou ont été brûlées vives. Par ailleurs, environ 55 victimes étaient âgées de 18 ans ou moins[1].

Cet incendie, d'une violence inouïe, a marqué la nation française, avec des visions insoutenables qui égalent « en horreur certains spectacles de guerre »[2], selon des journalistes de l'époque. Il constitue encore aujourd'hui un élément de mémoire et de recueillement important dans la région.

Malgré des suppositions et rumeurs, l'origine de l'incendie est inconnue[3].

Contexte[modifier | modifier le code]

La boîte de nuit[modifier | modifier le code]

La boîte de nuit avait été inaugurée en avril 1970, au bord de la route département 520 (ancienne route nationale), à environ deux kilomètres du centre de Saint-Laurent-du-Pont et de la commune limitrophe de Saint-Joseph-de-Rivière.

Le Cinq-Sept a ouvert sept mois avant l’incendie et n’a jamais été inspecté par les autorités pour vérifier l’application des consignes de prévention d'incendies[4].

La discothèque gagne rapidement en popularité pour sa décoration originale et son organisation par petites alcôves, parfaites pour flirter à l’abri des regards. Elle draine régulièrement des jeunes venus des régions de Chambéry et Aix-les-Bains (Savoie) ou bien Voiron et Grenoble (Isère), et affrète souvent des cars pour ses soirées à thème[5].

Soirée du premier novembre[modifier | modifier le code]

La soirée du au se déroule en présence des Storms, un groupe de rock parisien en plein essor. L'entrée est au tarif de 12 francs[6]. Le groupe étant très réputé, les resquilleurs viennent en nombre, et les gérants ferment à clé les issues de secours pour les empêcher de frauder[5].

L'incendie[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

Plan au moment de l'incendie du 5-7 (rez-de-chaussée).

Dans la nuit du au , vers h 35 du matin, alors qu'environ 180 personnes (voire 200[6]) sont présentes dans l'établissement, le sinistre se déclare dans le recoin d'une loge située au dessus du bar, au premier étage[7],[5].

Le barman, Christian, voit les lumières rouges à l’étage et comprend qu’il s’agit d’un incendie : il sort avec sa petite amie et appelle les jeunes à sortir. Une vingtaine de personnes présentes l’entend et parvient à sortir de la pièce avant qu’il ne soit trop tard[5]. Selon le témoignage de Pierre Montillo, un survivant, l’orchestre continue de jouer alors que le feu ravage déjà une partie de l'établissement : « il jouait Satisfaction des Stones, j'ai ce souvenir précis » dit-il[8].

Le feu se propage très rapidement aux décors de la boîte de nuit et au mobilier, faits de papier mâché et de polystyrène expansé[9]. Le polyuréthane dégage un gaz asphyxiant et tombe en gouttelettes sur les danseurs, faisant s’enflammer les vêtements en fibres synthétiques[5],[10].

Les sorties de secours sont verrouillées et barricadées avec des planches pour éviter que les resquilleurs ne se fassent ouvrir l'accès par un complice entré normalement[4]. Les jeunes tentent donc vainement de sortir par les tourniquets d'entrée, qui ne tournent que dans le sens opposé et les bloquent donc sur place[11]. Certains jeunes meurent écrasés dans la cohue près de l’entrée et des sorties de secours[4]. Lorsqu'une trentaine de personnes réussit à s'échapper en forçant une issue de secours, un appel d'air entraîne une boule de feu qui traverse toute la discothèque[12].

À h 45, dix minutes après le début de l’incendie, il n’y a plus de survivant dans la discothèque[4],[5].

Arrivée des pompiers[modifier | modifier le code]

Les lieux sont dépourvus de téléphone[9] ; un des directeurs de l'établissement, Gilbert Bas, se rend en voiture à Saint-Laurent-du-Pont pour donner l'alerte. À son retour sur les lieux avec les secours, il est trop tard, le feu a déjà englouti le bâtiment. Les pompiers de Saint-Laurent-du-Pont prennent la décision d'attendre le lever du jour pour dégager les victimes du lieu, après avoir vérifié qu'il n'y a plus de survivants[10]. Les pompiers estimeront plus tard que les victimes sont toutes mortes en moins de dix minutes[4].

Un pompier, arrivé rapidement sur les lieux témoigne : « Quand nous sommes arrivés, à peine dix minutes après le début de l’incendie, le cabaret n’était plus qu’une vraie boîte d’allumettes enflammées. On a enfoncé les portes et, près de l’entrée principale, dans un carré de cinq mètres de côté, on a découvert 58 corps entassés les uns sur les autres, sur près de 1,50 m de hauteur. Tous avaient le bras replié devant le visage. D’autres étaient encore dressés, les poings fermés, sans doute parce qu’ils devaient tambouriner contre la porte »[13].

Le pianiste des Storms est retrouvé assis à son piano ; le groupe n’a pas cessé de jouer pendant l’incendie[5].

L'après incendie[modifier | modifier le code]

Décompte et identification des victimes[modifier | modifier le code]

Au matin du drame, on dénombre 142 morts pour dix blessés[6], dont quatre qui décéderont des suites de leurs blessures, portant donc le bilan final à 146 morts[13]. On estime qu'il y a eu une quarantaine de survivants[4].

Le travail d’identification des victimes est rendu très difficile, par le manque de moyens techniques de l'époque et les corps carbonisés[10] : on ne montre aux parents que les vêtements et accessoires de leurs enfants pour les aider à identifier les morts, dont les corps sont trop abîmés pour être reconnaissables[4]. Neuf personnes ne seront jamais identifiées[10]. Les deux associés de Gilbert Bas, originaires de Saint-Laurent-du-Pont comme quatre autres victimes, sont morts dans l’incendie. C'est la commune de Chambéry qui paya le plus lourd tribut avec 37 disparus[1]. De nombreux autres étaient étudiants à l’Université Grenoble-Alpes[4]. En moyenne, les victimes étaient âgées de vingt ans[5]. Sur la quarantaine de survivants, quelques uns, gravement blessés vont mourir quelques mois, ou quelques années après la tragédie des conséquences de graves blessures[réf. nécessaire].

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

Sur place, les journalistes constatent avec résignation et stupeur l'ampleur du drame. « Les envoyés spéciaux du Figaro dépêchés en urgence sur les lieux de l'incendie d'une discothèque en Isère un matin de Toussaint éprouvent ce jour-là les limites de leur métier. Jamais notre travail de reporter n'aura été aussi pénible, avouent-ils. Nous avons vu les plus endurcis de nos confrères photographes ranger leurs appareils dans leurs étuis sans un mot, d'un commun accord. »[2].

La presse relève le caractère dramatique de l'incendie et la jeunesse des victimes, avec des gros-titres tels que « le bal maudit », « le bal tragique » ou « la mort a fermé le bal »[14].

Le , soit huit jours après la tragédie, Charles de Gaulle meurt dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises. L'hebdomadaire satirique Hara-Kiri titre en couverture de son no 94, daté du lundi  : « Bal tragique à Colombey – 1 mort »[15]. L'hebdomadaire est interdit de parution le lendemain[16]. Une rumeur veut que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, ait alors décidé lui-même de cette interdiction. Une autre, plus sceptique sur les délais de réaction réels des ministères, veut que la procédure d’interdiction, déjà en cours, ait simplement abouti par coïncidence cette semaine-là[17]. Le 23 novembre naît Charlie Hebdo, héritier de Hara-Kiri[5].

Causes supposées de l’incendie[modifier | modifier le code]

Un court-circuit est évoqué par certains médias[18].

Les causes de l'incendie font l'objet de multiples rumeurs d'attentat, d'abord par le bouche-à-oreille dans la localité et sa région, puis, deux années plus tard par la presse idéologique et satirique[19],[20],[21]. Cette hypothèse est rapidement écartée[22]. Pour la sociologue Gaëlle Clavandier, qui analyse ces rumeurs, et fait un parallèle avec celles qui ont suivi l'incendie du Bazar de la Charité ou l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, il s'agirait d'une réaction permettant de donner une cause plus logique à des faits qui semblent inacceptables s'ils relèvent du seul accident[14].

L'origine de cet incendie n'a jamais pu être confirmée ni même déterminée[18].

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès de l'incendie commence le 10 octobre 1972[5]. Les enquêteurs auraient alors relevé 68 infractions aux normes de sécurité[22].

Gilbert Bas, le gérant du 5-7 (seul rescapé sur les trois directeurs), Pierre Perrin, le maire de Saint-Laurent-du-Pont, Marcel et Joseph Vimfles, les installateurs du chauffage et Alfred Moskovits, le fournisseur du polyuréthane sont accusés d’homicides et blessures involontaires[23]. Les experts recensent 68 infractions à la loi dans le cadre de l’incendie[5].

À l’annonce du verdict de deux ans de prison avec sursis, le au palais de justice de Lyon, Gilbert Bas est pris à partie par une trentaine de personnes[5].

En appel, Gilbert Bas est condamné à six mois de prison ferme en plus de ses deux ans avec sursis[5].

Cinq personnes sont condamnées à des peines de prison avec sursis de plusieurs mois, excepté le gérant condamné à six mois ferme en plus de la peine avec sursis[23].

De plus, les parties civiles ont été indemnisées à hauteur de 5 670 000 francs (864 386  ), soit 38 835 francs (5 920 ) par victime[23]. Les assurances ont, par ailleurs, pris en charge les frais d'obsèques[23].

Cette affaire de l'incendie du 5-7 est célèbre dans la jurisprudence administrative française, en ce qu'elle illustre le fait qu'une victime ne peut se prévaloir d'un droit à réparation lorsqu'elle se trouve en situation illégale. Ainsi, les exploitants qui n'avaient pas respecté les consignes de sécurité ne peuvent se prévaloir du préjudice causé par les fautes supposées des autorités de police.

Analyse sociale[modifier | modifier le code]

Gaëlle Clavandier, sociologue et anthropologue française, a travaillé sur de nombreux sujets liés à la fois aux catastrophes et à la mort. Elle s'est déjà penchée sur l'incendie du 5-7. Elle confie, dans un reportage La Dernière Danse au 5-7, que « cette catastrophe est absolument unique à plusieurs titres »[24] . En effet, cette catastrophe touche « un public très jeune, ce qui est relativement rare […] et cela touche des jeunes dans un contexte de loisir »[24]. Unique aussi à cause du nombre très important de victimes et de la rapidité du sinistre, sans oublier le nombre très faible de survivants, « c'est quelque chose de tout à fait exceptionnel »[24].

Monument aux morts[modifier | modifier le code]

Un mémorial en l'honneur des victimes a été inauguré le , à l'emplacement du dancing[25]. On y retrouve un des tourniquets sur lequel est accrochée une plaque où l'on peut lire : « Placés dans le hall d’entrée, ces tourniquets faits par des hommes inconscients et avides d’argent ont provoqué la mort de 144 enfants brûlés vifs le 01.11.1970 »[26]. Une cérémonie à la mémoire des victimes et familles de victimes s'y déroule annuellement.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La liste complète des victimes », Le Dauphiné Libéré,‎ (lire en ligne, consulté le 1er novembre 2016)
  2. a et b Camille Lestienne, « Toussaint 1970 : le bal tragique du «5-7» », sur Le Figaro.fr, (consulté le 31 octobre 2020)
  3. « Il y a 40 ans, le drame de la discothèque du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont », 20minutes.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2016)
  4. a b c d e f g et h (en-GB) « 1970: Nightclub inferno 'wipes out generation' », BBC,‎ (lire en ligne, consulté le 5 mars 2020)
  5. a b c d e f g h i j k l et m Charles de Saint Sauveur, « L’incendie du 5-7, la nuit d’horreur de la Toussaint 1970 », sur leparisien.fr, (consulté le 6 mars 2020)
  6. a b et c « Il y a 50 ans. Le drame du 5-7, un samedi soir en enfer », sur ledauphine.com (consulté le 31 octobre 2020)
  7. « Le 5-7, bal tragique du baby boom : Replay vidéo de l'émission Attenti », Public Senat,‎ (lire en ligne, consulté le 21 février 2017)
  8. « Miraculé des flammes, l'Annécien Pierre Montillo n'a pas oublié le drame de la discothèque le 5/7 », sur lessorsavoyard.fr (consulté le 31 octobre 2016)
  9. a et b (en) « France: An Unusual Silence », time.com, consulté le 6 novembre 2010.
  10. a b c et d « Ils ne pourront jamais oublier cette nuit-là », Le Dauphiné Libéré, consulté le 1er novembre 2010, sur ledauphine.com, consulté le 1er novembre 2010.
  11. 142 sont morts immédiatement et quatre des suites de leurs brûlures. « Commémorations de la tragédie du 5-7 », Le Dauphiné libéré, 27 octobre 2013, sur ledauphine.com, consulté le 27 octobre 2013.
  12. (en) John Canning, Great Disasters, Ivy Leaf Books, 1990 (ISBN 0-86363-018-9), p. 100-101.
  13. a et b Julie-Solveig Saint-Germes, « Bal tragique au 5-7 : il y a 50 ans, 146 jeunes perdaient la vie dans l’incendie d’un dancing », sur ouest-france.fr, Ouest-France, (consulté le 31 octobre 2020).
  14. a et b Gaëlle Clavandier, « Recourir au fait divers dans les situations post-catastrophiques : le cas des rumeurs », Les Cahiers du journalisme n° 17 – Été 2007 halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00681075/PDF/Recourir_au_fait_divers_dans_les_situations_post-catastrophiques_-_Cahiers_du_journalisme.pdf
  15. « De Hara-Kiri à Charlie : plus de 40 ans de provocations », sur ladepeche.fr, La Dépêche du Midi, (consulté le 1er février 2015).
  16. « Il y a 40 ans, le drame de la discothèque du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont », Le Point, 1er novembre 2010, sur lepoint.fr, consulté le 27 octobre 2013.
  17. Stéphane Mazurier, « Ces gens-là nous ignoraient » : Charlie Hebdo et la presse « sérieuse », Acrimed, 27 avril 2009.
  18. a et b « Isère : il y a 50 ans, l'incendie du « 5-7 » 146 morts dans une discothèque à Saint-Laurent-du-Pont », France Bleu, (consulté le 31 octobre 2020).
  19. www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Incendie_du_5-7.pdf
  20. paquebot.unblog.fr/2011/03/31/brulante-toussaint-au-5-7/
  21. books.openedition.org/editionscnrs/1599?lang=fr
  22. a et b « "Le pire, c'est le bruit du silence", 50 ans après la tragédie du "5-7", le souvenir et le chagrin sont toujours intacts », sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (consulté le 31 octobre 2020)
  23. a b c et d « De nombreuses négligences relevées au procès », Le Dauphiné Libéré,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2016)
  24. a b et c La Dernière Danse au 5-7, documentaire de Patrice Morel et Benjamine Jeunehomme, 35 minutes diffusé le sur France 3 Rhône-Alpes-Auvergne
  25. « Il y a 40 ans : la tragédie du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont – Un long combat pour un mémorial» sur ledauphine.com, .
  26. Latté Stéphane, « Le choix des larmes. La commémoration comme mode de protestation », Politix, no 110,‎ (lire en ligne).
  27. « Le 5-7 : le bal tragique du baby boom », Public Senat, (consulté le 2 novembre 2017).