Histoire des Samoa

L'histoire des Samoa débute lorsque des explorateurs des Fidji arrivèrent dans l'archipel il y a environ 3 500 ans et initièrent à partir de là le peuplement du reste de la Polynésie, tout d'abord vers l'est, puis vers le nord et le sud.
Débuts
[modifier | modifier le code]Peuplées depuis 3 000 ans environ (peut-être 3 500 ans) par un peuple polynésien, en provenance sans doute des Tonga, ou du moins d'un archipel occidental de la Polynésie[1] et auparavant des Fidji) et des îles Lau, descendant des Austronésiens porteurs de la civilisation Lapita, les Samoa sont occupées aux alentours de l'an 1000 av. J.-C. par des populations partageant initialement la même culture (céramiques, outils en obsidienne, notamment). Cependant des interruptions au moins momentanées entre cette chaîne de civilisations Lapita, d'abord entre les Fidji et les Tonga, puis entre les Tonga et les Samoa isolent au moins en partie ces communautés et provoquent la naissance d'une civilisation polynésienne originale et distincte. Celle des Samoa est notamment caractérisée par l'utilisation des pierres en basalte dur trouvées uniquement sur Samoa et sur Uvéa tandis qu'une grande partie de la culture matérielle est restée longtemps inchangée (coquillage, techniques de pêche). Il en résulte que la terre d'origine des peuples polynésiens doit être trouvée à l'intérieur des archipels des Tonga et des Samoa (en y incluant les voisins proches comme Futuna). Cette terre ancestrale est celle que les mythes ont retenu sous le nom de Havaiki[2] . Des Samoa (ou des Tonga), vers 200 av. J.-C. une migration ultérieure donnera naissance aux populations polynésiennes orientales qui s'étendent d'Hawaii à l'île de Pâques et à la Nouvelle-Zélande (le triangle polynésien).
Intégration à l'Empire Tuʻi Tonga (900~), puis indépendance (1200~)
[modifier | modifier le code]Vers le début du Xe siècle de notre ère, les Tonga deviennent une puissance dominante en Océanie, et étendent leur autorité sur les îles alentour. Les Samoa sont conquises, et deviennent une province de l'Empire Tuʻi Tonga. Au XIIIe siècle, les Samoans se révoltent, menés par Savea, et chassent les Tongiens de leurs îles. L'Empire tongien amorce son déclin, et les Samoa demeurent indépendantes pendant plus de 600 ans.
L'archipel des Samoa : des premiers contacts au Traité tripartite (1722-1899)
[modifier | modifier le code]Les Samoa entrent en contact tardivement avec le monde occidental. Le Hollandais Jacob Roggeveen est le premier Européen à identifier l'archipel en juin 1722. Un demi-siècle plus tard, en 1768, l'explorateur français Louis-Antoine de Bougainville passe à son tour au large de l'archipel qu'il nomme les îles du Navigateur. Le premier navigateur européen à mettre pied sur une des îles de l'archipel est La Pérouse en 1787. Il débarque sur l'île de Tutuila avant d'être attaqué par la population. Son commandant en second le vicomte de Langle ainsi que 11 membres d'équipage sont tués. Ces premiers contacts difficiles entre Samoans et Européens donnent à l'archipel la réputation d'être peu hospitalier, en conséquence de quoi celui-ci est peu visité. Ce n'est qu'à partir de 1830 que les premiers missionnaires, ceux de la « London Missionary Society » (congrégationnaliste) et de la « Wesleyan Missionary Society » ou « lotu tonga » (méthodiste) commencent à s'installer dans l'archipel.
Il n'existe pas à l'époque de pouvoir centralisé. Le titre de tafaʻifa, porté par certains chefs de manière épisodique, signifie la convergence de certains grands titres en une même personne, mais elle n'est investie d'aucune autorité inhérente. Il disparaît au milieu du XIXe siècle, à la mort de Malietoa Vainuʻupo, dont la conversion au christianisme facilite grandement la propagation de cette religion. Au bas de l'échelle, le 'aiga (clan) regroupe l'ensemble des individus se reconnaissant un ancêtre commun. À la tête de chaque aiga [3], le matai ou chef de clan dont le pouvoir se transmet dans l'absolu de façon héréditaire. Régulièrement au sein de chaque village (nu'u), l'ensemble des matai se réunissent au sein d'un conseil appelé fono, chargé de la gestion des terres et de la distribution des tâches. Tous les matai n'ont néanmoins pas de même statut. Il y a entre autres ceux qui ont le titre de ali'i et qui prennent part aux décisions les plus importantes, les tulafale ou « porte-parole », qui jouent quant à eux le rôle d'orateur, chargés principalement de parler au nom de l'ali'i. Enfin en haut de l'échelle, les tama 'aiga, terme généralement traduit par « grand chef » ou « roi », représentent une confédération de tribus. Ils sont à l'époque de l'arrivée des Européens au nombre de quatre pour l'ensemble de l'archipel. Les statuts peuvent se cumuler, un tama 'aiga étant également ali'i dans le cadre du nu'u et matai de son propre 'aiga
- un pour l'île de Savai'i qui appartient au clan des Malietoa,
- deux pour Upolu, du clan Tamasese et Mata'afa,
- Les Tuimaleali'ifano pour Tutuila et les îles Manu'a.
Ces chefferies sont à l'époque en conflit permanent, alliances[4] et mésalliances se faisant au gré des circonstances et des stratégies du moment.
À partir des années 1850, un nombre croissant d'Européens, généralement marchands ou planteurs de coprah, commencent à s'installer dans l'archipel et plus particulièrement à Apia. Ces Européens s'impliquent peu à peu dans les guerres intestines samoanes en supportant telle ou telle faction et en leur fournissant armes et munitions en échange de terres. Ces troubles et cet afflux croissant d'Européens font des Samoa une proie facile. Trois pays sont plus particulièrement intéressés : l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. En 1875, l'Américain Albert Steinberger, représentant principalement des intérêts commerciaux allemands, se fait nommer premier ministre des Samoa par le roi Malietoa Laupepa, dont il consolide l'autorité au moyen d'une nouvelle constitution. Les consuls américain et britannique, y voyant là une ingérence allemande, font limoger Steinberger l'année suivante. En réponse, le parlement autochtone samoan destitue le roi ; il s'ensuit une décennie d'instabilité et d'incertitude[5].
En 1889, à la suite de la crise des Samoa, les trois pays occidentaux signent le traité de Berlin, les Samoa deviennent un territoire neutre et indépendant sur lequel chacune des trois puissances s'autorise à installer une base navale et à nommer un consul responsable de leurs ressortissants respectifs. Malietoa Laupepa, tama 'aiga de Sava'i, est nommé à nouveau « roi » (ali'i sili[6]) de l'archipel, titre néanmoins tout à fait symbolique, ses deux grands rivaux (Mata'afa Iosefo[7] et Tupua Tamasese Lealofi I) gardant le contrôle de leur bastion (Mata'afa Iosefo au sud d'Upolu et Tamasese Lealofi I au nord d'Upolu). Robert Louis Stevenson alors installé au Samoa œuvre par ses écrits à promouvoir cette indépendance toute relative vis-à-vis des grandes puissances. Dans les années qui suivent, les trois consuls se disputent l'influence du roi agissant en sous-main pour faire valoir les droits de leur nation respective[8]. En 1898, le roi Malietoa Laupepa meurt. Soutenu par les Allemands, Mata'afa Iosefo est désigné comme son successeur alors même que les consuls britanniques et américains et une partie de la population soutiennent Malietoa Tanumafili I, le fils de Laupepa. Les troubles reprennent de plus belle. Des navires de guerre britanniques et américains bombardent la capitale, Apia, le 15 mars 1899.
Pour mettre fin aux troubles et sous l'impulsion des Européens présents sur place, les trois nations finissent par trouver un compromis. Une convention tripartite réunissant Bartlett Tripp pour les États-Unis, C. N. E. Eliot pour le Royaume-Uni et Freiherr Speck von Sternberg pour l'Allemagne, est organisée afin de trouver un accord pour partager l'archipel. Les Allemands obtiennent le droit d'annexer la partie occidentale de l'archipel, les Américains la partie orientale. En contrepartie, les Allemands renoncent à toute prétention sur les îles Tonga et laissent aux Britanniques la possession des îles Choiseul et Santa Isabel situées au nord de la Nouvelle-Guinée[9].
La tutelle allemande et la naissance du Mau Movement (1899-1914)
[modifier | modifier le code]Wilhelm Solf est nommé gouverneur de la partie allemande par Berlin. Lors de son discours d'investiture, il déclare vouloir gouverner dans le respect de la "coutume samoane (fa'a Samoa)". Sa première mesure est de régler le problème de succession au titre d'Ali'i Sili en confirmant à son poste Mata'afa Iosefo. Pour mettre un terme aux troubles, il exige le désarmement complet de l'archipel. En tout, plus de 150 fusils sont ainsi récupérés. Il met ensuite en place un système de double administration.
- une administration dite "coloniale" chargée de gérer les affaires courantes et régler les conflits entre Européens ou entre Européens et Samoans,
- Une administration dite "indigène", pour gérer les affaires samoanes selon la coutume.
Cette dernière est constituée d'un conseil consultatif, le fono a faipule (assemblée des représentants de district), regroupant 27 membres parmi les matai les plus importants de l'archipel et d'un conseil de gouvernement présidé par Solf lui-même, assisté de l'Al'i Sili et des deux autres tama 'aiga (Malietoa Tanumafili I et Tupua Tamasese Lealofi I) . Très vite néanmoins, les Samoans reprochent à Solf de s'immiscer un peu trop dans des affaires considérées comme strictement samoanes. C'est ainsi qu'en 1903 il met en place une Commission foncière chargée de régler une fois pour toutes les conflits fonciers, non seulement entre Européens et Samoans mais également entre Samoans eux-mêmes, prérogative jusqu'alors exclusive des fono de district. Ce mécontentement se transforme peu à peu en remise en cause de la présence allemande avec la création en mars 1909 à Savai'i du Mau a Pule [10] ou "Mau movement". À l'origine de ce mouvement de contestation, il y a un matai originaire de Sava'i, Namulau'ulu Lauaki Mamoe[11]. Celui-ci réussit à convaincre les matai des principaux districts de Sava'i de ne pas payer les taxes, généralement dues en nature, à l'administration allemande. Il se rend ensuite à Upolu afin de rallier en vain Mata'afa. Craignant la reprise des troubles et profitant du passage d'un navire de guerre allemand, Solf fait arrêter en 1910 Lauaki Mamoe et ses partisans avant de les déporter sur l'île de Saipan aux Mariannes du Nord, alors colonie allemande. Lauaki Mamoe ne revoit jamais son île natale, décédant de mort naturelle en 1915 sur le navire néo-zélandais chargé de le ramener aux Samoa.
Les Samoa occidentales sous mandat néo-zélandais (1914-1962)
[modifier | modifier le code]Les années de révolte (1914-1936)
[modifier | modifier le code]Au déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914, la Nouvelle-Zélande prend le contrôle des Samoa occidentales et met en place une administration militaire commandée par le lieutenant colonel britannique Robert Logan. La période de guerre est pour les Samoa une période de boom économique pour les produits tropicaux, et plus particulièrement pour le coprah, dont savent profiter les planteurs et négociants européens et métis d'Apia.
La Nouvelle-Zélande continue cette occupation jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1919, au traité de Versailles, l'Allemagne met fin à ses revendications sur l'archipel qui est confié à l'administration néo-zélandaise sous mandat de la Société des Nations. Il s'agit d'un mandat de "classe C", qui concerne les "peuples primitifs, incapable de se gouverner eux-mêmes", qui forme le territoire sous tutelle des Samoa occidentales. Les Samoans se sentent humiliés par un tel jugement, d'autant qu'entre temps, 22 % de la population samoane soit environ 8500 personnes meurent à la suite de l'épidémie de grippe espagnole de 1918. La propagation de l'épidémie est durement ressentie par la population qui en attribue la responsabilité à l'administration néo-zélandaise. Logan n'exige en effet aucune quarantaine aux navires débarquant à Apia. Plus tard, alors que l'épidémie fait rage, il refuse également l'aide médicale proposée par les autorités américaines installées à Tutuila[12].
En 1920, le colonel Robert Tate est nommé gouverneur en remplacement de Logan. La guerre étant terminée, il est chargé de rétablir une administration civile. Il reprit pour cela le système de double gérance mis en place par Solf en y ajoutant quelques nouveautés. Pour gérer les affaires concernant les Européens ou assimilés, il crée un conseil législatif composé de cinq membres nommés par ses soins. Ce conseil n'a qu'un rôle consultatif. Le fono a faipule, hérité de la période allemande est également reconduit ainsi que le conseil de gouvernement toujours présidé par le gouverneur assisté de deux fautua (conseillers) qui ne sont autres que deux des principaux Tama 'aiga, Tupua Tamasese Lealofi III et Malietoa Tanumafili II[13]. Assez rapidement, Tate est confronté à des contestations, liés essentiellement aux difficultés économiques de l'archipel. Après l'euphorie des années de guerre, le commerce de coprah périclite faisant chuter d'autant les prix. Les principaux planteurs européens et une partie de matai qui ont su également profiter de la flambée des prix en attribuent la responsabilité aux autorités néo-zélandaises. Face à ce mécontentement croissant, Wellington décide de le remplacer par George Spafford Richardson.
Militaire de carrière comme son prédécesseur, il n'a aucune expérience du Pacifique insulaire ou des Samoa qui constituent son premier poste outre-mer. L'une de ses premières mesures est d'ouvrir le fono a faipule à de nouveaux matai qu'il juge plus favorables à sa cause. Cela entraîne des contestations croissantes parmi les matai qui en sont déjà membres et ceux qui n'y sont pas nommés. Prônant une politique de fermeté, il répond à cette contestation par le "samoan offenders Act". Par cette ordonnance, il s'octroie le droit de déchoir de son titre sans autre forme de procès, tout matai lui paraissant constituer un trouble à l'ordre public. Entre 1923 et 1927, il l'utilise en tout 56 fois. C'est, là encore, ressenti par les Samoans comme un abus de pouvoir intolérable et une nouvelle intrusion de l'administration néo-zélandaise dans les affaires coutumières. En effet, si ces mesures de déchéances déjà, celles-ci étaient de la prérogative exclusive des fono de chaque district.
C'est à cette époque que le mouvement mau qui depuis 1910 n'a plus fait reparler de lui, réapparaît. S'y retrouvent des partisans de Lauaki Mamoe, déportés à Saipan et rapatriés en 1915, quelques matai ainsi qu'un des deux principaux tama 'aiga, Tupua Tamasese Lealofi III. Chose nouvelle, des Européens et métis rejoignent également le mouvement. Taisi Olaf Frederick Nelson, riche marchand métis né d'un père suédois et d'une mère samoane , Edwin William Curr, aventurier américain, A.G. Smyth et S.H. Meredith (en), planteurs d'origine britannique, en font partie.
En 1923 est créé un comité citoyen et une police mau, vêtue du traditionnel "lavalava" (jupe samoane), d'une chemise blanche et armée d'une matraque de bois. Leur cri de guerre "Samoa mo Samoa", les "Samoa aux Samoans". Dans les années qui suivent le mau movement ne cesse de se renforcer, envoyant sans résultats au gouvernement néo-zélandais, plusieurs pétitions dénonçant la politique de Richardson. En 1927, une nouvelle pétition demandant cette fois-ci le rattachement aux Samoa américaines et, par la même, le passage sous souveraineté américaine est cette fois-ci envoyée au Roi George V et à la SDN. C'est un véritable camouflet pour la Nouvelle-Zélande, jeune nation qui souhaite montrer au monde et à la mère patrie l'Angleterre qu'elle est à la hauteur du mandat que lui a confié la SDN. Croyant voir derrière cette pétition la main des Européens d'Apia, le gouvernement néo-zélandais envoie sur place un navire de guerre en décembre 1927. Nelson, Curr et Smyth sont arrêtés et exilés en Nouvelle-Zélande. S'ensuivent pendant plusieurs semaines des heurts violents entre les Samoans et l'armée. Plusieurs magasins d'Apia sont également pillés. En tout plus de 400 militants mau sont arrêtés. Parmi ceux-ci, Tupua Tamasese Lealofi III qui est condamné à six mois de déportation en Nouvelle-Zélande.
En avril 1928, Richardson est remplacé par le Colonel Stephen Allen. Après des débuts plus conciliants avec la contestation, il finit par reprendre la politique de confrontation de Richardson. Les violences ne reprennent pas, mais le mau continue par son comité de citoyens à demeurer actif en incitant la population à la désobéissance civile, notamment par le refus de payer les taxes.
En décembre 1929, souhaitant faire preuve de bonne volonté, le gouvernement néo-zélandais autorisE Alfred Smyth à rentrer aux Samoa. Le jour de son arrivée, le 28 décembre, 2 000 membres du mau se rassemblent dans le centre d'Apia afin de marcher en procession jusqu'au port et l'accueillir. En chemin des échauffourées éclatent avec la police néo-zélandaise qui, prise de panique, fait tirer à la mitraillette sur la foule. On dénombre onze morts côté samoan dont le tama 'aiga Tupua Tamasese Lealofi III. Cet événement connu sous le nom de Black Saturday (Samedi noir) marque fortement l'histoire samoane et le ressentiment de la population envers la Nouvelle-Zélande[14].
Au lendemain du Black Saturday, Wellington fait envoyer sur place 250 soldats avec pour mission de « pacifier » l'archipel. Le mau est déclaré mouvement séditieux et interdit. Ses membres s'enfuient en brousse alors que l'armée néo-zélandaise poursuit pendant plusieurs semaines sa « campagne de pacification » caractérisée par des raids dans les tribus et la recherche des principaux leaders du mau. Nombre d'entre eux sont arrêtés et exilés en Nouvelle-Zélande. Ceux qui ont un statut coutumier sont déchus de leur titre.
En 1936, l'arrivée au pouvoir à Wellington d'un gouvernement travailliste change la donne. Plus favorable aux revendications des Samoans, celui-ci prend un certain nombre de mesures d'apaisement. Le mau est réhabilité, ses membres exilés autorisés à rentrer et le Conseil Législatif ouvert aux Samoans.
Les Samoa durant la guerre du Pacifique
[modifier | modifier le code]Si durant la guerre du Pacifique l'archipel reste éloigné des zones de combats, ceux-ci ont de nombreuses répercussions sur la vie quotidienne des Samoans. En effet à partir de mars 1942, les troupes américaines commencent à s'installer en masse dans l'archipel et tout particulièrement sur Upolu. En tout, entre 1942 et 1945, plus de 90 000 GI séjournent dans l'île. Les Américains font construire un grand nombre d'infrastructures : routes, aéroport notamment. Ils emploIent pour cela de la main d'œuvre locale qui découvrE ainsi le travail salarié. D'autres encore sont engagés pour surveiller les côtes de l'archipel en cas d'attaque japonaise (les gardes fitafita). Les Samoans profitent également de cette présence américaine pour revendre leur surplus alimentaires (poissons, fruits...) à des prix parfois exorbitants.
Les seuls à se plaindre de cette présence étrangère sont les pasteurs qui voyant leur influence sur leurs ouailles fortement décliner, dénoncent la « permissivité » américaine en matière d'alcool et de sexe. Car une autre conséquence de cette présence américaine est la recrudescence de naissances « illégitimes » . Leur nombre est estimé à 1 200 pour les trois années de présence américaine. Certains matai réagissent également. Dans le village de Falefa (près d'Apia), un couvre-feu est instauré pour toutes les femmes et aucun soldat américain en dehors des officiers n"est autorisé à y pénétrer. En 1946, les Américains repartent aussi vite qu'ils sont venus.
La marche vers l'indépendance (1945-1962)
[modifier | modifier le code]À partir de 1945, se met en place un long processus aboutissant à l'indépendance de 1962. Ce processus se déroule en trois étapes.
- 1947 : le premier "Samoan Amendment Act"
Lorsqu'en 1945, l'ONU succéde à la SDN, celle-ci décide de renégocier les mandats confiés à la Nouvelle-Zélande. Craignant d'être laissés à l'écart des discussions, certains Samoans envoient aux Nations unies une pétition demandant la réunification avec les Samoa américaines et la mise en place d'un gouvernement autonome. En réponse à cette demande, l'ONU envoie sur place une commission d'enquête en 1947. Celle-ci fait le tour des districts rencontrant les principaux matai ainsi que les Européens et assimilés vivant pour l'essentiel à Apia. Par la suite, la Commission émet un certain nombre de recommandations qui aboutissent au premier « Samoan Amendment Act ». Celui-ci voit la création d'un Conseil exécutif présidé par le Haut Commissaire assisté des deux Tama 'aiga Tupua Tamasese Mea'ole et Malietoa Tanumafili II. Seul le Haut Commissaire dispose d'un droit de veto. Parallèlement est mis en place un Conseil législatif composé de 11 membres samoans nommés par le fono a faipule (conseil des anciens) et de 5 Européens ou assimilés (c’est-à-dire métis) élus au suffrage particulier[15]. Les cinq élus de la première élection sont tous métis. Dans le même temps, des Européens peuvent opter pour le statut samoan. C'est ainsi qu'un certain John Brown rebaptisé Fonati Ioane est nommé par le fono a faipule membre du Conseil Législatif.
En passant cette réforme, le gouvernement de Wellington espère retarder le plus possible toute idée d'indépendance, appuyé en cela par les Européens et métis d'Apia qui, s'ils ne sont pas totalement opposés à l'indépendance, souhaitent attendre au préalable que le pays se développe économiquement et que se constitue une « élite samoane ». Néanmoins face à l'insistance dans les années qui suivent d'un nombre croissant de Samoans en faveur d'évolutions institutionnelles, les autorités néo-zélandaises acceptent en 1954 de mettre sur pied une convention institutionnelle réunissant toutes les parties concernées afin de trouver un consensus sur l'avenir des Samoa. Cette convention aboutit en 1957 à une nouvelle réforme statutaire.
- 1957 : Le second "Samoan Amendment Act"
Cette loi redéfinit la composition et les attributions du Conseil exécutif. S'y retrouvent les deux tama aiga, les Haut Commissaire ainsi qu'un Premier Ministre élu par le Conseil législatif et assisté de cinq ministres. Eugene Paul est élu premier chef du gouvernement par l'Assemblée législative en février 1958, puis Fiame Fauminua Mata'afa Mulinu'u II lui succède en étant élu premier Premier Ministre en septembre 1959.
Dans les mois suivant cette réforme, les discussions au sein de la convention institutionnelle se poursuivent afin de mettre sur pied une véritable constitution dans l'optique de l'indépendance qui désormais y compris en Nouvelle-Zélande ne fait plus de doute. La principale pierre d'achoppement concerne le mode de scrutin. Deux visions s'opposent. Le gouvernement néo-zélandais et les Européens et métis d'Apia sont favorables à un scrutin au suffrage universel et au corps électoral unique. Les autorités coutumières samoanes et en particulier les matai qui souhaitent conserver leurs prérogatives prônent quant à eux la mise en place d'un double collège électoral : d'un côté les 6 000 Européens ou assimilés votant pour leurs représentants au suffrage universel ; de l'autre les 100 000 Samoans ne pouvant être représentés que par des matai élus par consensus au sein des fono de chaque district. Un Samoan n'ayant pas le statut de matai ne peut ni voter, ni même se présenter. Cela exclue également les femmes en dehors des rares à avoir le titre de matai.
C'est pourtant cette dernière approche qui finalement prévaut, la Nouvelle-Zélande finissant par céder sous la pression de l'ONU qui pousse à l'accélération du processus.
- Le référendum du 9 mai 1961
Le 9 mai 1961 un référendum est organisé sous l'égide de l'ONU. Celui-ci a lieu au suffrage universel. Il s'agit là d'une exigence de la Nouvelle-Zélande. Deux questions sont posées.
- Êtes-vous d'accord avec la Constitution adoptée le 28 octobre 1960 par la convention institutionnelle ?
- Êtes-vous d'accord pour que le premier janvier 1962, les Samoa occidentales deviennent un État indépendant sur la base de cette constitution ?
Les résultats n'amènent aucune surprise. Le oui l'emporta avec 83 % à la première question et 79 % à la seconde. À Apia, où vit la majorité des Européens, les résultats donnent 75 % et 65 % de oui.
Le 1er janvier 1962, les Samoa occidentales deviennent le premier archipel du Pacifique insulaire à obtenir son indépendance. Le pays devient membre du Commonwealth en 1970 et des Nations unies en 1976.
Les Samoa occidentales depuis l'indépendance
[modifier | modifier le code]Le les Samoa adoptent la conduite à gauche pour leur parc de 19 000 voitures, s'alignant ainsi sur leurs voisins australiens et néo-zélandais[16].
Le 29 septembre 2009 à 6 h 48 (heure locale) un tsunami née d'un séisme de magnitude 8,3 arrive sur les îles.
Le 24 mai 2021, Naomi Mata'afa est investie première femme dans les fonctions de première ministre.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ d'après notamment R. C. Green, « The immediate origins of the Polynesians », in Polynesian Culture History, Honolulu, 1967
- ↑ (en) Patrick Vinton Kirch et Roger C. Green, Hawaiki, Ancestral Polynesia : An Essay in Historical Anthropology, Cambridge University Press, , 394 p. (ISBN 978-0-511-06700-6), p. 77-79
- ↑ Littéralement le « champ », la « terre », le « lieu de nourriture », le concept repose avant tout sur l'idée d'une assise foncière
- ↑ Y compris matrimoniales, les grandes chefferies ayant toutes entre elles des liens de parentés
- ↑ (en) Malama Meleisea, Lagaga: A Short History of Western Samoa, Apia, Université du Pacifique Sud, 1987, (ISBN 982-02-0029-6), pp.83-85
- ↑ Selon les sources, nous retrouvons également les appellations tupu ou tupu sili. Toujours est-il que ce titre coutumier est une création européenne et disparaitra en 1912 avec le décès de Mata'afa Iosefa
- ↑ Appelé également Malietoa Tooa Mataafa
- ↑ Lire à ce sujet, "A Footnote to History : Eight Years of Trouble in Samoa", R.L. Stevenson
- ↑ (en) Kees van Dijk, Pacific Strife, Amsterdam, Amsterdam University Press, (lire en ligne), p. 410
- ↑ litt. "La vérité du pouvoir"
- ↑ Selon les sources, l'orthographe peut varier en "Lauati" ou Laua'i. Il semble en effet que le "k" n'existe que dans la variante dialectale du samoan de Savai'i ou Savaiki
- ↑ Les Samoa américaines furent en effet épargnés par l'hécatombe, les Américains ayant imposé une stricte quarantaine aux équipages des navires pénétrant dans la rade de Pago Pago
- ↑ Après le décès de Mata'afa Iosefa en 1912, le titre d'ali'i sili fut aboli. Lui succéda à celui de tama 'aiga Mata'afa Salanoa. Il semble néanmoins que ce dernier n'ait joué qu'un rôle politique mineur n'étant pas membre de ce conseil de gouvernement. Il est vrai que son père avait été fortement soutenu par l'administration allemande.
- ↑ En 2002, le Premier ministre de la Nouvelle-Zélande, Helen Clark, s'excusa officiellement pour cet incident ainsi que de l'absence de mise en quarantaine du navire porteur du virus de la grippe.
- ↑ Seuls les Européens et les métis ne pouvant voter
- ↑ Yann Thompson, « Samoa : dès aujourd'hui je conduis à contresens », sur Rue89, nouvelobs.com, .
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Malama Meleisa, Penelope Schoeffel, "Lagaga : a short history of Western Samoa", Suva, USP 1987.
- Michael J. Field, "Mau : Samoa struggle for freedom", Auckland, Polynesian Press, 1991
- Malama Meleisa, "The making of modern Samoa : traditional authority and colonial administration in the history of Western Samoa", Suva, USP, 1987"
- W.E.H. Stanner, The south seas in transition : a study of post-war rehabilitation and reconstruction in three british dependancies, Wesport, Geenwodd press, 1982.
- J. W. Davidson, Samoa mo Samoa : The Emergence of the Independent State of Western Samoa, Oxford University Press, 1967.