Djemila Khelfa

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Djemila Khelfa est une artiste, DJ, égérie des nuits parisiennes des années 1970 et 1980, et figure clef du magazine culte Façade.

Biographie[modifier | modifier le code]

Djemila est née le 10 février 1959, dans le deuxième arrondissement de Lyon. Après avoir grandit aux Minguettes, elle fugue à seize ans pour rejoindre sa sœur Malika à Paris, en 1975[1]. Elle fréquente alors le milieu des intellectuels homosexuels de gauche, dont Guy Hocquenghem, Michel Foucault ou René Schérer. Elle acquiert son goût pour le cinéma à l'Olympic Entrepôt, créé par Frédéric Mitterrand. Elle sera rejointe quelques années plus tard par sa sœur Farida Khelfa.

Djemila est DJ à la Main Bleue, un club de Montreuil, le plus grand d'Europe à l'époque, aux côtés de Serge Krüger[2]. Elle la première femme DJ de France[3].

Amie d'Yves Adrien[4], Edwige Belmore[5] et Alain Pacadis, elle devient en 1977 la figure de proue de la Bande des Halles qui fréquente Le Palace[6],[7] puis rejoint l'équipe du magazine Façade, après avoir fait la couverture du numéro 7 aux côtés de Jack Nicholson[8],[9]. Elle réalise le stylisme des pages modes et compose des playlists, rejoint le comité de rédaction à partir du neuvième numéro (Deneuve/James Brown) puis devient gérante en détenant 51 % des parts du magazine. Elle participe entre autre à la création des premières publicités personnelles de Karl Lagerfeldd. C'est à cette période qu'elle rencontre plusieurs personnalités de la scène artistique et musicale de l'époque. Yves Adrien décrira notamment dans ses chroniques la rencontre de Djemila Khelfa avec Iggy Pop. L'écrivain Jean-Edern Hallier retiendra longtemps « cette bouche qui est comme une cicatrice ». Présente au premier concert parisien de Kraftwerk, au sommet de la tour Montparnasse, pour l'album The Man Machine, Djemila Khelfa entretient une liaison étroite avec les leaders du groupe, Florian Schneider et Ralf Hütter.

Andy Warhol la définit en déclarant : « Je trouve Djemila parfaitement graphique, elle est le prototype de la femme de l'an 2000 »[réf. nécessaire].

Source d'inspiration pour plusieurs stylistes, elle défile en guest pour Thierry Mugler, Adeline André et Olivier Guillemin[10] . Djemila pose également pour les campagnes Hermes, Yves Saint Laurent et Comme des garçons.

Modèle prisé par Mondino ou Patrick Swirc, muse des artistes Pierre et Gilles, pour qui elle pose à plusieurs reprises et dès leur première série des Grimaces[11],[12], Djemila inspire Pierre Philippe, qui lui dédie sa chanson Djemila interprétée par Jean Guidoni[n 1]. Elle est alors l'une des femmes les plus photographiées de Paris, notamment sous l'objectif de Simon Bocanegra, Peter Capellmann ou Philippe Morillon.

En 1981, Djemila sort un 45 tours dans lequel elle reprend, dans des versions trash, mélange funk et punk, L'Homme à la moto d'Édith Piaf et Lucille de Little Richard[13]. Son passage dans l'émission MegaHertz d'Alain Maneval crée le scandal et sera censuré par la production.

Djemila a fait des apparitions dans le cinéma underground, dans les films d'Yvan Lagrange, Philippe Gauthier, et d'autres. En 2016, elle joue dans Oublie pas la nuit de Rodrigue Fondeviolle, avec Marie France.

Djemila est depuis les années 1990 directrice artistique, styliste privée pour le Bon Marché, chroniqueuse[14],[15] et journaliste de mode[16].

Elle est invitée au défilé haute couture Printemps-Été 2016 de Jean-Paul Gaultier, qui reprend le thème des « années Palace » et rend hommage à ses égéries[17],[18]. Fin 2016, Djemila performe sa version de L'Homme à la Moto au Petit Bain, dans le cadre du Frenchy But Chic Festival et devient marraine de La Braderie de la Mode AIDES pour la lutte contre le sida.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Paroles : « C'était comme la reine de Saba
    Allant sans nul cortège
    Une démone rentrant du sabbat
    Nimbée de sortilèges
    J'en suis resté là bouche bée.
    …Enfin hier je l'ai revue
    L'étrange Sarrasine
    Elle faisait à moitié nue
    La une d'un magazine
    Il paraît qu'elle est du jet-set… »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Citée in : Paquita Paquin, Vingt ans sans dormir : 1968-1983, Éditions Denoël, , 203 p. (ISBN 978-2207255698, lire en ligne), « Les sœurs K. », p. 100-101
  2. Citée in : Paquin - op. cit., La Main Bleue, p. 134-135
  3. Caroline Loeb, Mes années 80, de A à Z, Éditions Vents de Sables
  4. « SERGE KRUGER Le passeur | Gonzaï », sur gonzai.com (consulté le 23 février 2016)
  5. « Les Inrocks - Simon Liberati raconte Edwige, "reine des punks" », sur Les Inrocks (consulté le 23 février 2016)
  6. Jean Rouzaud, Guy Marineau (Phot.), Le Palace : Remember, 2005, Hoëbeke, 119p. (ISBN 978-2842302375)
  7. Citée, in : Alexis Bernier et François Buot (préf. Gérard Lefort), Alain Pacadis : itinéraire d'un dandy punk, Le Mot et le Reste, coll. « Attitudes », , 359 p. (ISBN 9782360540921), « À chacun son Palace », p. 230 et sv.
  8. Alain Pacadis, Un jeune homme chic, éditions du Sagittaire, 1978 (réédition 2002 chez Denoël)
  9. Alain Benoist, « Façade 1 to 14 », sur www.facadeparis.com (consulté le 23 février 2016)
  10. Olivier Guillemin, « Olivier Guillemin PE 1991 » [vidéo], YouTube, (consulté le 23 février 2016)
  11. Thomas Doustaly et Paquita Paquin, Pierre & Gilles : Autobiographie en photomatons 1968-1988, Bàzàr Edition, 2012 (ISBN 978-2-9539-3270-6), 448 pages
  12. Citée, in : Chloé Devis, Derrière l'objectif de Pierre et Gilles : Photos et propos, Éditions Hoebeke, , 155 p. (ISBN 2842304683), p. 14-15
  13. Discographie
  14. « Rencontre avec Djemila, personnalité hors norme », sur www.puretrend.com (consulté le 24 février 2016)
  15. « Palace Costes 41 », sur Issuu (consulté le 24 février 2016)
  16. « djemilove », sur djemila-k.com
  17. Eugénie Trochu, « 7 choses à retenir du Jean Paul Gaultier haute couture », Vogue Paris,
  18. « Jean Paul Gaultier célèbre le Palace et les fêtes des années 80 », sur culturebox.francetvinfo.fr,

Lien externe[modifier | modifier le code]