Culture des vases à entonnoir

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Culture des vases à entonnoir
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Vase en forme d'entonnoir trouvé dans une tombe à couloir en Scanie, Suède.
Définition
Auteur Gustaf Kossinna
Caractéristiques
Répartition géographique Depuis la vallée de la Leine à la Podolie, en passant par le Brandebourg et la Pologne
Période de 4200 à 2800 av. J.-C.
Type humain associé Homo Sapiens Sapiens
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Étendue approximative de la culture des vases à entonnoir (d'après J.P.Mallory - EIEC; p.596).

Objets typiques

pot de Bronocice, vase de Skarpsalling ; haches de pierre

La culture des vases à entonnoir ou encore culture des gobelets à entonnoir (de l'allemand Trichterbecherkultur, souvent abrégé en TRB) est une culture de l'Europe du Néolithique se développant approximativement de -4 200 à -2 800 ans.

La désignation fut proposée en 1910 par le philologue et archéologue allemand Gustaf Kossinna d'après l'aspect caractéristique des céramiques présentant une partie supérieure en forme d'entonnoir.

Situation[modifier | modifier le code]

Cultures précédentes et successives[modifier | modifier le code]

La culture des vases à entonnoir est précédée par la culture d'Ertebølle, nommée ainsi d'après un village du Danemark. La culture qui lui succède est la culture de la céramique cordée. La culture des amphores globulaires est en partie synchrone.

Étendue[modifier | modifier le code]

La « TRB » s'étend du bassin de l'Elbe en Allemagne et en Bohême, avec une extension septentrionale et occidentale aux Pays-Bas, jusqu'à la Scandinavie (au Danemark jusqu'à l'Uppland en Suède, et jusqu'à la baie d'Oslofjord en Norvège) et une extension orientale jusqu'à environ deux cents kilomètres à l'est de la Vistule[1].

Des variantes de la culture des vases à entonnoir dans ou près de la région du bassin de l'Elbe incluent la culture de Tiefstich au Nord de l'Allemagne, ainsi que les cultures de Baalberge (TRB-MES II et III; MES = Mittelelbe-Saale), les cultures de Walternienburg-Salzmünde et de Bernburg (toutes TRB-MES IV) dont les centres se situaient en Saxe-Anhalt.

Schémas migratoires[modifier | modifier le code]

La culture des vases à entonnoir est prétendument la première culture agricole développée du Sud de la Scandinavie, mais les avis sont partagés pour déterminer si elle fut introduite par les migrations ou non.

Après la Seconde Guerre mondiale, le consensus chez les spécialistes scandinaves était qu'elle s'était répandue pacifiquement par diffusion culturelle en Scandinavie et que les populations indigènes des cultures d'Ertebølle et de Lihult avaient spontanément adopté l'agriculture en raison de changements environnementaux.

Au début des années 1990, des publications hollandaises mentionnent des sépultures mixtes et proposent un changement interne rapide et souple vers la culture de la céramique cordée en l'espace de deux générations qui prit place vers 2 900 av. J.-C. dans les territoires hollandais et danois de la TRB, probablement précédés par des changements économiques, culturels et religieux en Allemagne orientale (culture de Baalberge), et proclament l'hypothèse d'envahisseurs introduisant les langues indo-européennes désuète[2] (du moins en cette partie du monde). Certains spécialistes voient dans ces observations un argument en faveur d'une origine indo-européenne de la culture des vases à entonnoir : ainsi pour Carl-Heinz Boettcher. la culture des gobelets en entonnoir constitue l'habitat originel des Indo-Européens[3]. Selon Boettcher. la genèse de la culture des gobelets en entonnoir remonte à la superposition de navigateurs - marins et fluviaux - venus de la culture d'Ertebølle qui auraient dominé les populations paysannes de la céramique rubanée[4].

Dans le contexte classique de l'hypothèse kourgane, on considère la culture des vases à entonnoir comme non indo-européenne, représentant la culture que Marija Gimbutas appelait Ancienne Europe.

La plupart des spécialistes aujourd'hui s'accordent pour dire qu'il y eut une immigration. La culture des vases à entonnoir fut chassée du bassin du lac Mälar vers le sud et depuis l'est par une culture de chasseurs-cueilleurs appelée culture de la céramique perforée (le débat pour déterminer si ce fut une diffusion démographique ou une diffusion culturelle imite celui de l'arrivée de la culture des vases à entonnoir). Toutefois, elle est richement représentée au Danemark et au Sud de la Suède (c'est-à-dire le Bohuslän, le Västergötland et la Scanie). Le contact entre les immigrants fermiers du Sud et les populations indigènes ainsi que les immigrants ouralo-finno-ougriens de l'Est ont laissé des marqueurs génétiques qui sont clairement et typiquement ceux de la Scandinavie[5].

tunnackig yxa (hache de Scanie).

Les analyses génétiques les plus récentes (2015) confirment les hypothèses des archéologues qui considéraient que la céramique cordée reflète une migration de populations importantes venues de l'Est[6]. Ainsi, la comparaison de l'ADN de ces deux cultures a montré que les squelettes étudiés de la céramique cordée devaient les trois-quarts de leur ascendance à la culture de Yamna[6].

Les nomades pasteurs de la culture de Yamna ont introduit leur culture matérielle auprès des populations locales à travers une nouvelle langue connue sous le nom de proto-indo-européen[7],[8]. Néanmoins, tous les mots dans les langues européennes ne sont pas d'origine proto-indo-européenne ; il existe des mots pour désigner la flore et la faune, qui doivent avoir été incorporés dans l'indo-européen par des cultures locales[7]. Selon une étude publiée en 2017 dans l'American Journal of Archaeology par l'archéologue Rune Iversen et le linguiste Guus Kroonen de l'Université de Copenhague, cet échange aurait eu lieu dans le sud de la Scandinavie, vers 2800 av. J.-C. : « Les vestiges archéologiques nous apprennent qu'entre 2800 et 2600 avant J.-C., deux cultures très différentes coexistaient dans le sud de la Scandinavie : la culture néolithique locale connue sous le nom de culture des gobelets à entonnoir avec ses céramiques en forme d'entonnoir et ses pratiques funéraires collectives et la culture des tombes individuelles influencée par la culture de Yamna. La culture à entonnoir a finalement été remplacée par la culture des tombes individuelles, mais la transition a pris des centaines d'années dans la partie orientale du sud de la Scandinavie, et les deux cultures ont dû s'influencer mutuellement pendant cette période »[7].

Villages[modifier | modifier le code]

À l'exception de quelques villages à l'intérieur des terres tels que le village d'Alvastra, les villages sont situés près de ceux de la précédente culture d'Ertebølle, à proximité des côtes. L'habitat se caractérisait par des maisons en torchis pour une famille qui mesuraient 12 × 6 m.

La subsistance était assurée par l'élevage de moutons, de bovins, de cochons et de chèvres, mais il n'y avait pas de chasse ni de pêche. Le blé primitif et l'orge étaient cultivés sur des lopins dont les sols s'épuisaient vite : la population déménageait donc fréquemment sur de courtes distances.

L'exploitation minière (par exemple dans la région de Malmö) et la collecte de silex étaient également pratiquées. Ce dernier était commercialisé vers des régions qui en manquaient, comme l'arrière-pays scandinave. La culture des vases à entonnoir importait du cuivre d'Europe centrale, spécialement sous forme de dagues et de haches.

Poterie en provenance d'un dolmen du Västergötland, en Suède.

Religion et tombes[modifier | modifier le code]

Les maisons étaient centrées autour d'une tombe monumentale, symbole de cohésion sociale. Les pratiques funéraires variaient selon la région et changeaient à travers le temps. L'inhumation semble avoir été de règle. Les plus anciennes tombes consistaient en des sépultures comprenant un cairn en bois dans de long tumulus, mais furent constituées plus tard de tombes à couloir et de dolmens. À l'origine, on recouvrait les structures d'un amas de terre et on fermait l'entrée avec une pierre. La culture des vases à entonnoir marque l'apparition de tombes mégalithiques sur les côtes de la Baltique et la mer du Nord, dont un exemple sont les Sieben Steinhäuser au Nord de l'Allemagne. Les structures mégalithiques d'Irlande, de France et du Portugal sont un peu plus anciennes et ont été associées aux cultures antérieures de ces régions.

Hache en silex de Närke, caractéristique à la fois de la culture des vases à entonnoir et de celle de la céramique perforée.

Les tombes n'étaient probablement pas destinées à tous les membres du village mais seulement à une élite. Dans les tombes, on sacrifiait de la vaisselle en céramique qui contenait probablement de la nourriture, des haches et autres objets de silex. Les haches et la vaisselle étaient déposées dans des ruisseaux et des lacs, près des terres cultivées ; presque toutes les 10 000 haches de silex de cette culture découvertes en Suède étaient probablement sacrifiées dans l'eau.

On construisait aussi de larges centres cultuels entourés de palissades, de fortifications en terre et de douves. Le plus important se trouve à Sarup sur l'île de Fionie, au Danemark, qui s'étend sur 85 000 m2 et dont on estime la durée de construction à 8 000 jours (environ 22 ans). Une autre centre cultuel se situe à Stävie près de Lund et s'étend sur 30 000 m2.

Objets[modifier | modifier le code]

La culture des vases à entonnoir doit son nom à des céramiques caractéristiques, des vases et amphores avec une partie supérieure en forme d'entonnoir, qui étaient probablement utilisés pour boire. Une découverte attribuée à cette culture est le pot de Bronocice qui montre la plus vieille représentation d'un véhicule à roues (ici, un chariot à deux essieux et quatre roues). Le pot remonte à 3 500 av. J.-C. approximativement. Quant au vase de Skarpsalling, il est daté des environs de 3200 av. J.-Chr.

Hache de guerre polygonale, en provenance de Dalarna

La technologie était basée sur l'utilisation du silex, comme l'indiquent d'importants dépôts découverts en Belgique, sur l'île de Rügen ainsi que dans la région de Cracovie (Pologne).

Les porteurs de cette culture utilisaient des haches de guerre qui étaient les versions en pierre des haches de cuivre de l'Europe centrale. Les versions primitives étaient multi-angulaires et les plus récentes sont dites « à double tranchant », bien que l'un des tranchants soit plus arrondi.

Hache à double tranchant de Scanie.

Génétique[modifier | modifier le code]

On pense que la culture des vases à entonnoir est à l'origine du gène qui permet aux Européens du Nord de digérer le lactose. Dans la région précédemment occupée par les porteurs de cette culture, la prévalence du gène est quasi universelle[9].

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Funnelbeaker culture » (voir la liste des auteurs).
  • (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999
  • (de) Eberhard Kirsch, Beiträge zur älteren Trichterbecherkultur in Brandenburg, Potsdam 1994.
  • (de) Jens Lüning, Steinzeitliche Bauern in Deutschland - die Landwirtschaft im Neolithikum. Bonn, 2000, (ISBN 3-7749-2953-X) (Universitätsforschungen zur prähistorischen Archäologie; Bd. 58)
  • (en) Torsten Madsen, Ideology and social structure in the earlier Neolithic of south Scandinavia. A view from the sources. In: Analecta Praehistoria Leidensia 29, 1997, 75-81.
  • (en) J.P. Mallory, "TRB Culture", Encyclopedia of Indo-European Culture, Fitzroy Dearborn, 1997.
  • (en) Magdalena Midgley, TRB Culture. The First Farmers of the North European Plain, Edinburgh 1992. (Standard-Überblickswerk)
  • (en) Mats P. Malmer, The Neolithic of South Sweden - TRB, GRK, and STR, Stockholm 2002.
  • (de) Johannes Müller, Soziochronologische Studien zum Jung- und Spätneolithikum im Mittelelbe-Saale-Gebiet (4100-2700 v. Chr.). Vorgeschichtliche Forschungen 21. Rahden, Leidorf 2001.
  • (de) Ingeborg Nilius, Das Neolithikum in Mecklenburg zur Zeit und unter besonderer Berücksichtigung der Trichterbecherkultur, Schwerin 1971.
  • (de) Hilthart Pedersen, Die jüngere Steinzeit auf Bornholm, Munich et Ravensburg 2008.
  • (de) Ewald Schuldt, Die mecklenburgischen Megalithgräber, Berlin 1972.
  • Nicholas Wade, The Twists and Turns of History and DNA, The New York Times, 12 mars 2006.
  • (de) J.E. Walkowitz, Das Megalithsyndrom. Band 36 in Beiträge zur Ur- und Frühgeschichte Mitteleuropas, 2003, (ISBN 3-930036-70-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Carl Johan Becker, Aktuelle Probleme der Trichterbecherkultur, in Gerhard Bersu (ed), Berlin, 1961, p.69
  2. Pre- & protohistorie van de lage landen, onder redactie van J.H.F. Bloemers & T. van Dorp 1991. De Haan/Open Universiteit. (ISBN 90 269 4448 9), NUGI 644
  3. (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999
  4. (de) Carl-Heinz Boettcher, « Pouvoir centralisé ou pouvoir partagé : L'Orient et l'Occident au cuprolithique », Études indo-européennes, 1996, p. 126
  5. Giuseppe Passarino et al., « Different genetic components in the Norwegian population revealed by the analysis of mtDNA and Y chromosome polymorphisms », European Journal of Human Genetics,[1]
  6. a et b Mysterious Indo-European homeland may have been in the steppes of Ukraine and Russia, Michael Balter, sciencemag.org, 13 février 2015
  7. a, b et c (en) Scandinavia's earliest farmers exchanged terminology with Indo-Europeans, sciencedaily.com, 29 septembre 2017
  8. (en) Rune Iversen, Guus Kroonen. Talking Neolithic: Linguistic and Archaeological Perspectives on How Indo-European Was Implemented in Southern Scandinavia, American Journal of Archaeology, 2017, 121 (4): 511
  9. Milk allergy "caused by Stone Age gene" - Telegraph Media Group Limited, 27/02/2007 [2]

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