Hypothèse kourgane

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'hypothèse kourgane, introduite par Marija Gimbutas en 1956, combine les données de l'archéologie avec celles de la linguistique afin de localiser le foyer originel des proto-indo-européens (PIE). Le nom vient du terme russe d'origine turque « kourgane » qui désigne les tumulus caractéristiques de ces peuples, et qui marque leur expansion en Europe.

Formulation de l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse, qui a eu de fortes répercussions sur les études indo-européennes, suppose une expansion progressive de la « culture kourgane » depuis son bassin originel des régions du Dniepr et de la Volga (première moitié du IVe millénaire avant notre ère), jusqu'à embrasser la totalité de la steppe pontique durant l'âge du bronze[1] (première moitié du IIIe millénaire avant notre ère).

Marija Gimbutas, le principal chercheur à l'origine de cette hypothèse, insiste sur la diffusion de la métallurgie du bronze pour suivre la dispersion du peuple du Kourgan et définit le Kourgan comme une évolution culturelle qui « provoque un changement spectaculaire en Europe », selon le mot de Gimbutas[2].

Formulation de Gimbutas[modifier | modifier le code]

L'hypothèse de Gimbutas divise la culture kourgane en quatre stades[3] (Kourgan I, II, III et IV) et identifie trois vagues d'expansions (I, II et III) :

Selon elle, durant le Ve millénaire av. J.-C., les populations du nord de la Caspienne, nomadisant entre la Volga et l'Oural, connaissent la révolution néolithique, domestiquant les plantes et les animaux, dont le cheval, abondamment représenté par les troupeaux sauvages. Cette domestication permet des déplacements sur de grandes distances ; ce progrès est visible dans le matériel archéologique, les premiers mors sont exhumés[4].

Progressivement, en raison de sa maîtrise du cheval, cette civilisation connaît un essor géographique important, entraînant la kourganisation de l'Europe, selon le mot de Gimbutas[5].

Marija Gimbutas s'appuie, pour formuler son hypothèse, sur une analyse très complète du matériel mis au jour en Russie, en Ukraine et en Pologne. Dans une série d'articles, publiés entre 1968 et 1979, elle précise et approfondit les conclusions apportées en 1958[1].

Dans les années 1970, Marija Gimbutas reformule son hypothèse, définissant ce qu'elle nomme la « tradition kourgane » comme un agglomérat de « traits collectifs socio-économiques et idéologiques observables dans le temps et dans l'espace »[6].

Formulations postérieures[modifier | modifier le code]

Par la suite, certains, notamment Menk[Qui ?], affirment l'absence de liens de parenté entre la culture du Kourgane et la culture de la Céramique cordée[7].

Évolutions de l'hypothèse depuis 1956[modifier | modifier le code]

Dès les années 1950, période à laquelle Marija Gimbutas formule son hypothèse, cette théorie connaît des évolutions. Par delà ces évolutions, les différentes formulations de Gimbutas s'appuient sur une chronologie et sur du matériel archéologique mis au jour depuis les années 1930. Ces évolutions sont en grande partie liées aux problèmes de datation des artefacts par l'usage du radiocarbone[6].

Modifications de l'hypothèse originale[modifier | modifier le code]

En 1952, Gimbutas expose en effet sa vision du passé des peuples indo-européens de façon extrêmement modérée, puis, après avoir étudié les résultats de la recherche soviétique sur la Steppe pontique, elle est amenée à réviser ses thèses, accordant aux populations nord pontiques une importance de plus plus affirmée[8]. Une dizaine d'années après ses premiers écrits sur la question, Gimbutas place le point de départ de la civilisation du Kourgane à l'est de l'interfluve Don-Volga[9]. Jusqu'à la fin de sa vie Gimbutas a modifié sa théorie[N 1] : ainsi, Gimbutas modifie subtilement la chronologie, et certains éléments de ses premiers écrits, en modifiant radicalement le sens[10].

Mais c'est dans les années 1970 que la hypothèse de Gimbutas prend sa forme définitive, non sous la forme d'un résumé clair et explicite de ses thèses, mais par une somme d'articles et de textes retouchés[11]. Mais c'est surtout son principal élève, James Mallory, qui formule avec le plus de force : à ses yeux, les Kourganes constituent la marque d'une société de plus plus inégalitaire[12].

Permanences dans les divers hypothèses[modifier | modifier le code]

En dépit des évolutions depuis l'hypothèse des années 1950, il existe des points communs entre les diverses formulations. Ainsi, Marija Gimbutas ne remet en cause ni l'idée d'un foyer originel à l'est du Don, ni une chronologie en quatre périodes, cette dernière est par la suite affinée.

Elle insiste sur une invasion steppique orientale, détruisant la culture nord pontique, suivie par trois vagues d'invasions[13].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Éléments de chonologie[modifier | modifier le code]

  • De -5500 à -4000 : culture de Samara. domestication du cheval.
  • De - 4000 à - 3500 : les premiers constructeurs de kourganes apparaissent. Culture de Maïkop au nord du Caucase. Le modèle indo-hittite explique la séparation entre les langues de l'Anatolie. Domestication du cheval (culture Botaï, Kazakhstan).
  • De -3500 à -3000 : début probable du processus de satemisation.
  • De -3000 à -2500 : la culture kourgane s'étend sur toute la steppe pontique.
  • De -2500 à -2000 : le proto-grec commence à être parlé dans les Balkans. De même, les langues proto-indo-iraniennes naissent avec la culture d'Andronovo au nord de la mer Caspienne.
  • De -2000 à -1500 : la culture des catacombes naît au nord de la mer noire. Les langues indo-iraniennes s'étendent en Asie centrale et vers l'Inde.
  • De -1500 à -1000 : naissance de la culture de Hallstatt et des proto-celtes en Europe centrale. Les langues italiques se répandent dans la péninsule italienne. La civilisation védique dans la région du Pendjab est à son apogée. Naissance de la civilisation mycénienne en Grèce.
  • De -1000 à -500 : les langues germaniques se répandent dans le nord de l'Europe.

Chronologie synthétique[modifier | modifier le code]

L'hypothétique expansion de la civilisation des populations à kourgane.

Selon Gimbutas, cette chronologie peut être simplifiée en quatre moments, respectivement nommés Kurgan I, II, III et IV. L’ethnogenèse se serait faite au début du Vème millénaire dans la steppe pontique; les cultures de chasseurs-cueilleurs connaissent alors une phase de néolithisation, domestiquant les plantes et les animaux[4].

Une fois cette ethnogenèse réalisée et le cheval domestiquée, Ces populations étendent leur emprise au delà leur berceau dans la seconde moitié du Vème millénaire, en se dirigeant vers l'Ouest; selon Gimbutas, cette extension correspond à la première vague d'invasion, donnant naissance à la période du Kurgan II[5].

À l'issue de cette seconde phase d'installation, une nouvelle phase d'expansion, dirigée à la fois vers l'Est et vers l'Ouest donne naissance à la culture de Maïkop à l'Est et aboutit à la destruction de la culture de Gumetlina-Karanovo , tandis que se forme, au confins occidentaux, la culture de Cucuteni-Tripolje; on parle pour cette période de Kurgan III[5].

Vers 3100 av. J.-C., les mouvement migratoires des périodes Kurgan II et III aboutissent à la constitution d'un vaste ensemble « kourganisé », selon l'expression de Marija Gumbitas. Cet ensemble s'étend, à l'Est, de l'aire de la Culture des tombes à fosses et de la culture d'Afanasievo, tandis que le Danube peut constituer l'une de ses bornes occidentales[5].

Débats autour de cette théorie[modifier | modifier le code]

Réception[modifier | modifier le code]

Selon Colin Renfrew, l'hypothèse de diffusion de la culture du Kourgan lors de vagues d'installation liées à la diffusion de la métallurgie du bronze semble fantaisiste[14],

Dans les années 2000, Jean-Paul Demoule pointe les incohérences de l'hypothèse de base de Marija Gimbutas avec les apports de la recherche actuelle, notamment celle menée par les archéologues[6]. En effet, selon la théorie de Gimbutas, appuyée sur la linguistique, les peuples du Kourgane auraient conquis l'Europe à l'aide du cheval, attelé ou non à des chars de combat[15]; selon Demoule, l'usage du char de combat, dotée de roues à rayons[N 2] ne peut être le fruit d'une seule invention, mais de plusieurs, éparpillées dans le temps et dans l'espace[16].

L'hypothèse kourgane aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les multiples incohérences et approximations de l'hypothèse Kourgane ont été soulevées par de nombreux chercheurs soviétiques puis russes, communiquant les résultats de leurs recherches en russe ou en allemand[N 3]. Ainsi, ces chercheurs, pour la plupart inconnus du grand public proposent une autre chronologie, de nature à remettre en cause les fondements même de l'hypothèse de Gimbutas[17]; ceux-ci insistent sur le caractère instable et de ce fait fragile des sociétés protohistoriques[18].

James Mallory, défenseur de l'hypothèse de l'origine steppique, plaide quant à lui pour une diffusion pacifique de la culture des Kourganes, par le biais de la prise de contrôle pacifique et progressive des sociétés proto-historiques par une élite issue des peuples à Kourganes, la langue de cette élite étant progressivement adoptée par les populations autochtones, celles-ci souhaitant être associées au nouveau système social en train de se mettre en place[19].

Les critiques les plus radicales de l'hypothèse Kourgane affirment que l'écroulement des brillantes civilisations néolithiques ne sont pas le fait d'envahisseurs extérieurs, comme l'affirme Marija Gimbutas, mais que cet affaissement est en réalité le fruit de la mise en équation du cadre politique avec la réalité du contrôle que les princes peuvent exercer sur les populations qu'ils affirment contrôler[20]. Ainsi, à la suite de l'éparpillement culturel du début du IVème millénaire, les artefacts mis au jours témoignent d'une richesse moins importante et d'une dispersion des techniques, aboutissant à des cultures partageant de nombreux traits communs, dans le cadre de fortes disparités régionales[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Des brouillons sur lesquels elle travaillait ont été exhumés trois ans après sa mort
  2. Seule la roue à rayons est suffisamment légère pour permettre des manœuvres rapides.
  3. Deux langues limitant la diffusion de leurs thèses.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]