Critique musicale

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La critique musicale est l'activité qui consiste à émettre et à diffuser largement un avis sur des œuvres musicales. La personne qui exerce la critique musicale est appelé critique musical. La critique peut s'exercer sur des partitions, mais elle se prononce surtout sur des interprétations en spectacle (opéra, ballet, concert) ou des enregistrements. La critique musicale se fait surtout dans la presse écrite mais aussi à la radio et à la télévision, et maintenant via internet.

Histoire de la critique musicale[modifier | modifier le code]

La critique musicale s'est développée, avec la critique littéraire et la critique d'art, en même temps que la presse, c'est-à-dire au XVIIIe siècle. La critique musicale s'applique alors essentiellement à l'opéra et au concert. Elle apparaît dans des périodiques à caractère partiellement culturel, comme le Mercure de France. Les critiques sont alors en général des personnes cultivées, des hommes de lettres qui n'ont pas nécessairement de formation musicale.

La situation change progressivement dans la première moitié du XIXe siècle. Les premiers journaux consacrés à la musique commencent à paraître, avec en Allemagne la naissance de l’Allgemeine musikalische Zeitung en 1798. En France, deux revues tentent, au début du XIXe siècle, de se développer, mais sans grand succès et elles cessent assez vite. La première revue spécialisée plus durable naît en 1827 sous le titre de Revue musicale. Elle sera suivie de plusieurs autres titres. Peu à peu, la critique musicale se développe également dans le reste de l'Europe. Une autre mutation se produit dans la mesure où des musiciens (compositeurs, musicographes, interprètes), en tout cas des personnes ayant étudié la musique, assurent la critique musicale aux côtés des hommes de lettres. La critique permet de développer des débats artistiques, en particulier autour de Wagner et du wagnérisme, et, plus tard, de l'École de Vienne ou de la musique contemporaine.

La critique musicale au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

La critique musicale s'exerce à tous les genres musicaux (musique classique, musique traditionnelle, jazz, variété, rock). Elle est présente dans la presse généraliste, y compris la presse quotidienne régionale et même des publications spécialisées dans d'autres domaines que la musique (Le Quotidien du médecin, Libération, Les Échos). Elle est surtout très présente dans la presse musicale.

Les critiques sont soit des journalistes, soit des professionnels de la musique, souvent des musicologues ou des étudiants du domaine.

Quelques grandes figures[modifier | modifier le code]

Périodiques de critique musicale[modifier | modifier le code]

Anciens titres[modifier | modifier le code]

Titres actuels (et nom des récompenses)[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je connais trop les hommes pour ignorer que souvent l’offensé pardonne, mais que l’offenseur ne pardonne jamais. » (J.-J. Rousseau)[2].
  • « Pour juger d’une œuvre nouvelle, le public ou la critique prennent souvent pour critère un chef d’œuvre de Bach, Beethoven ou de Brahms. De haut, il est facile d’écraser le nouveau-né. Ne serait-il pas plus juste de partir du bas, du point zéro où ledit public et la critique se trouvent, pour apprécier la taille, peut-être modeste mais tout de même existante, de la nouvelle œuvre ? » (H. Gagnebin)[3].
  • « Nous avons trop vécu auprès de nombreux artistes pour ne pas savoir que leurs peines dépassent de beaucoup celles de l’homme qui les juge et que leurs erreurs ont plus de prix que leur assurance. » (A. Bovy)[4].
  • « Le critique, cet insecte malfaisant… » (H. von Bülow)[5].
  • « Enfin, on peut imaginer le critique idéal. Il aurait les connaissances techniques du compositeur, l’amour profond de la musique, l’amour du « fait musical », de la matière sonore. Il serait sensible à la beauté d’une ligne mélodique, à la vitalité d’un rythme, au charme d’une modulation, à la clarté, é l’équilibre d’une architecture de sons. Couronnant le tout, il serait d’une objectivité totale, "sans amour et sans haine". Ce phénix existe-t-il ? Je réponds délibérément : Non. Car alors, ce ne pourrait être que Dieu le Père, et un critique lui-même reste un homme. » (A. Honegger)[6].
  • « Il y a trois sortes de critiques : ceux qui ont de l’importance ; ceux qui en ont moins ; ceux qui n’en ont pas du tout. Les deux dernières sortes n’existent pas : tous les critiques ont de l’importance. (…) Le critique sait tout, entend tout, touche à tout, remue tout, mange tout, confond tout et n’en pense pas moins. Quel homme ! (…) Le critique est aussi une vigie, une bouée, peut-on ajouter. Il signale les récifs qui bordent les côtes de l’Esprit humain. Près de ces côtes, de ces fausses côtes, le critique veille, superbe de clairvoyance. De loin, il a un peu l’air d’une borne, mais d’une borne sympathique, intelligente. (…) Eux (les critiques), n’ont pas de mauvaises passions. Comment en auraient-ils, les braves gens ? Ils n’ont pas de passion du tout, aucune. Toujours calmes, ils ne songent qu'à leur devoir, corriger les défauts du pauvre monde et s'en faire un revenu confortable pour s'acheter du tabac, tout simplement. » (E. Satie)[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest Van de Velde, "Anecdotes musicales", chapitre : À travers la critique, Tours, 1926.
  • Armand Machabey, Traité de critique musicale, Richard-Masse, Paris, 1947.
  • Christian Goubault, La Critique musicale dans la presse française de 1870 à 1914, Slatkine, Genève, 1984. (ISBN 2-05-100542-7).
  • Hans Keller, Criticism, Faber and Faber, Londres, 1987, (ISBN 0-571-14803-4).
  • Emmanuel Reibel, L'Écriture de la critique musicale au temps de Berlioz, H. Champion, Paris, 2005. (ISBN 2-7453-1227-8).
  • Nicolas Slonimsky, Lexicon of Musical Invective: Critical Assaults on Composers Since Beethoven's Time, University of Washington Press, 1969.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « D'après la thèse de doctorat de Nicolas Deshoulières sur Victorin Joncières », sur www.nicolasdeshoulieres.fr (consulté le 7 mai 2017)
  2. Oeuvres complettes de J. J. Rousseau citoyen de Genève, Nouvelle édition, tome 33, Paris 1793, p. 239.
  3. Henri Gagnebin, Musique, mon beau souci : Réflections sur mon métier, Editions de la Baconnière, Neuchâtel 1968, p. 162.
  4. Adrien Bovy, La peinture suisse de 1600 à 1900, Birkhäuser, 1948.
  5. Hans von Bülow, Briefe und Schriften, II. Band, 1853-1855, Leipzig : Breitkopf und Haertel, 1895, p. 201.
  6. Arthur Honegger, "Lettre-préface", in : R. Aloys Mooser, Regards sur la musique contemporaine 1921-1946. Musiciens et leurs œuvres, Librairie F. Rouge, Lausanne, 1946, p. 13-20. partic. p. 17.
  7. Erik Satie « Éloge des critiques » (extraits), Action. Cahiers de philosophie et d’art, deuxième année, n° 8, août 1921, p. 8-11.

Liens externes[modifier | modifier le code]