Brad Mehldau

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Brad Mehldau
Description de cette image, également commentée ci-après
Brad Mehldau, 2001
Informations générales
Naissance (48 ans)
Jacksonville, Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre musical Jazz
Instruments piano, synthétiseur
Site officiel www.bradmehldau.com

Bradford Alexander Mehldau est un pianiste américain né à Jacksonville en Floride le [1]. Pianiste virtuose[2], c'est un des musiciens les plus acclamés et influents de sa génération[3].

Il est notamment célèbre pour son élargissement du répertoire du jazz au pop-rock, jouant régulièrement des morceaux de Radiohead, Nick Drake, The Beatles ou encore Paul Simon.

Hormis ses enregistrements en leader, Brad Mehldau a joué avec de nombreux musiciens, dont Charlie Haden, Lee Konitz, Renée Fleming, Kurt Rosenwinkel, Pat Metheny, Joshua Redman… Il a également participé à plusieurs musiques de films : Eyes Wide Shut, Ma femme est une actrice

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il grandit dans une famille d'adoption[1], avec un père ophtalmologiste, une mère femme au foyer et une sœur qui deviendra travailleuse sociale[4]. Il étudie le piano dès l'âge de six ans, travaillant le répertoire classique jusqu'à 14 ans. Il découvre le jazz à 12 ans, quand un de ses camarades lui fait découvrir My Favorite Things de John Coltrane[5]. Dès le début de son adolescence, parti dans l'État du Connecticut, son attention se concentre sur le rock et le jazz. Il joue dans le groupe de son lycée[3], et se distingue déjà en gagnant un prix à la célèbre Berklee College of Music[1].

En 1988, il arrive à New York et intègre le département « Jazz et Musique Contemporaine » de la New School of Social Research, où il prend également des cours de composition. Il a pour professeurs de piano Fred Hersch et Kenny Werner. Il rencontre également Jimmy Cobb (batterie), avec qui il travaillera la rythmique. Il participera quelque temps à son quartet[1].

Années 1990[modifier | modifier le code]

Après de nombreuses collaborations avec de jeunes musiciens de la scène new-yorkaise, sa carrière débute véritablement en 1994 lorsqu'il intègre le quartet du saxophoniste Joshua Redman, avec Brian Blade à la batterie et Christian McBride à la basse[6]. Un album est enregistré : Moodswings.

En 1995, Brad enregistre son premier album pour Warner, Introducing Brad Mehldau. On y retrouve deux trios différents : la section rythmique du Joshua Redman Quartet et ce qui deviendra par la suite le Brad Mehldau Trio avec Larry Grenadier (basse) et l'Espagnol Jorge Rossy (batterie). En 1997 sort le premier volet d'une série de cinq albums, The Art of the Trio. Il y interprète Blame It On My Youth, qui est nominé aux Grammy Awards dans la catégorie meilleur solo de jazz improvisé[4]

En 1998, il se défait d'une addiction à la drogue, qui l'a notamment handicapé alors qu'il jouait avec Joshua Redman[6].

Années 2000[modifier | modifier le code]

En 2002 sort Largo, produit par Jon Brion. C'est son premier album enregistré en dehors de la formule du trio ou du solo, et un de ses albums qui a rencontré le plus de succès public[7]. D'après Joshua Redman, de nombreux jeunes musiciens le citent comme un album de référence[7].

Le dernier enregistrement du trio avec Larry Grenadier et Jorge Rossy est House On Hill publié en 2006. En 2005, Jeff Ballard remplace Jorge Rossy à la batterie. Leur premier album est Day is Done, sorti en septembre 2005[8]. Pour le critique Ben Ratliff, la musique du trio avec Rossy était « ramassée, brillante et subtile, elle pouvait être soit magiquement organisée ou un peu sèche. Avec Jeff Ballard, [...] c'est toujours une musique avec des directions relativement claires et droites, sans swing à outrace. Mais cette musique est devenue plus dense et tumultueuse, elle s'est réhydratée[9] ».

Années 2010[modifier | modifier le code]

En 2010 sort Highway Rider, produit par Jon Brion, second volet de leur collaboration après Largo[8]. La même année, il est le premier musicien de jazz à tenir la chaire de composition de Richard and Barbara Debs au Carnegie Hall[3], où il a eu l'occasion de parler du motif chez Beethoven avec le musicologue Charles Rosen ou de la partition de Metamorphosen de Richard Strauss[10].

En 2012, sortent Ode et Where Do You Start, un retour à la formule du trio, qui était absente du disque depuis Brad Mehldau Trio Live (2008). Alors qu'Ode est constitué de compositions originales, son pendant, Where Do You Start ne comprend que des reprises (Nick Drake, Sufjan Stevens…) ainsi qu'une composition originale de Mehldau. Ces deux disques sont acclamés par la critique[8].

En 2013, Mehldau produit l'album Walking Shadows de Joshua Redman. En 2013 est créé le duo « Mehliana », avec Mehldau au Fender Rhodes et aux synthétiseurs, et Mark Guiliana à la batterie et aux « effets ». L'album Mehliana: Taming the Dragon (en) sort en 2014[11]. L'attrait de Mehldau pour les instruments était déjà perceptible lors de ses collaborations avec Jon Brion[12].

Il joue beaucoup en duo, avec Chris Thile (Chris Thile & Brad Mehldau (en), 2017), Kevin Hays, Joshua Redman (Nearness, 2016)…

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il est marié avec la chanteuse néerlandaise Fleurine (en), avec laquelle il a une fille en 2001[13].

Style[modifier | modifier le code]

Brad Mehldau est à la fois un grand improvisateur et un musicien très intéressé par les formes et les structures[8]. Cet intérêt pour la forme se retrouve dans plusieurs albums (Elegiac Cycle, Places ou Highway Rider) sur lesquels les morceaux composés forment une sorte de suite.

Son ami Joshua Redman dit de lui : « Personne ne lui arrive à la cheville. Je n'ai jamais travaillé avec pianiste qui ait plus de groove [the hardest grooving piano player], et son incroyable sens de la mélodie fait qu'on a l'impression qu'il chante quand il joue[6]. »

Amateur de poésie de philosophie, il se considère lui-même comme un romantique[14]. Il est connu pour écrire de longs textes, parfois complexes voire prétentieux[12], pour les pochettes de ses albums, citant par exemple, pour l'album Places Goethe, Nietzsche, Walter Benjamin et Schopenhauer[13],[15].

Influences

Il est influencé par des pianistes de jazz, comme Bill Evans, Keith Jarrett, Oscar Peterson[14], Herbie Hancock[7] ou son professeur Fred Hersch[6], ainsi que par des compositeurs de musique dite classique : Beethoven, Schumann, Schubert[14].

Jeu

Son jeu se caractérise notamment par une grande indépendance des mains gauche et droites, les deux se répondant souvent, dans un dialogue en contrepoint[5]. Il est également adepte du jeu « out », superposant régulièrement dans ses solos plusieurs tonalités, parfois très éloignées : ainsi dans le solo de Day is done (sur l'album du même nom), il joue en Si majeur sur un accord de Do mineur, ou en Ré majeur sur un accord de Fa septième[16]. Il utilise régulièrement la substitution tritonique (Si septième sur Fa septième, toujours dans le solo de Day is done[16].)

Extrait du solo de Day is Done, vers 4m22s[16].
Piano solo

Avant un concert en piano solo, Brad Mehldau prépare une liste de morceaux, et s'y tient à peu près pour la moitié. Il lui arrive ainsi de ne pas jouer certains morceaux si d'autres durent plus longtemps que prévu ; d'autres peuvent arriver en cours de concert, inspirés par un motif mélodique ou une harmonie. Il conçoit ses « set-lists » en cherchant la variété, ayant le schéma d'une œuvre symphonique en plusieurs mouvements en tête[17].

Reprises[modifier | modifier le code]

Rock et pop

En dehors de ses propres compositions et des reprises de grands classiques du jazz, notamment de Cole Porter ou George et Ira Gershwin, Brad Mehldau a repris quelques-unes des plus belles chansons des courants rock et pop[5]. Parmi celles-ci on peut citer :

On peut également mentionner des reprises de Jeff Buckley (Dream Brother), Oasis (Wonderwall), Chico Buarque (O Que Sera), The Verve (Bitter Sweet Symphony), Massive Attack (Teardrop), Sufjan Stevens (Holland), Léo Ferré (La Mémoire et la mer), The Kinks (Waterloo Sunset), Pink Floyd (Hey You), The Beach Boys (God Only Knows)…

La fréquence de ses reprises est d'environ une à trois par album.

Musique classique

C'est également un musicien qui a intégré le vocabulaire de la musique dite classique dans son jeu et son approche du jazz. Il cite Strauss, Mahler, Johannes Brahms ou Piotr Ilitch Tchaïkovski comme des inspirations dans son travail d'orchestration et d'harmonie, comme on peut l'entendre par exemple sur Highway Rider[7],[18]. Dans on album 10 Years solo live, on l'entend jouer deux pièces de Brahms, et sur After Bach (en) il se sert du matériau composé par Bach pour ses propores compositions et improvisations.

Il a également écrit des cycles lyriques pour la soprano Renée Fleming (Love Sublime (en), 2006) et pour la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter (Love Songs, 2010).

Récompenses[modifier | modifier le code]

Partitions[modifier | modifier le code]

  • En 2003, l'éditeur américain Hal Leonard publie un recueil de six titres (Bewitched, I Didn't Know What Time It Was, Nobody Else but Me, Prelude to a Kiss, Sehnsucht, Unrequited) comprenant le relevé de la partie piano de morceaux joués en trio.
  • En 2011, l'éditeur français Outre Mesure publie la partition intégrale de son premier album solo, Elegiac Cycle, accompagnée de commentaires d'analyse musicale par Philippe André, des grilles manuscrites originales de Brad Mehldau, et d'un long entretien inédit de Ludovic Florin avec le musicien[22].

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie de Brad Mehldau.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Biographie de Brad Mehldau », sur qobuz.com (consulté le 2 avril 2018).
  2. « Biographie de Brad Mehldau », sur evene.lefigaro.fr (consulté le 3 avril 2018).
  3. a b et c (en) Richard S. Ginell, « Biographie de Brad Mehldau », sur allmusic.com (consulté le 2 avril 2018).
  4. a b et c (en) Owen McNally, « Mehldau's Art Of Thegrammy, Volume One », sur Hartford Courant, (consulté le 4 avril 2018).
  5. a b et c « Biographie de Brad Mehldau », sur pianoweb.fr (consulté le 3 avril 2018).
  6. a b c et d (en) Thomas Staudter, « A Jazz Pianist Comes Back For a Show in His Hometown », sur nytimes.com, (consulté le 4 avril 2018).
  7. a b c et d (en) Nate Chinen, « A Jazz-Pop Encounter: The Sequel », sur nytimes.com, (consulté le 4 avril 2018).
  8. a b c et d (en) « Présentation de Brad Mehldau », sur bradmehldau.com (consulté le 26 mai 2014).
  9. (en) Ben Ratliff, « Rhythm, Among Other Things, Is Their Business », sur nytimes.com, (consulté le 4 avril 2018).
  10. (en) Allan Kozinnnov, « Brad Mehldau Is a Jazzman in a Classical Mood », sur nytimes.com, (consulté le 4 avril 2018).
  11. (en) « Brad Mehldau and Mark Guiliana's "Mehliana: Taming the Dragon" Electric Duo Debut Out Now », sur nonesuch.com, (consulté le 4 avril 2018).
  12. a et b (en) John Kelman, « Brad Mehldau / Mark Guiliana: Mehliana - Taming the Dragon », sur allaboutjazz.com, (consulté le 4 avril 2018).
  13. a et b (en) John Fordham, « Ivory power », sur theguardian.com, (consulté le 4 avril 2018).
  14. a b et c « Page consacrée à Brad Mehldau », sur pianobleu.com (consulté le 3 avril 2018).
  15. (en) David Peschek, « Radiohead, Coltrane and me », sur theguardian.com, (consulté le 4 avril 2018).
  16. a b et c (en) Mark Baynes, « Brad Mehldau's harmonic research : mémoire de fin d'études » [PDF], sur jazzpiano.co.nz, (consulté le 3 avril 2018).
  17. (en) Joseph Vella, « Interview With Brad Mehldau on the Art of Solo Piano », sur huffingtonpost.com, (consulté le 4 avril 2018).
  18. (en) « Page de Highway Rider », sur bradmehldau.com (consulté le 18 novembre 2013).
  19. (en) Roxana Hadadi, « Brad Mehldau Receives Miles Davis Prize at Montreal Jazz Fest », sur jazztimes.com, (consulté le 5 avril 2018).
  20. (en) Mary James, « NEWS: Brad Mehldau is the first jazz musician to be awarded the Wigmore Medal », sur londonjazznews.com (consulté le 5 avril 2018).
  21. a et b (en) « Nonesuch Artists Earn Six Grammy Award Nominations », sur nonesuch.com, (consulté le 5 avril 2018).
  22. « Elegiac Cycle », sur outremesure.lfi.fr

Liens externes[modifier | modifier le code]