Boat-people

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Bateaux vietnamiens de boat-people dont les passagers ont été recueillis fin avril 1984 au sud de la mer de Chine par le cargo Cap Anamur, spécialement affrêté par Rupert Neudeck, dans le cadre de l'opération "Un bateau pour le Viêt Nam" ; Celui-ci contenait 52 personnes quand il a été secouru. Il est exposé actuellement comme monument à la mémoire des boat-people à Troisdorf en Allemagne.

Les boat-people (terme construit à partir des mots anglais « bateau » et « gens ») sont à l'origine des migrants qui fuyaient le Viêt Nam par voie de mer, pays à économie dirigée et interdisant la liberté du commerce et la liberté d'opinion. Ils fuyaient donc leur pays pour des raisons politiques et économiques sur des embarcations. Souvent en surcharge et sans sécurité, ces embarcations ont fait de très nombreuses victimes pour cause de noyade, famine et froid.

Ce terme a commencé à être utilisé dans la presse francophone à partir de la chute de Saïgon en avril 1975 et l'invasion du Sud Viêt Nam par le Nord Viêt Nam communiste.

Ce terme est parfois utilisé dans la presse francophone pour les migrants provenant d'Afrique du Nord traversant la Mer Méditerranée, tandis que la presse anglophone a étendu ce terme aux réfugiés économiques d'autres régions.

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Au Viêt Nam[modifier | modifier le code]

À l'effondrement du régime du Sud Viêt Nam en mars 1975, 143 000 premiers réfugiés quittent le pays avec les Américains, fuyant le régime communiste. Rapidement des vagues d'autres réfugiés partent ensuite par leurs propres moyens sur des embarcations de fortune. Après la réunification en 1976, de nombreuses vagues d'émigration clandestines ont lieu avec la radicalisation socialiste progressive du sud.

À partir de 1978, une forme particulière de départ maritime, qualifiée de semi officielle, voit le jour. Moyennant une somme d'argent aux autorités locales et aux organisateurs, la minorité ethnique souvent commerçante des sino-vietnamiens peut fuir sur des bateaux au fur et à mesure des tensions avec la Chine, notamment pendant la guerre sino-vietnamienne, jusqu'à la fin des années 1980[1]. Beaucoup d'entre eux sont dirigés vers des camps de Hong Kong. Les images de milliers de réfugiés parqués dans ces camps derrière des barbelés et des barreaux dans des conditions déplorables soulèvent l'indignation des médias occidentaux de l'époque.

Parmi ces millions d'émigrants, principalement originaires du sud (ancienne République du Viêt Nam), le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime qu'entre 200 000 et 250 000 d'entre eux ont péri, victimes des gardes-côtes, des pirates ou de noyades[2]. Ce fut un fait marquant de la fin de la guerre froide que les partis communistes ne pouvaient arriver à dissimuler.

Boat-people vietnamiens en 1984.

Les mass media de l'époque se font l'écho de drames survenus en mer et surtout des conditions d'accueil des réfugiés dans des camps. Jean-Paul Sartre, déjà fort âgé, se rallie à cette cause. Raymond Aron, en allant soutenir la cause des boat-peoples à l'Élysée devant Valéry Giscard d'Estaing en , demande aux hommes politiques de résoudre le drame de l'accueil des réfugiés, repoussés par de nombreux pays (en particulier par Hong Kong, l'Indonésie et l'Australie). La France accueille donc un quota officiel de réfugiés des camps. C'est la première grande vague d'immigration en France d'origine asiatique.

Les vagues de boat-people cessent dans les années 1990, lorsque le Viêt Nam, à l'instar de la Chine commence à libérer le commerce et à mettre en place un socialisme ouvert à l'économie de marché.

À Genève (février 2006) et à Liège (juin 2006), les premières stèles ont été érigées à la mémoire des victimes, et pour marquer la reconnaissance des survivants à l'égard des pays d'accueil. Le gouvernement de Hanoï, toujours à parti unique (Parti communiste vietnamien), est parvenu à faire détruire deux autres stèles, l'une en Malaisie, l'autre en Indonésie, par pressions diplomatiques sur ses voisins.

Ailleurs[modifier | modifier le code]

132 boat-people haïtiens entassés sur une petite embarcation et interceptés par un navire américain.

Par extension ce terme de boat-people est utilisé dans d'autres circonstances: ainsi notamment à Cuba, l'exode de Mariel en 1980, puis de nouveau en 1994, ou bien en Italie lors du Naufrage à Lampedusa en 2013.

En avril 2008, l'historien Alain Le Doaré nomme l'exposition dont il est le commissaire : Voyages au bout de la mer - Boat people, hier, aujourd'hui. L'exposition relate l'histoire des centaines de milliers de Vietnamiens qui ont tenté de quitter leur pays par la mer à partir de 1975. Photos, films, sons, écrits, racontent cette histoire via les témoignages des réfugiés, des marins, des journalistes, des médecins. L'exposition a été reprise aux Champs Libres à Rennes en 2009, sous le titre Boat-people, bateaux de l'exil[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]Les Femmes dans l'immigration vietnamienne en France : De 1950 à nos jours, Chloé Szulzinger, page 18
  2. (en) « Vietnam, post-war Communist regime (1975 et seq.): 365,000 », Secondary Wars and Atrocities of the Twentieth Century,‎ mars 2011 (consulté le 27 mai 2008)
  3. Site de l'exposition

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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