Rithy Panh

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Rithy Panh
Description de cette image, également commentée ci-après
Rithy Panh au Théâtre Dolby en 2014.
Nom de naissance Rithy Panh
Naissance (57 ans)
Phnom Penh, Cambodge
Nationalité Franco-Cambodgien
Profession cinéaste

Rithy Panh (en khmer : ប៉ាន់ រិទ្ធី[note 1]), né le à Phnom Penh au Cambodge, est un réalisateur, producteur, scénariste, monteur, acteur et écrivain franco-cambodgien.

La plus grande partie de sa carrière est consacrée au traumatisme et au travail de deuil à la suite des horreurs commises par le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, fils de cultivateur était un ancien instituteur devenu inspecteur d’école primaire[1].

En 1975, il a tout juste onze ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir au Cambodge. S'en suivront presque quatre ans d'un régime sanguinaire où toute la population est envoyée dans des camps de travail. Durant ces années où il perdit ses parents et une partie de sa famille, le jeune Rithy sera témoin des pires atrocités. Il est rescapé en 1979 où il parvient à rejoindre le camp de Mairut en Thaïlande[2] puis arrive en France en 1980[3].

Créations et réalisations[modifier | modifier le code]

Après une période durant laquelle il rejette tout ce qui pourrait lui rappeler le cauchemar dont il s'est échappé, jusqu’à la langue khmère, il décide de se consacrer à un travail de mémoire à travers le cinéma[4]. Il abandonne alors ses études de menuiserie[5] et entre à l’IDHEC dont Il sort diplômé en 1988[6].

Son premier documentaire, Site 2, traite déjà du Cambodge, et plus particulièrement des camps de réfugiés en Thaïlande. Le succès de cette première œuvre lui ouvre les portes de certains commanditaires au rang desquels on retrouve la chaîne de télévision franco allemande Arte et le groupe français Canal+[5].

Après d'autres documentaires, eux aussi pour la plupart consacrés à son pays d’origine, il se fait connaître d’un public averti grâce aux Gens de la rizière, son premier long métrage de fiction coécrit avec Ève Deboise. C'est aussi le premier film cambodgien jamais présenté au festival de Cannes, en compétition[7].

En 1995, il est nommé coresponsable de l’Atelier Varan au Cambodge en vue de former de jeunes cinéastes aux documentaires[8].

Suivent de nouvelles œuvres qui toutes ont pour toile de fond un Cambodge qui a du mal à panser ses plaies et où Rithy Panh démontre son talent à immortaliser des tranches de vies dans lesquelles les protagonistes donnent l’impression de se livrer tout en oubliant la caméra[9].

Une nouvelle étape dans la notoriété est franchie avec la sortie, en 2002 de S21, la machine de mort Khmère rouge qui est présenté hors compétition au festival de Cannes et qui traite du devoir de mémoire à une époque où le processus de mise en place des chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens est enlisé dans des disputes entre le gouvernement cambodgien et l’Organisation des Nations unies[10],[11],[12].

Il participe, dans un second rôle, au film Holy Lola de Bertrand Tavernier en 2003.

Suivront Les Artistes du théâtre brûlé, un documentaire lui aussi présenté hors compétition à Cannes qui traite de la difficulté qu’ont les artistes pour trouver leur place dans la société cambodgienne d’aujourd’hui, puis Le papier ne peut pas envelopper la braise, qui montre le sort cruel des prostituées de Phnom Penh avant de se lancer dans un nouveau genre, à savoir l’adaptation du roman de Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique avec notamment Isabelle Huppert[13].

En 2013, Rithy Panh reçoit le prix Un Certain Regard au 66e festival de Cannes pour L'Image manquante, film qui reçoit ensuite le prix du meilleur documentaire (ex-æquo) à la 21e cérémonie des prix Lumière 2016 et enfin le Trophée francophone de la contribution technique qui récompense les décors[réf. souhaitée]. Le film est par ailleurs sélectionné dans divers grands festivals américains et européens, nommé à l'Oscar du meilleur film étranger et fait partie de la sélection officielle au FIFDH de Genève 2014.

Rithy Panh sort Exil en 2016 qui revient sur le difficile travail de deuil des survivants de la dictature khmère rouge et tente de représenter l'image des défunts. Le film est marqué par l'évocation de la solitude des exilés, perdus entre deuils, souvenirs et décalage géographique.

L'année suivante, en collaboration avec le compositeur cambodgien Him Sophy, et à la demande de l'ONG Cambodian Living Arts basée à Phnom Penh, il crée le spectacle symphonique Bangsokol, un requiem pour le Cambodge qui se produit à Melbourne en 2017 et à Paris en 2018.

2018 marque son retour sur les écrans avec Les Tombeaux sans noms, un documentaire qui évoque le besoin d'offrir une sépulture aux défunts du régime khmer rouge. À travers de nouveaux témoignages mais aussi d'incantations, le réalisateur continue son chemin vers l'apaisement en rendant hommage aux disparus.

Production d'autres réalisateurs[modifier | modifier le code]

Depuis le début des années 2000, Rithy Panh participe à la production d'une grande majorité des œuvres cinématographiques et documentaires qui concernent le Cambodge mais aussi de jeunes talents cambodgiens dont Kavich Neang (Where I go) ou encore Davy Chou pour son premier film Le Sommeil d'or en 2011 qui revient sur ce qu'était le cinéma cambodgien avant 1975.

Panh est aussi le producteur du film Le Temps des aveux de Régis Wargnier en 2014 et, en 2017, il produit le film de Jeanne Labrune intitulé Le Chemin et D'abord, ils ont tué mon père, réalisé par Angelina Jolie.

En 2019, il est le producteur exécutif du film Freedom réalisé par Rodd Rathjen. L'histoire est celle d'un adolescent cambodgiens décidé à rejoindre l'eldorado que représente la Thaïlande mais dont le destin va croiser celui d'un marchand d'esclaves, ce qui va venir remettre en question ses espoirs mais aussi sa philosophie.

Centre d'archives Bophana[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ses films, Rithy Panh est à l'origine de la création du Centre Bophana, à Phnom Penh, un centre de ressources audiovisuelles inauguré le et qui permet au public cambodgien de consulter les archives collectées sur le Cambodge aux formats vidéo, audio ou photographique. Le Centre est nommé Bophana en hommage à l’héroïne du film homonyme de Rithy Panh[14], et qui fut l'une des nombreuses victimes du centre de torture Tuol Sleng, dit S21, sous le régime des Khmers rouges.

Le style de Rithy Panh[modifier | modifier le code]

Son œuvre est imprégnée du travail de mémoire et de la douleur des survivants du régime de Pol Pot. Il tente de retrouver la culture cambodgienne à travers le cinéma. Dans une interview réalisée en , il dit qu'« il s'agit pour le peuple cambodgien de se réapproprier son identité et ses racines »[réf. souhaitée].

Cette ambition, déjà à l’œuvre dans S21, la machine de mort Khmère rouge, passe par le geste. Dans la même interview, Rithy Panh se dit intéressé par le fait que le corps humain intègre des gestes, au point qu’ils deviennent des automatismes. C'est ce qu'il a montré dans S21 en refaisant faire aux gardiens de Tuol Sleng leurs gestes d'alors. De plus, cette mise en scène non jouée par des comédiens, permet de refaire vivre ce qui n’est plus ; en l'occurrence, en filmant ces gardiens reproduisant ces gestes, les prisonniers étaient comme présents, virtuellement, et, dit Rithy Panh, il a failli sacrifier son film, car s'il s'était approché un peu plus du gardien, il aurait marché sur les prisonniers, et donc se serait trouvé du côté des khmers rouges.

Cette conception, importante autant pour le cinéma que pour le Cambodge et sa culture, semble lui faire penser que le cinéma pourrait permettre aux Cambodgiens de se « réapproprier leur identité et leurs racines », à travers le geste et la mise en scène du réel.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Sauf indication contraire, les informations proviennent de la page de l'Internet Movie Database consacrée à Rithy Panh[15]

Livres[modifier | modifier le code]

- Prix Essai France Télévisions 2012[26]
- Prix Aujourd'hui 2012
- Prix Joseph-Kessel 2012
- Prix livre et droits de l'homme de la Ville de Nancy, 2012[27]
- Grand prix des lectrices de Elle 2013

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Outre les prix gagnés par ses films et ses livres déjà décrits ci-dessus, Rithy Panh a aussi été honoré à titre personnel :

Anecdote[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Rithy Panh » (voir la liste des auteurs).
  1. En khmer il est habituel, lorsque l'on nomme quelqu'un, de faire suivre le patronyme du prénom. Les Cambodgiens disent donc Panh Rithy, puisque Panh est son patronyme et Rithy son prénom. D'ailleurs l'écriture khmère de son nom (khmer ប៉ាន់ រិទ្ធី) est bien dans l'ordre Panh Rithy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) UNESCO, « Cambodia: a wound that will not heal », Courrier, (consulté le ).
  2. (fr) « Biographie Rithy Panh », Stars, sur Orange cinéma (consulté le ).
  3. (en) « Rithy Panh Films », sur Khmer Connection, (consulté le ).
  4. (en) Lekha Shankar, « Rewinding memory - Cambodian director talks about his work and the ‘nuclear bomb’ that struck his homeland », IHT Thai Day,‎ (lire en ligne).
  5. a et b (en) Robert Turnbull, « Staring down horrors of the Khmer Rouge », New York Times,‎ (lire en ligne).
  6. (fr) Thierry Hervieu, Laurent Devanne, « Rithy Panh, cinéastre », sur Kinok (consulté le ).
  7. (en) « Rithy Panh », Artist sheet, sur Festival de Cannes (consulté le ).
  8. (fr) « Rithy Panh: Biographie », sur Cinémotions (consulté le ).
  9. (fr) « Les artistes du théâtre brûlé de Rithy Panh », Fiche film, sur Cinéma le France (consulté le ).
  10. (fr) « Interview Rithy Panh », sur Cinemasie, (consulté le ).
  11. (fr) « Entretien avec Rithy Panh à propos de S21, la machine de mort khmère rouge », sur France - diplomatie (consulté le ).
  12. (fr) Emmanuel Deslouis, « Entretien avec Rithy Panh, réalisateur », sur Eur@sie.net, (consulté le ).
  13. (fr) « Biographie Rithy Panh », sur Allociné (consulté le ).
  14. (fr) « Bophana - La genèse du projet », Qui sommes nous ?, sur Centre de ressources audiovisuelles Bophana (consulté le ).
  15. (en) Internet Movie Database akas, « Rithy Panh » (consulté le ).
  16. Seymour Dinnematin, « Un autre visage de la nouvelle économie », 01net,‎ (lire en ligne).
  17. FIPA, « Le Papier ne peut pas envelopper la braise », Documentaires de création et Essais (consulté le ).
  18. « Cambodge-histoire : Exclusif Le cinéaste Rithy Panh témoigne sur les liens entre le bourreau Khmer Rouge Dutch et le français », sur gavroche-thailande.com,
  19. Première, « Cannes 2011 : découvrez la sélection officielle du 64ème festival de Cannes ! », sur Premiere.fr (consulté le ).
  20. « FIFDH Genève ».
  21. (fr) Thomas Vinterberg, « Prix - Un Certain Regard 2013 », sur Site officiel du Festival de Cannes, (consulté le ).
  22. The Wall Street Journal, « Cinéma. Un Cambodgien sur la route des Oscars », Courrier international,‎ (lire en ligne).
  23. « Vertigo - Rithy Panh, cinéaste », sur rts.ch (consulté le ).
  24. Siegfried Forster, « Rithy Panh: «La France est une de mes deux patries» », sur le site web de RFI, (consulté le ).
  25. (en) festival international du film documentaire "Festival international brésilien du documentaire É Tudo Verdade", « IT'S ALL TRUE ANNOUNCES WINNER (2015) » [PDF], sur le site web du Festival international brésilien du documentaire É Tudo Verdade, (consulté le ) : « France is Our Mother Country is chosen as the best Feature film of the International Competition ».
  26. « Rithy Panh, lauréat du Prix Essai France Télévisions 2012 », France 2, (consulté le ).
  27. « Rithy Panh et Christophe Bataille lauréats du Prix Livre et Droits de l'Homme », sur FranceTV info, France Télévisions, (consulté le ).
  28. « Rithy Panh », Aide à la production - Lauréats depuis 1987 - Lauréats 1996, Fondation Groupama Gan (consulté le ).
  29. « Les lauréats des Prix de la Scam », Scam (consulté le ).
  30. (fr) France Culture, « 60e édition : reportages, Le Prix France Culture Cinéma », Dossiers, (consulté le ).
  31. « 24 mai 2011 - Rithy Panh et Vann Nath Docteurs Honoris Causa » (consulté le ).
  32. (km) « Emission de Radio France Internationale », sur www.km.rfi.fr,
  33. « Namur: le palmarès du FIFF est connu », sur RTBF, (consulté le ).
  34. « Rithy Panh », Artistes, sur Cinémotions (consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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