Biais rétrospectif

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En psychologie du raisonnement, le biais rétrospectif ou biais du professionnel désigne la tendance à juger a posteriori qu'un événement était probable ou prévisible, alors même que ce n'était pas le cas avant qu'il ait eu lieu. Ce phénomène correspond à l'impression subjective qui se traduit dans l'expression « je le savais depuis le début ». Il peut être à l'origine d'erreurs de raisonnement dans des domaines aussi divers que le comportement individuel, le diagnostic médical, la gestion des risques, etc. Cette tendance naturelle peut être partiellement atténuée par différentes stratégies, par exemple en examinant en détail d'autres possibilités de scénario qui auraient pu se dérouler à partir des données connues, avant que l'événement ne se produise.

Données expérimentales[modifier | modifier le code]

Le biais rétrospectif consiste en une erreur de jugement métacognitif qui a été décrite par le psychologue Baruch Fischhoff à la suite d'une série d'expériences au cours desquelles on demande à des sujets leur avis sur un événement historique peu connu comme la guerre anglo-népalaise au XIXe siècle[1]. Si on donne à certains participants l'information selon laquelle les Gurkhas du Népal ont remporté la victoire, alors ceux-ci estiment avec confiance qu'ils auraient été capables de prévoir l'issue du conflit, et ce plus que des personnes interrogées sans avoir été informées de l'issue réelle. Or, dans cet exemple, ce sont les Britanniques qui ont en réalité gagné cette guerre. Les personnes disposant d'une information, même fausse, font donc preuve d'une appréciation erronée sur leurs propres capacités intellectuelles à donner une réponse à une question. De nombreuses réplications expérimentales de ce phénomène ont été effectuées depuis lors, toutes montrent que ce biais rétrospectif affecte non seulement notre jugement rétrospectif sur nos propres aptitudes mais aussi notre jugement sur la prédictibilité objective d'un événement : a posteriori, un événement semble objectivement plus probable qu'a priori.

Ce biais implicite dans le jugement rétrospectif peut faciliter la survenue d'erreurs de raisonnement, se superposer à des biais de confirmation etc. comme dans la situation rapportée par Karl Teigen (1986) dans laquelle des participants à qui l'on a fait lire le prétendu proverbe « La peur est plus forte que l'amour » jugent que c'est plutôt vrai alors que d'autres participants à qui on a fait lire la phrase contraire « L'amour est plus fort que la peur » seront d'un avis opposé.

Mécanisme[modifier | modifier le code]

On peut expliquer le biais rétrospectif dans le cadre de l'heuristique de disponibilité par le fait que l'événement dont on sait qu'il s'est produit est plus saillant, et donc plus facilement accessible cognitivement, que d'autres situations possibles qui ne se sont pas produites et qui nécessitent donc pour être représentées mentalement de mener un raisonnement contrefactuel. Le biais rétrospectif fait également intervenir des mécanismes semblables à ceux du biais de confirmation d'hypothèse, lors de la tentative de rationalisation a posteriori de l'évènement : des signes sont plus facilement reconnus comme précurseurs de l'évènement (et "valident" sa survenue) même s'ils offraient en réalité une ouverture à plusieurs alternatives, augmentant ainsi l'impression subjective de prévisibilité de cet évènement[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hindsight ≠ foresight : The effect of outcome knowledge on judgment under uncertainty, Fischhoff B. (1975) Journal of Experimental Psychology : Human Perception and Performance 1 : 288–299
  2. Définitions de psychologie : biais rétrospectif

Sources[modifier | modifier le code]