Bérytos

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Bérytos (ou Béryte) est une ancienne cité phénicienne qui correspond à la ville moderne de Beyrouth.

Le nom latin de la ville est Berytus, qui provient de l'araméen Biryt (pluriel de Bir qui signifie puits). Le latin était la langue officielle de la cité qui fut colonie romaine. La ville se situait sur un promontoire orienté vers le nord face à la mer, et sur un territoire montagneux.

Histoire[modifier | modifier le code]

Bérytos est une ville de fondation ancienne comme l'attestent les fouilles de ses vestiges archéologiques : les édifices de la période hellénistique sont construits au-dessus des édifices achéménides et selon la même orientation.

À l'époque hellénistique[modifier | modifier le code]

Monnaie de Bérytos, sur l'avers, le roi séleucide Alexandre II Zabinas, et sur l'envers, le dieu Ba'al-Berit portant une phiale et le trident.

Dès le IVe siècle av. J.-C., les marchands de Bérytos fréquentent la Grèce. À la fin du IVe siècle av. J.-C. et au début du IIIe, sans doute avec l'arrivée des Grecs, des constructions nouvelles apparaissent. Sous le règne d'Antiochos IV, à partir de 169-168, des monnaies de bronze, donc à usage local, sont émises. C'est au IIe siècle av. J.-C. surtout que les constructions apparaissent plus nombreuses. Or, Bérytos est détruite entre 143 et 138 av. J.-C. par Diodote Tryphon, puis reconstruite sous le nom nouveau de Laodicée de Phénicie (ou de Canaan) d'après Strabon[1]. Les belles maisons mises au jour par les fouilles archéologiques pourraient être le signe de ce nouveau développement de la cité entre 150 et 125 av. J.-C.
En matière d'économie, Bérytos possède, à l'époque hellénistique, des chantiers navals actifs dans lesquels les artisans se regroupent en association. Le commerce se développe entre le Levant-sud et des régions lointaines comme l'Asie mineure ou l'Attique, comme le prouvent les nombreux bols moulés, dits « bols mégariens » retrouvés à Bérytos, à Dôra et ailleurs[2]. Des marchands de Bérytos sont groupés en associations autour du culte de Poseidon ; ils forment les Poseidoniastes, installés sur l'île de Délos au IIe siècle av. J.-C.[3] ; mais de telles divinités, malgré leur nom grec, sont bien des dieux sémites.

En 83 av. J.-C., la Phénicie et la Cilicie plane passent sous le pouvoir de Tigrane II d'Arménie. Mais l'occupation arménienne, qui dure jusqu'en 69, est plutôt, au témoignage de Trogue-Pompée[4], une période heureuse, où le règne de la paix s'ajoute à la conquête de l'autonomie pour plusieurs cités, malgré la persistance des anciens fléaux de la piraterie et du brigandage des Ituréens et des Arabes[5]. S'ouvre alors pour Bérytos, en 81-80, une ère de la liberté.

Sous l'empire romain[modifier | modifier le code]

Sous l'Empire romain, Auguste fonde une colonie à Bérytos, sans doute en 15-14 avant J.-C.[6], sous le nom de Colonia Augusta Iulia Felix Berytus[7]. À ce titre, le droit romain s'y applique. La cité possède au IIIe s. le ius italicum [8], privilège rare valant exemption fiscale. La ville romaine se développe près de la mer, au nord-est de l'ancienne cité achéméno-hellénistique, dont les quartiers ne sont pas abandonnés. Devenue colonie romaine, Bérytos jouit d'un traitement de faveur de la part du dernier roi de Judée, Hérode Agrippa Ier, qui poursuit une politique d'évergétisme fastueuse. Il fait construire dans cette ville « un théâtre très coûteux et d'une beauté supérieure aux autres, ainsi qu'un amphithéâtre à grands frais, à côté de bains et de portiques », se montrant « magnifiquement prodigue » pour leur construction comme pour leur consécration, comme l'atteste Flavius Josèphe[9]. Après le siège de Jérusalem (70), Titus célèbre sa victoire dans plusieurs villes, dont Bérytos et Antioche. Mais sous Septime Sévère, Bérytos choisit de soutenir le légat de Syrie, Pescennius Niger, dans la guerre qui l'oppose à l'empereur, à l'inverse de ce que fait Tyr : ce choix est sanctionné par Septime Sévère qui détache Héliopolis (l'antique Baalbek) de Bérytos, tandis que sa rivale Tyr est bientôt choisie comme capitale de la Syrie-Phénicie. Enfin, le christianisme se diffuse, et un premier évêque est mentionné à Bérytos au milieu du IIIe siècle.

Au plan archéologique, les fouilles ont mis au jour trois ensembles de thermes romains au centre de la ville et trois autres en périphérie, des captages et aqueducs pour les alimenter, ainsi que des cryptoportiques. La vie civique et sociale romaine impliquait par ailleurs la présence d'une basilique et d'une palestre, que les archéologues pensent reconnaître à Bérytos. Le commerce y est actif, grâce au port (des bureaux de douane sont attestés), et on importe, dans des amphores d'Espagne et peut-être aussi de Sinope, de l'huile de Bétique, des poissons en saumure et le garum du Pont, mais aussi des récipients à cuire.

Dans Bérytos, où se côtoient Grecs, Juifs, Romains et Arabes, le latin est la langue officielle de l'administration, de l'armée et de la justice impériale : le droit, représenté par les juristes Paul, Ulpien de Tyr et Papinien d'Emèse, a été enseigné dans la très célèbre École de droit de Bérytos ; sa première mention apparaît dans l’œuvre de Grégoire le Thaumaturge en 239 après J.-C. ; les maîtres qui y ont sans doute enseigné ont pour nom Gaius, Scaevola, Marcien et Tryphonios ; cette école est restée active jusqu'au VIe siècle[10], au moment de la destruction brutale de Bérytos par un tremblement de terre suivi d'un tsunami, le . Le latin est bien attesté sur les épitaphes et les dédicaces ; mais le grec continue à être utilisé dans l'enseignement[11] et apparaît prépondérant dans toute l'épigraphie[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Strabon, Géographie, Livre XVI, chap. 2, 19.
  2. Sartre 2003, p. 256.
  3. Sartre 2003, p. 262.
  4. Justin, XI, 1, 4.
  5. Strabon, Géographie, Livre XVI, 2, 18.
  6. Certains historiens (R. Mouterde, J. Lauffray, J.-P. Rey-Coquais) admettent la date de 27 avant J.-C., date correspondant à la dernière émission monétaire de Bérytos.
  7. Pline, Livre V, 78.
  8. Ulpien, Digeste, 50, 15, 1.
  9. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIX, 335-337, et La Guerre des Juifs, II, 491-492.
  10. P. Collinet, L'École de droit de Beyrouth, Paris, 1923.
  11. Maurice Sartre , Les colonies romaines dans le monde grec, Essai de synthèse, in Electrum, 5, 2001, p. 111-152.
  12. Sartre 2003, p. 853-854.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nina Jidejian, Beirut through the ages, Beyrouth, 1973
  • René Mouterde, Regards sur Beyrouth phénicienne, hellénistique et romaine, Beyrouth, 1966
  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle après J.-C., Paris, Fayard,‎ , 1198 p.
  • René Mouterde et Jean Lauffray, Beyrouth, ville romaine, Beyrouth, 1952
  • Paul Collinet, L’École de droit de Beyrouth, Paris, 1923
  • Jean Lauffray, Forums et monuments de Béryte, in Bulletin du Musée de Beyrouth, 1944-1945, p. 13-80.
  • Jean Lauffray, Beyrouth, Archéologie et Histoire I : période hellénistique et Haut-Empire romain, in Aufstieg und Niedergang des römischen Welt, II, 8, New-York-Berlin, 1977, p. 135-163
  • Josette Elayi et H. Sayegh, Un quartier du port phénicien de Beyrouth au Fer III/Perse. Les objets, Gabalda, Paris, 1998
  • Josette Elayi et H. Sayegh, Un quartier du port phénicien de Beyrouth au Fer III/Perse. Archéologie et histoire, Gabalda, Paris, 2000
  • Josette Elayi, Histoire de la Phénicie, Perrin, Paris, 2013