Auguste Clésinger

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Auguste Clésinger
Jean-Baptiste Clésinger dit Auguste, 1814-1883.jpg
Naissance
Décès
(à 68 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Formation
École des beaux-arts de Besançon
Mouvement
Concubine
Distinctions
Œuvres réputées

Jean-Baptiste Auguste Clésinger, dit Auguste Clésinger, né le à Besançon, mort le à Paris dans le 7e arrondissement[1], est un sculpteur et artiste-peintre romantique français, particulièrement connu en raison de ses liens avec George Sand, dont il a été le gendre, et de Frédéric Chopin, dont il a sculpté le tombeau.

Il a été directeur artistique de la Société générale de photosculpture de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Georges-Philippe Clésinger[2], lui-même sculpteur, qui le forme à l'École des beaux-arts de Besançon où il est professeur. Il a également été l'élève de Bertel Thorwaldsen[3]

Carrière[modifier | modifier le code]

Clésinger débute lors du Salon de Paris de 1843 avec un buste du vicomte Jules de Valdahon. Sa dernière exposition a lieu en 1864.

Il est l'auteur de nombreux bustes, notamment ceux de l'actrice Rachel Félix et de Théophile Gautier et la statue de Louise de Savoie de la série des Reines de France et Femmes illustres du Jardin du Luxembourg à Paris.

Clésinger provoque un scandale au Salon de 1847 en présentant sa Femme piquée par un serpent, sculpture romantique réalisée d'après un moulage sur le vif[4].

Théophile Gautier écrit :

« Clésinger a résolu ce problème, de faire de la beauté sans mignardise, sans affectation, sans maniérisme, avec une tête et un corps de notre temps, où chacun peut reconnaître sa maîtresse si elle est belle[5]. »

Clésinger a séjourné à Barbizon où il a subi l'influence de Théodore Rousseau et de Charles Le Roux.

Le gendre de George Sand[modifier | modifier le code]

Le 16 mars 1846, Clésinger – qui a peut-être déjà remarqué dans un bal parisien Solange Dudevant – demande à George Sand, mère de Solange, la permission d'intituler l'une de ses statues Consuelo, titre d'un de ses romans. Elle accepte et invite le sculpteur au 5, square d'Orléans à Paris. Solange est alors fiancée, mais décide de rompre pour épouser le sculpteur. Cet épisode joue un rôle important dans la vie familiale de George Sand, notamment dans ses relations avec Frédéric Chopin, qui est en désaccord avec le mariage. Clésinger offre à l'écrivain une copie en bronze de son Faune Dansant, puis sa Mélancolie, qui sont installées à Nohant[6].

Le 19 mai 1847, Clésinger et Solange se marient à Nohant. Mais les relations se détériorent rapidement, au point que, le 11 juillet 1847, un début de rixe entre Auguste Clésinger et Maurice Dudevant, frère de Solange, aboutit à une rupture entre George Sand et le couple. Clésinger a des dettes ; les époux demandent vainement à George Sand d'hypothéquer son domaine familial. En revanche, une réconciliation a lieu entre les Clésinger et Chopin.

Deux filles naissent de ce mariage : Jeanne-Gabrielle, le 28 février 1848, morte en bas âge (George Sand apprend cette naissance par Chopin lors de leur dernière rencontre, en mars 1847, devant la maison de Charlotte Marliani). Une seconde Jeanne-Gabrielle, surnommée « Nini », naît le 10 mai 1849 ; George Sand lui est très attachée, mais elle meurt peu après la séparation de ses parents, en 1855.

En 1849, Clésinger reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur et devient officier en 1864.

Après la mort de Frédéric Chopin en octobre 1849, c'est lui qui sculpte le tombeau du compositeur (au Père-Lachaise).

Clésinger et la photosculpture[modifier | modifier le code]

En 1864, Clésinger rejoint la Société générale de Photosculpture de France[8]. En 1867, il en devient le directeur artistique.

À cette occasion, dans une longue lettre adressée à Paul de Saint-Victor, publiée dans La Presse, il donne son point de vue sur la photosculpture, sa place, son avenir et la statuaire en général[9] :

M. Paul de Saint-Victor a reçu la lettre suivante:
Signalant récemment à l'attention publique cette découverte prodigieuse, la photosculpture, vous disiez, en décrivant le procédé inventé par M. Willème :
« L'œuvre pourtant n'est qu'à moitié terminée ; il faut perfectionner l'œuvre de l'artisan machinal et le confier à un artiste qui ajoutera à ses figures l'accent de la personnalité et du caractère. »
M. Willème et l'intelligent directeur de la photosculpture, M. de Marnyac, viennent de faire appel à mon patronage, à mon concours artistique ; et bien qu'ainsi que vous le dites cette invention nouvelle « doive encore rencontrer bien des hostilités et des résistances, » j'accepte hardiment la mission de directeur artistique que ces messieurs me confient. Car je suis convaincu que la photosculpture est appelée au grand et double rôle de tenir le premier rang dans l'industrie artistique française et de rendre à la statuaire d'inappréciables services.
C'est sous ces deux aspects que je vais indiquer les résultats que j'entrevois à l'invention de M. Willème et préciser le concours que je suis prêt à lui apporter.
Le bronze artistique est, depuis quelques années, une des branches les plus importantes de l'industrie française, mais, en même temps, c'est celle qui tend le plus à contredire le titre qu'elle prend. Le bronze d'art, aujourd'hui dominé par des intérêts mercantiles, devient une monnaie courante dont la vulgarité menace de s'imposer à l'usage.
Le commerce, exploitant d'excellentes machines, de bons outils, de braves ouvriers, persuadé qu'en art de telles ressources suffisent, aveuglé par l'ignorance, la présomption, travaille avec une persévérance exemplaire à pervertir le goût public.
Les artistes ne protestent pas : les uns, renfermés dans les hautes sphères de l'art, dédaignent de descendre aux détails, tandis que d'autres, qui auraient le droit d'imposer leur autorité, pliés par les douloureuses nécessités de l'existence matérielle, subissent, dans toute son humiliation, le joug commercial.
Je ne puis analyser ici les objets informes dépourvus de goût et de style qui s'étalent sous les vitrines des magasins parisiens ; mais je me demande quels singuliers jugements artistiques nos descendants porteront sur notre époque s'ils ont comme nous, la curiosité des recherches posthumes.
Eh bien ! je crois sans parti pris, pouvoir certifier que celui qui, dans quelques siècles, déterrerait la statuette en photosculpture de quelqu'une de nos célébrités contemporaines, ferait une trouvaille infiniment plus précieuse que s'il avait exhumé un bronze de la maison X... ou un zinc de la maison Y..., fut-ce Antigone, Didon ou toute autre figure de convention, exécutée par M. ***, sur commande de l'industrie artistique, telle qu'elle existe actuellement.
C'est donc au point de vue artistique-industriel que la photosculpture me paraît appelée à remplir un rôle éminemment utile en introduisant dans nos foyers la reproduction fidèle de nos mœurs, de nos allures, de notre caractère officiel ou intime. Ce rôle particulier ne l'empêche nullement de propager les œuvres de la sculpture sérieuse ; car, de quelque dimension que soit une œuvre d'art, le pantographe la réduit ou l'amplifie à volonté, sans morcellement, sans sutures, avec une justesse et une précision dont aucun système de reproduction ne s'est montré jusqu'ici capable encore.
J'ajouterai, en outre. que l'inventeur, M. Willème et son zélé directeur, M. de Marnyac, comprennent, avec une modestie qui honore leur intelligence, que dans aucune interprétation artistique, la main de l'artiste ne saurait être remplacée, ni l'avantage de sa direction méconnu. Cette direction, je l'accepte avec la certitude de contribuer à une œuvre dont la bienfaisante influence ressortira clairement avant peu. J'ai parlé de la photosculpture en tant qu'art industriel ; je terminerai en signalant les services qu'elle est appelée à rendre à la grande statuaire.
Ainsi que vous l'avez fait judicieusement observer, l'invention de M. Willème ne s'impose ni à la pensée, ni au style propre du statuaire, mais il lui évite ce premier travail pour ainsi dire maçonnique, qui n'ayant pas encore d'intérêt pour l'esprit, n'est qu'une fatigue matérielle. Cette fatigue nous nous en dégageons à l'aide de praticiens auxquels nous demandons d'être aussi peu intelligents que possible, rien n'étant odieux et difficile à guider comme un praticien artiste !
Le pantographe, nouveau praticien, agissant, juste et ne raisonnant point, quel auxiliaire ! Quelle trouvaille !
Et le modèle ?
Ce pauvre être, fixé, durant de longues séances dans une pose qui, après avoir semblé gracieuse et naturelle, se contracte graduellement sous la lassitude des muscles. et finit par induire en de notables erreurs l'artiste dont la main n'est jamais assez prompte à suivre l'inspiration..
À l'aide du pantographe, le modèle s'imprime sur l'œuvre non-seulement dans sa vérité, mais encore dans sa spontanéité et dans sa fraicheur. La poésie libre alors de s'en emparer, corrige, idéalise à son gré, et; en cessant d'être manœuvre, l'artiste ne demeure que plus sûrement statuaire. Tel est du moins ce qui ressort à mes yeux des expériences auxquelles je viens de prendre part. Je n'ignore pas que mon empressement à proclamer les services du pantographe m'expose à de certaines malveillances ; mais je suis en même temps persuadé que ces malveillances; si elles se produisent, ne seront pas le fait de véritables artistes.
Qu'importe, en effet, le nom donné aux moyens d'exécution ? On ne saurait juger l'art que par les résultats obtenus. Notre: but étant évidemment d'atteindre le plus près possible à la manifestation du Beau, tout ce qui aplanit, tout ce qui déblaye la route à parcourir, doit être adopté avec reconnaissance. À ce titre, l'invention de M. Willème est un service inappréciable rendu à la statuaire.
J'ai été heureux, monsieur, de constater au sujet d'une question artistique, votre initiative. Elle me prouve que la .critique est toujours prête à poursuivre sa mission de gardien, de soutien, et à l'occasion d'éclaireur de l'art. Par le temps d'affaissement que nous traversons, il a plus que jamais besoin de guides dévoués et intelligents,
J. Clésinger
Avant M. Clésinger, l'établissement de photosculpture s'était déjà attaché, depuis plusieurs mois, un artiste d'un véritable talent, M. Lanzirotti, auquel nous devons la belle statue de l'Esclave, qui est au musée de Nice, et La Pensierosa, qu'on peut voir dans la cour du Louvre. Aussi depuis quelque temps les bustes et les statuettes avaient-elles déjà pris une tournure artistique qui faisait reconnaître la retouche d'un habile statuaire. - E. Bauer.

Le conflit avec la Société de photosculpture[modifier | modifier le code]

Par la suite, un conflit oppose Auguste Clésinger à la Société de photosculpture. Comme le rapporte le 13 octobre 1872 la rubrique Tribunaux du journal Le Temps[10] :

Reproduction des statues de Clésinger.
Le statuaire Clésinger a cédé à M. Marnyhac, gérant de la Société de photosculpture, le droit de reproduire plusieurs de ses statues, en se réservant le privilège soit d'apposer sa signature sur les originaux ou les copies de ses œuvres exécutées dans l'atelier de l'avenue de Wagram, soit de faire donner l'autorisation écrite de signer. Il fut convenu aussi qu'en cas de refus la difficulté serait tranchée souverainement par un membre de l'Académie des beaux-arts. La Société de photosculpture vient de reproduire en marbre Cléopâtre et Diane au repos. Le sculpteur ayant refusé sa signature et son autorisation, la Société a sollicité du président des référés la nomination d'un membre de l'Académie des beaux-arts qui donnerait l'autorisation refusée par le sculpteur.
L'ordonnance a en effet été rendue dans ce sens.

Les derniers jours[modifier | modifier le code]

Tombe de Auguste Clésinger (cimetière du Père Lachaise, division 10)

Auguste Clésinger meurt le 6 janvier 1883 à son domicile parisien, au no 6 rue de la Chaise dans le 7e arrondissement[1]. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise, où l'une de ses œuvres orne la tombe de Frédéric Chopin.

Une rue de Besançon, dans le quartier de Montrapon-Fontaine-Écu, porte son nom.

Œuvres[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Dessins[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

  • s.d. - Le Retour du troupeau, hst, S, dim; 35,8 x 78cm (vente Deburaux, le 3 juin 2007, no 105, p. 53 du catalogue : « école de Barbizon »)

Sculptures[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives de Paris : état civil du 7e arrondissement, acte de décès no 42.
  2. Georges-Philippe Clésinger (1788-1852) est l'auteur des sculptures conservées dans les chapelles annexes de l'église de la Madeleine de Besançon : Chemin de croix, Passion du Christ, Mise au tombeau, Résurrection, Ascension du Christ.
  3. Catalogue de l'école de Barbizon, vente Deburaux du 3 juin 2007, p. 53.
  4. Le modèle est Apollonie Sabatier, dite la « Présidente », maîtresse durant une quinzaine d'années du richissime industriel belge Alfred Mosselman, grand amateur d'art, qui lui en avait passé la commande. Plus tard, elle devient la maîtresse de Charles Baudelaire. La précision sur le corps « moulé » se trouve, par exemple, chez le docteur Guède L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, Paris 1896, page 559-560.
  5. Théophile Gautier Salon de 1847, J. Hetzel, Warnod, Paris, 1847, page 207.
  6. Clésinger les reprendra après la rupture ; actuellement, une ancienne écurie de Nohant abrite la statue en marbre blanc qu'il avait faite de l'écrivain en vestale, sur un siège « à l'Antique »
  7. L'annonce publicitaire pour la photosculpture indique que Clésinger est directeur de ses ateliers de sculpture. Elle est paru, par exemple, le 3 avril 1867 dans le Journal des débats, page 3, 1re colonne. Voir cette annonce reproduite sur la base Commons.
  8. An Introduction to nineteenth century art, Auguste Clésinger
  9. Clésinger annonce qu'il est devenu le directeur artistique de la photosculpture dans une lettre à Paul de Saint-Victor publiée dans La Presse, le 22 février 1867, page 3, 2e colonne. Voir cette lettre reproduite sur la base Commons.
  10. Reproduction des statues de Clesinger., Le Temps, 13 octobre 1872, rubrique Tribunaux, page 3, 3e colonne. Voir l'article reproduit sur la base Commons.
  11. Il s'agit d'une variante de la Femme piquée par un serpent
  12. Maîtresse de l'artiste et de Baudelaire et modèle de la Femme piquée par un serpent
  13. Exposition « Courbet et Clésinger », musée Courbet, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Chalon, Chère George Sand, édition Flammarion, 1991, p. 281 à 295.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]