Auguste Ambroise Tardieu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ambroise Tardieu.
Auguste Ambroise Tardieu
Description de l'image AugusteAmbroiseTardieu.jpg.
Naissance
Paris (France)
Décès
Paris (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Domaines Médecine légale
Institutions Université de Paris

Auguste Ambroise Tardieu, né le à Paris où il est mort le , est un médecin légiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de l’artiste et cartographe Ambroise Tardieu, il naît dans le quartier de l'École de médecine. Élève du collège royal Charlemagne de 1828 à 1834, il s'inscrit à la Faculté de médecine de Paris en novembre 1835. Il obtient le grade de bachelier ès lettres en août 1836. Il est reçu à l'internat en novembre 1838 et docteur en médecine en janvier 1843. Il est agrégé en juin 1844 et réussit le concours de médecin des hôpitaux en mai 1847.

De 1844 à 1861, il cherche à valoriser ses talents dans l'enseignement, la médecine hospitalière et l'expertise judiciaire.

Il contribue à faire inculper le duc de Praslin pour le meurtre de son épouse dans la nuit du 17 au 18 août 1847, en ayant l'idée pour la première fois d'examiner l'arme du crime au microscope[1]. Le duc décède le 25 août 1847. Après autopsie, Tardieu affirme qu'il est mort empoisonné par une préparation arsenicale ingérée le 18 août.

Le 14 janvier 1858, Orsini, Pieri, Rudio et Gomez tentent d'assassiner Napoléon III se rendant en berline à l'opéra. Trois bombes éclatent coup sur coup. Tardieu examine les 156 blessés dont certains mourront dans la nuit.

Le 12 juillet 1959, il est élu à l’Académie nationale de médecine dans la section d'hygiène publique, de médecine légale et de police médicale. Il en deviendra président en 1867.

En 1860 il est nommé médecin consultant de l'empereur Napoléon III.

Le 11 décembre 1861, un décret impérial le nomme professeur titulaire de la chaire de médecine légale. Il conservera cette chaire après la chute de l'Empire.

En 1864, Tardieu fait acquitter monsieur Armand accusé par son domestique de lui avoir donné un coup derrière la tête, d'avoir tenté de l'étrangler et de l'avoir ligoté.

La même année, il fait condamner le docteur Couty de la Pommerais accusé d'avoir attenté à la vie à la veuve de Paw. Il dégage des matières vomies par la victime un principe actif produisant sur les animaux les mêmes effets que la digitaline.

En janvier 1964, il est nommé doyen de la faculté de médecine. Il donne sa démission en 1865 n'ayant pas défendu ses étudiants en conflit avec le ministre Victor Duruy. À partir de cette époque sa popularité commence à décroitre.

En 1867, il pratique l'autopsie d'une des victimes de Jean-Charles-Alphonse Avinain et il conclut à une mort par strangulation plus coups violents portés à la tête avec un objet contondant vraisemblablement pendant le sommeil de la victime et dépeçage.

De 1868 à 1876, il est président de l'association générale des médecins de France.

En 1869, il affirme avec trois de ses collègues que Jean-Baptiste Troppmann a pu commettre seul le meurtre de la femme Kinck et de ses cinq enfants.

En 1870 dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte, il déclare à la Haute Cour de justice réunie à Tours que les traces de contusion constatées sur la joue gauche du prince ont pour cause un coup direct permettant l'acquittement du prince pour légitime défense. De retour à Paris, il est empêché de faire cours et la faculté est fermée pour plusieurs semaines.

Une œuvre médico-légale novatrice[modifier | modifier le code]

Étude médico-légale sur les sévices et mauvais traitements exercés sur des enfants[modifier | modifier le code]

Parmi ses nombreux apports, ce qui est sans doute le premier ouvrage jamais écrit sur la maltraitance sur mineur et les violences sexuelles exercées contre ceux-ci. C’est en hommage à ses premières descriptions cliniques d’enfants battus que ce syndrome est aussi appelé le « syndrome de Tardieu ». Les « taches de Tardieu » (ecchymoses sous-pleurales), observées lors de la mort d’un nourrisson par strangulation ou suffocation, ont été pour la première fois décrites par Tardieu en 1859.

Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs[modifier | modifier le code]

Après avoir étudié dans une première partie les outrages publics à la pudeur et dans une deuxième partie les viols et les attentats à la pudeur, il consacre la troisième partie de cet ouvrage au sujet jusque là peu et mal étudié de la pédérastie et de la sodomie (le terme homosexualité ne sera inventé qu'en 1868). Tardieu justifie l'importance croissante de la pédérastie dans la médecine légale par l'accroissement de la répression suite aux scandales publics récents (affaire de la rue des Remparts en 1845), mais aussi par les affaires de chantage et même d'assassinat liées à cette pratique. Par ses fonctions, Tardieu a pu observer plus de deux cent individus pris en flagrant délit ou ayant avoué ainsi que de nombreuses archives.

Il constate que les violences sodomites faites aux femmes sont principalement le fait de leur époux et qu'elles commencent très peu de temps après le mariage. Les attentats contre les jeunes garçons mineurs touchent souvent des apprentis victimes de la brutalité des gens qu'ils assistent. La prostitution pédéraste, très répandue à Paris, est souvent liée à une criminalité organisée pratiquant le chantage sur les clients. Les prostitués sont souvent également hétérosexuels et ramènent le plus souvent leurs clients dans des établissements pour femmes. Tardieu complète le tableau de la pédérastie en utilisant le latin pour évoquer la scatophilie et la fellation.

Se basant sur les constatations observées sur 177 individus, il fixe pour des générations d’étudiants en médecine les signes permettant de caractériser les « habitudes anciennes et passives de pédérastie » : « le développement excessif des fesses, la déformation infundibuliforme de l’anus, le relâchement du sphincter, l’effacement des plis, les crêtes et caroncules du pourtour de l’anus, la dilatation extrême de l’orifice anal, l’incontinence des matières, les ulcérations, les rhagades, les hémorroïdes, les fistules, la blennorragie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l'anus. »

Cet ouvrage réédité six fois entre 1857 et 1878 est un monument de l’homophobie médicale : Tardieu y fait de l’homosexuel un véritable monstre, créant ainsi une tératologie qui sera ensuite enseignée dans les facultés de médecine pendant un siècle. Il assimile l’homosexuel masculin à la femme (dont il aurait les propriétés psychiques) et à l’animal (notamment au chien, dont il aurait le pénis). Il appelle les pouvoirs publics à s’inquiéter du caractère de subversion sociale que présenterait l’homosexualité, mettant en contact des Français et des étrangers (il dénonce le « cosmopolitisme de ces dégradantes passions »), des hommes du monde et des hommes du peuple. Pour finir, il associe l’homosexualité au crime (toute une série d’assassinats montrerait, selon lui, le lien des homosexuels avec « le rebut du monde le plus vil » auquel « ils vont demander la satisfaction de leurs monstrueux désirs »). Les contradictions abondent sous sa plume : le souci de scientificité clinique s’accompagne à chaque page de la rhétorique de la dépravation ; la thèse de l’innéité de la pédérastie va de pair avec celle du vice, c’est-à-dire du choix immoral. Tardieu illustre combien la médecine comportementale du XIXe siècle, supposément positiviste, pouvait être tributaire du préjugé, notamment religieux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • De la morve et du farcin chronique chez l’homme, 1843 ;
  • Mémoire sur les modifications physiques et chimiques que détermine dans certaines parties du corps l’exercice des diverses professions, pour servir à la recherche médico-légale de l’identité, 1849-50 ;
  • Voiries et cimetières, 1852 ;
  • Études hygiéniques sur la profession de mouleur en cuivre, pour servir à l’histoire des professions exposées aux poussières inorganiques, 1855 ;
  • Étude médico-légale sur le tatouage considéré comme signe d’identité, 1855 ;
  • Étude médico-légale sur l’avortement, suivie d’observations et de recherches pour servir à l’histoire médico-légale des grossesses fausses et simulées, 1856 ;
  • Étude historique et médico-légale sur la fabrication et l’emploi des allumettes chimiques, 1856 ;
  • Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, 1857 ;
  • Dictionnaire d’hygiène publique et de salubrité, 1852-54 ;
  • Étude médico-légale sur les sévices et mauvais traitements exercés sur des enfants, 1860 ;
  • Étude médico-légale sur les maladies provoquées ou communiquées comprenant l’histoire médico-légale de la syphilis et de ses divers modes de transmission, 1864 ;
  • Étude médico-légale et clinique sur l’empoisonnement, 1867 ;
  • Étude médico-légale sur l’infanticide, 1868 ;
  • Étude médico-légale sur la pendaison, la strangulation, les suffocations, 1870 ;
  • Étude médico-légale sur la folie, 1872 ;
  • Étude médico-légale sur les maladies produites accidentellement ou involontairement, 1879 ;
  • Étude sur les blessures, 1879.

En ligne[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Scènes de crime, quand la science fait parler les preuves, Paul Roland, ed. Musikbooks.

Liens externes[modifier | modifier le code]