Alphonse Ratisbonne

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Alphonse Ratisbonne
Image illustrative de l’article Alphonse Ratisbonne
Alphonse Ratisbonne en 1865.
Biographie
Naissance
Strasbourg
Ordre religieux Compagnie de Jésus et Congrégation de Notre-Dame de Sion
Ordination sacerdotale
Décès (à 70 ans)
Ein Karem (Jérusalem)
Autres fonctions
Fonction religieuse

Le Père Alphonse Ratisbonne, parfois nommé Alphonse de Ratisbonne ou Marie-Alphonse Ratisbonne (, Strasbourg, Ein Karem, Jérusalem), est un prêtre et missionnaire français d'origine juive dont la conversion au catholicisme fit grand bruit à l'époque. Après sa conversion, il entre dans la Compagnie de Jésus et seconde son frère, Théodore, lui aussi converti au catholicisme, pour développer la Congrégation de Notre-Dame de Sion. Il fonde plusieurs monastères et orphelinats en Palestine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Environnement familial[modifier | modifier le code]

Alphonse Ratisbonne est le neuvième et dernier enfant d'Auguste Ratisbonne et de son épouse Adélaïde. Le nom de sa famille provient de la ville allemande de Regensburg. Il est issu d'une famille de banquiers juifs de Strasbourg, et est le petit-fils du philanthrope et homme politique Cerf Beer. Son père, Auguste, était président du consistoire du Bas-Rhin[1] et vice-président du Comité cantonal des écoles israélites de Strasbourg.

Alors que son frère aîné Théodore (1802-1884) se convertit au catholicisme en 1827 et se voit écarté par la famille, Alphonse rejette toute forme de pratique religieuse[1],[2] et est plutôt présenté comme un libre-penseur.

Après des études de droit à Paris, Alphonse Ratisbonne entre dans la banque familiale et annonce ses fiançailles avec sa nièce, âgée de seize ans, comme cela se faisait à cette époque. Celle-ci étant encore trop jeune pour le mariage, il s'éloigne quelque temps de Strasbourg et part faire un voyage d'agrément qui doit le mener de Marseille à Naples, Palerme, Malte puis Jérusalem et Istanbul. Mais une fois arrivé à Naples, il se rend à Rome, qui ne faisait pas partie du programme initial[2].

Parcours religieux[modifier | modifier le code]

Sa conversion[modifier | modifier le code]

Il arrive à Rome le , et se rend dans le ghetto où sont rassemblés les 4 000 juifs romains[2]. Alphonse fait une série de rencontres et il est introduit dans une société de fervents catholiques français en résidence ou en séjour dans la capitale italienne, comme le baron Marie-Théodore de Bussierre (ami de son frère Théodore). Alphonse, qui se moque de la religiosité de ses amis romains, se voit proposer un défit par le barron de Bussierre : porter une médaille miraculeuse et réciter chaque jour une courte prière[3] qu'on lui donne à recopier. Pour prouver que ces croyances sont ridicules, il accepte et s'exécute[4],[5]. Le Baron l'invite à prolonger son séjour à Rome, ce qui amène ce dernier à visiter le couvent des franciscains et discuter avec différents religieux. Dans la soirée du 19 janvier, il se rend au bal du prince Alessancro Torlonia. Le lendemain, il accompagne le Baron à l'église Sant'Andrea delle Fratte car le Baron de Bussierre doit y gérer une affaire. Alphonse reste seul et s'impatiente. C'est là qu'il dit avoir eu une vision de la Vierge de la médaille miraculeuse[4],[5].

Le Baron retrouve le jeune Alphonse complètement transformé. Le jeune homme est incapable de lui donner des détails sur ce qu'il a vécu, résumant son histoire sous une phrase lapidaire : « Elle ne m'a rien dit, mais j'ai tout compris »[4],[5]. Il décide alors de se convertir au catholicisme[1],[6].

Il rencontre plusieurs fois le pape Pie IX et obtient que les procédures du baptême soient raccourcis. Il est baptisé 11 jours plus tard, le 31 janvier. Il choisit alors « Marie » comme prénom de baptême[7]. Une commission d'enquête vaticane est rapidement réunie pour étudier et faire reconnaitre canoniquement le « miracle de sa conversion ». Les témoignages sont recueillis les 18 et 19 février, et le jugement est publié le , mais s'il annonce officiellement reconnaitre « comme vrai le miracle de la conversion opéré par Dieu, et par l'intercession de la Vierge Marie », le document n'évoque nullement l'apparition mariale dont Alphonse se dit avoir été témoin. Cette nouvelle est diffusée et médiatisée, la nouvelle de l'apparition mariale étant elle même largement diffusée en France, même si le Vatican s'était tu sur le sujet[8]. Sa conversion provoque un choc dans sa famille, et la rupture avec sa fiancée qui refuse de se convertir au catholicisme pour pouvoir se marier avec lui[9],[10].

Il entre dans la Compagnie de Jésus en juin 1842. Il effectue son noviciat chez les Jésuites de Laval. Il reçoit, dans cette église, l'ordination sacerdotale en 1848[8],[7] des mains de Mgr Jean-Baptiste Bouvier, évêque du Mans.

Alphonse Ratisbonne, gravure, XIXe siècle.

En 1850, il est nommé aumônier des prisonniers de Brest. Désireux de se consacrer à la conversion des Juifs, deux ans plus tard, avec l'autorisation du supérieur général des Jésuites, Jean-Philippe Roothaan, et la bénédiction du pape Pie IX[11], il quitte la Compagnie de Jésus pour rejoindre son frère Théodore et les « Pères de Sion » à Paris.

L'apostolat à Jérusalem[modifier | modifier le code]

En 1855, il s'installe en Palestine, où il passe le reste de son existence, et y emmène une partie de la communauté de Notre-Dame de Sion[1]. Il acquiert dans la Vieille ville de Jérusalem un terrain vague en 1857 et fait construire sur les vestiges de ruines anciennes[12] dont le Lithostrôtos datant du IIe siècle sous Hadrien. Il y fonde en 1858 le couvent de l'Ecce Homo[13] pour les Sœurs de Sion[1], auquel il adjoint une école et un orphelinat[14] pour filles. En 1860, il fait construire le monastère de Saint-Jean sur la colline d'Ein Karem, dans les environs de Jérusalem, avec une église et un autre orphelinat pour filles.

C'est à Jérusalem avec d'autres frères qu'il œuvre avec succès pour la conversion au catholicisme des juifs et mahométans hiérosolymitains[15],[16].

En 1874, il fonde le monastère Saint-Pierre-de-Sion, dit « monastère Ratisbonne », aujourd'hui occupé par un centre d'étude salésien, dans le quartier de Réhavia à l'ouest de la Vieille ville de Jérusalem[17]. Enfin, il ouvre l'orphelinat Saint-Pierre pour les garçons, près de la porte de Jaffa, et une école d'apprentissage[14] pour les arts mécaniques de la ville[15].

Galerie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Histoire de saint Bernard (1840)
  • Conversion de M. Marie-Alphonse Ratisbonne racontée par lui-même (1842)
  • Monument à la gloire de Marie (1847)[1]
  • Inauguration du sanctuaire de l'Ecce Homo à Jerusalem (1868)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Ratisbonne Brothers, Encyclopedia Judaica, vol. 13, Jerusalem, Keter Publishing House, (ASIN B007IN0EGC), p. 1570-1571.
  2. a b et c Bouflet et Boutry 1997, p. 116.
  3. Le texte de la prière, vient de Saint Bernard de Clairvaux : « Souvenez-vous, O très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protectection, imploré votre secours et demandé vos suffrages, aient été abandonnés. Animé d'une pareille confiance, je viens, Ô Vierge des Vierges, ma Mère, me jeter entre vos vras ; et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. O Mère du Verbe, ne rejetez pas mes prières, mais daignez les accueillir favorablement et les exaucer. Ainsi soit-il ».
  4. a b et c Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel : Les apparitions de la Vierge, Paris, Grasset, , 475 p. (ISBN 978-2-246-52051-1), p. 117-118.
  5. a b et c René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire des "apparitions" de la Vierge Marie, Fayard, , 1426 p. (ISBN 9782213-671321), p. 822-823.
  6. Rosenthal, Convertitenbilder aus dem 19, Jahrh., III,I, Schaffhausen, 1869, pp. 194-237.
  7. a et b Dictionnaire des apparitions, p. 824-825.
  8. a et b Bouflet et Boutry 1997, p. 119.
  9. Bouflet et Boutry 1997, p. 120-121.
  10. Aujourd'hui les mariages « mixtes », avec des époux de religions différentes sont largement pratiqués, ce n'était pas le cas à l'époque.
  11. Claude Mondésert, Les Religieuses de Notre-Dame de Sion, Lyon, Lescuyer, , p. 21.
  12. Doré Ogrizek, Terres Saintes, Odé, , p. 102
  13. (en) Ecce Homo Convent : History.
  14. a et b Catholic Encyclopedia : Maria Alphonse Ratisbonne.
  15. a et b Marie-Théodore Renouard de Bussierre, L'enfant de Marie, Paris, . Réédité en : Marie-Théodore Renouard de Bussierre, L'enfant de Marie, un frère de plus, Hachette Livre, (ISBN 978-2-01-283448-4).
  16. Léon Provencher (abbé), De Québec à Jérusalem, , 723 p. (ISBN 9785872623571, lire en ligne), p. 345
  17. (en) Ratisbonne Monastery sur salesians.org.uk.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. J. Egan, Our Lady's Jew : Father Marie-Alphonse Ratisbonne, Dublin, 1953
  • Jean Guitton, La Conversion de Ratisbonne, Wesmael-Charlier, 1964
  • René Laurentin, Alphonse de Ratisbonne, vie authentique, 2 vol., F. X. de Guibert, 1980 et 1993
  • Claude Mondésert, s.j., Théodore et Marie-Alphonse Ratisbonne, 3 vol.
  • Claude Mondésert, s.j., Les Religieuses de Notre-Dame de Sion, Lescuyer, Lyon, 1956
  • Sœur Jean Marie Chauvin, « Alphonse Tobie Ratisbonne (Père Marie)», in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 30, p. 3098
  • Théodore de Bussières, Le converti de la médaille miraculeuse : Alphonse Ratisbonne, Paris, éditions Pierre Téqui, , 96 p. (ISBN 9782740305577)
  • Théodore de Bussières, Enfant de Marie, un frère de plus: : Marie Alphonse Ratisbonne, Laval, Sauvage-Hardy, , 116 p. (lire en ligne)
  • Joachim Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel : Les apparitions de la Vierge, Paris, Grasset, , 475 p. (ISBN 978-2-246-52051-1), p. 115-121.

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