Agnès-Mariam de la Croix

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Agnès-Mariam de la Croix
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Agnès-Mariam de la Croix en 2015

Nom de naissance Marie Fadia Laham
Naissance
Beyrouth, Drapeau du Liban Liban
Activité principale
Religieuse
Higoumène de Saint-Jacques le Mutilé
Autres activités

Mère Agnès-Mariam de la Croix, née en 1952 à Beyrouth (Liban), est une religieuse carmélite franco-libanaise de tradition grecque-catholique melkite. Refondatrice et supérieure du monastère Saint-Jacques le Mutilé (en) (Syrie), elle est également une militante pacifiste controversée, agissant dans le cadre de la guerre civile syrienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et religion[modifier | modifier le code]

Marie Fadia Laham naît en 1952, à Beyrouth, d'un père palestinien ayant fui Nazareth lors de la création d'Israël et d'une mère libanaise. Durant sa jeunesse, elle est éduquée par des religieuses françaises en mission au Liban mais, vers l'âge de 20 ans, à la mort de son père, elle devient hippie, fume de la marijuana et voyage en Europe, en Inde et au Népal, où elle trouve la foi. En 1971, elle devient religieuse pour l'Ordre du Carmel et commence à travailler auprès des familles fuyant la guerre du Liban. Après des années de cloître, elle se rend en France afin d'étudier le monachisme primitif, l’hébreu et le syriaque. Puis, elle fonde la « Maison d’Antioche », association déclarée qui s’occupe de la préservation du patrimoine de l’Église d’Antioche[1].

En 1992, les autorités religieuses l'autorisent à travailler avec l'Église grecque-catholique melkite. En 1993, elle découvre les ruines du monastère de Saint-Jacques le Mutilé, à Qara, dans le diocèse d’Homs, en Syrie, et obtient du patriarche Maxime V Hakim l’autorisation de le restaurer pour fonder la communauté de l’Ordre de l’Unité d’Antioche, dont elle devient l’higoumène[2]. En 2013, lors de sa tournée aux États-Unis, elle déclarera : « Je détestais les Syriens qui sont venus au Liban pour nous bombarder mais le Seigneur m'a appelée pour cette mission bénie et depuis, j'ai appris à ne jamais haïr personne ».

Guerre civile syrienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile syrienne.
Mère Agnès lors d'une entrevue avec le journaliste allemand Grant Schreiber.

Depuis le début du conflit, bien que son monastère ne soit pas épargné par les violents affrontements entre les différentes armées, Mère Agnès-Mariam accueille et assiste les familles d’évacués, indépendamment de leur religion. Elle parcourt aussi régulièrement le monde afin de militer pour la paix et de sensibiliser l'Occident à ce qui se passe en Syrie[3].

En décembre 2013, dans une interview donnée au Devoir, elle s’oppose à toute intervention militaire de la communauté internationale dans le conflit et déclare : « Au début du conflit, chaque camp prédisait que ce serait l’affaire de quelques mois. Chacun voulait anéantir l’autre. Nous en sommes à la troisième année et rien n’est fait, sauf que tout est détruit. C’est une hécatombe[4] ».

La Syrie, régime autoritaire et en situation de guerre, ne permet pas l'accès libre de la presse ; or Mère Agnès-Mariam réussit à obtenir des visas parce que, selon elle, le gouvernement est heureux que les catholiques se penchent sur la situation. C'est alors elle qui intercède auprès du gouvernement pour obtenir les visas des journalistes. Elle estime en effet que ceux qui ne viennent pas sur le terrain ne font pas leur travail et qu'ils ne respectent pas la charte de Munich[5],[6].

Mère Agnès cofonde l'association Mussalaha (« Réconciliation »), un mouvement œcuménique syrien qui tente de trouver une solution politique, pacifique et proprement syrienne à la guerre en cours[3].

En octobre 2013, la ville de Muadamiyat, située à quelques kilomètres de Damas, est occupée par des forces rebelles modérées et radicales, elles-mêmes assiégées par l'armée loyaliste. Mère Agnès-Mariam, en contact avec la population qui meurt de faim, réunit une aide alimentaire d'urgence pour leur porter secours ; elle s'engage alors, drapeau blanc à la main, vers Muadamiyat. Elle est finalement rejointe par des négociateurs avec qui elle se rend au quartier général des rebelles, divisés entre l'Armée syrienne libre et le bataillon djihadiste Jabhat al-Nosra. Elle est alors prise en otage par les seconds mais, après un combat de rue gagné par les rebelles plus modérés, Mère Agnès-Mariam est libérée. Après quoi, elle réunit 6 500 personnes qu'elle aide à quitter définitivement la ville[7].

En mars 2015, Jacques Myard, membre de la délégation française partie en Syrie pour y rencontrer Bachar al-Assad, affirme qu'ils y ont également rencontré Mère Agnès-Mariam de la Croix, les patriarches Jean X d'Antioche et Grégoire III Laham ainsi que le grand mufti[8],[9].

Controverses[modifier | modifier le code]

Mère Agnès-Mariam de la Croix est considérée comme un personnage controversé par ses opposants qui lui reprochent « d’être compatissante » envers le régime de Bachar el-Assad. Mais elle est aussi soutenue par de nombreux groupes et personnalités pacifistes, comme Mairead Maguire, prix Nobel de la paix en 1976. Malgré ces accusations, Mère Agnès-Mariam affirme ne défendre ni Bachar Al-Assad, ni l’ASL et militer uniquement pour la paix[3]. Elle ajoute « Je ne suis pas pro Assad, je ne suis même pas syrienne, je ne rentre pas dans la politique, mais ce qui se passe en Syrie est contraire aux droits élémentaire de l’homme et au droit international[10] ».

Des journalistes lui reprochent également de soutenir que le régime syrien n'est pas impliqué dans les attaques chimiques de 2013 et certains la soupçonnent même d'avoir été impliquée dans l'assassinat de Gilles Jacquier lors d'une visite à Homs dont elle était l'une des organisatrices[9]. À la suite de ces accusations, elle et son avocat, Me Jacques Trémolet de Villers, poursuivent immédiatement ces journalistes en diffamation[11].

En novembre 2013, les journalistes Jeremy Scahill et Owen Jones refusent notamment de participer à une conférence organisée par l'association Stop the War Coalition car Mère Agnès y est annoncée[12].

Selon l'hebdomadaire Témoignage chrétien, Mère Agnès-Mariam, une grande partie de la hiérarchie et une majorité de chrétiens craignent l’arrivée des islamistes au pouvoir et « s’accommoderaient donc bien du leader actuel », malgré son emprise sur les différentes Églises chrétiennes[6].

Son association Mussalaha est également controversée ; en effet, en 2012, le Père Paolo Dall'Oglio, figure de l'opposition au régime de Bachar el-Assad, affirme : « Mère Agnès est le leader autoproclamé d'un mouvement qui n'existe pas sur le terrain. Pour elle, la révolution c'est le terrorisme[13]. ».

Distinctions[modifier | modifier le code]

Elle aurait été pressentie comme candidate au prix Nobel de la paix[3]. En 2014, Mairead Maguire lance notamment un appel en ce sens[14].

  • Prix du public pour la Paix ;
  • Finaliste du prix « Artisane de paix »[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La conférence de Mère Agnès-Mariam de la Croix », sur AgoraVox, (consulté le 13 mars 2015)
  2. « Qara en Syrie : le témoignage exclusif de Sœur Agnès-Mariam », sur Radio Notre-Dame, (consulté le 13 mars 2015)
  3. a, b, c et d Isabelle Cousturié, « Syrie : Mère Agnès-Mariam de la Croix, une voix au-dessus du bruit et de la fureur », Aleteia,‎ (lire en ligne)
  4. Claude Lévesque, « Syrie - « C’est terrible de mêler le militaire et l’humanitaire » », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  5. « Une interview de la mère Agnès Mariam de la Croix », AgoraVox,‎ (lire en ligne)
  6. a et b Jacques Duplessy, « Les chrétiens syriens dans la tourmente », Témoignage chrétien,‎ (lire en ligne)
  7. Arthur Herlin, « Syrie : Mère Agnès-Mariam, la religieuse qui a sauvé 6 500 vies », Aleteia,‎ (lire en ligne)
  8. Tristan Quinault Maupoil, « Jacques Myard dit avoir rencontré à Damas un religieux mort il y a deux ans », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  9. a et b François Clemenceau et Marie Kostrz, « Voyage des parlementaires en Syrie : les dessous d'une instrumentalisation », Le JDD,‎ (lire en ligne)
  10. a et b Denis Cardinaux et Josette Khoury, « Syrie : le combat sans merci du pardon », sur TerredeCompassion, (consulté le 13 mars 2015)
  11. Jonathan Moadab, « Mère Agnès-Mariam de la Croix poursuit les auteurs du livre « Attentat Express » pour diffamation », sur Cercle des Volontaires, (consulté le 15 mars 2015)
  12. (en) Raya Jalabi, « Critics question Catholic nun's 'alternative story' on Syria civil war », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Mary Fitzgerald, « Nun on Irish visit accused of peddling 'regime lies' about crisis in Syria », Irish Times,‎ (lire en ligne)
  14. Pierre Jasmin, « Mère Agnès-Mariam, 2 officiers canadiens et la conférence de Genève », sur Les artisans pour la paix, (consulté le 13 mars 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]