Within You Without You

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Within You Without You est une chanson du groupe britannique les Beatles. C'est l'unique chanson écrite par George Harrison[1] sur l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967. Cette chanson, qui traduit l'influence de la musique indienne sur son compositeur, ouvre la face B du 33 tours d'origine de l'album. Elle est également, avec une durée dépassant les cinq minutes, la chanson la plus longue de l'album, avec A Day in the Life, qui, elle, dure cinq minutes et demie.

Genèse[modifier | modifier le code]

Tant par ses paroles que son interprétation, Within You Without You est des plus représentatives de l'influence de la culture indienne sur l'œuvre des Beatles, et surtout sur George Harrison, son auteur. En effet, tout comme il avait déjà essayé de le faire pour Love You To sur l'album Revolver (1966), le précédent album du groupe, Harrison emploie ici des instruments d'origine indienne[2].

Harrison composa cette chanson sur un harmonium chez Klaus Voormann, un ami de longue date du groupe qui dessina la pochette de l'album Revolver. Tony King, un ami du groupe qui travaillera plus tard pour Apple, raconta : « Klaus Voormann avait un harmonium et George s'est mis à en jouer. Il en tirait d'horribles plaintes et, à la fin de la soirée, il avait fait quelque chose d'assez avancé pour pouvoir nous en chanter des extraits ». Harrison composa d'abord une version longue de 30 minutes, qu'il dut ensuite raccourcir pour qu'elle soit commercialisable et incluse sur Sgt. Pepper[1].

George Harrison raconte : « La chanson m'est venue après que j'eus passé un peu de temps en Inde et fus tombé sous le charme du pays et de sa musique. J'avais rapporté plein d'instruments. Ça a été écrit une nuit après un dîner dans la maison de Klaus Voormann à Hampstead. La chanson m'est venue alors que je jouais de l'harmonium à pédale. J'avais également passé beaucoup de temps en compagnie de Ravi Shankar, essayant de trouver la bonne façon de m'asseoir et de tenir le sitar, et comment en jouer. J'ai écrit Within You Without You en partant d'un morceau que Ravi avait enregistré pour All-India Radio. C'était très long, peut-être trente ou quarante minutes, et divisé en différentes séquences avec une progression dans chacune d'elles. J'en ai écrit une mini-version en utilisant des sonorités similaires à celle que j'avais découvertes dans son morceau. J'ai enregistré trois segments et les ai raccordés plus tard »[3].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Les sessions d'enregistrement de Within You Without You commencent le 15 mars 1967. Pour ces sessions, Harrison eut recours à quatre musiciens de l'Asian Music Circle, jouant respectivement du tabla, du dilruba, du swordmandel et des percussions indiennes. Aucun d'eux n'est cependant crédité dans l'album. Harrison, ainsi que son assistant Neil Aspinall, jouent ici du tambura. On rapporte que des tapis, des fleurs et des bâtons d'encens avaient été disposés par George Harrison dans la salle d'enregistrement pour ne pas dépayser les instrumentistes. Pour cette chanson, la présence de douze musiciens (dont trois violoncellistes et huit violonistes) du London Symphony Orchestra fut également nécessaire[2].

Lors de la composition des arrangements, George Martin dut faire face à deux problèmes majeurs. Le premier était que la plupart des musiciens indiens ne savaient pas lire les notations musicales occidentales. Le second consistait en l'élaboration des partitions pour violons et violoncelles : en effet, pour que les musiciens anglais puissent jouer comme des hindous, Martin dut transposer pour les instruments « traditionnels » tous les effets que pouvaient produire, par exemple, l'utilisation d'un dirulba, avant de demander aux musiciens de jouer ensemble[1].

L'éclat de rire, que l'on peut entendre à la toute fin de la chanson, était une idée de George Harrison pour dédramatiser le message des paroles, détendre l'atmosphère et pouvoir reprendre le cours de l'album[1].

Description musicale[modifier | modifier le code]

Tout le morceau est dans la tonalité de do dièse majeur, sur laquelle George Harrison développe sa mélodie dont la gamme s'inspire donc de la musique orientale. Il chante accompagné principalement par un dilruba qui joue les mêmes notes, et par des tablas dont Geoff Emerick note qu'ils n'avaient jamais été encore à cette époque enregistrés aussi fidèlement sur disque. Il explique : « Tout le monde était émerveillé dans le studio quand nous avons entendu pour la première fois le tabla enregistré de si près, avec toute sa texture et ces adorables résonnances basses »[2]. La partie instrumentale du milieu du morceau comprend une section de cordes classique conduite par George Martin, auteur de la partition sur les indications de George Harrison. Lequel a tenu, dans les dernières secondes, à ajouter des rires pour apporter un peu de légèreté au tout.

Analyse des paroles[modifier | modifier le code]

L'originalité de la chanson réside aussi dans ses paroles, dans lesquelles Harrison expose, de manière très explicite, sa nouvelle philosophie tournée vers l'Orient et l'hindouisme. La chanson prend la forme d'une réminiscence progressive d'une discussion à laquelle Harrison aurait participé. Elle explique que l'individualisme occidental, l'égo, est fondé sur une illusion qui encourage à la division. Si l'on veut se débarrasser de cet espace, et se rapprocher les uns des autres, il faut donc abandonner l'illusion de l'égo, et de ce fait, considérer que nous sommes en essence tous un.

Un autre thème apparaît, celui de l'amour salvateur, thème majeur de la doctrine hindoue du Dharma. Enfin, la chanson sonne comme une sorte d'invitation à la conversion de l'auditeur pour les idées de George Harrison. Harrison avoua d'ailleurs l'importance de Ravi Shankar, qui lui enseigna le sitar, quant à l'inspiration de cette chanson.

Bien que la chanson soit initialement basée sur des concepts hindous, et qu'aucune référence à la drogue n'est faite dans ses paroles, elle trouva un écho chez les consommateurs de drogues de l'époque, notamment à cause de ses paroles et de son interprétation mystique, et du rire que l'on entend à la fin de la chanson, pouvant suggérer une consommation de substance psychotrope.

Une autre conséquence de la chanson fut l'intérêt des autres membres des Beatles pour la culture et la religion hindoues, qui les poussa, début 1968, à suivre l'enseignement du Maharishi Mahesh Yogi à Rishikesh dans le nord de l'Inde. C'est d'ailleurs suite et grâce à tout ce qu'ils avaient composé lors de ce voyage que les membres du groupe enregistrèrent le fameux « album blanc » (1968)[1].

Personnel[modifier | modifier le code]

Reprises[modifier | modifier le code]

Parmi les reprises de cette chanson par d'autres artistes, on peut retenir les versions de Patti Smith, en avril 2007, pour son album Twelve, d'Oasis, en 2007 encore, ainsi que celles de Sonic Youth pour l'album-hommage Sgt. Pepper Knew My Father et de Glenn Mercer sur l'album Wheels in Motion. L'enregistrement intégral de la chanson — celle de 30 minutes — ne figure dans aucune compilation des Beatles. Elle est cependant présente, dans une version totalement instrumentale, dans le deuxième disque de l'Anthology 2, où son tempo est ralenti et où sa tonalité est rehaussée. On peut également entendre la mélodie de la chanson au sein d'un mashup avec Tomorrow Never Knows dans l'album Love, ainsi que des fragments de l'instrumentation disséminés dans divers autres titres.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Steve Turner, L'Intégrale Beatles: les secrets de toutes leurs chansons [« A Hard Day's Write »], Hors Collection,‎ 1999, 285 p. (ISBN 2-258-06585-2)
  2. a, b et c (en) Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions: The Official Story of the Abbey Road Years, Londres, Hamlyn,‎ 1988 (ISBN 0-600-55784-7)
  3. George Harrison, John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, The Beatles Anthology, Seuil,‎ 2000 (ISBN 2-02-041880-0)