Apple Corps

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Apple Corps Ltd. est une entreprise fondée en janvier 1968 par le groupe britannique The Beatles. Ils venaient en effet de dissoudre leur première société Beatles Ltd. pour former un conglomérat.

Histoire[modifier | modifier le code]

Lorsque les Beatles apprennent que leur « capital » peut être soit investi dans la création d’une entreprise soit dilapidé en impôts divers, ils choisissent la première solution, débouchant sur la naissance d’Apple Corps[1].

Le nom et le logo proviennent d’un célèbre tableau de René Magritte (dont le dernier acquéreur est Paul McCartney[1],[2]). Apple est lancée en janvier 1968 avec ses divisions Apple Records (la seule qui sera rentable et qui survivra), Apple Electronics, Apple Publishing, Apple Films et Apple Retail. En plus de couvrir les finances et les activités des Beatles, la compagnie est censée apporter de l’aide à tout artiste dans le monde qui voudrait lancer un projet artistique de valeur[1].

Un résultat contrasté[modifier | modifier le code]

Le 3 Savile Row, où se situe le siège d'Apple.

En ce qui concerne la division Apple Retail, la boutique « de mode » ouverte en décembre 1967 sur Baker Street à Londres figure dans la catégorie des catastrophes[1],[2]. Lancée en grande pompe[1],[2], avec une magnifique[3] fresque psychédélique peinte sur sa façade[3], elle sera fermée au bout de six mois — après que les riverains auront réussi à faire effacer la fresque — devant un abîme de pertes dues à une gestion folklorique[1], voire pas de gestion du tout[1],[2]. Dernier moment de gloire pour la boutique fermée : un soir de la fin du mois d'août 1968, Paul McCartney, muni d’un pot de peinture, inscrit « Hey Jude » sur les vitrines histoire de promouvoir le 45 tours à venir, le premier à sortir sur leur label illustré par une pomme Granny Smith[1],[2].

Catastrophe ou gag ? Apple Electronics est confié au fameux « Magic Alex » (Alexis Mardas), sorte de charlatan intronisé « génie de l’électronique » qui a tapé dans l’œil de John Lennon[1], et qui sera à un moment donné un des principaux personnages de l'entourage direct du groupe[1],[2]. Sa grande tâche est de concevoir le studio d’enregistrement au sous-sol de l’immeuble du 3, Savile Row, à Londres, où s’installe la compagnie. Il prétend construire le premier « 72 pistes » de l’histoire[1],[2]...

Lorsque les Beatles découvrent le résultat, au moment de poursuivre leur projet Get Back en janvier 1969, ils tombent des nues[1],[2],[4]. Rien n’est prévu pour le câblage, pour l’insonorisation (dans les deux sens)[4], pour la communication entre la cabine d’enregistrement et le studio[4], Magic Alex a conçu une pauvre console de mixage qui sera immédiatement jetée au placard[1],[4], et a disposé 16 baffles répartis tout autour du studio[1],[4]

Le groupe devra en catastrophe emprunter du matériel à EMI pour pouvoir mener à bien son projet[1], en coupant le chauffage central audible par manque d’insonorisation[1],[4]. Finalement, un « vrai » studio sera construit en 18 mois sous la direction de Geoff Emerick[4] et servira, après la séparation des Beatles, aux artistes du label comme Badfinger, Billy Preston, Ravi Shankar, James Taylor… et aussi à Marc Bolan (T. Rex) ou Harry Nilsson. Il est fermé au milieu des années 1970, quand la compagnie déménage dans le quartier de Knightsbridge[4].

Les deux premières années d’existence d’Apple coïncident en fait avec la dégradation des relations entre les membres des Beatles[1], dont la séparation est officiellement annoncée en avril 1970[1]. Pendant que le groupe se disloque, Allen Klein, devenu son manager contre la volonté de Paul McCartney, commence par négocier un très avantageux contrat de redistribution de royalties avec EMI, puis dans sa volonté de réduire les coûts, à renvoyer une grande partie du personnel, dont Alexis Mardas[1].

Le chaos financier qui préside aux débuts d’Apple Corps n’est résolu qu’au bout de nombreuses années de disputes[1]. Quand la dissolution juridique des Beatles est prononcée en 1975, il est aussi question de la disparition d’Apple, mais la décision est finalement de maintenir la compagnie, qui va devenir très rentable, tout en supprimant toutes ses « divisions »[1],[4].

Sur le label Apple Records (distribué par EMI au Royaume-Uni et par Capitol Records aux États-Unis), sont publiés à partir d’août 1968 les derniers 45 tours et 33 tours (l'Album Blanc, Abbey Road, Let It Be) du groupe encore actif, puis tous les disques que John, Paul, George et Ringo produisent séparément ensuite[1],[2]. Il connaît une nouvelle ère de gloire et de profit à la fin des années 1980, lorsque tout le catalogue Beatles est réédité sur CD et, plus tard, avec la publication de la série The Beatles Anthology, puis de One en 2000. Enfin, Apple Records a commercialisé le 9 septembre 2009 toute la production des Beatles (soit 14 albums) remasterisée[5].

Durant presque 40 ans, le patron d’Apple Corps a été l’ancien road manager des Beatles, Neil Aspinall[1]. Il a pris sa retraite en 2007 pour être remplacé par Jeff Jones. Les propriétaires de la compagnie sont Paul McCartney, Ringo Starr et les ayants droit de John Lennon et George Harrison[1].

Apple contre Apple[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, Apple doit batailler incessamment en justice avec son homonyme fondée en 1976 par Steve Jobs et Steve Wozniak, Apple Computer, sur une brûlante question de propriété et d’utilisation de la marque déposée. En 1981, un accord stipule qu'Apple Computer doit rester en dehors de l'industrie musicale[6].

De nouvelles actions en justice seront lancées à chaque fois qu'Apple Corps estimera que le fabricant d'ordinateurs viole cet accord : d'abord en 1989 avec une carte son compatible avec la technologie MIDI, ensuite en 2003 avec l'iPod et l'iTunes Music Store[6].

Un accord définitif est finalement trouvé en février 2007, au terme duquel Apple Computer, devenu Apple, Inc. en janvier de la même année, devient propriétaire de la marque Apple, tandis qu'Apple Corps en conserve l'usage pour ses propres activités. Une grande partie des termes de cet accord restent secrets. Mais une des conséquences certaines est l'apparition de tout le catalogue des Beatles numérisé sur l'iTunes Music Store en novembre 2010.

Des différends sur le montant des royalties reversées par EMI et Capitol entraînent une autre longue action devant les tribunaux, et là aussi, un accord à l’amiable est trouvé en 2007[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w et x (fr) Collectif, The Beatles Anthology, Seuil,‎ 2000 (ISBN 2-02-041880-0), p. 286-297
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now. Les Beatles, les sixties et moi, Flammarion,‎ 2004, poche (ISBN 978-2-08-068725-8)
  3. a et b photo de la fresque sur le mur de la boutique Apple en 1968
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Geoff Emerick, Here There and Everywhere, My Life Recording The Music of The Beatles, Gotham Books,‎ 2006 (ISBN 1-59240-179-1), p. 267-270
  5. annonce officielle sur le site TheBeatles.com
  6. a, b et c Apple vs Apple sur la wikipédia anglophone

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]