Hutus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Article général Pour un article plus général, voir Population de l'Afrique des Grands Lacs.

Hutus

Populations significatives par région
Population totale environ 18,5 millions
Autres
Régions d’origine

Afrique Centrale, Haut-Nil

Langues

maternelles:Kirundi, kinyarwanda, Kinyabwisha, Kifumbira, secondaires:kiswahili, français, anglais

Religions

Catholicisme, protestantisme, religion traditionnelle (Beaucoup de Hutus christianisés continuent de croire à la religion traditionnelle)

Ethnies liées

Divers peuples bantous, Tutsis

Les Hutus sont un peuple d'Afrique centrale. Ils constituent le groupe majoritaire au Rwanda et au Burundi, 80 % de la population environ.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources on peut rencontrer les variantes suivantes : Abahutu, Bahutu, Banyabwisha, Banyarutshuru, Bafumbira, Banyarwanda, Barundi, Hutus, Wahutu[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnisme au Rwanda.

Il existe différentes théories quant à l'origine des groupes tutsis et hutus. qui avancent respectivement que les différences entre ces deux groupes seraient avant tout ethniques, culturelles ou simplement sociologiques.

Selon certains historiens, tels que l'abbé rwandais Alexis Kagame, qui ont axé leurs recherches sur le peuplement du Rwanda, les Tutsi seraient arrivés au Rwanda vers le XVIe siècle où ils avaient été précédés par les Hutu implantés sur les lieux près de six siècles auparavant. Les Batwa (pygmées) qui s'y trouvaient sont considérés comme les premiers habitants du Rwanda. Cet ordre d'arrivée permettrait de relever que les Hutu et les Tutsi ont des origines différentes. les Tutsis seraient à l'origine un peuple nilotique et les Hutus un peuple bantou.

Ceci rejoint l'analyse des premiers colons allemands puis belges, arrivés au Rwanda et au Burundi, selon laquelle les populations du Rwanda et du Burundi étaient divisées en trois groupes « ethniques » : les Hutus, les Tutsis et les Twas. Mais, de l'avis d'auteurs comme Jean-Pierre Chrétien[2] ou Dominique Franche[3], cette analyse ne repose pas sur les critères qui caractérisent normalement des ethnies : tous les Rwandais et Burundais parlent la même langue (avec de légères variantes nationales : le Kinyarwanda et le Kirundi) et partagent la même culture. De plus ils vivent mélangés, acceptent dans beaucoup de familles les mariages entre groupes et ont les mêmes croyances ancestrales ou issues de la colonisation. Cette théorie globalisante qui veut que ceux qui vivent mélangés et partageant une même langue forment une même ethnie est contredite par le fait qu'une unité de langue ne présuppose pas une unité ethnique[réf. nécessaire].

Certains auteurs, comme Jean-Pierre Chrétien[2] ou Dominique Franche[3], affirment notamment qu'avant la colonisation, les Hutus étaient agriculteurs, les Tutsis éleveurs et les Twas cueilleurs. Cette tradition reliée au travail, ajoutent-ils, était transmise de génération en génération par l'obligation de changement de statut de la fille au moment de son mariage. Ainsi, une fille née hutu devenait tutsi ou twa parce que son mari était tutsi ou twa et réciproquement. Il s'agissait essentiellement, affirment-ils, de la même ethnie parlant la même langue avec variante régionale. Le changement de statut avait essentiellement pour effet la transmission aux enfants nés de l'union l'obligation de participer au rôle et au travail du père.

Répartition par pays[modifier | modifier le code]

Au Burundi[modifier | modifier le code]

Situé en Afrique des Grands Lacs, d’une superficie de 27 834 km² avec 9,09 millions d’habitants (estimation de 2006, World Fact Book), le Burundi a connu depuis son indépendance une histoire marquée par des conflits meurtriers. Les années 1965, 1972, 1988, 1991 et 1993 ont été marquées par des affrontements et des massacres à caractère ethnique opposant les Hutus aux Tutsis, les deux grandes composantes ethniques du Burundi.

Placé sous le protectorat allemand en 1884 après quatre siècles de paisible régime royal fondé au XVe siècle, le pays passe sous mandat de la SDN en 1919 et sous tutelle de l’ONU en 1946 avec comme mandataire et tuteur le Royaume de Belgique.

Après son indépendance acquise le 1er juillet 1962, le Burundi resta sous un régime monarchique jusqu’au renversement du roi Ntare V le 28 novembre 1966 par le capitaine Michel Micombero, marquant ainsi l’avènement de la République du Burundi. Le régime se caractérise par l’instabilité politique, sur fond d’exclusion politique et de régionalisme, matérialisée par les rumeurs de coup d’Etat de 1969 et de 1971. La répression aveugle à l’attaque d’une rébellion hutue en avril 1972 emporta la majeure partie de l’élite hutue. On estime qu’il y a eu 100 000 morts et 300 000 réfugiés.

Le régime ne s’en relèvera pas, et le lieutenant général Michel Micombero sera remplacé par le colonel Jean Baptiste Bagaza. Après cinq ans de relative bonne gouvernance, le président Bagaza renoue avec l’exclusion, le régionalisme et le clanisme, sans oublier la dictature qui a fini par le dresser contre l’Eglise catholique. Cette politique finit par isoler le pouvoir et le 3 septembre 1987 le major Pierre Buyoya dépose le colonel Bagaza à la satisfaction de la population, de l’Eglise catholique et de la communauté internationale.

Les événements sanglants survenus au nord du pays en 1988 amènent le président Buyoya (Tutsi) à ouvrir un gouvernement d’union nationale dirigé par un premier ministre hutu. Son gouvernement entreprend en même temps une large campagne de sensibilisation de la population qui aboutit le 5 février 1992 à un référendum sur l’unité des Barundi (se dit du peuple burundais, toutes ethnies confondues).

Le major Buyoya est aussi le président qui a lancé le pays sur la voie de la démocratie en organisant les élections pluralistes qui ont porté au fauteuil présidentiel son principal opposant, le président Melchior Ndadaye, hutu, le 1er juin 1993. L’assassinat du président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, dans une tentative de coup d’Etat de l’armée à prédominance tutsie, le 21 octobre 1993, plongea le pays dans une crise sans précédent qui a causé plus de 300 000 morts. Les Hutus, voulant venger la mort du président hutu démocratiquement élu, se sont attaqués à leurs voisins tutsis. L’armée voulant protéger ces derniers s’en est pris aux Hutus.

Le successeur de Ndadaye, le président Cyprien Ntaryamira, meurt le 6 avril 1994 au Rwanda dans un accident d’avion qui coûtera également la vie au président rwandais, Juvénal Habyarimana.

Après de longues négociations politiques menées dans une période très tourmentée, le président Sylvestre Ntibantunganya accède au pouvoir en octobre 1994 et sera évincé par le major Buyoya qui reprit le pouvoir en juillet 1996. Avec l’appui de la communauté internationale, l’Union africaine et la Sous-Région, le gouvernement mis en place par Buyoya, de retour au pouvoir, va s’atteler à asseoir le processus de paix tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays aboutissant ainsi le 28 août 2000 à la signature de l’Accord d’Arusha pour la paix et la Réconciliation sous la médiation de l'ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela.

À partir de novembre 2001, le Burundi entre dans une période de transition de 36 mois dans le cadre de la mise en œuvre des accords de paix signés à Arusha. Un gouvernement de transition, un parlement et un sénat élargis à tous les acteurs politiques burundais, y compris les représentants des factions armées, sont mis en place. La première tranche de transition de 18 mois est pilotée par le président Buyoya jusqu’au 30 avril 2003, date à laquelle il passe le témoin au président Domitien Ndayizeye.

En novembre 2003, le gouvernement de transition réussit à signer les accords de cessez-le-feu avec le CNDD-FDD, un des plus importants mouvements armés qui avaient refusé de participer au gouvernement. L’entrée de ce mouvement dans les institutions de transition dont le gouvernement et le haut commandement militaire a laissé une ouverture à une paix durable.

L’appui de la communauté internationale à cette chance de paix a conduit le peuple burundais en l’espace de moins d’une année à effectuer quatre scrutins (un référendum constitutionnel ; des élections communale, parlementaire et sénatoriale, et un scrutin présidentiel) sous l’observation des Nations Unies qui, depuis le 1er juin 2004, avaient déployé une force de maintien de la paix au Burundi. Entretemps, le président Ndayizeye voit son mandat prolongé jusqu’au 26 août 2005, jour de l’investiture du nouveau président, Pierre Nkurunziza du CNDD-FDD, l’ancien mouvement rebelle devenu parti politique. Arrivant ainsi au pouvoir après une décennie d’intenses combats qui ont mis à mal les indicateurs de développement du Burundi, le pouvoir actuel se voit confronté à de nombreux défis : négocier un cessez-le-feu permanent avec le PALIPEHUTU-FNL, un autre grand mouvement armé qui jusqu’à très récemment combattait encore le pouvoir de Bujumbura, réformer les corps de défense et de sécurité, démobiliser, réinsérer et réintégrer les anciens combattants, garantir les droits de l’Homme et améliorer les conditions de vie d’une grande partie de la population qui a sombré dans la misère chronique depuis l’éclatement de la crise en octobre 1993.

Les efforts soutenus du gouvernement de Pierre Nkurunziza dans le cadre de ses négociations avec le PALIPEHUTU-FNL aboutissent le 7 septembre 2006, grâce à la Facilitation sud-africaine et l’appui de la communauté internationale, à la signature d’un cessez-le-feu global à Dar-es-Salaam en Tanzanie.

Après deux ans et demi de présence dans le pays, le mandat de l’Opération des Nations Unies au Burundi (ONUB) est arrivé à terme le 31 décembre 2006. Conscient des défis auxquels le nouveau gouvernement doit faire face, le Conseil de sécurité des Nations Unies, en sa Résolution 1719, décide d’établir un Bureau intégré des Nations Unies au Burundi (BINUB) pour succéder à l’ONUB afin de continuer à appuyer les nouvelles autorités en vue d’une consolidation définitive de la paix dans ce pays. Entretemps la création par le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de la Commission de consolidation de la paix en décembre 2005 viennent à point nommé lorsque celle-ci choisit la Sierra Leone et le Burundi pour en être ses premiers bénéficiaires. La Commission qui rassemble un large éventail de compétences et d'expériences en matière de prévention des conflits, médiation, maintien de la paix, respect des droits de l'Homme, Etat de droit, assistance humanitaire, reconstruction et développement à long terme, entend mettre tout ce capital au service du Burundi pour l’aider à sortir définitivement de ses treize années de conflit.

Au Rwanda[modifier | modifier le code]

Quand les Tutsis commencèrent à revendiquer l'indépendance, les colonisateurs belges renversèrent leur alliance au profit des Hutus au nom de la démocratie, déviant contre les Tutsis les revendications d'indépendance. En 1960, les Hutus se sont emparés du pouvoir, avec l'aide du colonisateur belge, et renforcèrent leur monarchie au point de la rendre monolithique au Rwanda. Les Hutus au pouvoir, avec Grégoire Kayibanda comme président, organisèrent des exactions (massacres, destructions de biens, etc) [4] contre les Tutsis dont plusieurs centaines de milliers prirent le chemin de l'exil vers les pays voisins. Ce sont les descendants de ces derniers qui ont chassé le régime hutu, responsable du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 qui a fait plus d'un million de victimes, essentiellement Tutsi, mais aussi des Hutu modérés opposés à la dictature[5].

Depuis l'accession au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) à l'issue du génocide en 1994, le pouvoir rwandais s'est attaché à détruire les fondements de cet ethnisme dans la société rwandaise. La constitution adoptée par référendum en 2003 a très clairement confirmé par la loi cet engagement, mais au plan politique les forces de l'ancienne majorité et celles de l'opposition actuelle contestent cette volonté politique qu'elles considèrent comme une façade qui cacherait en fait la volonté de domination d'un groupe minoritaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. a et b CHRETIEN Jean-Pierre, Le défi de l'ethnisme : Rwanda et Burundi, 1990-1996, Paris, Karthala, 1997
  3. a et b FRANCHE Dominique, Rwanda, généalogie d’un génocide, Mille et une Nuits, 19977
  4. Article du journal Le Monde du 4 février 1964 : « L'extermination des Tutsi, les massacres du Ruanda sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue »
  5. Assemblée Nationale Française, Mission d’information sur le Rwanda(pages 286-298), sur <www.assemblee-nationale.fr>. Consulté le <9 février 2014>.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Agostini, La pensée politique des génocidaires hutus, L'Harmattan, 2006, 136 p. (ISBN 978-2-2960-0844-1)
  • Jean-Pierre Chrétien, « Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi », in Au cœur de l'ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, Éditions la Découverte, Paris, 1985, p. 129-165
  • Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable : la faillite de l'humanité au Rwanda, Libre Expression, 2003, 684 p. (ISBN 978-2764800720)
  • Georges Gerkens, Les Batutsi et les Bahutu : contribution à l'anthropologie du Ruanda et de l'Urundi, d'après les mensurations recueillies par la mission G. Smets, Institut royal des sciences naturelles de Belgique, Bruxelles, 1949, 112 p.
  • Alexis Kagame, Inganji Karinga (The victorious Drums). Kabgayi, Éd. Morales, 1943.
  • Bernard Lugan, Histoire du Rwanda : de la préhistoire à nos jours, Paris, Bartillat, 1997, 606 p. (ISBN 2-84100-108-3)
  • Melchior Mbonimpa, Hutu, Tutsi, Twa  : pour une société sans castes au Burundi, L'Harmattan, 1993, 109 p. (ISBN 978-2-7384-1599-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]