Torture par l'eau

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Les tortures par l'eau sont des techniques de torture qui datent de fort longtemps et sont en général centrées sur l'idée de faire suffoquer la victime.

Tout comme la gégène, pour la guerre d'Algérie, la torture par l'eau a longtemps été niée mais des décisions juridiques sont intervenues pour tenter d'interdire cette pratique en la qualifiant de torture. Actuellement, son statut de torture est officiellement reconnu mais cette pratique est toujours autorisée sous certaines conditions.

Aspects techniques[modifier | modifier le code]

Cure par l'eau.

Une pratique du Moyen Âge, connue comme « cure par l'eau » (« water cure » en anglais), consiste à ligoter la victime et à l'obliger à avaler une grande quantité d'eau.

« La baignoire » consiste à ligoter la victime et à la suspendre par les pieds au-dessus d'une baignoire remplie d'eau de telle sorte que la tête soit sous l'eau, parfois la suspendre précisément de la sorte n'était pas jugé nécessaire par les tortionnaires.

Une variante nommée simulation de noyade (en anglais waterboarding) consiste à la ligoter sur une planche inclinée de façon à ce que la tête soit plus basse que les pieds, on recouvre alors la tête de la victime d'un tissu et de l'eau est versée dessus et, sa respiration devenant très difficile, la victime est mise dans l'angoisse d'une mort prochaine par asphyxie. Toutefois, aux mains de bourreaux « compétents », la noyade est improbable car les poumons sont placés plus hauts que la bouche.

Pratiques modernes[modifier | modifier le code]

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre 1939-1945, la Gestapo pratiqua le supplice de la baignoire en France occupée, dans à peu près toutes les villes où elle avait ses locaux de torture. On prenait soin de ne pas changer l'eau, pour rendre plus ignoble la suffocation dans de l'eau souillée par les précédentes victimes[réf. nécessaire].

Guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Après leur coup de force du 9 mars 1945, en Indochine française, l'armée japonaise, en particulier les services de la police secrète japonaise (la Kempetaï), a souvent eu recours à cette forme de torture[1].

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre d'Algérie, une version de cette technique s'appelait « la baignoire ». Elle était enseignée au Centre d'enseignement à la guerre subversive de Jeanne-d'Arc, dans le Constantinois, dirigé par Marcel Bigeard et inauguré officiellement le 10 mai 1958 en présence du ministre de la Défense Jacques Chaban-Delmas[2].

Guerre du Viêt Nam[modifier | modifier le code]

Cette technique est présentée aux personnels militaires américains lorsqu'ils subissent l'entraînement de résistance à la torture (« SERE ») mais lors de la guerre du Viêt Nam, le waterboarding (nom américain pour cette technique) avait été utilisé par les soldats américains sur les combattants Việt Cộng.

Guerre contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 (Afghanistan…)[modifier | modifier le code]

Le 5 février 2008, le directeur de la CIA, Michael Hayden, a admis l'utilisation par l'agence de cette technique de simulation de noyade sur trois détenus (Khalid Cheikh Mohammed, Abou Zoubaydah et Abd Rahim Al-Nashiri)[3],[4] afin d'obtenir des informations sur d'éventuels attentats. Il a ajouté que cette technique n'avait plus été utilisée depuis par l'agence[5].
George W. Bush a mis, le samedi 8 mars 2008, son veto à un texte de loi, voté par le Congrès américain, interdisant aux agents des services de renseignement américains de recourir à la simulation de noyade (waterboarding), argumentant qu'« il faut nous assurer que les responsables des services de renseignement puissent disposer de tous les instruments nécessaires pour arrêter les terroristes »[6].

En novembre 2010, l'ancien président américain George W. Bush a reconnu qu'il avait personnellement autorisé l'utilisation de cette « technique coercitive ». Contre l'avis de la plupart des juristes[7], l'ancien président refuse de reconnaître qu'il s'agit d'une torture[8].

Polémique à propos de la localisation de Ben Laden[modifier | modifier le code]

En mai 2011, à l'annonce de la mort d'Oussama ben Laden, tué par des militaires américains, certains anciens responsables politiques sous l'administration Bush et certains quotidiens américains ont considéré que des informations cruciales pour ce succès avaient été obtenues par cette méthode de torture. Par exemple le républicain Peter King, membre de la commission pour la sécurité intérieure, a affirmé : « Nous avons obtenu les informations grâce à la simulation de noyade (waterboarding). »[9],[10].

Selon le New York Times, ces révélations n'ont pas été obtenues sous la torture mais bien après, lors d'interrogatoires normaux[11], ce que confirmeraient certains responsables de l’administration Obama, « mais pour les défenseurs de la torture, peu importe : que Khalid Cheikh Mohammed ait parlé sous la pression ou parce qu’il avait été brisé quelques années plus tôt, leurs théories sont validées »[9]. Des informations détaillées semblent indiquer que les renseignements nécessaires à cette localisation ont été obtenus par de multiples biais et ont été le fruit de recoupages minutieux de données, et « rien de tout cela ne vient de techniques d'interrogatoire renforcées » d'après la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, membre de la commission pour les renseignements[12].

Leon Panetta, nommé par Barack Obama directeur de la CIA, puis Secrétaire de la Défense des États-Unis, trois jours avant l'élimination de Ben Laden[13],[14], a admis, en mai 2011, que la torture par l'eau (waterboarding) autorisée par George W. Bush et appliquée en particulier à Khalid Cheikh Mohammed, à 183 reprises pendant le mois de mars 2003, a permis de récupérer certaines des informations qui ont conduit à la cache de Ben Laden[15], tout en précisant que la question de savoir si les mêmes informations auraient pu être obtenues par d'autres moyens restait ouverte[16].

D'après le New York Times, un rapport confidentiel du sénat américain aurait conclu, en 2012, après trois ans et demi d'enquête sur les techniques d'interrogatoire controversées, comme la simulation de noyade, que ces techniques d'interrogatoire « musclées » ont été volontairement surévaluées auprès du public et du Congrès américain, et qu'elles n'avaient pas conduit à des renseignements ayant permis de localiser Oussama Ben Laden[17],[18].

Autres victimes de la torture par l'eau[modifier | modifier le code]

Abdelhakim Belhaj, 45 ans, est l'un des hommes forts de la Libye d'après-Kadhafi, puisqu'il se retrouve, à la suite de la prise de Tripoli par les révolutionnaires, chargé de la sécurité dans la capitale[19],[20]. Dans ses premières interviews, il a raconté comment il a été soumis à la torture par la CIA, à Bangkok en 2004, ayant été notamment plongé dans l'eau glacée[21]. Il affirme avoir perdu connaissance à plusieurs reprises. Quelques jours après, il était mis dans un avion pour Tripoli, en application du pacte secret que les États-Unis de George Bush avaient passé avec le régime libyen de l'époque. Ce lourd passé n'empêche pas M. Belhadj de se montrer reconnaissant de l'intervention militaire des États-Unis et de l'OTAN en Libye, en 2011[22].

Torture ou non ?[modifier | modifier le code]

Article détaillé : États-Unis et torture.

Le 18 novembre 2005, Brian Ross et Richard Esposito ont fait état de l'utilisation de la simulation de noyade (waterboarding) par la CIA dans un article posté sur le site web de ABC News :

« Le prisonnier est attaché à une planche inclinée, les jambes levées et la tête légèrement plus basse que les pieds. On lui enveloppe la tête de cellophane et de l'eau lui est versée dessus. Inévitablement, les réflexes de suffocation s'enclenchent et une peur panique de la noyade force le prisonnier à supplier que l'on arrête le traitement. D'après nos sources, les officiers de la CIA qui se sont soumis à la technique de la simulation de noyade (waterboarding) ont résisté en moyenne 14 secondes avant de craquer. Ils rapportent que le prisonnier d'Al-Qaida le plus dur, Khalid Cheikh Mohammed, s'est attiré l'admiration des interrogateurs en résistant entre deux minutes et deux minutes et demie avant de supplier qu'on le laisse parler. "La personne croit qu'elle est en train de se faire tuer, ce qui équivaut à un simulacre d'exécution, ce qui est illégal d'après les lois internationales", dit John Sifton de Human Rights Watch. [2] »

D'après une enquête américaine sur le moral de leurs militaires, début mars 2008, 53 % des officiers supérieurs estiment que la torture n'est « jamais acceptable », alors que 44 % ne sont pas d'accord avec ce jugement, et 46 % pensent que le waterboarding relève de la torture, 42 % sont d'un avis contraire[23].

Le docteur Allen Keller, directeur du programme pour les survivants de la torture de Bellevue NYU, a soigné « un certain nombre de personnes » qui avaient été soumises à des formes de quasi-asphyxie, y compris la simulation de noyade (le waterboarding). Suite à une interview au New Yorker, la journaliste (Jane Mayer) a écrit : « Le docteur Allen Keller m'a dit que c'était bien une torture. Certaines victimes restent traumatisées pendant des années. L'un des patients ne pouvait plus prendre de douche, il était pris de panique lorsqu'il pleuvait. "La peur d'être en train de mourir est une expérience terrifiante", a-t-il dit. [3] »

En juillet 2008, Christopher Hitchens a accepté de se soumettre à la technique de la torture par l'eau afin de pouvoir s'exprimer en connaissance de cause sur le sujet. Il publia ensuite l'article : « Believe Me, It’s Torture » dans le magazine Vanity Fair.

En février 2009, le directeur de la CIA désigné par le président américain Barack Obama, Leon Panetta a qualifié de torture la simulation de noyade. « Je pense que la simulation de noyade est une torture et que c'est une mauvaise pratique », a-t-il affirmé[24]. En mars 2009, le nouveau ministre américain de la Justice, Eric Holder, a déclaré : « le waterboarding, c'est de la torture (…) Mon département de la Justice ne le justifiera, ni ne le rationalisera, ni ne le tolérera »[25].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G.H.P. [publication anonyme], La « Kempétaï » : Saïgon, Hanoï, Haïphong, Nhatrang, Huê, Vinh, Phnom-Penh, Vientiane, mars-septembre 1945 [livret de caricatures sur la condition des détenus dans les prisons japonaises en Indochine française après le coup de force du 9 mars 1945], Imprimerie Française d'Outre-Mer, Saïgon, 1945.
  2. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, chap. IX, p. 133-134.
  3. Lalibre.be le 29/01/2009
  4. DH.be le 05/02/2008
  5. (fr) Articles du quotidien le Monde, La CIA admet avoir utilisé la simulation de noyade sur trois détenus daté du 5 février 2008, Washington se réserve le droit d'utiliser la torture daté du 7 février 2008, et « Waterboarding » : les démocrates exigent une enquête daté du 8 février 2008
  6. (fr) Articles du quotidien le Monde, George W. Bush met son veto à un projet de loi interdisant d'utiliser le « waterboarding » daté du samedi 8 mars 2008, et Le président Bush refuse d'interdire la torture du « waterboarding » daté du lundi 10/03/2008. Article du quotidien le Figaro « Bush met son veto à un texte contre la torture » [1] daté du samedi 8 mars 2008.
  7. Tom Malinowski, the Washington advocacy director for Human Rights Watch, said, "Waterboarding is broadly seen by legal experts around the world as torture, and it is universally prosecutable as a crime. The fact that none of us expect any serious consequences from this admission is what is most interesting."In new memoir, Bush makes clear he approved use of waterboarding. Le Washington Post cite quatre professeurs de droit de plusieurs universités américaines.
  8. Washington Post - 3 novembre 2010 (en) In new memoir, Bush makes clear he approved use of waterboarding
  9. a et b Une réhabilitation de la torture, article sur le site Big Browser lié au quotidien le Monde, daté du 3 mai 2011.
  10. Peter King sur Fox News le 2 mai 2011.
  11. http://blog.lefigaro.fr/obamazoom/2011/05/ben-laden-le-mythe-du-succes-de-la-torture.html
  12. (en) Bin Laden Raid Revives Debate on Value of Torture, article du quotidien The New York Times, daté du 3 mai 2011.
  13. Le Figaro, 27-4-2011
  14. Le Monde.fr, 28-4-2011
  15. (en) Leon Panetta, the CIA director, has confirmed that controversial "enhanced interrogation techniques" such as waterboarding yielded some of the intelligence information that ultimately led to Osama bin Laden Osama bin Laden killed : CIA admits waterboarding yielded vital information - The Telegraph du 7 mai 2011
  16. (en)"Whether we would have gotten the same information through other approaches I think is always gonna be an open question" Osama bin Laden killed : CIA admits waterboarding yielded vital information - The Telegraph du 7 mai 2011
  17. La CIA espionnait des travaux parlementaires confidentiels, article du quotidien Le Monde, daté du 6 mars 2014.
  18. « People who have read the study said it is a withering indictment of the program and details many instances when C.I.A. officials misled Congress, the White House and the public about the value of the agency’s brutal interrogation methods, including waterboarding. » dans (en)Employees Face New Inquiry Amid Clashes on Detention Program, article du quotidien The New-York Times, daté du 4 mars 2014.
  19. Le Monde du 03/09/2011 - interview de . A. Belhadj http://lemonde.fr/libye/article/2011/09/03/m-belhaj-nous-voulons-un-etat-civil-en-libye-nous-ne-sommes-pas-d-al-qaida_1567347_1496980.html
  20. New York Times - 03/09/2011 - http://www.nytimes.com/2011/09/02/world/africa/02islamist.html
  21. Le Monde du 03/09/2011 - http://lemonde.fr/libye/article/2011/09/03/m-belhaj-nous-voulons-un-etat-civil-en-libye-nous-ne-sommes-pas-d-al-qaida_1567347_1496980.html
  22. New York Times -03/09/2011 http://www.nytimes.com/2011/09/02/world/africa/02islamist.html
  23. (fr) Article du quotidien Le Monde, États-Unis : l'état de l'armée inquiète les militaires américains, daté du samedi 8 mars 2008
  24. (en) Greg Miller, « http: « Panetta: Waterboarding is torture » », sur http://www.latimes.com, Los Angeles Times,‎ 5 février 2009 (consulté le 2 mars 2009)
  25. (fr) « L'administration Obama bannit le simulacre de noyade », sur http://www.lexpress.fr,‎ 2 mars 2009 (consulté le 2 mars 2009)