Syndrome du savant

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Le syndrome du savant n'est pas un diagnostic médicalement reconnu, mais le chercheur Darold Treffert le définit comme une maladie rare dans laquelle les personnes avec des troubles du développement (y compris l'autisme) ont un ou plusieurs domaines de compétence, de capacité ou d'excellence qui est en contraste avec les limitations d'ensemble de l'individu. Treffert dit que la maladie peut être génétique, mais qu'elle peut également être acquise[1].

D'après Treffert, environ la moitié des personnes affectées par le syndrome du savant souffrent d'autisme tandis que l'autre moitié a un autre trouble du développement, un retard mental, une lésion ou une maladie cérébrale. Il dit que « Tous les autistes n'ont pas le syndrome du savant et toutes les personnes souffrant du syndrome du savant ne sont pas autistes ». D'autres chercheurs déclarent que les traits autistiques et les habiletés du savant peuvent être liés[2], ou ont contesté certaines des premières conclusions sur le syndrome du savant, jugeant qu'il s'agissait de « ouï-dires, non-corroborés par un examen minutieux indépendant »[3].

Bien que ce soit encore plus rare que la condition du savant à proprement parler, il arrive que certains « savants » ne présentent pas d'autres anomalies apparentes que leurs capacités exceptionnelles. Cela ne veut pas dire que ces capacités n'ont pas été déclenchées par une quelconque déficience cérébrale, mais cela tempère la théorie selon laquelle toutes les personnes atteintes du syndrome du savant sont infirmes et signifie qu'un compromis est nécessaire[4] (voir les savants prodigieux ci-dessous).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Selon Treffert, un point commun que partagent quasiment tous les « savants » est une mémoire prodigieuse d'un type spécial, une mémoire qu'il décrit comme « très profonde, mais extrêmement étroite ». Étroite dans le sens qu'ils sont capables de se souvenir mais qu'il leur est difficile de mettre leurs souvenirs en pratique[1].

Causes[modifier | modifier le code]

Des compétences de type « savant » peuvent être latentes en chacun de nous et ont été simulées chez des personnes neurotypiques (c'est-à-dire non autistes) en envoyant des impulsions magnétiques de basse fréquence dans le lobe fronto-temporel gauche du cerveau, ce qui aurait pour effet de rendre la zone inactive et de tenir compte de traitements plus directs pour tâche de type « savant », dont le calcul rapide[5].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

Le syndrome du savant est mal compris. Aucune théorie cognitive largement admise n'explique cette combinaison du talent avec les déficiences du savant[6]. On a suggéré que les autistes n'étaient pas objectifs quant à des traitements concentrés sur des détails et que ce style cognitif prédispose à la fois les autistes et les personnes neurotypiques à des compétences de « savant »[7]. Une autre hypothèse serait que l'hyper-systématisation prédispose à présenter des talents naturels, où l'hyper-systématisation est un état extrême dans la Théorie empathisation-systémisation - en anglais théorie Empathizing-Systemizing (E-S) (en) - qui classe les personnes selon leur aptitude à compatir avec les autres d'une part, et des comportements de systématisation concernant le monde extérieur d'autre part[8], et que l'attention portée sur des détails que l'on retrouve chez de nombreux « savants » est la conséquence d'une meilleure perception ou d'une hypersensibilité sensorielle chez les autistes[8],[9]. On a également suggéré que les « savants » accèdent directement à des informations bas niveau et moins traitées qui sont présentes dans tous les cerveaux humains mais qui ne sont pas accessibles à la conscience[5].

Le syndrome du savant est six fois plus fréquent chez l'homme que chez la femme, et cette différence ne s'explique pas entièrement par une plus forte proportion d'hommes chez les autistes. Ceci a amené à suggérer que l'hypothèse de Geschwind–Galaburda (en) s'applique au syndrome du savant où à la fois le syndrome et les lésions cérébrales s'avèrent congénitales[1].

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

D'après Treffert[1] :

  • Un autiste sur dix a des compétences de « savant ».
  • 50 % des « savants » sont autistes ; les 50 % restants ont souvent des déficiences différentes, un retard mental, des lésions ou des maladies mentales.
  • Les « savants » masculins sont six fois plus nombreux que les « savants » féminins.

Une étude britannique de 2009 sur 137 autistes a montré que 28 % d'entre eux satisfaisaient aux critères de compétences de « savant », c'est-à-dire une compétence ou une capacité « à un niveau qui serait inhabituel même pour des personnes normales » ; l'étude indique que ce chiffre est probablement sous-estimé, et que la proportion réelle serait d'au moins un autiste sur trois[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon Treffert, le terme de « savant idiot » a été utilisé pour la première fois pour décrire ce syndrome en 1887 par John Langdon-Down, connu pour la description du Syndrome de Down. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, « idiot » était un terme scientifique acceptable pour qualifier une personne dont le QI était inférieur à 20. Le terme de « savant idiot » fut plus tard considéré comme inapproprié du fait que presque tous les cas rapportés depuis cette époque apparaissaient chez des personnes ayant un QI supérieur à 40. Le terme de « savant autiste » était également utilisé pendant cette période comme diagnostic de ce trouble. Tout comme « savant idiot », le terme de « savant autiste » fut ensuite considéré comme inapproprié car seulement la moitié des personnes diagnostiquées à l'époque comme ayant le syndrome du savant étaient autistes.

Après la prise de conscience de la nécessité de précision dans le diagnostic ainsi que de dignité envers le patient, le terme de « syndrome du savant » devint communément admis[1].

Société et culture[modifier | modifier le code]

Kim Peek a inspiré le personnage du film de fiction Rain Man de 1988[11],[12], bien qu'il ne soit pas autiste[13].

Savants prodigieux[modifier | modifier le code]

Un savant prodigieux est une personne dont le niveau de compétences en fait un prodige, ou quelqu'un d'exceptionnellement doué, même en l'absence d'une déficience cognitive. Les savants prodigieux sont ces personnes aux capacités considérées comme phénoménales ou géniales même chez quelqu'un sans limites ou diagnostic particulier d'infirmité. Le trait le plus habituel de ces savants prodigieux est leur capacité mnémotechnique, un bon nombre ayant une mémoire eidétique (ou photographique). En effet, les savants prodigieux sont extrêmement peu courants, avec moins de cent cas rapportés en plus d'un siècle d'écrits sur le sujet. Treffert, le chercheur à la pointe de l'étude du syndrome du savant, estime que de tels individus vivant dans le monde aujourd'hui seraient moins de cinquante. Le site internet de la Wisconsin Medical Society énumère 29 profils de « savants »[14]. Darold Treffert (en) est l'ancien président de cette société.

Les individus qui suivent ne sont pas autistes mais présentent des troubles de savant prodigieux :

  • Kim Peek, calculateur doté d'une mémoire éidétique

Les individus qui suivent sont considérés comme figurant dans le spectre autistique doté de capacité hors du commun :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Treffert DA, « The savant syndrome: an extraordinary condition. A synopsis: past, present, future », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1351–7 (liens PubMed? et DOI?, lire en ligne)
  2. (en) Heaton P, Wallace GL, « Annotation: the savant syndrome », J Child Psychol Psychiatry, vol. 45, no 5,‎ juillet 2004, p. 899–911 (liens PubMed? et DOI?) :

    « CONCLUSIONS: We thus conclude that autism (or autistic traits) and savant skills are inextricably linked and we should therefore look to autism in our quest to solve the puzzle of the savant syndrome. »

  3. (en) McMullen T, « The savant syndrome and extrasensory perception », Psychol Rep, vol. 69, no 3 Pt 1,‎ décembre 1991, p. 1004–6 (liens PubMed? et DOI?) :

    « D.A. Treffert, following B. Rimland, cited examples which he states show ESP to be occurring in certain autistic savant children. The evidence is questioned on the ground that it is hearsay, uncorroborated by independent scrutiny. »

  4. a et b (en) « The Boy With The Incredible Brain » (consulté le 31 mars 2009)
  5. a et b (en) Snyder A, « Explaining and inducing savant skills: privileged access to lower level, less-processed information », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1399–405 (liens PubMed? et DOI?, lire en ligne)
  6. (en) Pring L, « Savant talent », Dev Med Child Neurol, vol. 47, no 7,‎ 2005, p. 500–3 (liens PubMed? et DOI?)
  7. (en) Happé F, Vital P, « What aspects of autism predispose to talent? », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1369–75 (liens PubMed? et DOI?)
  8. a et b (en) Baron-Cohen S, Ashwin E, Ashwin C, Tavassoli T, Chakrabarti B, « Talent in autism: hyper-systemizing, hyper-attention to detail and sensory hypersensitivity », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1377–83 (liens PubMed? et DOI?, lire en ligne [PDF])
  9. (en) Mottron L, Dawson M, Soulières I, « Enhanced perception in savant syndrome: patterns, structure and creativity », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1385–91 (liens PubMed? et DOI?)
  10. (en) Howlin P, Goode S, Hutton J, Rutter M, « Savant skills in autism: psychometric approaches and parental reports », Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, vol. 364, no 1522,‎ 2009, p. 1359–67 (liens PubMed? et DOI?)
  11. a, b et c (en) Treffert, Darold A. and Gregory L. Wallace, « Islands of Genius » [PDF], Scientific American, Inc,‎ 2003 (consulté le 8 novembre 2007)
  12. (en) « NASA Studying 'Rain Man's' Brain », Space.com,‎ November 8, 2004 (consulté le 14 septembre 2007)
  13. (en) Wulff, Jane, « Kim Peek and Fran Peek: 'I am important to know you' » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Multnomah Education Service District, November 2006. Consulté le 2007-09-18
  14. (en) unknown, « Savant profiles », Wisconsin Medical Society (consulté le 9 septembre 2008)
  15. (en) Johnson, Richard, « A genius explains », The Guardian,‎ 12 février 2005 (consulté le 8 novembre 2007)
  16. (en) Treffert, Darold, « Alonzo Clemons - Genius Among Us », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  17. (en) Treffert, Darold, « Tony DeBlois - A Prodigious Musical Savant », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  18. (en) Treffert, Darold, « Jonathan Lerman - An Extraordinary Artist », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  19. (en) Blumenthal, Ralph, « Success at 14, Despite Autism; His Drawings Go for Up to $1,200 and Win High Praise », The New York Times,‎ 1- janvier 2002 (lire en ligne)
  20. (en) Treffert, Darold, « Thristan « Tum-Tum » Mendoza - A Child Prodigy Marimbist With Autism from the Philippines », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  21. (en) Treffert, Darold, « Derek Paravicini - A Talent and Love for Music », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  22. (en) « Meet Musical Savant Rex: Lesley Stahl Checks In On A Boy With An Extraordinary Musical Talent », CBS, 60 Minutes,‎ 23 octobre 2005 (consulté le 8 novembre 2007)
  23. (en) Ward, O. Conor. « The Childhood and the Life of James Henry Pullen, the Victorian Idiot Savant (1832–1916) » résumé accessible sur adc.bmjjournals.com consulté le 14 juin 2006.
  24. (en) Treffert, Darold, « James Henry Pullen - Genius of Earlswood Asylum », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  25. (en) « Matt Savage: The Prodigy », People magazine, 7 juin 2002
  26. (en) Treffert, Darold, « Matt Savage - A 14-Year-Old Marvelous Musician », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  27. (en) Treffert, Darold, « Henriett Seth F. - Rain Girl », Wisconsin Medical Society (consulté le 7 novembre 2007)
  28. (en) « Unlocking the brain's potential », BBC News,‎ 10 mars 2001 (consulté le 8 novembre 2007)
  29. (en) Horwitz, William A.; Kestenbaum, Clarice; Person, Ehel; Jarvik, Lissy. « Identical win—"Idiot savants"—calendar calculators » The American Journal of Psychiatry 1965;121(11):1075-9. PMID 14283303
  30. Sacks, Oliver, 1985
  31. (en) Tracey Eagan, « Twin Savants Fixated on Dick Clark », Jezebel,‎ 6 mai 2009 (consulté le 19 juillet 2009)

Articles connexes[modifier | modifier le code]