Hypermnésie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Hypermnésie (histoire)
L'hypermnésie est à ne pas confondre avec la mémoire eidétique qui ne désigne pas une pathologie.

L'hypermnésie (du grec huper, « avec excès », et mnesis, « mémoire »), appelée également exaltation de la mémoire, désigne en médecine une condition psychologique caractérisée par deux aspects : un temps excessif consacré à penser à son propre passé, et des capacités exceptionnelles à se remémorer des évènements de ce passé[1]

Ce syndrome ne doit pas être confondu avec les capacités exceptionnelles de mémorisation de certaines personnes, capables de restituer de longues listes de données ne présentant pas un caractère personnel, aptitude qui résulte le plus souvent de l'emploi de moyens mnémoniques. Au contraire, les personnes atteintes d'hypermnésie ont des souvenirs portant sur des aspects autobiographiques de leur propre existence, qu'il s'agisse d'évènements marquants ou mondains. Dans leur cas, il n'y a aucun procédé technique mis en œuvre volontairement, les souvenirs s'imposant au contraire de façon automatique[2].

Origine[modifier | modifier le code]

L'hypermnésie amène différents sentiments chez la personne. Ils dépendent du domaine de focalisation. Elle amène aussi différentes envies. Exemples : la personne a peur qu'il y ait un problème de stockage de toutes ces informations à partir d'un moment, d'où le besoin d'écrire ou de dessiner un grand nombre de choses. Cela peut amener l'angoisse de ne plus se souvenir aussi bien de tout[réf. nécessaire].

Le syndrome de Targowla[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Targowla, aussi appelé « syndrome d'hypermnésie émotionnelle paroxystique tardive » est un des cas d'hypermnésie pathologique : c'est une variété de névrose traumatique de guerre qui a pour effet une hypermnésie de type émotionnel, à propos de rappels à la mémoire d'un ou plusieurs souvenirs traumatisants — ce syndrome est notamment typique des anciens déportés des camps nazis. S'installant après une période de latence allant de quelques mois à plusieurs années, il peut être compensé. Toutefois les fragilités acquises dans ce cadre se manifestent régulièrement sous la forme de décompensations et de dépressions, affectant fréquemment des personnes âgées de 20 ans à 30 ans lors de leur déportation et parvenues à l'âge de la retraite[3].

La névrose traumatique de guerre résulterait, selon l'approche psychodynamique, d'un conflit psychique non résolu.[réf. nécessaire]

Les symptômes sont d'ordre affectif et émotif, mais le malade garde ses fonctions mentales intactes. L'hypermnésie n'altère pas gravement la personnalité. Comme dans toute névrose, le malade est conscient de son hypermnésie et des troubles de comportement qu'elle implique. Il peut ainsi en dominer, au moins en partie, les effets.

Hypermnésie hypomaniaque[modifier | modifier le code]

Selon l'école française de psychiatrie, il existe des cas d'hypermnésie hypomaniaque, caractérisé « comme un rappel massif, pendant l’épisode hypomaniaque, d’informations autobiographiques non accessibles en période d’humeur normale. »[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les capacités hypermnésiques peuvent avoir un effet néfaste sur les capacités cognitives. Le flux irrépressible et constant de souvenirs a causé d'importantes perturbations dans la vie de « AJ », le premier cas attesté en 2006 d'hypermnésie[5]. Elle a décrit ses remémorations comme « incessantes, incontrôlables et totalement épuisantes » et comme « un fardeau »[1]. Comme tous les hyperthymestics, AJ a tendance à s'absorber et se perdre dans ses souvenirs. Cela peut rendre difficile son attention pour les évènements présents ou futurs, puisqu'elle vit en permanence dans le passé.

AJ affiche beaucoup de difficulté à mémoriser des informations allocentrées[6]. « Sa mémoire autobiographique, bien qu'incroyable, est également sélective et même ordinaire, à certains égards » selon McGaugh[1]. Ceci a été démontré par la piètre performance de AJ aux tests de mémoire normalisés. À l'école, AJ était une élève moyenne, manifestement incapable d'utiliser sa mémoire exceptionnelle dans ses études. Des tendances similaires ont été observées dans d'autres cas de hypermnésie.

Des déficits dans la capacité à agir et une latéralisation anormale ont également été identifiés chez « AJ ». Ces déficits cognitifs sont caractéristiques des troubles frontosriataux (en)[1].

L'hypermnésie dans la littérature et le cinéma[modifier | modifier le code]

Les capacités extraordinaires des hypermnésiques ont fasciné de nombreux écrivains et cinéastes (entre autres dans le genre fantastique). Ce sont ses effets, plus que la maladie elle-même, qui ont intéressé la plupart de ces artistes, d'où beaucoup de ré-interprétations et d'utilisations plus ou moins erronées ou exagérées de l'hypermnésie.

Quelques œuvres ayant utilisé l'hypermnésie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Parker ES, Cahill L, McGaugh JL, « A case of unusual autobiographical remembering. », Neurocase, vol. 12, no 1,‎ février 2006, p. 35–49 (PMID 16517514, DOI 10.1080/13554790500473680, lire en ligne)
  2. « Hyperthymestic Syndrome: Extraordinary Memory for Daily Life Events. Do we all possess a continuous tape of our lives? » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2 décembre 2011
  3. P. Lefebvre L'individualisation par Targowla du syndrome d'hypermnésie émotionnelle paroxystique tardive chez les déportés
  4. S. Gallemaers et I.O Godfroid, « L’hypermnésie maniaque : un mythe ou une réalité clinique ? », Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, Volume 160, Issue 4, May 2002, Pages 279–288 DOI:10.1016/S0003-4487(02)00170-1 (accès payant)
  5. Samiha Shafy, « An Infinite Loop in the Brain », The Science of Memory, Spiegel Online (consulté en 6 décembre 2011)
  6. « allocentrées » : qui concernent les autres, et non pas elle-même