Alexithymie

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L'alexithymie (du grec a : préfixe privatif, lexis signifiant « mot » et thymos signifiant « humeur ») désigne les difficultés dans l’expression verbale des émotions communément observées parmi les patients présentant des symptômes psychosomatiques.

Le terme a été introduit en 1970 par John Nemiah et Peter Sifneos[1].

Définition et tableau clinique[modifier | modifier le code]

Selon les observations de Nemiah et Sifneos[1], les patients psychosomatiques ont en commun une difficulté marquée à décrire leurs sentiments, une absence ou une réduction de la vie fantasmatique, et la manifestation de la pensée opératoire.

Le psychanalyste Jean Bergeret tente de situer les caractères psychosomatiques souvent associés au comportement alexithymique : « un affaiblissement du fonctionnement de la pensée au profit d’un mode d’expression passant essentiellement par le corps. »[2]

L’analyse des dysfonctionnements émotionnels sur le terrain clinique est relativement inexploitée. La pensée opératoire et l’alexithymie, sont une illustration exemplaire du rôle des conduites langagières et des représentations verbales dans l’élaboration d’une expérience émotionnelle. Il faut signaler l’importante différence entre un individu névrosé et un sujet alexithymique. Les premiers parviennent à refouler ou à se défendre contre des sentiments et des fantasmes associés au conflit psychologique, tandis que les seconds semblent avoir une lacune dans leurs possibilités d’avoir prise sur leurs sentiments intérieurs.[réf. souhaitée]

En bref, les critères cliniques de l’alexithymie sont ainsi présentés :

  • Description inlassable des symptômes physiques ;
  • Difficulté pour communiquer verbalement les émotions ;
  • Discours répétitif ;
  • Production fantasmatique et onirique pauvre ;
  • Relations interpersonnelles marquées par une forte dépendance, généralement manifestée par une mise à distance.

Études cliniques et étiologiques[modifier | modifier le code]

L’alexithymie a pu donc être mis en rapport avec la présence de certains troubles psychosomatiques. C’est en effet ce que la majorité des études ont démontré. Noel et Rime (1998) indiquent ainsi que 80 % des études qui ont comparé un groupe de sujets psychosomatiques avec un groupe contrôle ont observé des scores d’alexithymie significativement plus élevés dans le premier groupe. Cela pourrait montrer comment des perturbations de l’expression des émotions ont un effet sur l’adaptation de l’individu à son milieu. Depuis une dizaine d’années, les études sur l’alexithymie se multiplient, et tendent à mieux circonscrire la personnalité des malades psychosomatiques en proposant un certain nombre d’explications. En voici quelques exemples permettant d’affiner la définition générale de l’alexithymie, et d’exposer les principales hypothèses étiologiques.

Montreuil et Lyon-Caen (1993) ont montré la nature alexithymique des patients atteints de sclérose en plaques. Pour eux, le concept d’alexithymie permet de comprendre l’importance des liens entre les expériences physiologiques, les sensations physiques perçues très tôt dans la vie et les représentations mentales telles que sentiments, pensées, et indique aussi la nécessité de leur expression par le biais de la verbalisation des émotions. Ils ont permis de dégager certaines données neuropsychologiques de l’alexithymie : Des patients atteints d’une épilepsie rebelle ayant subi une section du corps calleux et de la commissure antérieure présentent un fonctionnement rappelant l’alexithymie. Selon Bertagne (1992), l’alexithymie correspondrait à une dysconnexion fonctionnelle ou structurelle des hémisphères cérébraux. Leur recherche a également permis l’objectivation d’une pauvreté affective, d’une inertie mentale, de manifestations mimiques, gestuelles, sensori-motrices et algiques chez les sujets alexithymiques.

Fukunishi, en 1994, a établi que l’alexithymie était corrélée négativement avec les scores de desirabilité sociale et de personnalité narcissique, et corrélée positivement avec les scores de l’échelle d’hostilité du MMPI (en). Suite à cette recherche, Rubino teste 181 personnes atteintes d’asthme, de psoriasis et d’eczéma, avec le Toronto Alexithymia Scale (Taylor, Ryan, et Bagby, 1985), le TAS, qui mesure l’agressivité, et le MMPI Panic-Fear Personnality scale (MMPI-PF). Les résultats indiquent que l’alexithymie est corrélée positivement (.35) avec la personnalité peur panique (avec p < .01), mais n’est pas ou peu corrélée avec l’agressivité (.11) (Rubino, 1995).

Rad et al. (1977) ont mis en évidence des différences dans le lexique employé par des alexithymiques et des névrosés pour décrire certains affects. Ces auteurs en ont conclu que le déficit porterait davantage sur la fonction de communication que sur un défaut de verbalisation. Tenhouten, en 1986, a étudié des malades présentant une commissurotomie pour mettre en évidence cette incapacité de passer de la chose au mot, en proposant « un modèle de commissurotomie fonctionnelle », posant ainsi l’hypothèse d’une dissociation entre des représentations verbales et non verbales. Dans une recherche de 1989, Pedinielli a voulu mettre en évidence des différences dans les productions verbales spontanées de malades psychosomatiques présentant les mêmes troubles respiratoires, mais différent par le degré d’alexithymie (un groupe alexithymique et un groupe non alexithymique). Il a caractérisé les productions verbales des malades psychosomatiques concernant leur maladie du point de vue lexical et de l’organisation générale du récit.

Les résultats font clairement apparaître l’existence de productions verbales différentes chez les malades alexithymiques. Cependant, ces différences sont plus frappantes dans le cas d’une production langagière liée aux symptômes actuels, et moins avec le récit historique de la maladie. Ceci fait dire aux auteurs que l’alexithymie doit être interprétée en termes de style cognitif variant selon le contexte, et non pas en termes de dimension stable de la personnalité.

En psychanalyse[modifier | modifier le code]

La plupart des études psychanalytiques sur l’alexithymie visent à expliquer son apparition dans sa relation à l’inconscient : fixation, régression, impossibilité de constitution d’un objet transitionnel, prédominance du déni et de l’isolation, arrêt du développement affectif (Pedinielli, 1989). Ainsi, Wise, Mann, et Epstein (1991), ont montré que l’alexithymie est fortement associée à des styles défensifs immatures, comme l’inhibition ou la projection.

Selon Joyce McDougall, l’alexithymie est un mécanisme de défense du moi qui, par forclusion, rejetterait l’affect. Ce mécanisme peut parfois faciliter l’adaptation, notamment chez des gens ayant du subir des épreuves douloureuses.

L’alexithymie reste globalement un concept permettant de décrire le malade psychosomatique, et non d’expliquer l’apparition de la maladie. L'alexithymie est une impossibilité pour le sujet atteint à souffrir ou éprouver la souffrance de l'autre. Il en résulte une absence totale à prendre en compte la réalité de la vie émotionnelle, affective, psychologique dans sa globalité si ce n'est par l'expression violente, l'addiction, le déni. C'est une défense structurelle liée à un ou des traumatismes et qui par la réalisation d'actes traumatiques s'essaie à une expression, une extériorisation de ses traumas. Le sujet n'est pas conscient des actes traumatiques qu'il réalise et de sa réalité interne. Il est totalement dénué de vie affective et ne peut en comprendre la nature. Cela vient souvent d'une enfance instable et pauvre en affection.

Variables naturelles[modifier | modifier le code]

Noel et Rime (1988) ont répertorié les travaux ayant examiné l’association éventuelle entre l’alexithymie et certaines variables naturelles :

Seulement trois études[Lesquelles ?] sur huit ont montré des différences significatives du degré d’alexithymie selon le sexe. Une allait dans le sens d’une alexithymie plus forte chez les femmes, les deux autres indiquaient une alexithymie plus élevée chez les hommes. Les cinq autres n’ont pas montré de différences. Sur sept études[Lesquelles ?] concernant les relations entre l’âge et l’alexithymie, il ressort une corrélation non négligeable de r = .40 avec p < .01 dans le sens d’un accroissement de l’alexithymie avec l’âge. Ces études suggèrent l’accentuation de l’ancrage dans la réalité immédiate et la réduction de l’expression spontanée à mesure que l’individu avance en âge. Cinq études ont voulu montrer une relation entre le niveau d’éducation et l’alexithymie, tentant ainsi d’expliquer les difficultés de verbalisation des affects par un niveau d’instruction pauvre. Aucune n’a mis en évidence une corrélation significative. Enfin, trois études sur quatre indiquent une alexithymie plus élevée dans les milieux socio-économiques faibles.

En bref, l’alexithymie semble plus fréquente chez les individus plus âgés ainsi que chez ceux issus de milieux sociaux moins favorisés. En revanche, elle semble indépendante du sexe et du niveau d’instruction. L’examen de ces divers travaux par Noel et Rime a, semble-t-il, été précédé d’une vérification de la rigueur méthodologique de ces études.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Au vu de la plupart des études, le malade psychosomatique apparaît plus souvent chez des individus alexithymiques que chez l’individu sain. Loas (1995) précise que l’alexithymie a été décrite surtout dans les affections psychosomatiques, mais aussi dans les troubles addictifs (boulimie, alcoolisme, toxicomanie…).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nemiah, Sifneos, Affect and fantasy in patients with psychosomatic disorders, in O.W. Hill, (dir.), Modern Trends in Psychosomatic Medicine, Boston, Butterworth, 1970, p. 126
  2. (Encyclopédie médico-chirurgicale, 1980)

Annexes[modifier | modifier le code]