Symphonie de Psaumes

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Symphonie de Psaumes
Genre symphonie avec chœurs
Nb. de mouvements 3
Musique Igor Stravinsky
Langue originale latin
Sources littéraires Psaumes 38, 40, 150
Effectif orchestre, deux pianos et chœur mixte à quatre voix
Durée approximative environ 22 minutes
Dates de composition 1930
Dédicataire Orchestre symphonique de Boston
Commanditaire Fondation Koussevitsky
Création 13 décembre 1930
Bruxelles
Interprètes Ernest Ansermet, Société Philharmonique de Bruxelles
Versions successives
1948

La Symphonie de Psaumes est une œuvre pour chœurs et orchestre d'Igor Stravinsky écrite entre janvier et août 1930 puis révisée en 1948.

Historique[modifier | modifier le code]

L'œuvre est commandée en 1929 par Serge Koussevitzky pour le 50e anniversaire de l'Orchestre symphonique de Boston[1]. Gabriel Paichadze, son éditeur, souhaite une pièce “populaire”[2] mais Stravinsky donne à ce terme le sens “d’universellement admiré” et non la signification de “s’adapter à la compréhension populaire”. Par ailleurs, Stravinsky avait en tête une symphonie chorale sur les Psaumes depuis un certain temps[3]: il choisit d'écrire pour un ensemble choral et instrumental où les deux éléments sont à égalité. Pratiquant régulier depuis 1926 après des années d'indifférence à la religion orthodoxe, il choisit alors le populaire Laudate Dominum tant pour son universalité que pour sa thématique qui est la louange de Dieu par la musique[4]'[5].

La genèse est inversée: il commence la composition peu après Œdipus Rex, en janvier 1930 à Nice et achève le premier mouvement le 27 avril; il achève le second mouvement le 17 juillet et le premier le 15 août, jour de l'Assomption de Marie, dans sa résidence estivale à Écharvines, en Haute-Savoie, dans un état « d'ébullition religieuse et musicale ». La partition porte l'inscription suivante: « Cette symphonie composée à la gloire de DIEU est dédiée au Boston Symphony Orchestra à l'occasion du cinquantième anniversaire de son existence »[5].

La particularité de cette pièce est le jeu que fait Stravinsky envers les traditions. En effet, une symphonie est de nature profane (sans lien avec la religion) et le psaume appartient au domaine du sacré. Cette pièce est une nouveauté car elle brise les coutumes. La création a lieu à Bruxelles lors d'un Festival Stravinsky[6] le 13 décembre 1930, les chœurs et l'orchestre de la Société Philharmonique étant dirigés par Ernest Ansermet[7]; elle est jouée six jours plus tard à Boston par ses commanditaires[4].

La version de 1930 est publiée par Édition Russe de Musique et la version révisée de 1948 par Boosey & Hawkes.

Le chorégraphe Jiří Kylián adapte la Symphonie de Psaumes en ballet en 1978.

Structure[modifier | modifier le code]

L'œuvre comporte trois parties devant être jouées sans discontinuité et son exécution dure environ 22 minutes. La structure en trois mouvements est coutumière du musicien (Symphonie en trois mouvements, Symphonie en ut, concertos divers...) et s'oppose à la forme classique en quatre mouvements.

La présence d'une double fugue dans le deuxième mouvement est significative et fait référence à Bach.

  • Exaudi orationem meam (Psaume 38, versets 13 et 14)
  • Expectans expectavi Dominum (Psaume 40, versets 2 à 4)
  • Laudate Dominum (Psaume 150 en entier)

Le premier mouvement sert de prélude à la double fugue du second mouvement. Le troisième mouvement contraste par son expressivité.

Premier mouvement[modifier | modifier le code]

verset original hébreu[8] traduction française de Louis Segond[9] Vulgate[10] latine
13 שִׁמְעָה תְפִלָּתִי יְהוָה, וְשַׁוְעָתִי הַאֲזִינָה--אֶל-דִּמְעָתִי, אַל-תֶּחֱרַשׁ:כִּי גֵר אָנֹכִי עִמָּךְ; תּוֹשָׁב, כְּכָל-אֲבוֹתָי Écoute ma prière, Éternel, et prête l’oreille à mes cris ! Ne sois pas insensible à mes larmes ! Car je suis un étranger chez toi, un habitant, comme tous mes pères. Exaudi orationem meam Domine et deprecationem meam auribus percipe lacrimas meas ne sileas quoniam advena sum apud te et peregrinus sicut omnes patres mei
14 הָשַׁע מִמֶּנִּי וְאַבְלִיגָה-- בְּטֶרֶם אֵלֵךְ וְאֵינֶנִּי Détourne de moi le regard, et laisse-moi respirer, avant que je m’en aille et que ne sois plus ! Remitte mihi ut refrigerer priusquam abeam et amplius non ero

Deuxième mouvement[modifier | modifier le code]

Troisième mouvement[modifier | modifier le code]

verset original hébreu[11] traduction française de Louis Segond[12] Vulgate[10] latine
1 הַלְלוּ-יָהּ:הַלְלוּ-אֵל בְּקָדְשׁוֹ; הַלְלוּהוּ, בִּרְקִיעַ עֻזּוֹ Louez l’Éternel ! Louez Dieu dans son sanctuaire ! Louez-le dans l’étendue, où éclate sa puissance ! Alleluia laudate Dominum in sanctis eius laudate eum in firmamento virtutis eius
2 הַלְלוּהוּ בִגְבוּרֹתָיו; הַלְלוּהוּ, כְּרֹב גֻּדְלוֹ Louez-le pour ses hauts faits ! Louez-le selon l’immensité de sa grandeur ! Laudate eum in virtutibus eius laudate eum secundum multitudinem magnitudinis eius
3 הַלְלוּהוּ, בְּתֵקַע שׁוֹפָר; הַלְלוּהוּ, בְּנֵבֶל וְכִנּוֹר Louez-le au son de la trompette ! Louez-le avec le luth et la harpe ! Laudate eum in sono tubae laudate eum in psalterio et cithara
4 הַלְלוּהוּ, בְּתֹף וּמָחוֹל; הַלְלוּהוּ, בְּמִנִּים וְעֻגָב Louez-le avec le tambourin et avec des danses ! Louez-le avec les instruments à cordes et le chalumeau ! Laudate eum in tympano et choro laudate eum in cordis et organo
5 הַלְלוּהוּ בְצִלְצְלֵי-שָׁמַע; הַלְלוּהוּ, בְּצִלְצְלֵי תְרוּעָה Louez-le avec les cymbales sonores ! Louez-le avec les cymbales retentissantes ! Laudate eum in cymbalis bene sonantibus laudate eum in cymbalis iubilationis
6 כֹּל הַנְּשָׁמָה, תְּהַלֵּל יָהּ: הַלְלוּ-יָהּ Que tout ce qui respire loue l’Éternel ! Louez l’Éternel ! Omnis spiritus laudet Dominum

Orchestration[modifier | modifier le code]

L'œuvre est composée pour 5 flûtes, 5 hautbois, 4 bassons, 4 cors, 5 trompettes, 3 trombones, 1 tuba. Les cordes sont seulement composées de violoncelles et contrebasses. Aux percussions, on ne trouve que la timbale et la grosse caisse (peu utilisée). L'ensemble orchestral est complété par 1 harpe et 2 pianos. Dans le chœur mixte à 4 voix, les voix supérieures sont de préférence confiées à un ensemble d'enfants mais il peut être remplacé par des voix féminines.

Discographie[modifier | modifier le code]

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. Parmi les autres partitions commandées à cette occasion, on note le Konzertmusik pour orchestre à cordes et cuivres de Paul Hindemith et le Concerto en sol majeur de Maurice Ravel).
  2. Dialogues and a Diary, Igor Stravinsky et Robert Craft, Doubleday, New York, 1963.
  3. Igor Stravinsky, Michael Oliver, Phaidon, 1995, 240 pages, p. 124-126.
  4. a et b Guide de la musique symphonique, sous la direction de François-René Tranchefort, Fayard, coll. Les indispensables de la musique, 1986, 896 pages, p. 765.
  5. a et b André Boucourechliev, Igor Stravinsky, Fayard, coll. Les indispensables de la musique, 1982, 429 pages, p. 236-239.
  6. Bruxelles, 13 et 14 décembre 1930.
  7. Lettre d'Ernest Ansermet à Paul Collaer du 27 septembre 1930 in “Paul Collaer, Correspondance avec des amis musiciens”, présentée et commentée par Robert Wangermée, éditions Mardaga, Bruxelles, 1996, 480 pages, p. 280-281.
  8. L’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France.
  9. La traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français.
  10. a et b La traduction de la Vulgate est disponible sur le Wikisource latin.
  11. L’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France.
  12. La traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français.
  13. Chœur composé de Russes exhilés.
  14. Il s'agit dans cet enregistrement d'un chœur d'enfants.