Concerto en sol de Ravel

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Concerto en sol
Genre Concerto pour piano
Nb. de mouvements 3
Musique Maurice Ravel
Durée approximative env. 20 min
Dates de composition 1929-1931
Dédicataire Marguerite Long
Commanditaire Serge Koussevitzky
Partition autographe Éditions Durand
Création
Salle Pleyel, Paris
Interprètes Marguerite Long, Orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par Maurice Ravel

Le Concerto en sol de Maurice Ravel est un concerto pour piano et orchestre composé de 1929 à 1931, en même temps que le Concerto pour la main gauche en majeur. Il a été créé à Paris, salle Pleyel, le par Marguerite Long au piano et l'Orchestre des Concerts Lamoureux, dirigé par le compositeur[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Commande[modifier | modifier le code]

La composition du Concerto en sol répond à une commande de Serge Koussevitzky pour le 50e anniversaire de l'Orchestre symphonique de Boston, parmi d'autres partitions importantes de divers compositeurs, dont la Konzertmusik pour orchestre à cordes et cuivres de Hindemith, la Symphonie de Psaumes de Stravinsky et la Symphonie no 3 de Roussel.

Ravel avait d'abord songé à composer une Rapsodie pour piano et orchestre en deux mouvements. Marguerite Long évoque dans ses souvenirs cette rhapsodie basque, intitulée Zazpiak Bat, dont elle avait pu voir les « esquisses très avancées, pour les deux mouvements[2] ». Le compositeur adopta en définitive la forme plus traditionnelle d'un concerto conçu « dans l'esprit de Mozart et de Saint-Saëns », tout en conservant certains motifs d'allure populaire précédemment écrits[3].

Dédicace[modifier | modifier le code]

Le Concerto en sol est dédié à Marguerite Long. Celle-ci témoigne que, lors d'un dîner, Ravel lui déclara soudain : « Je suis en train de composer un concerto pour vous. Est-ce que cela vous est égal qu'il finisse Music dynamic pianissimo.svg et par des trilles ?[4] »

Présentation[modifier | modifier le code]

Structure[modifier | modifier le code]

Le concerto est divisé en trois mouvements présentant, selon Antoine Goléa, « un rêve de grand et noble classicisme dans l'esprit de Bach : le mouvement lent se trouve placé entre deux mouvements rapides qui sont comme la quintessence de quelque musique de cirque[5] » :

  1. Allegramente
  2. Adagio assai
  3. Presto

Instrumentation[modifier | modifier le code]

L'instrumentation du Concerto en sol est remarquablement légère, avec un seul instrument par pupitre des bois et cuivres, cors et bassons exceptés, 8 premiers violons, 8 seconds violons, 6 altos, 6 violoncelles et 4 contrebasses. Malgré cet effectif réduit, Ravel parvient à obtenir des effets orchestraux puissants, démontrant son talent d'orchestrateur.

Instrumentation du Concerto en sol
Cordes
1 piano soliste,
1 harpe,
premiers violons, seconds violons,
altos, violoncelles, contrebasses
Bois
1 piccolo, 1 flûte,
1 hautbois, 1 cor anglais,
1 petite clarinette en mibémol, 1 clarinette (en sibémol et en la),
2 bassons
Cuivres
2 cors en fa,
1 trompette en ut,
1 trombone-ténor
Percussions
Timbales, triangle, cymbales, fouet, wood-block,
caisse claire, grosse caisse, gong

Création[modifier | modifier le code]

Le Concerto en sol est créé à Paris, salle Pleyel, le par Marguerite Long au piano et l'Orchestre des Concerts Lamoureux, dirigé par le compositeur[1]. La pianiste déclare, à propos de Ravel dirigeant l'orchestre : « Je n'en étais pas plus fière pour cela car, hélas, sa direction — il suivait sur une épreuve de la partie de piano — était fort incertaine[6] ».

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Songeant au Concerto pour la main gauche, exactement contemporain du Concerto en sol, Marguerite Long demanda un jour au compositeur « lequel il préférait ». La réponse fut immédiate : « Le vôtre, il est plus Ravel[7] ».

Tournées de concert[modifier | modifier le code]

Analyse musicale[modifier | modifier le code]

Considéré comme « moins virtuose » mais « plus brillant » que le Concerto pour la main gauche en ré majeur, le Concerto en sol offre de telles difficultés d'exécution que Ravel dut renoncer à le présenter lui-même au cours de la tournée de concerts qu'il devait donner en Amérique en 1932[8]. Marguerite Long rend compte des efforts déployés — en vain — par le compositeur : « À maintes reprises il s'épuisa à essayer d'accéder au niveau de virtuosité indispensable[9] ».

Premier mouvement[modifier | modifier le code]

Alors que le Concerto pour la main gauche commence « dans les notes graves de l'orchestre, par un brouhaha confus », le Concerto en sol débute « directement dans les régions aiguës, les plus limpides, les plus lumineuses, du clavier et de l'orchestre[10] » : le piano concerte dès la première mesure, de telle sorte que l'« on entend à travers les arpèges bitonaux du piano une espèce de chanson allègre et presque populaire[10] » à la petite flûte :

Cinq premières mesures du Concerto en sol de Ravel.
Concerto en sol, premières mesures.

Charles Koechlin observe, dans son Traité de l'orchestration, que le registre du medium de la petite flûte « n’a guère de force, mais ne manque pas d’un certain charme un peu grêle » dans ces premières mesures du Concerto : « La petite flûte est, dans ces notes, d'un joli timbre, et sonne plus malicieux que la flûte[11] ».

Une cadence du piano, « brillante exhibition de la main gauche », déroule de grands arpèges et marque le chant avec le pouce par-dessous les trilles de la main droite[12].

C'est à propos de ce mouvement que les critiques musicaux ont pu parler de « rapsodie basque, de concerto basque[13] ».

Second mouvement[modifier | modifier le code]

Dans l'Adagio assai en mi majeur, ton relatif de celui de sol, Ravel développe « une seule phrase, longue, expressive, que l'instrument soliste orne de traits décoratifs[8] ». L'auteur prétend l'avoir composé « deux mesures par deux mesures, en s'aidant du Quintette avec clarinette de Mozart[8],[14] ». La mesure à trois temps recouvre une organisation rythmique complexe, où « des accents trompeurs créent en régime ternaire l'impression du binaire[15] » pour suggérer un mouvement de valse à la main gauche, contredit par la main droite : « le musicien joue ce jeu délectable d'opposer le rythme à l'expression naturelle du chant[15] ».

Six premières mesures du second mouvement du Concerto en sol de Ravel.
Concerto en Sol — Adagio assai, premières mesures.

Le piano « chante un lied admirable, sereine et longue effusion que l'orchestre reprendra ensuite, accompagné Music dynamic pianissimo.svg par des traits de triples croches qui montent et descendent sur le clavier comme une pluie tiède, égale et tranquille[10] ». Vladimir Jankélévitch s'étonne que cette « grande phrase », qui paraît « écrite d'un seul jet[16] » ait pu être « assemblée mesure par mesure comme un jeu de puzzle ou une marqueterie[17] ». La réaction du compositeur est caractéristique. Dès qu'on évoquait devant lui cette « grande phrase qui coule » : « Qui coule, criait-il, mais je l'ai faite mesure par mesure et j'ai failli en crever[18] ! »

Marguerite Long rapporte l'émotion dont elle fut saisie dès la première lecture de ce mouvement — « d'interprétation difficile », selon elle — de sorte qu'« une fois respectées les indications précises qui n’y manquent pas, c’est à son cœur qu’il faut demander conseil[14] ».

Troisième mouvement[modifier | modifier le code]

Le Concerto en sol se termine par « un claironnant rondo[19] », qui « ronfle et tourne vertigineusement comme un moteur[20] », avec « des soupirs de rag-time, une fondamentale obsédante et maints divertissements rythmiques. Tout cela un peu extérieur, parfois », selon Vladimir Jankélévitch, « mais sonnant clair et dur[19] ».

Ce mouvement fut bissé lors de la création du Concerto en public, « et toujours par la suite » durant la tournée de concerts aux États-Unis[21].

Discographie[modifier | modifier le code]

Parmi les très nombreux enregistrements du Concerto en sol, on peut retenir les suivants :

Le pianiste de jazz Herbie Hancock joue le deuxième mouvement de cette œuvre dans son album Gershwin's World, pour lequel il obtient en 1999 le Grammy Award dans la catégorie Best Jazz Instrumental Performance, Individual or Group.

Divers[modifier | modifier le code]

Ce concerto a été joué lors du premier gala d'ouverture de la Philharmonie de Paris le 14 janvier 2015. Hélène Grimaud était accompagnée par l'Orchestre de Paris sous la baguette de Paavo Järvi[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Partitions[modifier | modifier le code]

Monographies et articles[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]