Serge Ferraton

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Serge Ferraton, le 2 décembre 1945 à Bruay-sur-l'Escaut, est un assassin français, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1978 pour l'assassinat de son épouse, et d'un enfant de 12 ans quatre mois plus tard.

Lors de son procès, les médias et l'opinion publique seront frappés par le parcours de cet homme qui a connu les aspects les plus inhumains de l'asile psychiatrique, alors que son cas ne semblait pas le justifier. Son histoire aurait pu constituer une illustration moderne aux théories du philosophe Michel Foucault sur les conséquences désastreuses de l'enfermement des individus par les institutions.

Cas rare dans les annales judiciaires, ce criminel a publié une autobiographie (Ferraton, le fou, l'assassin, éditions Solin, 1978) même s'il ne l'avait pas écrite dans ce but. Le texte, récit saisissant de l'engrenage meurtrier de Ferraton, a été proposé par l'expert-psychiatre auprès de la cour d'assises, qui l'a lu le premier.

Une jeunesse perturbée[modifier | modifier le code]

Serge Ferraton est né dans une ville ouvrière de la région de Valenciennes dans le Nord de la France. Issu d'une famille indigente, avec un père qui ne peut plus travailler à cause d'un accident et une mère qui peine à nourrir ses enfants, il est victime des moqueries de ses camarades. Il se révèle chapardeur, multipliant les larcins, ce qui amène un juge des enfants à le placer à 9 ans dans un institut médico-pédagogique (IMP), à Armentières, à quelque 70 kilomètres de sa ville natale. L'institution scolarise des orphelins et des enfants atteints de troubles mentaux, sous la férule de religieuses qui y font régner une discipline de fer. Ferraton racontera que les enfants y sont constamment brimés, leurs élans les plus naturels (rire, courir, etc.) étant réprimés sans relâche à l'aide de sévices disproportionnés.

L'IMP garde ses pensionnaires jusqu'à 14 ans ; mais quand il atteint cet âge, ses parents refusent d'héberger Serge Ferraton. La justice ordonne alors son internement dans l'hôpital psychiatrique voisin, lieu de relégation dont il fugue à plusieurs reprises, l'amenant à intégrer le pavillon d'isolement sécuritaire. Ce monde est d'une extrême violence, avec son lot d'intimidations, d'agressions et de viols. La chambre de Ferraton est le lieu du meurtre d'un pensionnaire.

Il en ressort après plusieurs années, mais l'expérience l'a profondément perturbé et a jeté sur lui l'opprobre promis aux « fous ». À 20 ans, il est interné dans un autre établissement psychiatrique, l'établissement de sûreté de Sarreguemines, sans savoir pour quelle raison ; une voisine l'a dénoncé pour des faits imaginaires.

L'engrenage criminel[modifier | modifier le code]

Il sort à 24 ans, avec l'ambition de se construire une vie, et se marie avec Marianne Vasseur, avec qui il aura deux enfants. Mais le couple a de graves difficultés. Serge, qui travaille dans le bâtiment, ne peut garder aucun emploi, étant régulièrement emmené au commissariat de police dès qu'un délit ne trouve pas de coupable. Son épouse, présentée comme volage et inconséquente par la défense de Ferraton, aurait été incapable d'élever les enfants. Au cours d'une dispute, un soir d'août 1974, elle lui aurait affirmé que les enfants ne sont pas les siens ; de rage il l'étrangle. Il pense se dénoncer, mais se ravise et enterre le corps dans une dalle de béton qu'il coule à l'occasion. Aux voisins, il raconte que sa femme est partie. Il sombre dans l'alcoolisme. Un soir de décembre, il ramasse en voiture deux garçons qu'il emmène en forêt. Il viole puis défonce le crâne du plus jeune d'entre eux, âgé de 12 ans.

Lors de sa garde à vue, il avoue ce meurtre, ainsi que celui commis quatre mois plus tôt. La presse dénonce les méfaits d'un « déséquilibré ».

Un cas exemplaire[modifier | modifier le code]

Le débat lors de l'instruction ne portera pas sur sa culpabilité, mais sur sa responsabilité. Serge Ferraton, qui craint plus que tout un nouvel internement, souhaite être reconnu comme sain d'esprit, sans craindre aucunement d'être exécuté. La cohérence de son discours, notamment écrit, incitera les experts à recommander son renvoi devant une cour d'assises.

Le procès se tient devant les assises du Nord à Douai en 1978. Les médias et l'opinion publique découvrent un homme brisé par une psychiatrie plus répressive que médicale, aux moyens dérisoires et aux traitements indignes. Ce système mal connu, voire caché au grand public, est unanimement condamné, mais il faudra de longues années pour le réformer.

Sans surprise, l'avocat général réclame la peine de mort, mais le jury condamne l'accusé à la réclusion criminelle à perpétuité, lui trouvant quelques circonstances atténuantes. Le documentaire réalisé en 2006 précisait que Serge Ferraton purgeait toujours sa peine à cette époque.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ferraton, le fou, l'assassin, éditions Solin, 1978 ;
  • Ferraton a fait l'objet d'un documentaire diffusé pour la première fois le 13 janvier 2007 sur la chaîne 13ème rue, dans la série « 50 ans de faits divers ».

Article connexe[modifier | modifier le code]