La Bibliothèque de Babel

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La Bibliothèque de Babel est une nouvelle de l'écrivain Jorge Luis Borges publié en 1941, puis en 1944 dans son célèbre recueil Fictions. Cette nouvelle est inspirée d'une nouvelle de l'écrivain, philosophe et mathématicien allemand Kurd Lasswitz intitulée La bibliothèque universelle et publiée pour la première fois en 1904.

Thème de la nouvelle[modifier | modifier le code]

La nouvelle décrit une bibliothèque de taille gigantesque contenant tous les livres de 410 pages possibles (chaque page formée de 40 lignes d'environ 80 caractères[1]) et dont toutes les salles hexagonales sont disposées d'une façon identique. Les livres sont placés sur des étagères comprenant toutes le même nombre d'étages et recevant toutes le même nombre de livres. Chaque livre a le même nombre de pages et de signes écrits au hasard. L'alphabet utilisé comprend vingt-cinq caractères (vingt-deux lettres minuscules, l'espace, la virgule et le point).

Cette bibliothèque contient tous les ouvrages déjà écrits ainsi et tous ceux à venir parmi un nombre immense de livres sans aucun contenu lisible (puisque chaque livre peut n'être constitué que d'une succession de caractères ne formant rien de précis dans aucune langue). La bibliothèque est habitée par une race d'hommes qui ne connaît que ce monde, à la recherche du livre ultime, d'une révélation ou de la Vérité.

Cette nouvelle, une métaphore de la littérature, est profondément influencée par la kabbale.[réf. nécessaire]

Postérité de la nouvelle[modifier | modifier le code]

Le thème de la « Bibliothèque de Babel » a été réactualisé par le développement de l'informatique qui permet de composer toutes les suites possibles avec un nombre donné de caractères, dans la limite de l'explosion combinatoire.

Richard Dawkins a imaginé l'« ordinateur de Babel » : 4 Mo de RAM remplis de toutes les façons possibles et imaginables, parmi lesquelles forcément un certain nombre de noyaux parfaitement en ordre de marche. Dont tous les noyaux Linux passés, présents et à venir, tant qu'ils font moins de 4 Mo, ainsi que ceux de tous les Windows sous la même condition.[réf. nécessaire]

David Deutsch, reprenant et généralisant une idée d'Hugh Everett, estime que l'univers que nous connaissons représente précisément l'un des volumes d'une sorte de bibliothèque de Babel.[réf. nécessaire]

Il est possible de calculer le nombre de livres distincts présents dans la bibliothèque (voir l'article Combinatoire) : chaque livre comporte 410 pages, chaque page comporte 40 lignes et chaque ligne comporte 80 caractères, il existe 25 caractères différents. Donc le nombre de livres distincts est 25^{(410 \times 40 \times 80)} \approx 1{,}956 \times 10^{1834097}. Ce nombre comporte 1 834 098 chiffres, ce qui montre que les ordinateurs ne sont pas en mesure de créer effectivement cette bibliothèque. En revanche, rien de plus simple que d'en générer des pages au fur et à mesure de la demande du lecteur, ce qui ne comporte pas de différence fonctionnelle.

Remarquons qu'il faudrait plus d'un livre (environ 1,4 en l'occurrence) de la Bibliothèque de Babel pour écrire ce nombre[2].

Indépendamment de cette question, cette bibliothèque existerait-elle que la création des œuvres ne serait toujours pas faite. Comme le fait remarquer Paul Valéry (Variété V) :

« Dire qu'une chose est remarquable, c'est introduire un homme, une personne (…) qui fournit tout le remarquable de l'affaire. Que m'importe si je n'ai pas de billet que tel ou tel numéro sorte de l'urne ? Je ne suis pas « sensibilisé » à cet événement. Il n'y a point de hasard pour moi dans le tirage (…). Ôtez donc l'homme et son attente, tout arrive indistinctement, mais le hasard ne fait rien au monde - que de se faire remarquer… »

Voir à ce sujet le paradoxe du singe savant.

Ce conte, ainsi que la figure de Borges, ont inspiré à Umberto Eco la bibliothèque du monastère censée détenir l'ultime copie du tome 2 de la Poétique d'Aristote, ainsi que les traits du supérieur bénédictin dans Le Nom de la rose[3].

La bibliothèque pourrait être entièrement contenue dans un seul livre doté d'un nombre quasi infini de pages presque infiniment minces. Borges a lui-même prolongé cette idée dans sa nouvelle Le Livre de sable.

Dans un petit essai[4] sur « la Bibliothèque de Babel », W.V.O. Quine a remarqué que cette bibliothèque, bien qu'immense, n'est pas infinie et qu'il y a théoriquement un moment où tous les ouvrages possibles auront été écrits. Mais cette remarque a déjà été faite par le narrateur de la nouvelle, lequel en conclut que la Bibliothèque, « dont il est inconcevable qu'elle s'arrête quelque part » doit donc se répéter, et que ce « divin désordre », indéfiniment répété, constituerait par là même un ordre, l'Ordre ; il conclut la nouvelle par : « Ma solitude se console à cet élégant espoir ».

L'allusion à l'existence de zones ordonnées dans un espace dénué d'information peut aussi être vu comme un écho de la question philosophique "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" et de la réponse que lui suggère Brian Greene : "Parce que ce quelque chose est l'une des formes possibles du rien".

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ce sont assez curieusement presque les même valeurs que sur l'écran 3270 d'IBM
  2. (en) Bloch, William Goldbloom. The Unimaginable Mathematics of Borges' Library of Babel. Oxford University Press: Oxford, 2008.
  3. Umberto Eco, Apostille au Nom de la Rose.
  4. "Universal Library" de W.V.O Quine

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]