Karl-Wilhelm Naundorff

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Karl-Wilhelm Naundorff

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Karl-Wilhelm Naundorff.

Succession

Prétendant aux trônes de France et de Navarre

21 janvier 179310 août 1845
(&&&&&&&&&&01919352 ans, 6 mois et 19 jours)

Nom revendiqué « Louis XVII »
Successeur Charles-Édouard Naundorff
Biographie
Dynastie Famille Naundorff
Naissance Inconnue
Décès 10 août 1845
Delft (Pays-Bas)
Conjoint Jeanne Einert[1]
Enfants Amélie Naundorff
Charles-Édouard Naundorff
Marie-Antoinette Naundorff
Louis-Charles Naundorff
Charles-Edmond Naundorff
Marie-Thérèse Naundorff
Adelberth Naundorff
Emmanuel Naundorff

Karl-Wilhelm Naundorff, mort le 10 août 1845 à Delft[1], est un horloger prussien. Il fut le plus célèbre de ceux qui au XIXe siècle déclarèrent être le dauphin, fils de Louis XVI lequel, d'après ces prétendants, ne serait pas mort à la prison du Temple en 1795.
De 1810 à 1845, Karl-Wilhelm Naundorff essaya en vain de se faire reconnaitre par la famille royale comme Louis XVII. Il se constitua une cour, nomma des aides de camp, des officiers d’ordonnance, un ministère, etc [2].
Expulsé par les gendarmes de Louis-Philippe Ier, il trouva refuge en Angleterre, puis en Hollande, où il mit au point la « Bombe Bourbon » et devint directeur des ateliers de Pyrotechnie de Delft.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'horloger prussien[modifier | modifier le code]

Charles-Guillaume Naundorff (Karl-Wilhelm Naundorff) apparut à Berlin à la fin de l'année 1810. Il mène alors une vie retirée, exerçant le métier d'horloger en chambre pour gagner sa vie[3]. Malgré sa discrétion, il attire l'attention de la police et est invité à venir s'expliquer à la présidence de la police. Il comparait devant le conseiller Le Coq, d'origine française, qui est chargé du service des passeports[4]. Naundorff lui remet le sien qui stipule qu'il est né à Weimar et qu'il a 43 ans, or Naundorff apparaît comme un jeune homme de 25 ans environ. On l'interroge et Naundorff déclare alors qu'il est Louis XVII : le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, évadé du Temple en 1795 et qu'il cherche à se protéger des troupes napoléoniennes, il étoffe ses dires de pièces « authentiques » prouvant ainsi son extraction royale. Se réfugiant à Spandau, il doit pour exercer sa profession obtenir le titre de bourgeois et pour ce fournir une pièce d'identité. Le Coq envoya un simple certificat au bourgmestre de Spandau qui s'en contenta. Ce titre lui est finalement délivré le 8 décembre 1812[4].

Lors de la retraite des troupes françaises, Spandau fut bombardée. Malade, Naundorff fut soigné par sa gouvernante Mme de Sonnenfeld[5]. Rétabli, il aurait écrit au roi de Prusse, aux empereurs d'Autriche et de Russie pour affirmer ses droits sur la couronne de France, mais n'obtint jamais de réponse. Après l'épisode des Cent-jours, il veut se rendre à Paris pour réclamer ses droits, Mme Sonnenfeld étant malade, il fait appel à Marassin, un officier français. Il le charge de transmettre une lettre à sa sœur Mme la duchesse d'Angoulême, mais ne reçut aucune réponse. Il écrivit alors une nouvelle lettre à sa « sœur » et au duc de Berry son « cousin », le fils de Charles X, en 1818, spécifiant qu'il ne réclamait pas le trône mais simplement son nom et son titre de prince français[5]. Naundorff épousa le 19 novembre 1818 l'orpheline d'un marchand de pipes, Jeanne Frédérique Einert, âgée de seize ans, qui lui donnera trois enfants[6]. Le couple resta à Spandau jusqu'en 1822 puis s'installa à Brandebourg. Lors d'un incendie qui touche le théâtre, sa maison voisine s'enflamme, il perd tout, soit brûlé, soit noyé par l'eau des pompiers, soit pillé et volé. Il est alors accusé d'avoir provoqué lui-même l'incendie par le conseiller de justice Voigt. À cela, s'ajoute une affaire de faux-monnayeur dont on l'accuse et les mystères sur son identité et son origine. Condamné à 3 ans de prison, il est envoyé dans une maison de force le 17 août 1825[7]. Le baron de Seckendorff, chef de l'administration pénitentiaire s'intéressa à lui et persuadé de son innocence demanda sa grâce auprès du roi de Prusse.

Il est libéré en 1828 et se rend à Crossen petite ville à la frontière de la Silésie[8]. Là il réussit à convaincre de nombreuses personnes qu'il est Louis XVII, on annonce même dans la Gazette de Leipzig un article sensationnel annonçant la présence à Crossen de Louis-Charles, duc de Normandie, cet article est reproduit en France dans le Constitutionnel de Paris, le 29 août 1831. Le roi de Prusse voit d'un mauvais œil les agissements de Naundorff et décide de le faire arrêter. Prévenu, Naundorff s'enfuit, abandonnant femme et enfants. Il se rend en Suisse puis à Paris, où il arrive le 26 mai 1833 « sans souliers, sans chemise et sans bas ». Il y regroupe bientôt des partisans légitimistes qui forment autour de lui un semblant de cour[9].

Naundorff à Paris[modifier | modifier le code]

Karl-Wilhelm Naundorff

Là, il s'installe chez le frère de François Albouys, avocat à Cahors (ce dernier a lu l'article et croit Naundorff)[10]. Il rencontre Mme de Rambaud la femme de chambre de la reine, attachée au dauphin, qui le reconnaît. Celle-ci avait apporté un petit habit bleu ciel qui avait appartenu à l'enfant pour tester Naundorff comme tous les autres prétendants.

— Peut-être vous souviendrez-vous de l'avoir mis, et dans quelle circonstance, aux Tuileries ?
— Ce n'était pas aux Tuileries, mais à Versailles, pour une fête… et je ne l'ai plus porté, je crois, depuis la fête, car il me gênait. »

Cette réponse enleva les derniers doutes à Mme de Rambaud[11]. Elle écrivit à la duchesse d'Angoulême et se rendit à Prague, où Mme Royale vivait en exil. D'autres personnes reconnurent en Naundorff Louis XVII, son mari, ancien huissier de la chambre de Louis XVI, également la marquise de Broglio-Solari, attachée au service de Marie-Antoinette, Étienne de Joly dernier ministre de la justice de Louis XVI ou encore Brémond, l'ancien secrétaire privé de Louis XVI. Ainsi Naundorff se construisit un entourage de plus en plus important. Morel, un de ceux-là devient son secrétaire, il rédigea les lettres supposées de Naundorff à la famille royale, les proclamations et pseudo-mémoires de son maître. Il partit pour Prague afin de rencontrer la duchesse d'Angoulême : il n'obtient pas d'audience. Pendant son absence Naundorff fut agressé par des inconnus et frappé par plusieurs coups de poignard (on peut douter de la véracité de cette information car Naundorff s'en remit très facilement et rapidement). Morel intervint dans le procès du baron de Richemont (Un autre prétendu-Louis XVII), comparaissant devant les assises de la Seine, en remettant aux magistrats une lettre dans laquelle Naundorff affirme être Louis XVII. Naundorff envoya une lettre à Louis-Philippe et des pétitions aux Chambres (en décembre 1834 et en mars 1835). Puis fort de son succès et poussé par Morel, il lança le 12 juin 1836, une assignation en revendication d'héritage à Charles X et à la duchesse d'Angoulême. Jusqu'alors toléré dans Paris par le gouvernement et Louis-Philippe Ier, la perspective d'un procès contre le roi déchu et la fille de Louis XVI qui eut provoqué un énorme scandale décida à le faire arrêter[12]. Le 15 juin 1836, Naundorff fut jeté en prison et la police confisqua les 202 pièces du dossier qui « prouvaient » que Naundorff était Louis XVII. Ce dernier fut expulsé après 26 jours de détention, on l'embarque pour le Royaume-Uni. La baronne de Générès, nièce de Mme de Rambaud, le suivit. Les partisans de Naundorff prirent peur et se turent.

Naundorff au Royaume-Uni et aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Tombe de Karl-Wilhelm Naundorff

Morel ayant lâché Naundorff, ce dernier avait un nouveau secrétaire en la personne de Modeste Gruau qu'il promeut comte de La Barre[13]. Le gouvernement britannique ne prenait pas Naundorff au sérieux, mais il tolérait sa présence et ses activités parce qu'elles étaient de nature à embarrasser Louis-Philippe. L'échec de deux nouvelles pétitions à la Chambre des députés en 1837 et 1838 ajouta à son discrédit. Le nombre de ses partisans et l'importance de leur dons baissèrent brusquement. Or Naundorff avait de gros besoins d'argent. Il se mit alors en tête de fonder une nouvelle religion[14]. Il aurait eu des visions dès 1834 et songeait réformer l'Église catholique romaine. En 1837 il lance un appel aux catholiques du Royaume-Uni et d'Irlande. Le pape Grégoire XVI fulmina contre lui ce qui augmenta encore un peu plus son discrédit. Naundorff se lança alors dans la pyrotechnie et mit au point une bombe qui fut nommée "Bombe Bourbon" et resta en usage dans l'armée hollandaise jusqu'à la guerre de 1914-1918. Il choisit de quitter le Royaume-Uni « déçu par son hospitalité » en 1841. Il se rendit à Rotterdam où il réussit à vendre son projet de bombe. Naundorff décéda le 10 août 1845 à Delft[1].
Sur sa tombe on peut lire : « Ici repose Louis XVII Roi de France et de Navarre, né à Versailles le 27 mars 1785, décédé le 10 août 1845. » Il laisse derrière lui, une femme et huit enfants qui n'auront de cesse de défendre la thèse de leur père[1].

Les papiers personnels de Karl-Wilhelm Naundorf sont conservés aux Archives nationales sous la cote 227AP[15].

La question scientifique[modifier | modifier le code]

Ses prétentions ont fait l'objet de nombreuses controverses historiques et scientifiques. En 1943, le jeune historien Alain Decaux fit faire des analyses des cheveux de Naundorff comparés à une mèche de cheveux du dauphin par le professeur Locard du laboratoire de police technique de Lyon. Locard conclut que les deux mèches avaient la même excentration du canal médullaire. Cet argument fut considéré par l'historien comme une preuve que Naundorff était bien le dauphin[16]. Mais en 1951 une seconde expertise de Locard faite à partir d'autres cheveux le fit revenir sur ses premiers résultats et amena l'historien à réviser ses conclusions parce qu'il s'est avéré que cette particularité sur les cheveux touche une personne sur trois. La similitude n'était donc, probablement, qu'un hasard.

En 1999 le cœur prélevé en 1795 par le médecin Philippe-Jean Pelletan, après l'autopsie de Louis XVII, et conservé dans la crypte royale de la basilique de Saint-Denis est soumis à des analyses ADN diligentées par les Professeurs Cassiman, de Louvain en Belgique, et Brinkmann de l'université de Münster en Allemagne, à l'initiative de l'historien Philippe Delorme[17]. Le 3 avril 2000 les comparaisons d'ADN mitochondrial du cœur et des cheveux de Marie-Antoinette et de ses deux sœurs, conclurent à la parenté de la relique.

L'analyse ADN du cœur de l'enfant mort au Temple est contestée par les survivantistes car ils prétendent qu'il aurait pu appartenir au frère aîné de Louis XVII, Louis-Joseph, le premier dauphin, mort en 1789, toutefois le cœur de Louis-Joseph fut embaumé selon la tradition royale, comme l'attestent les archives, tandis que celui de Louis XVII a été conservé dans de l'alcool, ce qui rend d'emblée toute confusion impossible[18].


Les descendants de Naundorff conservent encore aujourd'hui un certain nombre de partisans, surnommés les naundorffistes, « sous-groupe » des survivantistes. Ils portent d'ailleurs le patronyme « de Bourbon », dont l'usage leur a été accordé par les Pays-Bas et qui a été d'ailleurs implicitement reconnu par l'état civil anglais, peu regardant à l'époque en la matière, le 14 mars 1843, au moment de la naissance d'Emmanuel de Bourbon, à Minerva House, à Londres.

Dans son livre Autour de Madame Vigée-Le Brun, Hubert Royet pense que Naundorff, vers l'âge de 15 ans, a pu être domestique d'Élisabeth Vigée Le Brun arrivée à Vienne en 1793. Jusqu'en 1789, Élisabeth Vigée Le Brun était la peintre de Marie-Antoinette et, ainsi à son service, Naundorff aurait ainsi appris beaucoup de choses sur la famille royale[19].

Analyses ADN[modifier | modifier le code]

Le 2 juin 1998, des analyses ADN menées conjointement par le professeur Jean-Jacques Cassiman de l'université belge de Louvain et le Docteur Pascal du C.H.U de Nantes, à partir de quelques-uns de ses cheveux et des fragments d'humérus confrontés à des cheveux des descendants des archiduchesses Marie-Josèphe et Jeanne-Gabrièle, sœurs de Marie-Antoinette (Anne de Roumanie et son frère André de Bourbon-Parme[20]), conclurent que les restes de Naundorff n'étaient pas ceux du dauphin Louis XVII[21].

D'autres prélèvements ont été effectués, en 2004, directement sur le squelette de Naundorff, exhumé de sa tombe de Delft. Depuis lors, des analyses ont été réalisées sur ces prélèvements par le laboratoire de génétique néerlandais du professeur De Knieff, ainsi qu'un autre laboratoire, en Autriche. Cependant, la famille Bourbon-Naundorff n'a pas cru devoir encore (à la date de juillet 2009) en publier les résultats, sans doute décevants pour leur cause…

Lors d'une émission qui a suivi la cérémonie à Saint-Denis, il a été précisé que l'ADN de l'enfant indiquait qu'il s'agissait bien de quelqu'un de la descendance Habsbourg de Marie-Antoinette. Mais rien n'a pu être établi quant à la paternité de Louis XVI, l'ADN de ce dernier étant trop endommagé.

En mars 2014, le Professeur Gérard Lucotte et Bruno Roy-Henry publièrent les résultats d'une nouvelle analyse ADN sur les marqueurs du chromosome Y, à partir de Hugues de Bourbon descendant de Naundorff et l'haplotype de la maison Bourbon. Les deux chercheurs affirment que Naundorff est issu de la famille Bourbon et contestent l’authenticité des prélèvements d’os du professeur Cassiman [22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Alexandre de Grandmaison Karl-Wilhelm Naundorff, ou de l'incapacité des prétendants naundorffistes, Ed. Lesparre, 2012, ISBN 978-2-7466-3659-0
  2. Paul-Eric Blanrue L'histoire dans tous ses états, 2005
  3. André Castelot Louis XVII, 1948
  4. a et b Henry de Servignat Quatre enigmes royales, 1958
  5. a et b Modeste Gruau de La Barre, Abrégé de l'histoire des infortunes du Dauphin, 1836
  6. Reuben Reicher, La Survie de Louis XVII, J. Martineau,‎ 1967, p. 99
  7. La légitimité, Volumes 26-28, 1910
  8. Georges de Manteyer Les faux Louis XVII, Librairie universitaire J.Gamber, 1926
  9. Philippe A. Boiry, Louis XVII-Naundorff devant l'ADN ou Le nouveau Masque de fer, Presses de Valmy,‎ 1998, p. 115
  10. Maurice Étienne, Jacques Hamann, Louis XVII et les 101 prétendants, 1999
  11. Osmond, Henri Foulon de Vaulx, La légende de Naundorff: essai de critique et d'histoire en réponse à M. le docteur Tschirch, Daragon, 1912
  12. http://www.louis-xvii.com/bionaun.html
  13. Karl-Wilhelm Naundorf, un horloger au Royaume des Lys, conférence inédite, 2012
  14. Jean-Pierre Chantin, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Éditions Beauchesne, 2001
  15. Archives nationales
  16. Alain Decaux, Louis XVII retrouvé, Naundorff roi de France, Éditions de l'Élan, 1947
  17. Henry Lee, Frank Tirnady, Blood Evidence: How Dna Is Revolutionizing The Way We Solve Crimes, 2003
  18. http://www.liberation.fr/societe/0101335189-louis-xvii-a-t-il-un-coeur-les-survivantistes-nient-l-analyse-adn-qui-aurait-ete-faite-selon-eux-sur-les-restes-de-son-frere
  19. Hubert Royet, Autour de Madame Vigée-Le Brun, Ed. Les Anciens jours - 2000 - 107 pp
  20. http://www.zetetique.ldh.org/naundorff.html
  21. Philippe Delorme Louis XVII, la vérité 2000 p82 et note 117
  22. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/03/28/01016-20140328ARTFIG00370-l-enigme-de-louis-xvii-relancee-par-l-adn.php

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. F. V. Thomas Naundorff, ou Mémoire à consulter sur l'intrigue du dernier des faux Louis XVII, Paris, Dentu et Delaunay, 1837 [lire en ligne]
  • Modeste Gruau de la Barre Intrigues dévoilées, ou Louis XVII, dernier roi légitime de France, Rotterdam, Nijgh, 1846-1848 [lire en ligne]
  • Pierre Veuillot, L'Imposture des Naundorff, Paris, Victor Palmé, 1885 [lire en ligne]
  • Victor de Stenay, Portraiture d’une famille prussienne, 1888 [lire en ligne]
  • Président Bergé Naundorff était bien Louis XVII - la fin d'une controverse historique, Nouvelles éditions latines, 1958, 252 pages
  • E. Dupland Naundorff l'imposteur, Paris, Olivier Orban, 1990
  • G. Bordonove Louis XVII et l'énigme du Temple, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 1995
  • Xavier de Roche Louis XVII, Paris, Ed. de Paris, 1995
  • Alexandre de Grandmaison Karl-Wilhelm Naundorff, ou de l'incapacité des prétendants naundorffistes, Ed. Lesparre, 2012, ISBN 978-2-7466-3659-0

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]