Juan Velasco Alvarado

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Alvarado (homonymie) et Velasco.
Juan Velasco Alvarado

Juan Velasco Alvarado est un militaire et homme politique péruvien né à Piura le 16 juin 1910 et mort à Lima le 24 décembre 1977. Il fut Président du Pérou entre 1968 et 1975 avec le titre de Président du Gouvernement révolutionnaire.

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Fils de Manuel José Velasco et de Clara Luz Alvarado, il grandit au sein d’une famille modeste. Il épouse Consuelo Gonzáles Arriola. Il intègre l’Armée péruvienne, dans l’infanterie, en 1929. En raison de son excellente discipline, il est sélectionné pour entrer à l’Académie militaire de Chorrillos. En 1934, il sort parmi les meilleurs de sa promotion. Il conservera des liens étroits avec ses camarades, dont la plupart étudieront au Centre des Hautes Études militaires (CAEM). En 1965, il accède au grade de général de division.

Le gouvernement révolutionnaire militaire (1968-1975)[modifier | modifier le code]

Devenu commandant général de l’Armée, il est à la tête de la Junte militaire qui renverse le président Fernando Belaúnde Terry le 3 octobre 1968, après sa tentative d’exproprier les compagnies pétrolières américaines.

Velasco constitue un cabinet de ministres militaires, le « Gouvernement révolutionnaire des Forces armées ». Il nationalise immédiatement le secteur pétrolier, l’Armée prend le contrôle des puits de pétrole le 8 octobre. Il restreint la liberté de la presse, lance une réforme agraire et nationalise les secteurs clé de l’économie. Les pêcheries, les mines, les télécommunications, l’énergie, le pétrole, sont regroupés dans des conglomérats administrés par l’État (PescaPeru, MineroPeru, Petroperu, ElectroPeru, EntelPeru, etc.). Le taux de change et le commerce extérieur sont étroitement contrôlés.

La pierre angulaire de la politique économique de ce gouvernement est la réforme agraire visant à éliminer les grandes haciendas. Les opposants à ce programme crient à la confiscation, car les biens expropriés sont payés en bons non-négociables risquant de perdre toute valeur avec l’inflation.

Le régime de Velasco, appelé le « Velascato », se caractérise aussi par un pouvoir de plus en plus autoritaire. Il ne tolère aucune dissidence, emprisonnant, déportant et harcelant les personnes suspectées d’être des opposants. Il suspend et censure les médias audio-visuels et écrits, pour finalement tous les exproprier en 1974 et envoyer leurs propriétaires en exil.

En politique extérieure, contrastant avec les dictatures militaires latino-américaines contemporaines, qui sont de droite pour la plupart, il établit un partenariat avec le bloc soviétique, se rapproche de Cuba et de Fidel Castro et achète du matériel militaire soviétique. Ceci lui vaut l’hostilité des États-Unis, qui répondent par des pressions commerciales, économiques et diplomatiques.

En économie, la politique du gouvernement de Velasco s’avère inefficace. Les entités industrielles dirigées par l’administration sont sources de corruption et d’incompétence et absorbent les ressources du budget. La dette de l’État et la politique inflationniste contraignent à dévaluer la monnaie.

La pêche et l’agriculture sont des échecs particulièrement patents. PescaPeru surpêche l’anchois qui sert principalement pour la production de farine de poisson et est un élément-clé dans l’écosystème marin péruvien. La production atteint des records pendant les premières années mais s’ajoutant aux effets du phénomène El Niño de 1972, cela conduit à une chute vertigineuse des prises à tel point qu'il faudra plus d’une décennie pour retrouver un niveau d’activité correct. La réforme agraire mal conduite se traduit quant à elle par la création de milliers de fermiers sans capitaux et pour la plupart insuffisamment formés. La production et la distribution agricoles descendent nettement en dessous du niveau antérieur à la réforme. Avec les restrictions apportées au commerce, ceci a pour conséquence des pénuries périodiques, du rationnement, et nourrit le malaise social.

Velasco chassé du pouvoir[modifier | modifier le code]

Ces difficultés économiques et l’opposition politique croissante après le coup porté à la presse en 1974 finissent par affaiblir le gouvernement Velasco et conduisent à sa chute. Le 29 août 1975, un groupe de commandants militaires importants (des 1re, 2e, 3e, 4e, et 5e régions militaires) provoque un coup d’État qui sera surnommé le Tacnazo car il a lieu dans la ville de Tacna au sud du pays. Les commandants déclarent que Velasco a échoué à atteindre les buts de la « Révolution péruvienne » et est dans l’incapacité de rester à son poste.

Le général Francisco Morales Bermúdez Cerruti, alors président du Conseil des ministres, relève Velasco de ses fonctions et est nommé président, par une décision unanime de la nouvelle junte militaire. Il prend pour prétexte la mauvaise situation économique et la santé fragile de Velasco, à qui on a dû amputer une jambe en 1973 suite à une embolie et dont on dit que les facultés cognitives sont affectées par des problèmes circulatoires. Ce dernier se trouve alors en convalescence à Chaclacayo, près de Lima. Il décide de se réunir avec son conseil des ministres mais il se rend compte qu’il n’y a pratiquement plus rien à faire. Il rédige un dernier discours à la nation dans lequel il fait part de sa décision de ne pas opposer de résistance.

Écarté du pouvoir, Velasco meurt à l’Hôpital militaire de Lima en 1977.