Hydronymie paléo-européenne

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Paléo-européen (en allemand alteuropäisch, en anglais Old European[1]) est le terme utilisé par Hans Krahe (1964) pour désigner la langue de la couche d'hydronymie européenne reconstituée la plus ancienne en Europe centrale et orientale. Ces hydronymes sont prégermaniques et préceltiques et sont datés par Krahe du IIe millénaire av. J.-C.

Carte hydronymique paléo-européenne pour la racine *al-/*alm-.
Carte hydronymique paléo-européenne pour la racine *var-/*ver-.
Carte hydronymique paléo-européenne pour la racine *sal-/*salm-.

Origine des hydronymes[modifier | modifier le code]

Des hydronymes paléo-européens peuvent être trouvés dans la Baltique et la Scandinavie méridionale, en Europe centrale, en France, dans les îles Britanniques, et dans les péninsules ibérique et italienne. Cette zone est associée à l'expansion des dialectes indo-européens qui seront plus tard « occidentaux » : les groupes celtique, italique, germanique, balte et illyrien. Il est à noter que ces hydronymes sont absents des Balkans et de la Grèce, ainsi que des parties de l'Europe de l'Est associées au peuplement slave.

Selon Krahe, le noyau géographique de cette zone s'étend de la Baltique au plateau suisse et au Danube supérieur au nord des Alpes, en passant par la Pologne occidentale et l'Allemagne ; Krahe considère que les hydronymes paléo-européens de la France méridionale, de l'Italie et de l'Espagne ont été importés plus tard en remplacement de substrats « égéen-pélasgien » et ibère, ce qui correspond aux « invasions » des Italiques, Celtibères et Illyriens à partir d'environ 1300 av. J.-C.[2]

Le linguiste allemand Wolfgang P. Schmid a proposé en 1968 que le « paléo-européen » de Krahe n'est autre que le proto-indo-européen, qui aurait donc été parlé en Europe centrale[3], et justifie cela par l'absence d'innovations communes significatives des langues en question. Cette idée est cependant rejetée par la plupart des spécialistes[réf. nécessaire].

Le linguiste allemand Theo Vennemann a suggéré que la langue des hydronymes paléo-européens était agglutinante et pré-indo-européenne[4] ; cependant, cela s'oppose à l'idée plus couramment acceptée selon laquelle les hydronymes sont d'origine indo-européenne, et la théorie de Theo Vennemann a été qualifiée de "gravement défectueuse"[5]. Ainsi, parmi les racines reconstruites par Vennemann, *iz- « eau » ne paraît pouvoir être identifiée à aucune racine basque, et *drava-, *kara-, *pala- ou *vara- ne sont pas des racines proto-basques possibles (puisqu'en basque archaïque il n'y a pas de mots en dr- ou p-, v-, et k- est extrêmement restreint). En revanche, les nombreux hydronymes du type Isara ont été analysés avec pertinence par des spécialistes de l'indo-européen qui rejettent implicitement l'existence d'une racine *iz dans Isara. En effet, Isara à l'origine des hydronymes Yser, Isar, Isère, Oise, etc. signifierait « l'impétueuse, la rapide », car ce terme évoque immédiatement l'indo-européen *isərós [ish-rós] « impétueux, vif, vigoureux » que postulent les termes sanskrit isiráh, même sens, grec hieros « sacré », etc. et repose sur une racine indo-européenne *eis(ə)-[6] et non pas paléo-européenne *iz. De même, l'idée d'une racine paléo-européenne *vara recouvre en fait la racine indo-européenne uōr- (base ur-) > *uār- « eau » postulée par le sanskrit var, vari « eau », le louvite war-, le vieux norois vari, etc. Cette racine a probablement existé en celtique comme en témoignent l'ethnonyme Trévires (Trēueri) et le vieil irlandais treóir « passage ou lieu de passage d'un cours d'eau », d'un celtique *trē-uori-[7].

Le philologue espagnol Francisco Villar Liébana a défendu en 1990 l'idée du paléo-européen préservé dans les hydronymes, et s'est limité à ce substrat hydronymique dans la péninsule ibérique en tant que nouvelle couche indo-européenne sans lien direct avec le lusitanien[8]. Cependant, la notion de « paléo-européen » a été critiquée par Untermann en 1999 et De Hoz en 2001[8].

Structure des hydronymes[modifier | modifier le code]

Les hydronymes paléo-européens sont composés d'une racine, d'un ou (plus rarement) deux suffixes dérivatifs, et d'une finale.

Les racines les plus courantes sont *al- (« couler, jaillir »), *alb- (« blanc »), *drav-, *kar-, *sal- et *var-. D'autres racines étudiées par Javier de Hoz pour les rivières espagnoles sont *ab-, *au-, *dur-, *(e)is- (« rapide »), *ib-, *nar-, *nau-, *sar-/*sor (« couler, s'écouler »), *sauu-/*saua-, *tam-, *w(e)is-. On trouve comme suffixes dérivatifs *-l-, *-m-, *-n-, *-r-, *-s-, *-st-, *-k, *-w- et *-y-. La finale est le plus souvent *-a au nord des Alpes, et fréquemment aussi *-os dans les régions méditerranéennes[9].

Voir les cartes à droite pour des exemples d'hydronymie paléo-européenne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Old European en ce sens ne doit pas être confondu avec le même terme utilisé par Marija Gimbutas pour désigner une culture « européenne primitive » pré-indo-européenne de l'Europe néolithique.
  2. (de) Hans Krahe, Unsere ältesten Flussnamen, Wiesbaden (1964), p. 81.
  3. (de) Wolfgang P. Schmid: Alteuropäisch und Indogermanisch. Abhandlungen der Geistes- und Sozialwissenschaftlichen Klasse, Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Steiner, 1968.
  4. (de+en) Theo Vennemann et Patrizia Noel Aziz Hanna, Europa Vasconica, Europa Semitica., Berlin, New York, De Gruyter Mouton - Walter de Gruyter,‎ 2003, 977 p. (ISBN 311017054X et 9783110170542)
  5. (en) P.R. Kitson, « British and European River Names », Transactions of the Philological Society, vol. 94, no 2,‎ novembre 1996, p. 73–118 (DOI 10.1111/j.1467-968X.1996.tb01178.x)
  6. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance, 2003, p. 191.
  7. Xavier Delamarre, op. cit., p. 300.
  8. a et b (en) Dagmar S. Wodtko, Celtic from the West, Oxbow Books, Oxford, UK,‎ 2010 (ISBN 978-1-84217-410-4), chap. 11 (« The Problem of Lusitanian »), p. 338
  9. (de) Hans Krahe, Die Struktur der alteuropäischen Hydronymie. Abhandlungen der Geistes- und Sozialwissenschaftlichen Klasse, Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Steiner, 1963.

(en)/(de)/(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Old European hydronymy » (voir la liste des auteurs), en allemand « Alteuropäische Hydronymie » (voir la liste des auteurs), et en espagnol « Hidrónimos antiguos europeos » (voir la liste des auteurs)

Articles connexes[modifier | modifier le code]