Guillaume de Saint-Thierry

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Guillaume de Saint-Thierry (né vers 1085 à Liège et mort le 8 septembre 1148 à l'abbaye de Signy) est un moine, théologien, et mystique cistercien du XIIe siècle. Il fut l'ami de Saint Bernard et un adversaire de la philosophie rationaliste médiévale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guillaume nait à Liège vers 1085 d'une famille noble. Il étudie dans une école cathédrâle française, sous Anselme de Laon. Il entre au monastère bénédictin de Saint-Nicaise à Reims en 1113[1], avec son frère Simon. Guillaume rencontre Bernard de Clairvaux pour la première fois en 1119 ou 1120. Il nait entre les deux hommes une profonde amitié, qui durera toute la vie. Guillaume désire vivre avec le saint à Clairvaux, dans l'ordre cistercien, mais Bernard refuse et lui impose le devoir de conserver la charge des âmes que la providence lui a confiée. En 1121, Guillaume est élu abbé de l'abbaye bénédictine de Saint-Thierry, près de Reims. C'est là qu'il compose ses deux premiers traités : De contemplando Deo (De la contemplation de Dieu) et De natura et dignitate amoris (De la nature et de la dignité de l'amour) en 1121-1124[2][3].

De 1128 à 1135, Guillaume compile plusieurs traités et commentaires, et tente de synthétiser la théologie et le mysticisme du christianisme oriental et occidental. Il s'inspire de la doctrine de Saint Augustin, Origène, Grégoire de Nicée[1], mais également de l'enseignement du philosophe Plotin[4]. Les Meditativae Orationes (Oraisons méditatives) de Guillaume expriment des préoccupations spirituelles d'une intensité comparable à celle de Saint Augustin dans les Confessions[1].

Au premier chapitre général des bénédictins en 1132, à Saint-Médard près de Soissons, Guillaume suggère de sages résolutions. Aspirant à une vie plus contemplative, il abandonne son titre d'abbé en 1135, et se retire à l'abbaye cistercienne de Signy dans les Ardennes. En 1140, il tombe par hasard sur un livre au sujet de la doctrine de Pierre Abélard. Il compose alors une lettre incendiaire, ainsi qu'un mémoire dirigé contre le philosophe. Ce dernier, intitulé Disputatio adversus Petrum Abælardum (Dispute contre Pierre Abélard), contribuera à sa condamnation au concile de Sens[5]. Il s'intéresse également au problème de la foi dans le Speculum fidei (Miroir de la foi) et le Aenigma fidei (Énigme de la foi)[1]. En 1144, il séjourne à la chartreuse du Mont-Dieu dans les Ardennes et laisse une lettre, l’Epistola ad fratres de Monte Dei (Lettre aux frères du Mont-Dieu), une apologie de la vie contemplative aussi surnommée « lettre d'or[6]. » Guillaume meurt le 8 septembre 1148[2].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Dans une doctrine fondée sur le mysticisme, Guillaume propose que l'âme, bien qu'étrangère à Dieu, est aussi capable de connaître un « retour » mystique à son origine divine pendant son existence terrestre, par paliers successifs. L'homme est ainsi progressivement libéré de ses obstacles matériels et temporels, pour finalement poursuivre une expérience de Dieu à travers un processus de réminiscence, de conscience et d'amour[1].

« Voici toute la perfection des saints : la ressemblance divine. Or, refuser d’être parfait, c’est faillir. C’est pourquoi il faut sans cesse, en vue de cette perfection, entretenir la volonté, cultiver l’amour ; empêcher la volonté de se disperser sur des réalités étrangères ; veiller sur l’amour, de peur qu’il ne se flétrisse. C’est pour cela seul que nous avons été créés et que nous vivons : pour être semblables à Dieu car c’est à l’image de Dieu que nous avons été créés (cf. Gn 1,26). »

— Guillaume de Saint-Thierry, Lettre aux frères du Mont Dieu, 258-259[7].

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

D'après la Patrologia Latina (1890) de Jacques Paul Migne :

  • Epistola ad fratres de Monte Dei de vita solitaria
  • Meditativae Orationes
  • De contemplando Deo
  • De natura et dignitate divini amoris
  • Disputatio adversus Petrum Abælardum
  • Disputatio catholicorum Patrum adversus dogmata Petri Abælardi
  • De erroribus Guillelmi de Conchis
  • De sacramento altaris
  • Speculum fidei
  • Aenigma fidei
  • Brevis commentatio in priora duo capita Cantici cantic.
  • Commentarius in Cantica canticorum e Scriptis Ambrosii collectus
  • Excerpta in libris S. Gregorii papæ super Cantica canticorum
  • Expositio altera super Cantica canticerum
  • Expositio in Epistolam ad Romanos
  • De natura corporis et animae
  • Vita S. Bernardi

Éditions en latin[modifier | modifier le code]

  • Patrologia Latina (1890), Jacques Paul Migne, vol. 180, p. 205-727. [lire en ligne]

Éditions en français[modifier | modifier le code]

  • Meditativae Orationes, éd. M.-M. Davy, Vrin, Paris, 1934.
  • Lettre aux frères du Mont-Dieu, éd. M.-M. Davy, Vrin, Paris, 1946.
  • Commentaire sur le Cantique des Cantiques, éd. M-M. Davy, Vrin, Paris, 1958.
  • Deux traités sur la foi: Le miroir de la foi; L’énigme de la foi, éd. M.-M. Davy. Vrin, Paris, 1959.
  • La Contemplation de Dieu, éd. Dom Jacques Hourlier, éditions du Cerf, 1959.
  • Exposé sur le Cantique des Cantiques éd. J.-M. Déchanet & Maurice Dumontier, éditions du Cerf, 1962.
  • Lettre aux frères du Mont-Dieu, éd. Jean Déchanet, éditions du Cerf, 1975.
  • Le Miroir de la foi, éd. Jean Déchanet, éditions du Cerf, 1982.
  • Oraisons méditatives, éd. Dom Jacques Hourlier, éditions du Cerf, 1986.
  • De la nature du corps et de l'âme, éd. Michel Lemoine, Belles Lettres, 1988.
  • Guillaume de Saint Thierry, textes choisis par Nicolas Blanc, éd. Artège, Perpignan, 2010.
  • Exposé sur l'Épître aux Romains, Livres I-III, éd. Yves-Anselme Baudelet, éditions du Cerf, 2011.
  • De la contemplation de Dieu, trad. et intro. par Sr Pascale-Dominique Nau, Rome, 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • B.Lohr, Vie ancienne de Guillaume de st-Thierry, Mélanges Godefroid Kurth, T1, Liège, 1908.
  • A. Adam, Guillaume de Saint-Thierry, sa vie ses œuvres, Bourg-en-Bresse, 1923.
  • J. Heerinx, Les sources de la théologie mystique de Saint Antoine de Padoue, RAM13, 1932, p. 225-256.
  • J.-M. Déchanet, Guillaume de Saint-Thierry, l'homme et l'œuvre, Bruges, 1942.
  • J. Bavaud, Guillaume de st-Thierry, docteur de l'Assomption ?, RBén70, 1960, p. 641-651.
  • M.-A. Dimier, Beato Guglielmo de Saint-Thierry, Bibliotheca sanctorum, 1966, p. 484-486.
  • Jean Déchanet, Guillaume de Saint-Thierry: aux sources d'une pensée, éditions Beauchesne, 1978. [lire en ligne]
  • Robert Thomas, Guillaume de Saint-Thierry, homme de doctrine, homme de prière, éditions Anne Sigier, 1989.
  • Père Matthieu Rougé, Doctrine et expérience de l'Eucharistie chez Guillaume de Saint Thierry, éditions Beauchesne, 1999.
  • Monique Desthieux, Désir de voir Dieu et amour chez Guillaume de Saint-Thierry, éditions du Cerf, 2006.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) « William of Saint-Thierry », Encyclopædia Britannica, 2010.
  2. a et b (en) Antoine Dégert, « William of St-Thierry », Catholic Encyclopedia, New York, 1912 [lire en ligne]
  3. Rougé [1999], p. 18-27.
  4. Jean Déchanet, Guillaume de Saint-Thierry: aux sources d'une pensée, éditions Beauchesne, 1978, p. 138-139. [lire en ligne]
  5. Rougé [1999], p. 84.
  6. Rougé [1999], p. 18.
  7. Abbaye de la Trappe

Liens externes[modifier | modifier le code]