Gueorgui Piatakov

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Gueorgui Piatakov en 1919.

Gueorgui Leonidovitch Piatakov (en russe : Георгий Леонидович Пятаков), dit Kievski, Iouri, Lialine, Petro, Yapontets, né le 6 août 1890 à Kiev, fusillé le 1er février 1937 à Moscou, est un bolchévik, administrateur et organisateur de l'industrie soviétique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Issu d’une riche famille ukrainienne - d’où son pseudonyme de « Kievski » - qui a fait fortune dans la production sucrière, Piatakov entre en politique dans les rangs anarchistes dès 1907 pour rejoindre ensuite le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en 1910.

Arrêté en 1912, déporté dans la région d'Irkoutsk, il s’évade comme beaucoup d’autres et après un séjour au Japon et un très long périple, réussit à se réfugier en Suisse. ll participe en mars 1915, à Berne, à la Conférence des sections à l'étranger du POSDR où il s'oppose à Lénine sur la question des nationalités. Ce conflit le pousse à prendre ses distances, ce qui le conduit l'année suivante en Scandinavie, en Suède puis en Norvège.

Le leader de l'Ukraine bolchévique[modifier | modifier le code]

Rentré en Russie en 1917, il devient en juillet de l'année suivante commissaire du peuple pour la ville de Kiev, responsabilité qui s’étend bientôt à toute l’Ukraine. Pendant la guerre civile, il montre ses talents d’organisateur et un réel courage physique : arrêté par les « Blancs », il est sauvé in extremis devant le peloton d’exécution par les gardes rouges qui reprennent la ville. À cette époque, de décembre 1917 à novembre 1918, Piatakov assure les responsabilités de commissaire en chef de la Banque de Russie, fonction qu'il retrouvera dix ans plus tard en pleine phase d'industrialisation du pays. En janvier 1919, jugé trop à gauche, Piatakov est remplacé au poste de président du gouvernement des travailleurs et paysans d'Ukraine par le bulgare Christian Rakovsky.

Pendant les années de guerre civile et la période dite du « communisme de guerre », il est proche de Nikolaï Boukharine et des communistes de gauche, s’opposant à Lénine et à Trotski notamment sur la signature du traité de Brest-Litovsk. Bien qu’il appartienne à la jeune génération bolchevique (il a 20 ans de moins que Lénine), ses talents d’organisateur en font un responsable prometteur, ce qui explique sans doute la citation dont il bénéficie dans le Testament de Lénine à la fin de 1922.

Un opposant au système bureaucratique[modifier | modifier le code]

À partir du retrait de la vie politique du chef du Parti dû à la maladie, la carrière de Piatakov prend une double orientation : consécration officielle avec son entrée au Comité central en 1923 et surtout opposition contre le cours bureaucratique pris, selon lui, par la Révolution bolchévique. Dès cet instant, il n'hésite pas à jouer un rôle de porte-parole des opposants. Il signe la plate-forme adressée par 46 membres éminents du Parti à la direction, et s’engage dans le combat pour un Cours Nouveau avec Trotski[1]. En effet, après une habile sollicitation de celui-ci, Piatakov rejoint peu à peu les rangs d'une Opposition unifiée tout entière liguée contre le GenSek.

L'emprise de Staline sur le Parti rend périlleuse la stratégie de Gueorgui Piatakov, lequel en quelques années, comme tous ses alliés, perd une à une ses positions politiques officielles. Très isolé, il est ainsi exclu du Parti en 1927, prélude au renoncement à toute activité oppositionnelle l'année suivante. Cette « capitulation » - selon les termes de l’époque - lui permet de retrouver des postes de responsabilité, notamment au commissariat à l’industrie lourde, où il seconde avec brio Sergo Ordjonikidze. Ces succès lui valent d'être réélu au Comité central en 1930 et 1934.

Le procès Piatakov[modifier | modifier le code]

Dès cette dernière année, l’assassinat de Sergueï Kirov et la grande période de répression qui s’ensuivit mettent en danger tous les opposants ou ex-opposants, même repentis, qui se retrouvent exposés à la rancune de Staline. Piatakov, arrêté le 12 septembre 1936[2], est le principal accusé du second procès de Moscou de janvier 1937, dit du Centre antisoviétique trotskiste de réserve, parfois appelé « procès Piatakov » dans lequel, outre le soutien aux opposants alors à l'étranger, est reproché un complot politique mené avec l'Allemagne nazie visant la destruction de l'Union Soviétique.

Dans ce procès, au centre duquel se trouvent donc, sans être physiquement présentes, les personnalités de Trotski et du fils de celui-ci Lev Sedov, l'ancien bras droit d'Ordjonikidze se retrouve en compagnie de Karl Radek, Grigori Sokolnikov, Nikolai Muralov, Mikhail Boguslavsky, Leonid Serebriakov et d'autres compagnons de second plan, la plupart responsables du secteur industriel. Ces derniers se sont moins rebellés que les accusés du premier procès de 1936, les techniques de pression physique et morale des enquêteurs s’étant vraisemblablement améliorées, à l'inverse de Piatakov et de Radek qui refuseront avec entêtement certaines des charges retenues contre eux tout en acceptant certaines accusations, avec une fortune variable puisque si le premier est condamné à mort[3], le second écope d'une peine de prison.

Piatakov est condamné à mort et fusillé le 1er février 1937[4]. Les contre-enquêtes alors menées par des militants et surtout les travaux des historiens contemporains ont fait justice des « preuves » retenues contre les accusés de ce procès. Comme beaucoup de vieux bolchéviques Piatakov est réhabilité en 1988.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Lénine, le 25 décembre 1922, dans son "testament", considère Piatakov comme un des "six héritiers". Il indique "Des membres plus jeunes du Comité central, je dirai quelques mots de Boukharine et de Piatakov. Ils sont, à mon avis, les plus capables et à leur sujet il est nécessaire d’avoir présent à l’esprit ceci : Boukharine n’est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du Parti, mais il peut légitimement être considéré comme le camarade le plus aimé de tout le Parti ; mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes qu’avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n’a jamais appris et, je pense, n’a jamais compris pleinement la dialectique). Et maintenant Piatakov - un homme qui, incontestablement, se distingue par la volonté et d’exceptionnelles capacités, mais trop attaché au côté administratif des choses pour qu’on puisse s’en remettre à lui dans une question politique importante. Il va de soi que ces deux remarques ne sont faites par moi qu’en considération du moment présent et en supposant que ces travailleurs capables et loyaux ne puissent par la suite compléter leurs connaissances et corriger leur étroitesse."
  • Trotski dans Ma vie écrit en 1930 : "A l'opposition militaire appartenait, par exemple, Piatakov, qui est actuellement directeur de la Banque d'État. En général, il était de n'importe quelle opposition, et toujours pour finir en fonctionnaire. Il y a trois ou quatre ans, lorsque Piatakov appartenait encore avec moi à un certain groupe, je prédis, par plaisanterie, qu'en cas de coup d'État bonapartiste, il prendrait, dès le lendemain, son portefeuille et se rendrait à la chancellerie. Maintenant, je dois ajouter, plus sérieusement, que si cela ne se produit pas ce sera uniquement parce qu'il n'y a pas de coup d'Etat bonapartiste; en d'autres termes, ce ne sera nullement de la faute de Piatakov. En Ukraine, Piatakov eut une influence considérable et non par hasard; c'est un marxiste assez instruit, surtout dans le domaine économique, et c'est incontestablement un administrateur, qui a des réserves de volonté. Dans les premières années, Piatakov avait aussi de l'énergie révolutionnaire, une énergie qui, cependant, a rapidement dégénéré en conservatisme bureaucratique. Pour combattre les idées à demi anarchistes de Piatakov concernant l'organisation de l'armée, j'employai le procédé suivant: je lui confiai immédiatement un poste responsable, ce qui le forçait de passer de la parole aux actes. Le procédé n'est pas nouveau, mais il est irremplaçable en bien des cas. Le sens de l'administration lui suggéra bientôt d'employer les méthodes contre lesquelles il avait guerroyé en paroles."

Notes[modifier | modifier le code]

  1. - Le Comité central reçoit le 15 octobre 1923 ce document signé par d’anciens communistes de gauche auxquels s'ajoutent des opposants au centralisme démocratique. Avec Piatakov, se retrouvent une bonne partie des futurs accusés des procès de Moscou, Préobrajenski, Sérébriakov, Smirnov, Antonov-Ovseenko, Ossinski, Boubnov, Sapronov, Kossior, Rafaïl, Maximovski, Mouralov, Rosengoltz, Sosnovski, Voronski, Eugénie Bosch, Drobnis. Par ailleurs, Rakovsky et Krestinski, en mission à l’étranger, s'ils soutiennent ce mouvement, n'ont pas signé cette lettre.
  2. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 30 : les jeux du pouvoir, p. 193, Seuil, 1996.
  3. Piatakov reconnait toutefois des agissements criminels en faveur de Trotski, notamment, avec le soutien de Iakoubovitch, représentant de l'URSS à Oslo, son arrivée "à bord d'un avion allemand" pour y rencontrer le chef de l'opposition, alors réfugié en Norvège. Les autorités de ce pays, comme le rappelle à plusieurs reprises Trotski dans ses écrits, ont ensuite certifié qu'aucun avion étranger n'avait atterri à l'aéroport d'Oslo pendant tout le mois de décembre 1935, éléments vérifiés ensuite par une commission internationale à New York pour la plus grande confusion du procureur Vychinski.
  4. Certaines sources indiquent que Staline aurait sollicité Ordjonikidze pour qu'il intervienne directement auprès de son bras droit, alors en cellule, pour le convaincre, par la reconnaissance des accusations portées contre lui, qu'il aurait par ce fait même la vie sauve. L'exécution de Piatakov, en contradiction formelle des engagements pris par Staline envers son vieux complice Sergo serait à l'origine du suicide - très controversé - de ce dernier deux semaines après l'élimination de son collaborateur.