Conservatoire national supérieur de musique et de danse

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Conservatoire national supérieur de musique et de danse
Image illustrative de l'article Conservatoire national supérieur de musique et de danse
La classe de Charles Wilfrid de Bériot au Conservatoire de Paris, vers 1894-95
Généralités
Création 1795 pour la rue du Conservatoire
1911 pour la rue de Madrid
1980 pour l'établissement de Lyon
1990 pour l'établissement de Paris
Pays Drapeau de la France France
Cadre éducatif
Appellation CNSMD
Formation Musique et danse

Les Conservatoires nationaux supérieurs de musique et de danse (CNSMD) sont des établissements publics à caractère administratif sous la tutelle du Ministère de la Culture et de la Communication exercée par la Direction Générale de la Création Artistique qui dispense un enseignement professionnel de la musique, des métiers du son et de la danse au sein de deux établissements : le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et le Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon.

Historique du Conservatoire de Paris[modifier | modifier le code]

rue Bergère[modifier | modifier le code]

École royale de chant et de déclamation[modifier | modifier le code]

Louis XIV crée l’Académie royale de musique par lettres patentes du 28 juin 1669. L'Académie est rattachée à la Maison du roi.

Par ailleurs, par arrêt du Conseil d’État du roi du 3 janvier 1784, l’École royale de chant et de déclamation est fondée, installée dans l’hôtel des Menus-Plaisirs, rue Bergère (actuellement rue du Conservatoire) à Paris, et placée sous la direction de François-Joseph Gossec.

Ces deux institutions sont les premiers signes d'une volonté de structurer et de formaliser l'enseignement des arts dramatiques et musicaux.

Institut national de musique[modifier | modifier le code]

À l'École royale de chant et de déclamation, la Révolution ajoute, sous l'impulsion de Bernard Sarrette, une École de musique municipale (juillet 1792) à partir du corps de musique de la garde municipale.

À ces deux établissements succède, le 8 novembre 1793 (18 brumaire an II), la première ébauche d'un établissement unique consacré à la formation de musiciens : l'Institut national de musique, créé par décret de la Convention nationale et pourvu d'un budget distinct, sous la direction de François-Joseph Gossec.

Conservatoire de musique[modifier | modifier le code]

À peine deux ans plus tard, sur le rapport de Marie-Joseph Chénier, un ami de Sarrette, la Convention, sous la présidence de Jean-Marie Heurtault de Lamerville décide, par une loi du 3 août 1795 (16 thermidor an III), de créer l'établissement du Conservatoire de musique en lieu et place de l'Institut national de musique. La nouvelle structure est gérée par un directoire composé de François-Joseph Gossec, Étienne Nicolas Méhul, André Grétry, Jean-François Lesueur et Luigi Cherubini. Bernard Sarrette obtient le rôle de commissaire chargé de l'organisation. L'enseignement est limité aux disciplines instrumentales, particulièrement les cordes et les vents. Dès la première année, l'effectif est de six cents élèves[1].

Conservatoire de musique et de déclamation[modifier | modifier le code]

Sarrette devient directeur de l'établissement en 1800, cependant que les missions de l'institution s'élargissent à l'art dramatique et à la danse. L'orchestre des élèves est créé en 1806 par François-Antoine Habeneck. La même année, le Conservatoire devient Conservatoire de musique et de déclamation, appellation qui sera conservée, avec une éclipse, jusqu'en 1934, où l'établissement se verra baptisé Conservatoire national de musique et d’art dramatique.

De 1800 à 1814, les professeurs du Conservatoire produiront un ensemble de corpus pédagogique comportant des traités, principes élémentaires ou méthodes pour chacun des instruments (traités de François-Joseph Gossec, Pierre Baillot, Étienne Ozi, l'abbé Roze, Charles Simon Catel). Le succès dans le domaine du chant est plus contestable et entraînera une rupture entre Sarrette et Le Sueur, ce dernier, compositeur d'opéra, étant partisan d'une réactivation des maîtrises supprimées par la Révolution. Le Sueur sera exclu du Conservatoire en 1802, mais l'Empire dans l'esprit du Concordat lui donnera raison en les rétablissant progressivement.

École royale de musique et de déclamation[modifier | modifier le code]

Fermé un temps sous la Restauration en raison de son origine révolutionnaire, le Conservatoire est, dès 1816, transformé en une École royale de musique et de déclamation sous l'administration d'un inspecteur général, François-Louis Perne. Ce changement se traduit par des réductions du nombre d'enseignants et par une activité réduite. L'établissement ne retrouvera une meilleure considération qu'en 1822, lorsque Luigi Cherubini est nommé directeur, et non simple inspecteur. Il faudra cependant attendre 1830 pour voir le nom de Conservatoire officialisé à nouveau.

Cherubini structurera l'institution dans des formes qui sont aujourd'hui encore reconnaissables : institution d'un système de concours d'entrée et de sortie, élaboration de méthodes officielles d'enseignement, ouverture vers un plus grand nombre d'instruments (piano, harpe, contrebasse, trompette, chant, etc).

Les écoles de musique de Lille, Toulouse et Nancy sont rattachées au conservatoire par ordonnance du 20 décembre 1826 et un règlement intérieur promulgué en 1850.

Conservatoire de musique et de déclamation[modifier | modifier le code]

Camille Urso,
la première élève admise au Conservatoire de Paris.

En 1851, la violoniste, Camille Urso, est admise comme élève du Conservatoire et devint la première femme à faire son entrée au sein de cette institution. Elle se présenta avec 70 garçons. Le jury d'admission, était composé d'éminentes personnalités de la musique, assises autour du directeur Daniel-François-Esprit Auber. Parmi celles-ci, les compositeurs italiens Michele Enrico Carafa et Gioachino Rossini et le Premier violon du roi, Delphin Alard. Camille Urso dut jouer le 4e Concerto de Pierre Rode, avec accompagnement pour violon, deuxième violon et violoncelle. Ce fut un triomphe et la jeune candidate fut acceptée à l'unanimité comme élève au Conservatoire de Paris. Camille Urso venait d'ouvrir le Conservatoire de musique aux femmes. Elle devint l'élève du violoniste Joseph Massart, puis du compositeur Jules Massenet.

Guy Ropartz, compositeur, est nommé directeur du Conservatoire de Nancy (à l'époque École Nationale succursale du Conservatoire de Paris) de 1894 à 1919, où il crée les classes d'alto en 1894, de trompette en 1895, de harpe et d'orgue en 1897, puis de trombone en 1900. Il instaure également la saison de concerts symphoniques avec le tout jeune Orchestre du Conservatoire, ancêtre de l'Orchestre symphonique et lyrique de Nancy.

Rue de Madrid[modifier | modifier le code]

En 1911 le Conservatoire quitte les locaux de la rue Bergère pour s'installer rue de Madrid.

Les différents successeurs de Cherubini, Esprit Auber (1842-1871), Ambroise Thomas (1871-1896), Théodore Dubois (1896-1905), Gabriel Fauré (1905-1920), Henri Rabaud (1920-1941) et Claude Delvincourt (1941-1954), développeront le Conservatoire de musique et de déclamation à un degré qui en fera un point de référence et d'excellence de l'enseignement musical dans le monde entier. Un Musée des instruments est fondé en 1864. En 1905, un décret détaille l'organisation du conservatoire, nominations, traitements, avancements et peines disciplinaires du personnel enseignant et administratif, organisation des examens ou encore composition des jurys d’admission. Les disciplines enseignées s'élargissent à l'écriture musicale, l'histoire de la musique, et à de nouveaux instruments (orgue, alto, clarinette, ...). Les professeurs sont des musiciens ou compositeurs prestigieux dont l'influence marquera durablement la vie musicale européenne puis les jurys de concours s'ouvrent aux personnalités extérieures (Claude Debussy, Maurice Ravel, Paul Dukas, André Messager).

Conservatoire national de musique et d'art dramatique[modifier | modifier le code]

En 1934 le Conservatoire devient Conservatoire national de musique et d'art dramatique.

Conservatoire national supérieur de musique (CNSM) de Paris[modifier | modifier le code]

En 1946, les activités d'art dramatique du « Conservatoire de Musique et de Déclamation » font l'objet d'une structure indépendante : le Conservatoire national supérieur d'art dramatique qui regagne les locaux de la rue du Conservatoire (anciennement rue Bergère).

Les activités musicales et la classe de danse sont regroupées dans un « Conservatoire national supérieur de musique ». Sous l'impulsion des directeurs Marcel Dupré (1954-1956), Raymond Loucheur (1956-1962) et Raymond Gallois-Montbrun (1962-1983) de nouvelles disciplines font leur apparition et un cycle de perfectionnement est inauguré, avec des classes de maître animées par les plus grands instrumentistes du temps (Mstislav Rostropovitch, Christa Ludwig, Wilhelm Kempff, etc.).

Emménagement du Conservatoire de Paris à la Villette (CNSMDP)[modifier | modifier le code]

L'établissement de Paris s'installe à la cité de la musique avenue Jean-Jaurès dans le cadre des Grands Travaux de François Mitterrand. Le nouvel établissement parisien est inauguré le 7 décembre 1990.

Les locaux de la rue de Madrid sont désormais affectés au Conservatoire à rayonnement régional de Paris.

Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon (CNSMDL)[modifier | modifier le code]

Création du CNSM de Lyon, rue de l'Angile[modifier | modifier le code]

Envisagé par la Direction de la musique, créé par Raymond Barre, alors Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing, et Jean-Philippe Lecat, ministre de la culture et de la communication, ouvert en octobre 1979 et confié à la direction de Pierre Cochereau, le CNSMD de Lyon trouva refuge dans divers locaux jusqu’à son implantation définitive dans le 9e arrondissement. Non sans rencontrer les difficultés que les solutions provisoires ne manquent jamais de susciter, compte tenu de la précarité des moyens matériels et de l’exiguïté des lieux, il connut donc les moments de flottement et d’improvisation forcée que ce genre de situation provoque toujours, mais qu’il s’efforça de surmonter jusqu’à prendre son essor et, bénéficiaire des ressources techniques et humaines enfin dignes de son rang. Par décret du 18 février 1980 est créé le CNSM de Lyon.

La rue de l’Angile, des débuts héroïques et inconfortables

Avant de gagner son nouveau site et de pouvoir accueillir l’effectif prévu lors de la rédaction des premiers projets, le CNSMD s’installa dans les locaux de l’ancien Conservatoire d’Art Dramatique sis au 3 de la rue de l’Angile dans le 5e arrondissement, lequel, prêté par la ville, occupait la partie arrière du Palais municipal des Beaux-Arts construit quai de Bondy. Depuis 1904, ces bâtiments abritaient le Conservatoire de musique de Lyon (devenu ensuite CNR, puis CRR) qui, en 1977-1978, allait abandonner le site pour gagner l’ancien séminaire des Jésuites au 4 de la montée de Fourvière. Cet ensemble se destinant aux activités artistiques, deux salles y occupaient une place majeure : la salle Witkowski, espace limité dont le conservatoire faisait parfois usage pour des réunions importantes, des classes de maître, conférences ou concerts (notamment de musique de chambre, en dépit de la médiocrité du piano qui s’y trouvait à l’origine) et la salle Molière, beaucoup plus vaste et idéale pour les séances d’orchestre et les grands concours. Le rez-de-chaussée, où se situaient les accès à ces deux espaces publics, regroupait les différents bureaux de l’administration (à gauche en entrant) et la bibliothèque, pratiquement réduite en 1982 aux fonds Nadia Boulanger ou Martinon, qui ne comportait qu’une trentaine de livres neufs et se révélait nécessairement très lacunaire puisque tout était à entreprendre pour en faire un outil digne d’un enseignement supérieur. À ce même niveau, donnant sur la rue Garrand, se tenait enfin le bureau du directeur, une pièce assez spacieuse pour satisfaire aux concours et contrôles et qui disposait du meilleur piano de la maison. (...). Le premier étage disposait, au-dessus du bureau directorial, de la plus grande salle du conservatoire, une pièce assez claire qui permettait d’organiser, pour une quarantaine de personnes, toutes les manifestations ne nécessitant pas un aménagement très considérable : concerts internes de piano ou musique de chambre, séminaires, conférences ou séances de cinéma. Les autres parties du bâtiment disposaient de diverses salles de travail, pièces mal insonorisées et en nombre trop insuffisant pour envisager un effectif total supérieur à 200 étudiants (on en comptabilisait 236 en 1984 pour 99 enseignants et 28 administratifs et le Dossier d’information édité en 1985 mentionne 220 étudiants pour 48 professeurs et 35 assistants). Certes, on pouvait obtenir de la très proche École Gerson quelques classes (dont les pupitres étaient à la dimension d’élèves du primaire...), mais on devine facilement à quoi pouvait ressembler la chasse aux locaux libres et toutes les frustrations subies par les enseignants comme les étudiants. Quant à François Dupin, comme se souvient Gérard Gastinel dans ce même volume, il donnait ses cours dans l’ancienne cave à charbon du sous-sol avant de bénéficier de celle, plus spacieuse et généreusement prêtée, de Monsieur Londeix, professeur au CNR...D’un autre côté, l’absence d’un local suffisamment spacieux ne permettait pas d’envisager un travail d’orchestre très efficace (cf. ce qu’indique Gilbert Amy dans ce même volume), activité qui, après le départ d’Emmanuel Krivine, si j’ai bon souvenir, se résumait par conséquent à des sessions et quelques concerts que l’on donnait au Temple Soufflot, à l’Opéra ou dans les divers endroits auxquels le Conservatoire pouvait accéder (salons de la Préfecture, salles Molière ou Rameau, Théâtre de Célestins, auditorium Maurice Ravel, Temple Lanterne). On notera, par ailleurs, que la décision de transférer le conservatoire dans les bâtiments de l’École vétérinaire ne se fit pas immédiatement et que diverses solutions furent envisagées, notamment à proximité du nouveau CNR (Fourvière) ou dans divers immeubles situés en ville.

La Danse enfin, qui se heurtait aux mêmes problèmes, trouva refuge au 40 ter de la rue Vaubecour (2e arrondissement, à proximité de la gare de Perrache) et profita là de deux studios assez vastes (l’un donnant sur la Saône), mais qui auraient nécessité de sérieux travaux (je me souviens que des indications à la craie signalaient aux danseurs les endroits où il était préférable de ne pas s’aventurer...). Avant l’inauguration des nouveaux locaux, on remarquera, en outre, que ce département bénéficia encore du Studio Astier (quai Saint-Antoine) et du Studio Mazodier.

Installation quai Chauveau[modifier | modifier le code]

Après huit années passées dans des conditions peu favorables – mais qui ne remettent évidemment pas en question la qualité de l’enseignement alors prodigué –, l’administration, le corps professoral et les étudiants trouvèrent avec les nouveaux bâtiments d’Espace Construit, un site plus conforme à leurs aspirations et la promesse de jours meilleurs. Pas un des visiteurs français ou étrangers, en effet, n’a jusqu’à présent quitté le CNSMD de Lyon sans envier ses utilisateurs et admettre qu’ils bénéficiaient là d’un cadre exceptionnel et d’un ensemble aussi fonctionnel que poétique. Or l’histoire même du lieu et de son passé justifient probablement cette harmonie, comme l’heureux équilibre dont nous profitons entre moyens techniques, confort et satisfaction esthétique.

Les plus anciens bâtiments dont nous disposons remontent à 1675, date de la première pierre d’un couvent destiné aux religieuses de Sainte-Élisabeth, congrégation installée depuis 1652 sur un terrain déjà occupé au sud par le couvent des Cordeliers de l’Observance (dont la construction achevée en 1496 comprenait une église gothique qui, remaniée après les dommages provoqués par les Huguenots en 1562, disparut en 1846)3. Sous l’appellation de Sainte-Élisabeth des Deux-Amants (le nom de la route située à l’emplacement de l’actuel quai Chauveau et qui doit son curieux intitulé à un petit tombeau antique détruit au début du XVIIIe siècle), cette importante maison disposait d’une petite chapelle située à l’angle sud-est (approximativement à l’entrée de l’actuelle Cour des Platanes), d’un cloître et de bâtiments à trois niveaux, dont subsistent actuellement les corps nord et en partie ouest. À l’époque révolutionnaire, suite à divers décrets de 1790 et 1792 concernant les inventaires et ventes des couvents comme biens nationaux, les Cordeliers et les dames de Saint-Élisabeth quittèrent les lieux et abandonnèrent leurs locaux à l’État. C’est ainsi que le 6 floréal an III (25 avril 1795), l’École vétérinaire fondée en 1762 par Bourgelat prit possession des bâtiments des ci-devant religieuses, édifice qui subit d’importantes transformations jusque dans les années d’après-guerre. Dans un premier temps Claude Ennemond Cochet annexa une partie du couvent voisin des Cordeliers, dont l’église affectée au stockage du fourrage, ne disposait probablement plus d’aucun mobilier4. Mais, faute de crédits suffisants, il fallut attendre 1822 pour qu’avec l’arrivée d’Antoine Marie Chenavard, des travaux plus importants dotent l’école de moyens plus ambitieux : destruction de la partie située sur le quai, en trop mauvais état, reconstruction du corps sud et compléments apportés à l’ouest afin d’obtenir une parfaite symétrie de part et d’autre de la cour centrale, édification des écuries et du chenil et mise en place d’une grille côté Saône (une lithographie de Jolimont représentant l’École vétérinaire en 1832 donne un juste aperçu de l’état des lieux après cette première intervention). Pierre-Prosper Chabrol, qui lui succède en 1839, poursuivra dans cette voie, dotera la façade principale d’un fronton triangulaire, aménagera les jardins, notamment à l’ouest où un mur de soutènement s’élève au-dessus d’un escalier d’honneur et d’une fontaine, et construira un amphithéâtre au centre du bâtiment ouest (agrémenté de peintures d’Humbert en 1907) ainsi qu’un portique reliant, côté Saône, les deux ailes latérales (1861)5. Les améliorations postérieures ne concernent que des détails qui ne remettront pas en question – telle qu’on la découvre en 1868, au moment où Chabrol quitte la scène – la structure de l’ensemble : quelques remaniements de peu d’importance par Tony Garnier ou la construction de deux nouveaux bâtiments par Pierre Bourdeix en 1954 et 19636. Mais, compte tenu du nombre croissant d’élèves et des progrès technologiques de la discipline, ces locaux ne correspondaient plus aux besoins fondamentaux d’un enseignement moderne. En 1978, tandis que les terrains et locaux du quai Chauveau faisaient l’objet d’un partage entre le Ministère de la culture et celui de l’agriculture, l’École vétérinaire gagna donc le plateau de Marcy-l’Étoile.

Suite à la création du CNSMD de Lyon, un concours d’architecte lancé le 24 novembre 1982 désigna Espace Construit (Marc Duplantier, Emmanuel Gallet, Pierre-André Lablaude et Emmanuel Rey) comme lauréat de l’épreuve (6 avril 1983), tandis qu’après la pose de la première pierre par Jack Lang (28 novembre 1985) et quelques travaux préliminaires, le chantier de réhabilitation des bâtiments anciens et de construction de l’auditorium s’ouvrait sous le contrôle de Gilbert Amy. Le programme architectural imposé par le Ministère de la culture (mars 1982) en précisait les grandes lignes, énumérait les parties inscrites à l’Inventaire des Monuments Historiques par arrêté du 22 mai 1978 (façades et toitures des bâtiments entourant la cour centrale, y compris les galeries du cloître et le portique sur rue, le grand hall central et l’amphithéâtre de Chabrol ainsi que la bibliothèque et l’ancien musée d’anatomie), décidait de la construction externe d’une «salle polyvalente» (futur auditorium Varèse) et d’un «bloc électroacoustique», souhaitait que la classe d’orgue se tienne dans l’amphithéâtre et que le «centre pluridisciplinaire» prenne place dans l’ancienne bibliothèque. On envisageait même les critères acoustiques propres à chaque lieu (0,8 à 3 secondes pour le «petit studio d’enregistrement», 3 secondes pour la salle d’orgue et 1 seconde pour la salle polyvalente). Dans leur Rapport de présentation de février 19838, les architectes élus insistent, par ailleurs sur l’ampleur de la tâche et le mauvais état d’un ensemble abandonné depuis cinq ans, sans entretien, exposé aux infiltrations des pluies et ouvert à tous les vents.

Ces modifications concernent la «désorganisation partielle du site» par la construction récente de locaux fonctionnels, la «dénaturation du grand projet de Chabrol par l’édification de baraquements divers, l’«appauvrissement» des façades par l’élimination d’éléments d’architecture et la modification du revêtement de la toiture et la «banalisation» de l’ensemble par l’adjonction de cloisons, plafonnages, etc. Bien entendu, tout en adaptant l’ensemble aux exigences de l’enseignement, Espace Construit se propose alors de rétablir la cohérence du projet d’origine et de bâtir à neuf une salle polyvalente pour un public de 250 personnes (qui subira quelques modifications dans ses entrées ou éclairages) et un bloc électroacoustique. Le 18 février 1988, en présence de Raymond Barre, Député du Rhône, Gilbert Amy, Directeur du CNSMD, François Léotard, Ministre de la culture et de la communication et Francisque Collomb, Maire de Lyon, l’inauguration de l’ensemble précède enfin l’installation proprement dite de l’administration, des services techniques, du corps enseignant et des étudiants.

Conçu pour 500 élèves, dont 78 internes, une centaine d’enseignants et une soixantaine d’administratifs ou de techniciens, le Conservatoire envisagé par les architectes retenus proposait 110 salles de tailles variées, du studio d’étude à des espaces plus importants et capables d’accueillir des groupes ou un public plus nombreux. Parmi ces dernières, il convient de citer la salle d’ensemble, la salle des chœurs, la salle d’orgue rebaptisée plus tard Xavier Darasse (amphithéâtre Chabrol d’une capacité de 150 places environ) et surtout l’auditorium Varèse prévu pour 300 spectateurs et particulièrement destiné aux concerts publics et aux sessions d’orchestre9. Situé au cœur du nouveau bâtiment, ce local s’insère, par ailleurs, dans un ensemble qui comprend un foyer-bar, la salle d’ensemble, celle des percussions (en partie enterrée) et les différents studios réservés au département d’électroacoustique ou aux services techniques. On ajoutera que cette partie neuve se trouve reliée aux anciens corps de l’École vétérinaire par des passerelles d’une esthétique moderne mais en parfaite harmonie avec le style de la partie ancienne. Cette dernière, dont la façade principale et ses deux ailes nord et sud s’inscrivent autour de l’ancien cloître, réutilisent avec pertinence d’anciens locaux de l’école ou du couvent (sous la protection des Monuments Historique) : la bibliothèque devenue médiathèque avec atrium et salles de prêt ou de lecture, le réfectoire transformé en restaurant-self ou la salle capitulaire devenue salle des chœurs. L’administration située dans la partie sud avec l’accueil, les chambres de l’internat (nord) et toutes les autres places destinées à l’enseignement occupent cependant la majeure partie du lieu, lequel, bien que d’ampleur considérable, conserve le caractère apaisant et chaleureux des édifices à dimensions humaines. Loin d’imposer l’aspect purement fonctionnel et impersonnel propre à beaucoup de constructions actuelles, le CNSMD de Lyon a su allier impératifs modernes et respect du patrimoine historique laissé par nos ancêtres du XVIIe et du XIXe siècles. Sans aucun doute, la belle harmonie des volumes comme le soin apporté aux détails et – qu’elle relève des époques anciennes ou du talent des restaurateurs – la valeur «historique» de cet ensemble contribuent-ils à conférer à ce site son ambiance à la fois si propice au travail et si naturellement familiale. Quant aux jardins et aux aménagements extérieurs, ils participent au charme de l’endroit. À l’ouest s’élèvent, en effet, les terrasses réalisées par Chabrol, lieu de repos ou de jeux qui ne manquent pas, l’été, d’attirer les étudiants désireux de souffler un peu entre deux cours ou les amateurs de pétanque, tandis qu’au centre du cloître, l’austère cour pavée de l’École vétérinaire a cédé sa place à des parterres fleuris et un bassin circulaire qui dégage un peu de fraîcheur à la belle saison. On y découvre aujourd’hui, suite à l’organisation du G7, une des plus somptueuses roseraies du département.

Le département danse au Grenier d'Abondance[modifier | modifier le code]

La danse, dispose depuis 1993 de studios aménagés dans le Greniers d’abondance (6, quai Saint-Vincent), vaste construction de 130 mètres sur 18, édifiée de 1722 à 1728 sur la rive opposée de la Saône. Ancien entrepôt à grains jusqu’au milieu du XVIIIe siècle puis magasin d’artillerie et gendarmerie ensuite (Caserne de Serin), ce très bel édifice fut cédé par la ville au Ministère de la culture (1987) qui y installa la Direction Régionale des Affaires Culturelles et le département danse du conservatoire. Après les indispensables travaux de rénovation, opération confiée aux architectes Valode et Pistre, les danseurs, outre quelques salles réservées à l’administration et aux réunions, entrèrent donc en possession de deux studios de 350 m2 et 240 m2, ainsi que deux autres espaces de 155 m2 chacun.

Ainsi, des deux côtés de la Saône, dispose-t-on à la fois de cadres historiques et de moyens pédagogiques les plus satisfaisants, lesquels répondent parfaitement à la mission qui nous retient. Un cadeau dont on mesure tous les jours les bienfaits.

in 25 ans du CNSMD de Lyon coordonnée par François Sabatier, Éditions Symétrie 2005

Chronologie des changements d'appellation[modifier | modifier le code]

  • 3 août 1795 : fusion de l' École royale de chant et de déclamation et de l'Institut national de musique, créés respectivement les 3 janvier 1784 et 8 novembre 1793 à l'hôtel des Menus-Plaisirs rue Bergère (actuelle rue du Conservatoire) et placés sous la direction de François-Joseph Gossec, pour donner naissance au Conservatoire de musique
  • 3 mars 1806 : ouverture de classes de déclamation lyrique et dramatique, le Conservatoire devient Conservatoire de musique et de déclamation
  • 1er janvier 1816 : la Restauration remplace le Conservatoire par une École royale de musique et de déclamation
  • 7 juin 1831 : l'école retrouve son titre de Conservatoire de musique et de déclamation
  • Septembre 1831 : les classes de déclamation étant supprimées, le titre est également amputé pour devenir simplement Conservatoire de musique
  • Janvier 1836 : reprise des classes et du titre Conservatoire de musique et de déclamation
  • 1911 : le Conservatoire s'installe rue de Madrid
  • 1934 : le Conservatoire devient Conservatoire national de musique et d'art dramatique
  • 1946 : scission des deux établissements qui prennent respectivement les titres de Conservatoire national de musique et de Conservatoire national d'art dramatique
  • 1946 : le qualificatif « supérieur » est ajouté au titre des deux établissements qui deviennent Conservatoire national supérieur d'art dramatique (CNSAD) et Conservatoire national supérieur de musique (CNSM)
  • 1980 : création du nouvel établissement de Lyon,
  • 1990 : le Conservatoire de Paris s'installe au Parc de la Villette
  • 2009 : décret du 18 février re-création des CNSM ; la danse fait son apparition dans le titre et les Conservatoires de musique deviennent Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) et Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon (CNSMDL)

Enseignements[modifier | modifier le code]

Les Conservatoires dispensent des enseignements dans quatre grandes catégories : musique, danse, métiers du son et pédagogie. Les principaux départements sont les disciplines instrumentales et vocales, les musiques anciennes, le jazz, la composition et création musicale, la musicologie, l'analyse, l'écriture, la direction d'orchestre et de chœurs, la danse, l'acoustique, les métiers du son et la formation à l'enseignement.

En juin 1997, la cité de la musique ouvre un musée qui expose tous les instruments conservés par le Conservatoire de Paris[2].

En 2007, le CNSMD de Paris comptait 1381 inscrits[3] dans les disciplines principales dont l'âge moyen était de 23 ans. Mais le plus jeune avait seulement 13 ans et le plus âgé 48. Le concours d'entrée est très sélectif avec un taux de réussite moyen de 19 %, et même de 10 % dans certaines disciplines. L'enseignement est très attractif à l'international avec 18 % d'étudiants étrangers représentant 41 nationalités dont une majorité d'asiatiques[4].

En 2013, le CNSMD de Lyon comptait environ 600 étudiants dont 18 % venant de l'étranger.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Constant Pierre, Le Conservatoire national de musique et de déclamation, documents historiques et recueillis ou reconstitués par C. Pierre, Imprimerie nationale, Paris, 1900.
  • Anne Bongrain, Le Conservatoire national de musique et de déclamation, 1900-1930 : documents historiques et administratifs, Paris, Vrin, 2012. ISBN 978-2-7116-2398-3.
  • Association du bureau des étudiants du Conservatoire national supérieur de musique de Paris ; sous la dir. d'Emmanuel Hondré, Le Conservatoire de musique de Paris : regards sur une institution et son histoire, Association du bureau des étudiants du Conservatoire national supérieur de musique, Paris, 1995. ISBN 2-9509140-0-4.
  • Marguerite Sablonnière, Le Conservatoire de musique de Paris pendant l'entre-deux-guerres, thèse pour le dipl. d'archiviste paléographe, 1996.
  • Le Conservatoire de Paris : deux cents ans de pédagogie (1795-1995), sous la dir. de Anne-Marie Bongrain et Alain Poirier, Buchet-Chastel, Paris, 1999. ISBN 2-283-01774-2.
  • Le Conservatoire de Paris : des Menus-Plaisirs à la cité de la musique (1795-1995), sous la dir. de Anne-Marie Bongrain et Alain Poirier, Buchet-Chastel, Paris, 1996. ISBN 2-7020-1653-7.
  • Pierre Girod, Etudier le chant au Conservatoire dans les premiers temps de la direction d'Auber (1842-1856), mémoire pour le Prix d'Histoire de la musique, 2012.
  • Un nouveau collectif portant sur la période (1870-1960), faisant suite à une journée d'étude organisée au CNSMDP le 21 avril 2012, est en préparation sous la direction de Rémy Campos et Aurélien Poidevin.

CNSMD de Lyon

  • 25 ans CNSMD de Lyon coordination François Sabatier Éditions Symétrie 2005
  • 1981-1991 Les Grands travaux sous François Mitterrand de Djamila Mefti et Sophie Grouard, Éditions du Rocher 1991 page 87 à 94

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La musique en France des Lumières au Romantisme Jean Mongrédien Flammarion 1986 p.18
  2. Musée de la Cité de la musique, INA, 10 janvier 1997
  3. Le Conservatoire de Paris, Nouvel Obs, 13 mars 2013
  4. « http://www.cnsmdp.fr/conservatoire/rapports_activites/Synth%E8se%202007.pdf » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 28 mars 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]