Concile de Whitby

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Le concile de Whitby est un concile important, mais mal connu et dont l’existence est incertaine. S’il a réellement eu lieu, c’est lui qui a mené à l’unification temporaire des Églises catholiques en Grande-Bretagne et à la réduction de l’écart entre l’Église de Rome et les Églises celtes, notamment dans la doctrine. Il a été convoqué par le roi Oswiu de Northumbrie en 663 et 664 à l’abbaye de Whitby, monastère double dirigé par sainte Hilda, à Whitby, dans le Nord-Est de l’Angleterre.

Bède le Vénérable décrit les procédures en détail dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, mais écrit plus de soixante-dix ans après les évènements, s’appuyant sur le témoignage d’Eddius, dont il dépend totalement. Des indications complémentaires sont données par Eddius lui-même. La Chronique anglo-saxonne n’évoque pas ce concile, pas plus que les archives papales.

Le problème[modifier | modifier le code]

La chrétienté en Grande-Bretagne existait sous deux formes : le christianisme celte, dominant en Écosse, pays de Galles, et nord de l’Angleterre, né du travail d’évangélisation des moines irlandais (saint Colomba et saint Brendan) ; et le christianisme romain, dans le sud et le centre de l’Angleterre, établi par la première mission internationale papale par Augustin de Cantorbéry. Les deux chrétientés étaient proches, mais avec des variantes dans certains rites essentiels.

Les sujets réels de controverse étaient assez mineurs, ce qui explique le désintérêt des historiens. Les points principaux de discussion étaient le mode de calcul de la date de Pâques et le style de la tonsure portée par les moines. Cependant, le parti l’emportant sur ces questions serait reconnu comme détenant l’autorité sur la Grande-Bretagne, avec les conséquences possibles sur l’émergence d’une Église internationale. En effet, les moines missionnaires irlandais réévangélisaient le continent, et implantaient leurs propres usages concurrents de ceux de Rome. L’écart choquait depuis assez longtemps, et déjà saint Colomban avait demandé au pape de résoudre le problème[1]. Par conséquent, le concile a eu une importance beaucoup plus grande que celle qu’on lui attribue habituellement.

Ces problèmes avaient surgi alors que le roi de Northumbrie, qui suivait la pratique celte — issue de l’ancien comput antique —, avait fêté Pâques et interrompu le jeune de Carême, alors que la reine, suivant la pratique réformée de Rome, continuait de jeûner.

Décision du concile[modifier | modifier le code]

Le roi Oswiu avec l’évêque Colman et Chad représentent la tradition celte, qui avait conservé l’ancien mode de calcul, les îles Britanniques s’étant retrouvé isolées de l’Église romaine. Alhfrid, fils d’Oswiu, saint Wilfrid (634–710), et l’évêque Agilbert défendent le point de vue de Rome.

Eddius indique que Colman se référait à l’usage de saint Jean apôtre et à l’autorité de Colomba, Wilfrid lui prenant appui sur saint Pierre et les décisions du concile de Nicée. Le problème est finalement résolu par la décision d’Oswiu de ne pas offenser saint Pierre : « Je n’irai pas plus longtemps à l’encontre des décrets de celui qui garde les portes du Ciel, de peur qu’il m’en refuse l’entrée. »

Cette décision a des conséquences qui dépassent la simple discipline interne à l’Église.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le concile de Whitby est une étape clé de l’histoire de l’Église en Grande-Bretagne, mais aussi de l’Église catholique en général. Cela est dû au fait que des représentants du Nord comme du Sud sont venus débattre en Northumbrie du futur de l’Église, ce qui pousse beaucoup d’historiens à croire que ce concile a effectivement mis hors-la-loi les pratiques de l’Église celte dans toute la Chrétienté.

Les pratiques romaines sont donc adoptées par les Northumbriens, les tenants des traditions celtiques se retirent en Écosse, ainsi qu'en Irlande.

L’unification totale et l’intégration à l’Église catholique romaine sous l’autorité du pape est achevée aux conciles d’Hertford (673) et de d’Hatfield (680), sous la direction diplomatique de Théodore de Tarse, moine grec de l’Église orthodoxe, consacré archevêque de Cantorbéry par le pape Vitalien, arrivé en Angleterre en 669. Ces conciles mettent en avant l’unité, définissent les limites de juridiction et restreignent les interférences entre les différentes Églises.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Régine Pernoud, Les Saints au Moyen Âge - La sainteté d’hier est-elle pour aujourd’hui ?, Paris, Plon,‎ 1984, 367 p. (ISBN 2-259-01186-1), p. 85.