Brunehilde (mythologie)

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Brünhild beobachtet Gunther, aquarelle de Johann Heinrich Füssli (1807)

Brynhildr est une guerrière et valkyrie de la mythologie nordique, personnage central du cycle de Sigurd. Elle apparaît dans plusieurs poèmes eddiques héroïques, compilés au XIIIe siècle, ainsi que brièvement dans l'Edda de Snorri, et de manière plus importante dans la Völsunga saga, rédigés au XIIIe siècle.

Elle est également présente sous le nom de Brünnhilde ou Brunehilde (parfois francisé en Brunhild) dans l'épopée allemande la Chanson des Nibelungen, et Brynhilde dans la Saga de Théodoric de Vérone, versions continentales et christianisées du mythe, également rédigés au XIIIe siècle. Par extension, Brünnhilde apparaît dans l'opéra de Richard Wagner Der Ring des Nibelungen inspiré de ces textes.

D'abord fiancée au héros Sigurd-Siegfried, elle est finalement contrainte d'épouser Gunnar-Gunther. Se sentant trahie par Sigurd, elle ordonne son assassinat, et dans la version nordique elle se suicide pleine de remords sur le bûcher funéraire du héros, qu'elle rejoint ensuite dans l'Au-delà.

Sommaire

[modifier] Étymologie

Brynhildr, en vieil islandais, signifie littéralement « Hildr-à-la-broigne ». En effet, Bryn se rapproche du vieil islandais brynja qui signifie « broigne », et Hildr est attesté comme un nom de valkyrie[1]. L'Edda de Snorri précise que « son nom était Hild ; elle était également appelée Brynhild, et c'était une Valkyrie »[2].

[modifier] Traditions scandinaves

[modifier] Les Eddas et la Völsunga saga

[modifier] Débuts

Les poèmes eddiques Helreið Brynhildar et Sigrdrífumál, ainsi que la Völsunga saga (chapitre 20), racontent que Brynhildr est une jeune valkyrie, fille de Budli, lorsqu'elle prête serment à un « roi vaillant », Agnarr. Elle est élevée chez son père adoptif Heimir à Hlymdalir. Lorsqu'une bataille oppose les rois Agnarr et Hjálmgunnarr, le dieu Odin promet la victoire à ce dernier, toutefois Brynhildr le désobéit et tue Hjálmgunnarr. Pour la punir, Odin la maudit d'un sommeil magique et l'enferme dans un mur de flammes que seul un homme qui ne connaît pas la peur, ou qui lui apporte l'or de Fáfnir (selon les sources), pourra traverser.

Après avoir tué le dragon Fáfnir, le héros Sigurd goutte son sang et comprend alors par magie le langage des oiseaux, et il est conseillé par des mésanges de libérer la valkyrie Brynhildr (Fáfnismál). Il se rend au lieu de repos de celle ci et traverse le mur de flamme avant de réveiller la valkyrie en lui coupant son broigne avec son épée. La valkyrie enseigne sagesses au héros, secrets et conseils, puis ceux-ci se quittent en se faisant serment de mariage.

Les lacunes de l'Edda poétique quant à la suite de l'histoire sont palliées par les chapitres 24 et 25 de la Völsunga saga, qui fait manifestement état de deux traditions différentes raccordées de manière relativement maladroite par l'auteur. Sigurd se loge chez le roi Heimir, le père adoptif de Brynhildr, et il apperçoit la valkyrie à travers une fenêtre. Son amour pour elle provoque en lui une grande tristesse, alors il la rencontre encore et ils réitèrent leur promesse de se marier, mais Brynhildr prédit qu'il rompera la promesse et épousera Gudrun. Sigurd lui assure de sa fidélité et lui offre un anneau d'or. À son tour, Gudrun, fille du roi Gjúki et de Grímhildr qui reignent au sud du Rhin, est prise de cauchemars terribles. Elle visite alors Brynhildr qui lui révèle qu'elle aime Sigurd mais que c'est Gudrun qui l'épousera à cause des maléfices de Grímhildr.

[modifier] Mariage avec Gunnar

Sigurd visite ensuite le roi Gjúki, et il marri en effet sa fille Gudrun car la reine Grímhildr lui a fait boire un philtre d'oubli de sorte qu'il ne se souvienne plus de son serment avec Brynhildr. Sigurd se lie d'amitié avec les frères de Gudrun, Gunnarr, Högni et Guþormr.

Grímhildr suggère à Gunnarr de demander Brynhildr en mariage. Gunnarr, ses frères et Sigurd voyagent alors chez Heimir qui leur dit que Brynhildr n'accepterait d'épouser que celui qui traverse le feu ardent qui entoure sa demeure. Les chevaux des frères refusent de traverser les flammes. Gunnarr échange alors sa forme avec celle de Sigurd, et ainsi Sigurd fait bondir son cheval Grani au-dessus du mur de feu. Il se présente à Brynhildr comme étant Gunnarr et elle accepte, réticente, de l'épouser. Sigurd couche trois nuits dans son lit, mais place son épée Gramr entre eux. Puis il lui reprend l'anneau d'or qu'il lui avait donné précédemment, et lui donne un autre anneau du trésor de Fáfnir. Ensuite Sigurd retrouve Gunnarr et ils reprennent leurs formes respectives, tandis que Brynhildr émet des doutes sur l'identité de son nouveau mari, et confie la fille qu'elle a eu avec Sigurd, Áslaug, à son père adoptif Heimir. Au banquet pour fêter le mariage, Sigurd se souvient des serments qu'il avait fait avec Brynhildr mais n'en fait rien.

[modifier] Meurtre de Sigurd

Lors d'une dispute portant sur lequel de leurs maris est le plus valeureux, Gudrun annonce à Brynhildr que c'est Sigurd qui l'a conquise et non Gunnarr, et elle le prouve en lui montrant l'anneau d'or que Sigurd, sous la forme de Gunnarr lui a pris. Brynhildr accuse Sigurd de trahison, mais il défend les mérites de Gunnarr et avoue son amour pour elle bien que rien ne peut être changé puisque les noces ont été faites. Ensuite Brynhildr exige à Gunnarr que Sigurd et le fils qu'il a eu avec Gudrun soient tués pour cet affront. Alors, Gunnarr et Högni chargent leur frère Guþormr, qui n'avait pas fait de serments de fraternité avec Sigurd, de tuer le héros. De son épée, Guþormr frappe Sigurd durant son sommeil mais il est tué en retour. Avant de mourir, Sigurd dit à sa femme Gudrun qu'il accepte son destin et que la cause de sa mort est l'amour que lui porte Brynhildr.

[modifier] Suicide

La Völsunga saga raconte que, pleine de regrets, Brynhildr annonce la trame du reste du cycle. Sigurd est brûlé sur un grand bûcher avec son fils de trois ans qu'il eu avec Gudrun, et avec Guþormr. Brynhildr monte sur le bûcher embrasé et y périt.

Dans le poème eddique Sigurðarkviða hin skamma, Brynhildr rit de la mort de Sigurd, et annonce son suicide au grand désarrois de son mari Gunnarr. Elle se transperce d'une épée, et avant de mourir elle offre de l'or à porter pour les esclaves qui seront tués avec elle pour l'accompagner dans l'Au-delà. Elle prédit le reste du cycle, et demande la construction du bûcher funéraire, qui devra être suffisamment grand pour porter elle et Sigurd ainsi que leurs biens (esclaves et richesses). Cette coutume cruelle qui consistait à tuer des esclaves et servants afin qu'ils accompagnent leur maître défunt est attestée dans des textes historiques.

Le poème eddique Helreið Brynhildar raconte qu'après la mort de Brynhildr, deux bûchers funéraires sont construits, l'un pour elle qui était placée sur un char tendu de pourpre, et l'autre pour Sigurd. Brynhildr se retrouve alors sur son chariot dans l'Au-delà (« le chemin de Hel »), et y rencontre une géante qui l'accuse de tous les malheurs. Celle-ci s'en défend, s'estimant trompée, et annonce qu'elle part retrouver Sigurd, qu'elle considère être son mari légitime.

[modifier] Ballades scandinaves

Les ballades apparaissent dans les pays scandinaves à partir de la fin du XIIIe siècle, surtout au Danemark (les folkeviser), inspirées de la carole et des modes courtoises françaises, repris soit directement de la France, soit par l'intermédiaire de l'Angleterre[3]. Ces ballades étaient très populaires et ont survécu jusqu'à nos jours. Certaines reprennent le cycle de Sigurd et reflètent d'importantes déformations si ce n'est des traditions différentes. Otto Holzapfel a identifié treize ballades danoises qui suivent des motifs héroïques tirés du cycle de Sigurd et de la légende des Nibelungen (Die dänischen Nibelungenballaden, 1974). La plupart ne font que mentionner Sigurd, qui porte en général le nom de Sivard Snarensvend, ou simplement Sivard[4].

La ballade Sivard Snarensvend raconte que Sivard souhaite partir à l'aventure et sa mère lui donne le cheval Gram (dans les textes mythologiques, Gram est son épée, et son cheval s'appelle Grani). Avec son cheval, Sivard voyage au château de son oncle et saute au-dessus du mur pour y pénétrer[5]. La ballade Sivard et Brynild est résumée ainsi par Régis Boyer : « Sivard, fils d'un roi danois, conquiert Brynild sur la montagne de verre et lui donne pour écuyer Hagen ; Brynild et Signild se querellent pour l'anneau que Signild a reçu de Sivard en gage d'amour ; Brynild en tombe malade et exige de Hagen qu'il lui apporte la tête de Sivard. Comme ce dernier est invulnérable, elle donne à Hagen une épée magique avec laquelle Hagen occit Sivard dans sa chambre, puis apporte la tête à Brynild. Après quoi, il transperce Brynild de cette même épée et se suicide ». Cette ballade renvoie plus à la Chanson des Nibelungen qu'à l'Edda[6].

[modifier] Origine du personnage

Le personnage est inspiré de la princesse wisigothe Brunehilde, mariée au roi mérovingien Sigebert Ier en 567. Le thème du fratricide, ainsi que les relations avec les Huns constituent une partie historique de Brunehilde.

[modifier] Dans la culture moderne

Brunnhild, carte postale de Gaston Bussière (1897).

[modifier] Der Ring des Nibelungen

Richard Wagner en fait un personnage central, sous la graphie Brünnhilde, de la tétralogie Der Ring des Nibelungen (L'Anneau du Nibelung). Elle apparaît dans La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.

[modifier] Littérature et bande dessinée

La Völsunga saga a inspiré plusieurs œuvres littéraires, dont les plus notables sont le poème épique de plus de 10 000 vers de William Morris The Story of Sigurd the Volsung and the Fall of the Niblungs, publié en 1876, et la version de J. R. R. Tolkien du cycle de Sigurd, La Légende de Sigurd et Gudrún, édité à titre posthume par son fils Christopher et publié en 2009. La trilogie La Malédiction de l'anneau d'Édouard Brasey (2008-2010) s'inspire également de la légende de Sigurd-Siegfried.

En bande-dessinée, les séries Siegfried (2007-2011) et Le Crépuscule des dieux (2007-2010) sont inspirées principalement de l'opéra de Richard Wagner.

[modifier] Cinéma et télévision

L'épopée allemande la Chanson des Nibelungen a été adaptée quelques fois à l'écran. Les Nibelungen est un film allemand en deux parties réalisé par Fritz Lang sorti en 1924 où Brunhild est interprétée par Hanna Ralph. Brunehilde est interprétée par l'allemande Judith Rosmair dans le téléfilm allemand Die Nibelungen (2002), et par l'américaine Kristanna Loken dans le téléfilm allemand L'Anneau sacré (2004).

[modifier] Notes et références

  1. Sturluson 1991, p. 203.
  2. Sturluson 1991, p. 122-123.
  3. Boyer 1989, p. 66.
  4. Boyer 1989, p. 67.
  5. Boyer 1989, p. 68.
  6. Boyer 1989, p. 69.

[modifier] Bibliographie

  • Régis Boyer, La Saga de Sigurdr ou la parole donnée, Les Éditions du Cerf, 1989, 292 p. (ISBN 2-204-03170-4) 
  • Régis Boyer, L'Edda Poétique, Fayard, 1992, 685 p. (ISBN 2-213-02725-0) 
  • Dannielle Buschinger et Jean-Marc Pastré, La Chanson des Nibelungen - La Plainte : Traduit du moyen-haut-allemand par Dannielle Buschinger et Jean-Marc Pastré, présenté et annoté par Danielle Buschinger, Gallimard, 2001, 526 p. (ISBN 2-07-075999-7) 
  • Claude Lecouteux, La légende de Siegfried d’après « La chanson de Seyfried à la peau de corne » et « La saga de Þiðrekr de Vérone » : textes présentés et traduits du moyen haut-allemand et du norvégien médiéval par Claude Lecouteux, Paris, Le Porte-Glaive, 1995, 129 p. (ISBN 2-906468-33-9) 
  • Claude Lecouteux, La Saga de Théodoric de Vérone : introduction, traduction du norrois et notes par Claude Lecouteux, Paris, Champion, 2001, 462 p. (ISBN 2-7453-0373-2) 
  • Snorri Sturluson, L'Edda : traduit, introduit et annoté par François-Xavier Dillmann, Gallimard, 1991, 319 p. (ISBN 2-07-072114-0) 
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