Émile Keller

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Émile Keller

Émile Keller, né le 8 octobre 1828 à Belfort, mort le 20 février 1909 à Paris, est un homme politique français et un précurseur du catholicisme social qui fut élu député du Haut-Rhin puis de Belfort à six reprises entre 1859 et 1889. Émile Keller était à l'origine des « Cercles Catholiques d'Ouvriers ».

Sommaire

[modifier] Biographie

D'une famille influente de l'Alsace, il fit de solides études classiques au lycée Louis-le-Grand et tut admis en 1846 à l'École polytechnique, où il refusa d'entrer, préférant s'occuper d'études historiques et de philosophie religieuse. En 1859, il fut élu député du Haut-Rhin. Keller prit place dans la majorité impérialiste, mais il s'en sépara bientôt au sujet des affaires d'Italie, avant tout, il se fit à la tribune, avec un réel talent, l'avocat du pouvoir temporel du pape, et compta dès lors parmi les chefs et les principaux orateurs du parti « clérical ». Très vivement combattue par l'administration, sa candidature échoua, le 1er juin 1863, au premier tour de scrutin. Keller se retira avant le ballottage, et M. West fut élu. Mais Keller prit sa revanche au renouvellement du 24 mai 1869. Le concours actif que lui prêta le parti de « l'Union libérale » décida de son succès : triomphant de l'hostilité du pouvoir, il fut renvoyé au Corps législatif. Il suivit la même ligne de conduite que précédemment, et, sans s'associer aux manifestations de l'opposition républicaine, vota parfois avec la minorité, intervenant surtout lorsque les intérêts de l'Eglise étaient en jeu.

Dans la séance du 31 août 1870, il apporta à la tribune des détails sur le bombardement de Strasbourg, et demanda l'envoi d'un commissaire extraordinaire dans cette ville, pour encourager l'élan patriotique de la population; le ministre de la Guerre fit rejeter cette motion.

Pendant la guerre, il paya de sa personne et commanda un corps de volontaires. Son attitude patriotique lui valut, aux élections du 8 février 1871, dans le département du Haut-Rhin, les suffrages de tous les partis. Elu représentant à l'Assemblée nationale, il protesta à Bordeaux, le 1er mars 1871, dans un remarquable discours que la gauche applaudit et que le Temps appela un discours « lapidaire », contre l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne , et conclut en ces termes :

« Je n'ai pas, à l'heure qu'il est, la prétention de changer des dispositions trop arrêtées dans un grand nombre d'esprits. Seulement j'ai tenu, avant de quitter cette enceinte, à protester, comme Alsacien et comme Français, contre un traité qui à mes yeux est une injustice, un mensonge et un déshonneur, et, si l'Assemblée devait le ratifier, d'avance j'en appelle à Dieu, vengeur des justes causes, j'en appelle à la postérité qui nous jugera les uns et les autres, j'en appelle à tous les peuples qui ne peuvent pas indéfiniment se laisser vendre comme un vil bétail, j'en appelle enfin même à l'épée de tous les gens de cœur, qui, le plus tôt possible, déchireront ce détestable traité ! »

Après avoir voté contre les préliminaires de paix, Keller se retira de l'Assemblée avec ses collègues alsaciens. Les élections complémentaires du 2 juillet suivant l'y firent rentrer, en qualité de représentant du territoire de Belfort, qui l'avait élu. Keller prit place au côté droit, dont il fut, dans la plupart des questions les plus importantes, un des porte-parole les plus autorisés. Lors de la présentation de la loi sur la réorganisation de l'armée, il soutint, en son nom personnel, le principe du service obligatoire sans substitution et l'incorporation pour trois ans.

Il fut rapporteur de la commission chargée de déterminer la composition du conseil de guerre qui devait juger Bazaine (mai 1872) et du projet de loi relatif à la construction de l'église du Sacré-Cœur à Montmartre, signa l'adresse d'adhésion au Syllabus, combattit ardemment la politique de Thiers, chef du pouvoir exécutif, contribua à sa chute le 24 mai 1873, soutint les mesures proposées par le cabinet de Broglie, et, après l'échec des tentatives faites pour restaurer la monarchie, vota pour le septennat. Il prononça, vers la même époque, plusieurs discours, notamment sur les marchés de Lyon et sur les budgets de la guerre et des finances. Puis il opina contre les propositions Périer et Maleville, parla sur l'amélioration de la position des sous-officiers, et vota contre l'ensemble de la Constitution du 25 février 1875, et pour la loi sur l'enseignement supérieur. Au mois de décembre, il refusa de se laisser porter par les droites sur la liste des sénateurs inamovibles, « ne voulant pas, dit-il, chercher au Sénat un refuge contre le jugement de ses électeurs. »

Après la séparation de l'Assemblée, il se porta candidat à la Chambre des députés dans l'arrondissement de Belfort, et fut réélu en 1876 1876. Il reprit sa place à droite, parmi les conservateurs catholiques, et vota constamment avec la minorité monarchiste. En mars 1876, il combatit la demande d'enquête sur l'élection de Albert de Mun, puis il défendit le droit de collation des grades par les jurys mixtes. Au mois de juillet, il protesta contre toute alliance avec les bonapartistes. Keller adhéra à l'acte du 16 mai et vota, le 10 juin, contre l'ordre du jour de défiance adopté par les gauches. Avec l'appui du cabinet de Broglie-Fourtou, il obtint sa réélection à Belfort, le 14 octobre 1877.. Il vota pour le ministère Rochebouët, contre le ministère parlementaire de Dufaure, se prononça énergiquement contre l'article 7 de la loi sur l'enseignement supérieur, se montra l'infatigable adversaire des propositions du gouvernement, surtout en matière religieuse et en matière d'enseignement, et, à maintes reprises, parut à la tribune pour les attaquer; il combattit la loi supprimant l'aumônerie militaire, et accusa la loi sur l'enseignement primaire de constituer un acte de tyrannie en prenant l'argent des catholiques pour soutenir des écoles exclusivement laïques. Keller se représenta dans sa circonscription, au renouvellement du 21 août 1881, mais échoua. Le scrutin de liste lui rouvrit les portes du Palais-Bourbon en octobre 1885, élu sur la liste monarchiste du territoire de Belfort. Son zèle en faveur des intérêts conservateurs et catholiques ne se démentit pas dans la législature nouvelle.

En février 1886, lors de l'interpellation Jamais-Thévenet sur les tarifs de chemins de fer, il attribua à la mauvaise gestion financière des deniers publics l'impuissance du gouvernement pour obtenir un abaissement général des tarifs. En avril il parla sur l'affaire de Châteauvillain. La question de l'expulsion des princes l'amena encore à la tribune (juillet 1886 : il interpella le ministre de la Guerre sur la radiation du duc d'Aumale des cadres de l'armée, et sur « la violation de la loi de 1834 qui garantit la propriété du grade » ; il parla juin 1887) dans la discussion de la loi militaire, sur laquelle il déposa un contre-projet réduisant le service à quatre ans, divisant le contingent en trois portions, et autorisant le remplacement entre conscrits de la même classe, mais appartenant à des portions différentes. Le débat sur les fonds secrets du ministère de l'Intérieur en 1888, l'insuffisance des effectifs dans les compagnies d'infanterie (février) lui fournirent autant d'occasions de combattre, de son vote et de sa parole, les hommes politiques au pouvoir. En dernier lieu, Keller s'est prononcé : contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement (11 février 1889), pour l'ajournement indéfini de la révision de la Constitution, contre les poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes, contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, contre les poursuites contre le général Boulanger.

Le rétablissement du scrutin uninominal pour les élections de 1889 avait enlevé un siège à la représentation du Territoire de Belfort dont Keller était jusqu'alors le député ; l'ancien rédacteur de la protestation à l'Assemblée Nationale de 1871 des députés d'Alsacé et de Lorraine ne se représenta pas. Irréductible adversaire du régime républicain, il fut un des chefs du parti catholique.

À la tête d'un grand nombre d'œuvres et d'associations catholiques, son zèle fut récompensé par un titre de comte romain et la cravate de commandeur de l'ordre de Pie IX.

Il décèda à Paris le 21 février 1909, à l'âge de 81 ans.

On doit à Keller, outre une Histoire de France (1858) écrite au point de vue exclusivement catholique, divers ouvrages inspirés en général du même esprit: l'Encyclique et les libertés de l'Eglise gallicane (1860) ; Dix années de déficit (1869) ; le Général de Lamoricière, sa vie militaire, politique et religieuse (1873), etc.

Il avait épousé le 9 juin 1852 Mathilde Humann (1833-1905), fille de Théodore Humann, député et maire de Strasbourg, et petite-fille de Georges Humann. Il était père de 14 enfants, dont 4 entrèrent dans des ordres religieux.

[modifier] Notes et références

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

  • Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, notice d'Yvette Baradel et Étienne Keller, vol. 20, p. 1913

[modifier] Liens externes

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