Viktor Bout

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Viktor Bout

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Viktor Bout en 2010

Nom de naissance russe : Виктор Анатольевич Бут
Alias
« le marchand de la mort »
Lord of War, Victor Bout, Boris, Vadim Markovich Aminov, Viktor Bulakin, Victor Anatoliyevich Bout, Victor But, Viktor Budd, Viktor Butt
Naissance 13 janvier 1967
Douchanbé (Tadjikistan)
Nationalité Drapeau de la Russie Russe,
Profession
-Marchand d'armes
- Officier pour l'armée russe : traducteur
Formation
l'Institut militaire des langues étrangères de Moscou

Viktor Anatolievitch Bout (en russe : Виктор Анатольевич Бут), peut-être né le 13 janvier 1967 à Douchanbé, Tadjikistan[1] actuel, est l’un des trafiquants d'armes les plus influents et importants au monde. Il est spécialisé dans la vente d'armes dans des pays sous embargo de l'ONU. Certains médias l'ont surnommé le « marchand de mort[2] » et « Lord of War[3] ». Selon certains analystes[4], les guerres en Sierra Leone, Liberia, République démocratique du Congo, Angola et Soudan n’auraient pas pu s’étendre et se poursuivre si Viktor Bout n’avait pas fourni d’armes aux belligérants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Officier polyglotte dans l’Armée rouge[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'Institut militaire des langues étrangères de Moscou (qui forme les officiers du GRU, le renseignement militaire soviétique), il travaille ensuite comme officier dans l'aviation russe[5], comme interprète. Viktor Bout parle russe, farsi, anglais, français, allemand, portugais, espagnol, xhosa, zoulou[6] et espéranto[7]. En 1987, il participe pendant plusieurs semaines à une opération de maintien de la paix en Angola[8],[9]. Il passe ensuite deux ans au Mozambique[10]. Militaire à Vitebsk (Biélorussie) lors de l'effondrement de l'URSS et de la dissolution de son unité en 1991, il se reconvertit à vingt-quatre ans dans le trafic d'armes[6]. Il a su profiter, après la chute du mur de Berlin, des offres à bas prix des armes soviétiques dans des bases militaires livrées à elles-mêmes[11].

Un trafiquant fréquentable[modifier | modifier le code]

Bout se fait remarquer sur la scène internationale lorsqu'il s'avère qu'il fournit illégalement des armes à de nombreux protagonistes en Afrique dans les années 1990, notamment au Liberia, en Sierra Leone, au Rwanda, en Angola et en République démocratique du Congo (où il procure un avion à Mobutu Sese Seko pour lui permettre de fuir, en 1997[10]) et en Afghanistan[5] aux FARC, au Sri Lanka, aux Philippines. Il a fourni des armes au régime déchu de Charles Taylor au Liberia[12], et est fortement soupçonné d'avoir violé l'embargo sur les armes au Soudan (guerre civile au Darfour). Pendant la guerre civile en Angola, Viktor Bout approvisionne l'UNITA[6], mais aussi l’armée gouvernementale en mines anti-personnel puis en équipement de déminage[13]. Après avoir approvisionné l’Alliance du Nord[réf. nécessaire], il fournit les talibans en armes[12]. Selon le journaliste d’investigation Alain Astaud, Bout a transporté en février 2003 du matériel de déminage pour l’ONG britannique HALO Trust[6].

En raison de ses considérables capacités logistiques, Bout a été prestataire de services pour le transport d'hommes et de matériels de l’ONU en Somalie en 1993 (opération Restore Hope), puis en 1994 lors de l'opération Turquoise au Rwanda, afin d'acheminer 2 500 soldats français et leur matériel en temps voulu[14],[1]. Il a également fourni des moyens de transport au PAM et à certaines ONG après le tsunami de 2006, ainsi qu'aux États-Unis dans le cadre des guerres en Afghanistan (jusqu'à fin 2005) et en Irak (plusieurs centaines de vols jusqu'en mars 2005, également affrétés par l’état-major britannique, selon le journaliste Jean-Michel Vernochet[4]), ainsi que pour les firmes de sécurité privée KBR, Halliburton et FedEx en Irak). Il a également collaboré avec l'ONU et le Programme alimentaire mondial.

Une organisation impeccable[modifier | modifier le code]

À la fin de la Guerre froide, il a récupéré de nombreux pilotes et une soixantaine d'appareils (Antonovs, Iliouchines, hélicoptères[12]) en Europe de l’Est[4]. En quelques années, Viktor Bout est devenu propriétaire ou utilise plusieurs compagnies aériennes pour transporter des armes, comme Air Cess (basée à Charjah, aux Émirats arabes unis[13]), Aerocom, TransAvia et Centrafrican Airlines, ainsi que des avions immatriculés en Belgique, au Kazakhstan, et dans de nombreux pays d’Afrique (Swaziland, Liberia, République centrafricaine, Guinée équatoriale). À l’apogée de ses activités, il aurait eu à sa disposition une soixantaine d’avions, soit la plus grande flotte privée au monde[13]. Grâce à ses contacts, il assure l’acquisition d’armes dans les stocks de l’ancien bloc de l’Est (Moldavie, Ukraine, Bulgarie), assurant sans intermédiaire leur livraison à ses commanditaires. Jusqu'à 300 personnes auraient travaillé pour lui[15], mille selon d'autres sources[10].

Il multiplie les sociétés-écrans, ce qui lui permet de créer dans des pays peu regardants des compagnies aériennes – parfois fictives – et de justifier les vols[4]. Le recours à de faux certificats d’utilisation finale ou des changements de destination en cours de vol permet d’acheminer les armes. De plus, ses compagnies aériennes transportent également des marchandises licites, notamment des poulets surgelés et des fleurs[16].

Viktor Bout s'est toujours défini comme un simple homme d'affaires. Dans plusieurs interviews, il déclare n'avoir jamais eu de contacts avec les Talibans ou Al-Qaida[17]. Il a fait l’objet de deux tentatives de meurtres en 1998[4].

Arrestation et condamnation[modifier | modifier le code]

Faisant l'objet de sanctions de la part de l'Organisation des Nations unies et d'un mandat d'arrêt international, il se réfugie en 2001 à Moscou, où il échappe aux tentatives d’arrestation grâce à ses cinq passeports, ses différentes identités et de puissants appuis que dénoncent les enquêteurs belges[12].

À partir de 2002 et une plainte déposée par la Belgique pour le blanchiment de 325 millions de dollars, Viktor Bout est recherché par Interpol. Lors du dépôt d’une demande de sanction au conseil de sécurité des Nations unies contre les trafiquants d’armes, la France le mentionne nommément, mais les États-Unis le font retirer ; il en est de même en 2004 lors d’une résolution française contre Charles Taylor. Ce n’est qu’en avril 2005 que le département du Trésor des États-Unis gèle ses comptes aux États-Unis[4].

Le 6 mars 2008, Viktor Bout est arrêté à Bangkok, en Thaïlande, par des agents de la Drug Enforcement Administration qui le soupçonnent d'avoir voulu vendre des missiles sol-air et des lance-roquettes anti-blindage[5] aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)[18],[19]. En collaboration avec les polices roumaines, danoises et des Antilles néerlandaises, les agents américains se sont fait passer pour des représentants des FARC[20].

Le département de la Justice des États-Unis souhaite l’inculper pour terrorisme car les FARC sont considérés comme un mouvement terroriste aux États-Unis[13]. Le procureur en chef du Tribunal spécial pour la Sierra Leone demande un procès sur l’action de Viktor Bout en Afrique[21].

En août 2009, en première instance, un tribunal thaïlandais refuse l'extradition de Viktor Bout vers les États-Unis[22] afin qu'il soit jugé pour trafic d'armes avec les FARC et complot envers des ressortissants américains, mais la cour d'appel autorise son extradition le 20 août 2010[23]. L'extradition a lieu le 16 novembre 2010[24]. La Russie, qui réclame sa libération, juge cette extradition illégale.

Bout a été condamné par un jury de Manhattan le 2 novembre 2011.

Le 5 avril 2012 un juge fédéral de New York le condamne à 25 ans de prison et à une amende de 15 millions de dollars[25].

Dans les médias[modifier | modifier le code]

  • Le film Le Cauchemar de Darwin (2004) s'inspire de ses activités en Afrique.
  • En 2005, le personnage interprété par Nicolas Cage dans le film Lord of War est largement inspiré par Viktor Bout[26].
  • En 2007, Stephen Braun et Douglas Farah ont publié un livre sur Bout intitulé Merchant of Death: Money, Guns, Planes, and the Man Who Makes War Possible (Le Marchand de mort : argent, armes, avions et l’homme qui rend les guerres possibles).
  • En 2009, Viktor Bout : le trafiquant qui a armé le monde, documentaire de Tom Mangold (diffusé par la BBC en Grande Bretagne et Canal + en France).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Viktor Bout, « le marchand de la mort », évite une extradition vers les États-Unis, Le Monde, 13 août 2009
  2. « La Thaïlande accepte d'extrader le "marchand de mort" Viktor Bout aux États-Unis », Le Point du 20 août 2010.
  3. (en) « 'Lord of War' arms dealer Viktor Bout arrested in Thailand », timesonline.co.uk du 6 mars 2008.
  4. a, b, c, d, e et f Jean-Michel Vernochet,Le marchand de mort le plus puissant du monde s’appelle Victor Bout, Mondialisation.ca, 6 février 2007
  5. a, b et c « Le marchand d'armes russe Viktor Bout arrêté en Thaïlande ». Dépêche Reuters du 7 mars 2008, par Nopporn Wong-Anan.Lire en ligne sur le site de Libération.
  6. a, b, c et d À Bout portant, par Alain Astaud sur amnistia.net.
  7. (eo)http://www.liberafolio.org/2009/butesperanto ”Komercisto de la morto” estas esperantisto.
  8. (en) « Who is Viktor Bout », csmonitor.com du 22 octobre 2009.
  9. (en) « Arms and the Man », The New York Times du 17 août 2003.
  10. a, b et c (en) « Arms and the Man », The New York Times du 17 août 2003.
  11. SFR.fr
  12. a, b, c et d Benjamin Valverde, Le Trafic illicite d'armes légères, travail universitaire de DESS de géopolitique, université Paris-I Panthéon-Sorbonne/ENS, 2004, p.65
  13. a, b, c et d Saïd Aït-Hatrit, Viktor Bout, « marchand de mort » de l’Afrique, interpellé en Thaïlande, Afrik, 7 mars 2008 .
  14. Laurent Léger, Trafic d’armes, Bout Turquoise, Bakchich, 20 septembre 2006
  15. (en) « Who is Viktor Bout », csmonitor.com du 22 octobre 2009.
  16. (en) « Flying anything to anybody », The Economist du 18 décembre 2008.
  17. (en) « Belgium Issues Warrant for Former Soviet Army Officer Believed to be Running Arms Smuggling Network », transcription d'une interview réalisée par CNN le 4 mars 2002.
  18. (en) « Russian Charged With Trying to Sell Arms », The New York Times, 7 mars 2008.
  19. « Le « marchand de mort » est arrêté en Thaïlande », Le Devoir, 7 mars 2008.
  20. « Un géant du trafic d'armes arrêté à Bangkok », Libération, 7 mars 2008.
  21. « Le Lord of War ne sera pas extradé de la Thaïlande vers les États-Unis », Le Monde, 11 août 2009.
  22. « Bangkok refuse de livrer Viktor Bout aux États-Unis », RFI, 11 août 2009.
  23. « La justice thaïlandaise ordonne d'extrader le trafiquant d'armes Viktor Bout aux États-Unis », dépêche AFP du 20 août 2010.
  24. « Thaïlande : le marchand d'armes russe Viktor Bout extradé aux États-Unis », Le Monde, 16 novembre 2010.
  25. « Fin de parcours d'un des plus grands "marchands de mort" », 6 avril 2012.
  26. « Viktor Bout, le « marchand de mort » en passe d'être extradé vers les États-Unis », Libération du 20 août 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stephen Braun et Douglas Farah Merchant of Death: Money, Guns, Planes, and the Man Who Makes War Possible, Wiley - First Edition, 2007, 320 p.

Lien externe[modifier | modifier le code]