À l'est d'Éden

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À l'est d'Éden
Auteur John Steinbeck
Genre Roman
Version originale
Titre original East of Eden
Éditeur original Viking Press
Langue originale Anglais américain
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 1952
Version française
Traducteur J. C. Bonnardot
Éditeur Del Duca
Date de parution 1954
Nombre de pages 748

À l'est d'Éden (East of Eden), publié en 1952, est un livre de John Steinbeck.

Le titre est une allusion au verset biblique relatant la fuite de Caïn, après le meurtre d'Abel.

« Caïn se retira de devant l'Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l'est d'Éden. »

— Genèse (4;16)

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman est divisé en quatre parties. L'action se situe dans la vallée de la Salinas (Californie).

1e partie

Le jeune Samuel Hamilton et sa femme Liza ont quitté l'Irlande du Nord et se sont établis comme fermiers en Californie. Ils ont quatre fils : Georges, Will, Tom et Joseph. - et cinq filles : Una, Lizzie, Dessie, Olive (mère du narrateur) et Mollie.

Cyrus Trask, soldat ayant été blessé à la jambe est propriétaire d'une ferme dans le Connecticut. Il a eu un premier enfant, Adam, de sa première femme qui s'est suicidée, puis un deuxième, Charles, avec une jeune fille de fermiers prénommée Alice.

Cette première partie raconte la vie des deux familles jusqu'à la fin du siècle.

2e partie

À l'aube du XXe siècle.

Dans cette seconde partie, Adam et Charles vivent différents conflits qui mènent à des chicanes entre les deux frères. Adam quitte et revient dans l'armée et voyage un peu partout aux États-Unis entre leurs chicanes. De plus, c'est durant ce temps qu'Adam rencontre sa future femme.

3e partie

Adam, suite à une grosse mésentente avec son frère, décide de déménager en Californie, plus précisément dans la Vallée de Salinas, avec sa femme. C'est dans cette troisième partie qu'il y a plusieurs rencontres avec la famille d'Adam et celle de Samuel Hamilton. La femme d'Adam accouche des jumeaux Aaron et Caleb. Lee, le serviteur chinois, aide la famille à s'occuper des deux nouveaux arrivants dans la famille. La femme d'Adam les quitte pour s'installer ailleurs.

4e partie

Elia Kazan a utilisé cette partie pour son film.

C'est dans cette dernière partie qu'Adam habite avec Aaron et Caleb, non pas en campagne mais dans une maison en ville.

Caleb apprend que sa mère n'est pas morte, mais bien dans la même ville où ils sont.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Bien plus qu'un roman, À l'Est d'Eden est aussi l'occasion pour Steinbeck de diffuser de nombreux messages et réflexions à son lecteur, sur des thèmes variés, dont certains sont présentés ici.

Individualisme[modifier | modifier le code]

Ainsi Steinbeck défend-il l'importance de l'individu dans la société, notamment au chapitre XIII :

« Notre espèce est la seule créatrice et elle ne dispose que d'une seule faculté créatrice : l'esprit individuel de l'homme. Deux hommes n'ont jamais rien créé. Il n'existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C'est seulement après qu'a eu lieu la création que le groupe peut l'exploiter. Le groupe n'invente jamais rien. Le bien le plus précieux de l'homme est le cerveau isolé de l'homme. »

— p. 155, éd. Le Livre de Poche, 1974, trad. J.C Bonnardot

Cet individualisme très marqué a même un côté libertaire lorsque Steinbeck déclare, peu après dans le roman :

« Voici pour quoi je me battrai : la liberté pour l'esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai : toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d'individualité. Tel je suis, telle est ma position. Je comprends pourquoi un système conçu dans un gabarit et pour le respect du gabarit se doit d'éliminer la liberté de l'esprit, car c'est elle seule qui, par l'analyse, peut détruire le système. Oui, je comprends cela et je le hais, et je me battrai pour préserver la seule chose qui nous mette au-dessus des bêtes qui ne créent pas. »

Apparence et préjugés[modifier | modifier le code]

Steinbeck, dans une discussion entre Samuel Hamilton et Lee, le serviteur asiatique d'Adam Trask, montre l'importance des apparences et des préjugés dans les relations interindividuelles, ainsi que la fausseté de ces relations du fait de la présence de ces préjugés. On retiendra notamment ces quelques propos de Lee, lorsqu'il explique à Samuel pourquoi il a pris l'habitude de parler "pidgin" (ici, un Anglais haché mêlé à un fort accent asiatique), alors qu'il est né aux États-Unis et maîtrise aussi bien, voire mieux la langue anglaise que la plupart des Américains :
"C'est plus qu'une commodité. [...] C'est même plus qu'une protection. Nous devons utiliser ce langage si nous voulons être compris. [...] Si je me présente à un homme ou à une femme et que je leur parle comme je le fais maintenant, ils ne me comprendront pas. [...] Ils s'attendent à entendre du pidgin et ils n'écouteront que cela. Si je parle anglais, ils ne m'écouteront pas, donc ils ne me comprendront pas[1]."

Cette analyse de Steinbeck révèle ici encore l'écrasement de l'individu par la société. En effet, selon lui, les gens ne voient pas chaque individu dans sa personnalité, son essence même ; mais uniquement au travers de préjugés liés à l'apparence ethnique ou à sa fonction. Steinbeck proteste ici pour la justice sociale, l'égalité civile et le respect de l'individu. On notera d'ailleurs que plusieurs des personnages de son roman sont très différents en apparence et en réalité : Lee, Samuel Hamilton, Cathy Trask, entre autres.

Acculturation et perte de reconnaissance sociale[modifier | modifier le code]

Dans la même conversation que précédemment, Samuel et Lee évoquent les différences de possibilité d'intégration sociale existant entre les Américains selon leur ethnie. Samuel est Irlandais ; Lee est d'origine chinoise mais né en Amérique. Samuel est cultivé, mais il n'a pas fait d'études prestigieuses ; Lee est intelligent, cultivé lui aussi et a suivi des études à l'Université de Californie.

Pourtant, Lee a l'impression qu'il n'a "aucune chance de jamais passer pour un Américain.[2]" Lorsque Samuel lui rétorque qu'il le pourrait peut être en coupant la natte qu'il porte, en s'habillant et parlant comme les Américains. Mais Lee lui répond : "Non. J'ai essayé. Pour les prétendus Blancs, j'étais toujours un Chinois, mais un Chinois qui essayait de le cacher. Et en même temps, mes amis s'éloignaient de moi[2]."

Ce phénomène d'hésitation, de "flottement" entre deux cultures dans lesquelles on ne peut s'affirmer totalement, au risque d'être rejeté par l'une, par l'autre, voire par les deux simultanément, reste très actuel, notamment en Europe[3].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. p.192, éd. Le Livre de Poche, 1974, trad. J.C Bonnardot
  2. a et b p.193, éd. Le Livre de Poche, 1974, trad. J.C Bonnardot
  3. http://www.clapest.org/alter/outils_alter/IDENTITE/Jeunes_entre_deux_cultures.pdf