Willy Pelletier

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Willy Pelletier
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Willy Pelletier, en 2013

Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Willy Pelletier est un sociologue français, né le 12 juin 1961.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est, depuis 1998, coordinateur général de la Fondation Copernic lancée pour « remettre à l'endroit ce que le libéralisme fait tourner à l'envers ». Il enseigne à l'université de Picardie et co-coordonne l'association Champ libre aux sciences sociales dont il a co-rédigé le manifeste La connaissance libère[1], publié en juin 2013[2].

Champ libre aux sciences sociales s'emploie à diffuser[3] les résultats mais aussi les méthodes de la sociologie, l'histoire, l'ethnologie, pour qu'ils outillent davantage les critiques sociales[4].

Engagements[modifier | modifier le code]

Il est le petit-fils du résistant du même nom assassiné par la Gestapo. Venu du socialisme libertaire, tendance Proudhon et César de Paepe, membre du groupe Benoît Broutchoux de la Fédération anarchiste, à laquelle il adhère en 1978, il cofonde et coanime de 1986 à 1990, la revue Les Œillets Rouges. Cahiers de réflexions anarchistes[5], puis participe à la direction, chez Les Verts, du courant libertaire Écologie sociale jusqu'en 1997. Il reviendra en sociologue sur cet engagement dans plusieurs articles[6].

De 1995 à 1996, après la « pétition Bourdieu » avec Jacques Kergoat, Willy Pelletier est parmi ceux qui travaillent à prolonger le mouvement et qui montent, fin novembre 1996, « Les États généraux du mouvement social »[7].

Refusant de voir Les Verts participer au gouvernement de Lionel Jospin, qu'il estime trop libéral, il rejoint un an plus tard la Ligue communiste révolutionnaire avec une partie de la gauche des Verts. Il sera membre de son Bureau politique de 1998 à 2006. Il participe alors avec Daniel Bensaïd, Philippe Corcuff et Lilian Mathieu, à la Société pour la résistance à l’air du temps puis au lancement, en 2001, de la revue Contretemps. En 1999, il a fait partie de la liste Lutte Ouvrière - Ligue Communiste Révolutionnaire, conduite par Arlette Laguiller, pour les élections européennes.

En 1998, continuant Politique-La Revue où ils étaient au comité de rédaction[8], avec l'historien Jacques Kergoat, il participe à la mise en place de la Fondation Copernic[9], dont il assure la coordination générale depuis lors[10]. À ce titre, il a animé plusieurs campagnes nationales contre, notamment, le projet de Refondation sociale du MEDEF[11], la réforme Fillon de l'assurance maladie (2003) et le droit à la santé pour tous[12], l'intervention américaine en Irak[13](initiative Copernic - Le Mouvement de la paix, la taxation des indemnités des accidents du travail)[14], la remise en cause du droit à la retraite à 60 ans[15] (initiative Attac-Copernic) et contre le logement cher (DAL-Copernic)[16].

Après le 11 septembre, il participe au lancement de la Coalition internationale contre la guerre (CICG) avec Christine Delphy, Catherine Lévy, Daniel Bensaid[17], qui s'oppose à l'intervention sous domination américaine en Afghanistan[18]. En 2012, il a soutenu la candidature de Philippe Poutou à l'élection présidentielle[19].

Le 30 novembre 2015, il est parmi les signataires de l'Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence »[20],[21].

Travaux[modifier | modifier le code]

Willy Pelletier a, de 1990 à 1996, animé avec, entre autres, Claude Grignon, Stéphane Beaud, Bernard Lahire, Bernard Lacroix, Florence Weber, la revue de sociologie critique Critiques sociales[22]. Il y publie notamment deux articles qui s'en prennent, sur des objets divers, à la pente misérabiliste d'une certaine sociologie[23].

Travaillant par ailleurs sur les « créations institutionnelles », il étudie la mise en place des institutions publiques (par exemple Pôle Emploi et France Telecom[24]) ainsi que la stabilisation des régimes politiques dans La crise de mai 1877. La construction de la place et de la compétence présidentielle[25].

Il remet en cause les méthodes et préconisations de l'Observatoire de la pauvreté[26]. Puis il analyse les fluctuations des régimes d'indemnisation du chômage dans L'indemnisation du chômage, une peau de chagrin[27] puis dans La nouvelle convention d'assurance-chômage : de la formation au formatage des demandeurs d'emploi[28] (coécrit avec Didier Gélot et Catherine Lévy). On trouve une prolongation plus complète de ces analyses dans plusieurs articles[29] et dans l'ouvrage de la Fondation Copernic de 2003 auquel il participe : Pour un Grenelle de l'Unedic (coécrit avec Claire Villiers et Didier Gélot).

La canonisation libérale de Tocqueville[modifier | modifier le code]

La canonisation libérale de Tocqueville, écrit avec Claire Le Strat, montre « comment Tocqueville n'existe pas indépendamment des interprétations qui lui confèrent des significations historiquement fort variables ». L'ouvrage prend l'aspect d'une archéologie du sens commun désormais assigné à Tocqueville, finalement promu par Raymond Aron, sociologue démocrate et libéral, au terme d'une importation dans le champ intellectuel français, de la définition de Tocqueville en cours dans les années 1950 aux États-Unis[30].

Sociologie de la création du sens d'un auteur devenu fétiche parmi les libéraux, « l'apport principal de l'ouvrage est de montrer qu'un texte n'existe qu'autant qu'il est parlé », qu'autant que, s'en saisissant, ses interprètes sans cesse y projettent leur propre présent, les enjeux liés à leur présent, à leur trajectoire et à leur position dans les espaces d'activité intellectuelle d'où ils tirent leur investissement sur tel ou tel auteur.

L'État démantelé[modifier | modifier le code]

L'État démantelé : enquête sur une contre-révolution silencieuse[31], procède d'une enquête collective développée sur plusieurs années et codirigée avec Laurent Bonelli. Les différents auteurs exposent comment, depuis 2007, se trouve accéléré un double processus : d'une part, « une compression du périmètre des services publics » (vendus à la découpe au privé ou restructurés par réduction du personnel et des budgets alloués), et d'autre part, « un renforcement d'une véritable caporalisation de l'action publique » (un renforcement des pouvoirs des managers d'État qui, comme jamais, contrôlent et brusquent les agents des services publics). Cette révolution silencieuse prend forme « avec l'arrivée en cabinets ministériels d'une nouvelle élite, d'une noblesse d'État libérale », plus qu'auparavant formée aux recettes du privé (elle cumule souvent passage par Sciences-Po ou l'ENA et passage en Business School), et qui circule entre postes de direction dans l'État et postes de direction dans les entreprises du CAC 40, les banques, les assurances[32].

L'ouvrage analyse les transformations à l'œuvre dans de très nombreux secteurs d'État : privatisations au ministère de la défense, politique du chiffre au ministère de l'Intérieur, compressions dans l'Éducation Nationale, la Culture, au ministère de l'agriculture, création de nouvelles structures publiques régies comme des entreprises (Pôle Emploi, etc..), entre autres...

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La canonisation libérale de Tocqueville, en collaboration avec Claire Le Strat, Éditions Syllepse, 2006.
  • L'État démantelé. Enquête sur une contre-révolution silencieuse, coordonné avec Laurent Bonelli, Éditions La Découverte, 2010.
  • Champ libre aux sciences sociales, La connaissance libère, Édition La Dispute et Le Croquant, 2013.
  • Gérard Mauger et Willy Pelletier, Les classes populaires et le FN, Éditions du Croquant, (ISBN 9782365121019, présentation en ligne), 282 pages, coll. « Savoir/agir ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://indiscipline.fr/fr/sciences-sociales-sciences-critiques-la-connaissance-libere/
  2. Sur les circonstances et les fonctions du projet, se référer à l'entretien d'Anna Musso avec Willy Pelletier, « C'est une mobilisation nouvelle qui veut armer les citoyens », L'Humanité, 12 juillet 2013, http://www.champlibre.org/cest-une-mobilisation-nouvelle-qui-veut-armer-les-citoyens/ ; et voir entretien avec Rémi Lenoir et Willy Pelletier, La connaissance pour arme, Politis, 18 juillet 2013 : [1]
  3. Table ronde organisée par L'Humanité entre Thierry Lepaon (secrétaire général de la CGT), Éliane Assasi (présidente du groupe CRC-Front de Gauche au Sénat), Dany Lang (membre de l'association Les économistes atterrés) et Willy Pelletier (coordinateur de Champ Libre aux sciences sociales), qui signale les modalités d'inscription de Champ libre aux sciences sociales dans le débat public, « Le changement, c'est urgent, mais comment ? », L'Humanité, 29 novembre 2013 [2]
  4. Willy Pelletier, « Les modernisations libérales font voter Front National », L'Humanité, 26 mai 2014, [3] ; Robert Crémieux, Bernard Lacroix, Willy Pelletier, Claire Villiers, Malika Zediri, « Vote Le Pen et vote Chômeur », Le Monde, 13 juin 2002 : [4] ; Willy Pelletier, « Vous avez dit Lepenisation des esprits ? », Politique-La Revue, avril-mai-juin 1997, numéro 4
  5. http://www.cira.ch/catalogue/index.php?lvl=notice_display&id=201054
  6. « Positions sociales et effets d’institutionnalisation chez Les Verts » (Contretemps, no 4, avril 2002) ; « Sociale nature. Représentations de l’écologie et usages sociaux des environnements » (dans Jean-Marie Harribey et Michael Löwy (dir), Capital contre Nature, Paris, PUF, 2003)
  7. https://www.lesechos.fr/13/11/1996/LesEchos/17271-014-ECH_--etats-generaux-du-mouvement-social---les-23-et-24-novembre.htm et http://www.liberation.fr/france/1996/11/22/relayeurs-du-mouvement-social-un-an-apres-les-etats-generaux-tentent-de-relancer-la-reflexion_187794
  8. voir Ariane Chemin, La Fondation Copernic veut devenir le creuset de la gauche antilibérale, Le Monde, 13 octobre 1998 : [5]
  9. Sur l'activité de Willy Pelletier dans ces réseaux, se reporter à Emmanuel Lemieux, Pouvoir Intellectuel. Les nouveaux réseaux, Paris, Denoël, p. 380-390.
  10. Sur le travail de Willy Pelletier à la Fondation Copernic, voir Alain Beuve-Méry, Un foisonnement de réseaux et de travaux, Le Monde, 11 septembre 2001 : [6] ; et voir Caroline Monnot : La Fondation Copernic continue après le décès de Jacques Kergoat, Le Monde, 12 octobre 1999 : [7]
  11. voir Jean Magniadas, Willy Pelletier, Yves Salesse, Quand Mr Seillière se déguise, Le Monde, 12 décembre 2000 : [8] ; et voir La Fondation Copernic décortique la nov-langue du MEDEF, Le Monde, 20 juin 2001 : [9] ; et voir Caroline Monnot, La Fondation Copernic dénonce la refondation antisociale du Medef, Le Monde, 29 novembre 2000 : [10]
  12. Voir Willy Pelletier, La santé n'est pas un business, Le Monde, 12 avril 2012 : [11]
  13. Arielle Denis, Willy Pelletier, Pierre Tartakowski, Irak : la paix est possible, Libération, 28 janvier 2003 [12]
  14. Eric Beynel, Charles Hoareau, Noël Mamère, Willy Pelletier, Christiane Taubira, « Impunément travailler tue », Le Monde, 25 septembre 2009, [13]
  15. Voir Jean-Marie Harribey et Willy Pelletier, La retraite autrement, Libération, 6 septembre 2010 : [14] ; et plus récemment, Olivier Dartigolles, Sandra Demarcq, Gérard Filoche, Willy Pelletier, Retraite : la bourse ou la vie, Libération, 10 juillet 2013 : [15] ; sur l'une des 500 initiatives développées durant cette campagne, voir Sophie de Ravinel, Retraites : la gauche fait front commun, Le Figaro, 7 mai 2010 : [16]
  16. Josiane Balasko, Jean-Baptiste Eyraud, Willy Pelletier, « Urgence contre le logement cher », Libération, 20 mai 2012 [17] ; et Jean-Baptiste Eyraud, Jacques Gaillot, Albert Jacquard, Willy Pelletier, « Chers logements chers », Libération, 29 septembre 2011 [18]
  17. Biographie et hommage de Willy Pelletier à Daniel Bensaid, dans l'Encyclopaedia Universalis [19]
  18. Daniel Bensaid et Willy Pelletier, « Dieu que ces guerres sont saintes ! », Le Monde, novembre 2001 [20]
  19. Sandra Demarcq, Alain Krivine, Willy Pelletier, « Qui sème la misère, récolte la colère », Libération, 19 mars 2012 [21]
  20. Collectif, « L'appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence » », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne).
  21. AFP, « État d'urgence : 58 personnalités revendiquent la liberté de manifester », Le Point,‎ (lire en ligne).
  22. Recension de Critiques Sociales dans persee
  23. En 1991, « Description d'une militance et ethnocentrisme : l'implicite normatif du témoignage d'Anne Tristan », Critiques sociales, no 2, décembre 1991, Racisme et racisme de classe ; et en 1996, « Questionnaire et promotions de soi - Quelques hypothèses autour d'un Merci », Critiques sociales, no 8-9, juin 1996, Usages sociaux de l'entretien sociologique
  24. voir Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir), L'Etat démantelé, Paris, La Découverte, 2010, chapitre 12 et chapitre 19.
  25. Dans Bernard Lacroix et Jacques Lagroye (dir,) Le Président de la République. Usages et Genèses d'une institution, 1992, FNSP, on trouvera un compte-rendu de l'ouvrage dans : Cairn
  26. Voir Catherine Lévy et Willy Pelletier, Restez pauvres, on vous observe, Le Monde, 13 juillet 2001 : [22]
  27. dans Les Temps Modernes, novembre 1987, Chômages et chômeurs
  28. Droit social, no 6, juin 2002 : [23]
  29. Voir Willy Pelletier, Claire Villiers, Jacques Yon, La double peine des chômeurs, Libération, 8 octobre 2003 : [24] ; voir Didier Gélot, Claire Villiers, Willy Pelletier, Retour à l'emploi : plutôt vite que bien, Libération, 16 juillet 2002 : [25] ; Robert Crémieux, Catherine Lévy, Willy Pelletier, Évelyne Perrin, Philippe Villechalane, Un grenelle de l'Unedic, Libération, 20 décembre 2001 : [26]
  30. recension de l'ouvrage par Louis Pinto dans Gérard Mauger et Louis Pinto, Lire les sciences sociales. Volume 6. 2008-20013, Paris, EMSH, , par Alain Garrigou http://www.monde-diplomatique.fr/2007/03/GRESH/14541 et par Yves Deloye http://rh19.revues.org/1702
  31. Présentation de L’État démantelé dans [27] et dans : [28] ou dans [29]
  32. Voir plus récemment Sandra Demarcq, Pierre Khalfa, Francis Parny, Willy Pelletier, Cahuzac, symptôme de la collusion entre monde des affaires et direction de l’État, Le Monde, 5 avril 2013 : [30]

Liens externes[modifier | modifier le code]