Villages antiques du Nord de la Syrie

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Villages antiques du Nord de la Syrie *
Ruine du village de Serjilla.
Ruine du village de Serjilla.
Coordonnées 36° 20′ nord, 36° 50′ est
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Type Culturel
Critères (iii) (iv) (v)
Superficie 12 290 ha
Numéro
d’identification
1348
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 2011 (35e session)
Classement en péril 2013

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Villages antiques du Nord de la Syrie
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Les villages antiques du Nord de la Syrie, ou villes mortes sont un ensemble de villages en ruine datant de l'Antiquité tardive et de l'époque byzantine situés dans le massif calcaire, dans le nord-ouest de la Syrie.

La plupart ont été fondés entre le Ier et le VIIe siècle et abandonnés entre le VIIIe et le Xe siècle. Ces communautés rurales ont connu leur apogée vers le IVe siècle grâce au commerce du vin, de l'olive et des céréales. Elles étaient généralement organisées autour des villas de grands propriétaires terriens hellénophones, de bâtiments publics et d'églises.

Après leur abandon, leur éloignement relatif des grands centres d'habitations les ont préservés du réemploi des matériaux, formant alors des ensembles architecturaux remarquables par la qualité de leur préservation. Leur développement entre l'Antiquité et le Moyen Âge permet d'illustrer l'émergence du christianisme au sein des communautés rurales d'Orient.

Une quarantaine de ces villages, regroupés au sein de huit parcs, sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 2011, mais dès 2013, la guerre civile syrienne entraîne leur inscription en urgence sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte des principaux villages.

Le massif calcaire du nord-ouest syrien couvre une superficie d'environ 5 500 kilomètres carrés, avec environ 150 kilomètres de longueur du nord au sud et entre 40 et 50 kilomètres de largeur d'est en ouest. Il est bordé au nord par la vallée de l'Afrin et au sud par l'Oronte.

Le Massif calcaire du nord de la Syrie est une région de collines culminant à 400-500 mètres d'altitude, avec des monts pouvant dépasser les 800 mètres. Il se divise en trois régions: le nord, le centre et le sud. Au nord se trouve la région du djebel Se'man (à l'est de la route Dar Taizzah - Basuta - Afrin) et le djebel Halaqa (autour de Dar Taizzah). Le centre se divise en trois chaînes. On y trouve, d'ouest en est, le djebel Duwayli et le djebel Wastani (au sud de Jisr al-Choghour), le djebel il-Ala (au sud de Qalb Loze) avec le mont Teltita culminant à 819 mètres et enfin à l'est le djebel Barisha, au sud de la ville éponyme. Le sud du Massif calcaire, le djebel Zawiye se développe au nord-ouest de Ma'arrat al-Numan et au sud d'Idlib. Il comprend les plus hautes altitudes, avec le mont Nebi Ayyub culminant à 937 mètres.

Ce plateau karstique de colline est peu peuplé et ne peut convenir qu'à une agriculture extensive. En plus de la vigne et de l'olive dans quelques régions, le blé et l'orge sont cultivés principalement lors des mois d'hiver. Les grandes vallées en revanche bénéficient d'un sol profond et fertile de calcaire rouge.

En dépit des précipitations abondantes des mois d'hiver, il n'existe pas de rivières dans la région, et on ne trouve des puits profonds que dans les vallées. Les habitants des villages situés sur les collines se sont depuis longtemps adaptés à ces conditions environnementales en construisant des citernes. Dans l'Antiquité, la région n'était pas plus boisé qu'aujourd'hui, même si l'érosion a pu faire disparaître certaines portions de terre meuble. Certains puits permettent l'irrigation par pompage de l'eau, permettant la culture de légumes en été.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Article connexe : Syrie (province romaine).

Dans l'Antiquité, la région dans laquelle se situent les villages se trouve bordée par les villes d'Antioche et d'Apamée sur l'Oronte, au nord par Cyrrhus ainsi qu'à l'est par Alep. Antioche et Apamée sont les capitales administratives du nord (Syria Prima) et du sud de la région (Syria Secunda) respectivement. Dans le massif calcaire, seuls trois sites peuvent être considérés comme des villes à l'époque romaine : Al-Bara (Kapropera), la plus grande, Deir Seman (Telanissos), centre de pèlerinage et religieux près du monastère de Siméon, et Brad (Kaprobarada), centre administratif du djebel Semʻān et qui connaît son apogée au VIe siècle. Les autres villages, de moindre importance, bénéficient souvent d'une ou deux églises, ou d'un monastère à proximité.

Les plus anciens vestiges remontent au Ier siècle. Les plus anciennes inscriptions notamment, trouvées à Refade, datent des années 73-74. 35 inscriptions ont été datées entre le Ier et le IIIe siècle. La plupart d'entre elles sont écrites en grec et quelques-unes en syriaque. La plus ancienne inscription chrétienne date de 326-327. Au milieu du IVe siècle, la ville d'Antioche est devenue majoritairement chrétienne, mais dans les régions rurales, les cultes païens romains et grecs persistent jusqu'à la fin du IVe siècle, jusqu'à ce que l'empereur Théodose ordonne la destruction des temples païens. Les églises chrétiennes sont alors érigées sur le site des anciens temples.

Entre 250 et 300 se produit un appauvrissement de l'architecture domestique, sans doute lié à des troubles externes. Ainsi, la prise d'Antioche par les Perses sassanides en 256 aurait pu indirectement affecter les zones rurales. Il est également possible qu'une épidémie de peste ait ravagé la région pendant une quinzaine d'années. Après cette période de déclin, les villages ruraux connaissent une nouvelle expansion dès le IVe siècle qui débouche sur leur apogée, la grande majorité des vestiges étant datés entre le IVe et le VIIe siècle[1].

Société[modifier | modifier le code]

Pressoir à arbre à Barisha. Les olives sont écrasées dans le grand bassin. La pierre verticale de droite servait à accueillir la poutre en bois qui, avec des poids en pierre, était abaissée pour presser la pâte d'olive dans l'orifice circulaire à gauche.

Au début de la période byzantine, on retrouve des centaines de pressoir à huile dans les villages, témoignant de l'importance dans l'économie de l'huile d'olive. La monoculture des oliveraies est le principal moyen de subsistance des villages, l'huile produite étant vendue aux caravanes ou dans les villes les plus proches. Dans une moindre mesure, notamment vers le Djebel Zawiye, au sud, on trouve également une production vinicole. Certaines inscriptions font état d'une production relativement importante de légumes et de céréales. L'abondance dans certaines maisons d'abreuvoirs en pierre indique la présence d'élevage de vaches, de moutons et de chevaux. Pour les villages situés près des axes de communications et des trajets de caravanes entre la vallée de l'Oronte et l'arrière-pays à l'est, permettait un commerce de longue distance.[pas clair] Enfin, à partir du Ve siècle et surtout au nord, les nombreuses églises et monastères représentent un facteur économique important, auquel viennent s'ajouter les bénéfices liés aux pèlerinages.

Les habitants étaient des propriétaires terriens, des fermiers ou des travailleurs agricoles. Les seigneurs féodaux vivaient souvent en ville, leurs propriétés agricoles (Epoikia) étant situées majoritairement à proximité des grandes villes et exploitées par des fermiers dépendants. Alors que les Kornai étaient des villages se trouvant plutôt dans l'arrière-pays et dont les terres étaient cultivées par des fermiers libres qui payaient des impôts. Certaines parties des terres étaient données en affermage à des dignitaires ou des soldats pour avoir rendu des services particuliers. Il existait une forme particulière de contrat entre propriétaires terriens et fermiers dans laquelle le fermier s'engageait de cultiver la terre pendant un certain nombre d'années et devenait propriétaire de la moitié des terrains en échange à la suite de ce délai (pour la culture des olives, cela correspondait à la première récolte). Des grandes propriétés ont ainsi été subdivisées en parcelles plus petites dont les limites étaient marquées par des alignements en pierre.

Le pressage des olives était réalisé par étape. La première étape consistait en un rouleau de pierre pour broyer les olives. Ensuite, la pâte d'olive était pressée dans des pressoirs à arbres à l'aide de poids en pierre. On retrouve des pressoirs dans des maisons individuelles, les plus vastes étant partagés par les habitants. La récolte des olives d'octobre à novembre puis le traitement de l'huile nécessitait la collaboration de toute la population. Quatre à cinq mois de travail par an étaient nécessaire pour la culture puis le traitement des olives. Il fallait entre 12 et 15 ans à une oliveraie plantée pour donner sa première récolte, ce qui forçait les habitants à trouver des sources de revenus provisoire. Le grand nombre de pressoir retrouvé témoigne de la richesse des villages: 56 dans le djebel Se'man, 157 dans la région centrale et 36 dans le djebel Zawiye[2].

Abandon[modifier | modifier le code]

Plusieurs théories ont été avancées sur l'abandon et l'émigration complète de la population des villages au Xe siècle.

Dans les années 1860, de Vogüé proposa l'idée d'une société d'une noblesse terrienne raffinée et cultivée commandant une armée d'esclaves dans les champs, qui aurait fini par fuir à l'arrivée des invasions islamistes, mais les preuves recueillies vers 1900 démontrent l'occupation de nombreux villages encore au VIIIe siècle. Butler proposa l'hypothèse de changements environnementaux, notamment par la dégradation des sols.

Au milieu du XXe siècle, Tchalenko proposa une autre hypothèse, dans laquelle il fit une distinction économique et sociale entre une société qui se fragmente graduellement, passant de larges domaines fonciers à de petites propriétés agricoles[3]. Selon Tchalenko, le déclin économique démarre dès le VIIe siècle quand le commerce vers l'ouest est interrompu par l'occupation perse. La plupart de l'huile d'olive était jusqu'alors amenée à Antioche avant d'être exportée sur toute la Méditerranée.

Il est également possible que la demande en huile ait pu décliner, à cause du remplacement de l'huile par la cire en tant que combustible. Cependant, l'huile d'olive ne représente pour les villages qu'une des sources de richesse, et il ne faut pas négliger l'importance de l'auto-suffisance grâce au vin et aux fruits, aux céréales ou au bétail. La raison de l'émigration complète des habitants au lieu d'une survivance plus modeste sur place reste peu claire. Il est possible que la population se soit déplacée dans les plaines arables plus à l'est, devenues vacantes et dépeuplées par les conflits, et qui auraient pu offrir de meilleures conditions de vie[4].

George Tate procède de la même manière que Tchalenko, s'opposant à la théorie de de Vogüé. Il voit dans l'abandon des villages une crise de type malthusien: la population continue d'augmenter tandis que les ressources disponibles plafonnent, accentuant alors les effets des mauvaises récoltes. La dégradation du commerce par les conflits aggrave la crise que traversent les villages, que les habitants commencent à quitter dès le VIIIe siècle pour s'installer dans les plaines plus fertiles de l'est[5].

Découverte et étude[modifier | modifier le code]

Le bon état de conservation des villages a suscité l'étonnement et un intérêt croissant au XIXe siècle. En 1903, le théologien américain Thomas Joseph Shanan parle, dans un chapitre concernant l'histoire du christianisme primitif, d'« une Pompéi chrétienne »[6].

Les premières études scientifiques des ruines sont réalisées dans les années 1860, par le français Charles-Jean-Melchior de Vogüé, devenu en 1871 ambassadeur français à Constantinople. Ces études sont publiées entre 1865 et 1877 avec les dessins de l'architecte Edmond Duthoit. Vers 1890, Howard Crosby Butler organise une expédition au nom de l'université de Princeton, et publie ses résultats en 1903. Les résultats sommaires de ses deux autres expéditions de 1905 et 1909 sont publiés à titre posthume en 1929.

L'architecte Georges Tchalenko restaure vers 1935 l'église de Saint Siméon le Stylite et publie de 1953 à 1958 trois tomes de « Villages antiques de la Syrie du Nord. » dans lesquels il présente la théorie du développement économique des villages antiques par la monoculture de l'olive. Dans les années 1970 et 1980, l'Institut archéologique française à Damas dirige les fouilles. Sous la houlette de George Tate et Jean- Pierre Sodini, des fouilles ont lieu à Dēhes puis sur 45 autres sites. George Tate choisi notamment Dēhes pour explorer les conditions sociales et économiques des villages antiques.

Classement à l'UNESCO et guerre civile syrienne[modifier | modifier le code]

En 2001, la Syrie organise une exposition et une réunion internationale en vue de la protection et de l'inscription des villages sur la Liste du patrimoine mondial. Ce travail a abouti à la création de huit parcs constituant un échantillon représentatif de la richesse du patrimoine archéologique et paysager. Des plans d'actions sont élaborés pour la gestion et la préservation des sites. L'ensemble des huit parcs est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2011[7].

La guerre civile syrienne éclate la même année, ce qui conduit le site a être ajouté à la liste du patrimoine mondial en péril en 2013. Durant ce conflit, la plupart des villages subissent destructions et pillages, et ils sont peu à peu réoccupés par de nombreux déplacés.

Urbanisme[modifier | modifier le code]

Maisons[modifier | modifier le code]

Églises[modifier | modifier le code]

Cimetière[modifier | modifier le code]

Édifices civils[modifier | modifier le code]

Liste des villages[modifier | modifier le code]

Jebel Sem’an, au Nord

Massif calcaire central

Jebel Zawiyé, au Sud

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Strube 1996, p.2, 5, 24, 30-31
  2. Strube 1996, p. 17, 31
  3. Warwick Ball, Rome in the East. The Transformation of an Empire, Routledge, London/New York, 2000, p. 231
  4. Strube 1996, p. 86–88.
  5. Georges Tate: « Les villages oubliés de la Syrie du Nord », Le Monde de Clio.
  6. Thomas Joseph Shanan: The Beginnings of Christianity. Benzinger Brothers, New York 1903, p. 265–309 (Chapitre : A Christian Pompeii) En ligne sur Archive.org.
  7. Villages antiques de Syrie du Nord.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles-Jean-Melchior de Vogüé, Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du Ier au VIIe siècle, J. Baudry, Paris 1865–1877
  • (de) Hermann Wolfgang Beyer, Der syrische Kirchenbau, Studien zur spätantiken Kunstgeschichte. Walter de Gruyter, Berlin 1925
  • (en) Howard Crosby Butler, Princeton University Archaeological Expeditions to Syria in 1904–1905 and 1909, Division II. Architecture. E. J. Brill, Leiden 1907–1949
  • (en) Howard Crosby Butler, Early Churches in Syria. Fourth to Seventh Centuries, Princeton University Press, Princeton 1929 (Nachdruck Amsterdam 1969)
  • Georges Tchalenko, Villages antiques de la Syrie du Nord. Le massif du Bélus a l’époque romaine, 3 Bde., Paul Geuthner, Paris 1953–1958
  • Edgar Baccache, Églises de village de la Syrie du Nord. Album. Planches, 2 Bde., Paul Geuthner, Paris 1979–1980
  • (en) Clive Foss, Dead Cities of the Syrian Hill Country, In : Archaeology, Vol. 49, No. 5, September/Oktober 1996, S. 48–53
  • (de) Christine Strube, Die „Toten Städte“. Stadt und Land in Nordsyrien während der Spätantike, Philipp von Zabern, Mainz 1996, (ISBN 3-8053-1840-5)
  • (de) Christine Strube, Baudekoration im Nordsyrischen Kalksteinmassiv, Bd. I. Kapitell-, Tür- und Gesimsformen der Kirchen des 4. und 5. Jahrhunderts n. Chr. Philipp von Zabern, Mainz 1993 ; Bd. II. Kapitell-, Tür- und Gesimsformen des 6. und frühen 7. Jahrhunderts n. Chr. Philipp von Zabern, Mainz 2002

Liens externes[modifier | modifier le code]