Subjectile

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Dans le domaine technique des peintures, vernis et leurs domaines d'application, le subjectile est la surface externe sur laquelle le peintre applique une couche de peinture, d'apprêt, d'enduit ou de vernis. Pour la première couche, le subjectile est la surface déjà traitée[1].

Peinture artistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Support de peinture.

En peinture artistique, les termes support et subjectile sont synonymes (Béguin). Le dispositif matériel qui tient le tableau en place s'appelle aussi « support » ; « subjectile » permet de désigner sans ambigüité le matériau sous-jacent à la couche picturale.

Signalisation routière[modifier | modifier le code]

Article détaillé : subjectile (route).

En France, en signalisation routière, le terme « subjectile » désigne non seulement la surface, mais l'ensemble du panneau sur lequel on appose le dessin conventionnel qui indique son sens[2]. Au Quebec le mot a son acception commune[3].

Qualités d'un subjectile[modifier | modifier le code]

« Un bon subjectile doit être formé d'une substance inaltérable par le temps et les agents atmosphériques, stable dans sa forme primitive, mais assez poreuse et assez tenace pour permettre a la couleur ou à la préparation de la pénétrer en partie et d'y prendre une solide attache[4] ».

Les qualités d'un subjectile dépendent de son usage. Lorsque la peinture forme une image, on les classe souvent en deux catégories, selon la facilité de transport (Béguin 1990). Elles dépendent aussi du type de peinture ou vernis qui doit les recouvrir. L'adhérence de la peinture, tant humide, au moment de son application, qu'une fois sèche, est capitale. Le subjectile ne doit pas réagir avec le liant ni avec les matières colorantes. Un subjectile doit servir « sans qu'il se manifeste d'embus, c'est-à-dire, de parties où la couleur séparée du délayant par l'appel de la capillarité présente une surface terne et mate » (Gay 1851, p. 60). Si le subjectile est plus souple que la peinture, celle-ci risque de se craqueler et de se détacher.

Usage métaphorique[modifier | modifier le code]

Antonin Artaud, assimilant la peau, partie apparente de l'être humain, à une peinture, appelle subjectile les parties sous-jacentes, jouant de la similitude avec le subjectif du sujet[5]. Après lui Jacques Derrida a filé cette métaphore[6].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Dérivé du supin subjectum de subjicere « placer dessous » avec le suffixe -ile, sur le modèle de mots comme projectile, le mot « subjectile » est attesté en français au XIXe siècle. Paillot de Montabert le définit au tome 1[7] et l'emploie abondamment dans les neuf volumes de son Traité de la peinture publié de 1829 à 1853[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. AFNOR ; Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 361 ; André Béguin, Dictionnaire technique de la peinture, , p. 709 « Subjectile ».
  2. Usage attesté dans République française, « Arrêté du 20 octobre 2008 relatif à l'attestation de conformité et aux règles de mise en service des panneaux de signalisation routière temporaire ».
  3. Gouvernement du Quebec, « Lexique ouvrages routiers ».
  4. C.-A. Gay, Manuel du peintre au caoutchouc, Paris, (lire en ligne), p. 58.
  5. Jean-Jacques Wunenburger, « Transfiguration et défiguration du corps souffrant Les métamorphoses de l’idéal de santé physique dans les arts plastiques », Philosophiques, vol. 23, no 1,,‎ , p. 57–66 (lire en ligne).
  6. Ginette Michaud, « Che cos’è la pittura ? Trois manières de toucher la Chose : Nancy, Cixous, Derrida », Études françaises, vol. 42, no 2,‎ , p. 103–133 (lire en ligne).
  7. Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Traité complet de la peinture, t. 1, Paris, Bossange père, (lire en ligne), p. 219.
  8. Les numéros 578 à 582 lui sont entièrement consacrés. Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Traité complet de la peinture, t. 9, Paris, Bossange père, 1829-1851 (lire en ligne), p. 100-151.