Encadrement (art)

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Cadres en bois
Trompe-l'œil de Pere Borrell del Caso (1874)
Encadrement de type architectural sur un polyptyque de 1464

L'encadrement d'une œuvre d'art (peinture ou photographie), pour la mettre en valeur et la protéger, est le moyen qui consiste à l'entourer d'une bordure, qui en limite et explicite le cadrage défini par son cadre. Par métonymie, le mot cadre se substitue au terme encadrement fait par la bordure (un cadre photo) et sera indifféremment employé dans le reste du texte.

Définition[modifier | modifier le code]

Le mot bordure a longtemps désigné l'encadrement lui-même : on parle des bordures des XVIIe et XVIIIe siècles.

Si sa fonction semble évidente (protection, renforcement, informations diverses apposées sur son cartel dans les musées) le choix de la qualité de ses composants (dorure, métal, verre, etc.) a longtemps été le signe de la valeur qu'accordait le propriétaire à l'œuvre encadrée[1].

Mais outre ces fonctions pratiques, il faut considérer l'encadrement comme le moyen de rendre évident qu'on se trouve devant une représentation et non devant le réel. L'encadrement précise le cadre, le limite et articule le passage entre le monde extérieur et l'œuvre[2]. La fresque murale elle-même peint ses bordures pour en limiter l'action, de même que la tenture figurée d'une tapisserie.

A contrario, la technique du trompe-l'œil cassera ce principe en se passant de cadre ou en feignant d'en accepter le principe (manteau peint sur un cadre, peint lui-même) ; le maniérisme en usera également et le baroque avec le débordement des personnages dans ses fresques[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Au cours des périodes artistiques, les matériaux utilisés ont changé ainsi que le style de l'encadrement : d'architectutal dans les polyptyques du Moyen Âge, de type cathédrale ou tabernacle à la Renaissance, de bois ou d'écaille dans la peinture hollandaise, il s'orne de motifs héraldiques, de végétation, de frises géométriques, suite à l'invention du mastic et du plâtre moulé au XIXe siècle pour copier les anciens, et en Italie ses motifs sont historiés et son assemblage à embrèvement lors du baroque italien. Dotés de palmettes sous Louis XIV, surmontés d'un bouquet enrubanné sous Napoléon III, les cadres ayant la forme moderne actuelle apparaissent au XVe siècle.

Certains cadres ont été exécutés par l'exécutant du tableau, lui-même voulant maîtriser son œuvre complètement et certains encadrements sont reconnus comme des œuvres d'art à part entière : Des ébénistes célèbres comme André-Charles Boulle créent des cadres, certains les signent ; le cadre du portrait de Louis XV, attribué à Carle Van Loo dans la salle de comédie du château de Parentignat, est classé monument historique en 1972.

Les impressionnistes essayeront de réduire le cadre à une bordure monochrome que le peintre tentera d'imposer définitivement sur l'œuvre[4].

Le cadre lourd du XVIIIe siècle revient à la mode chez les contemporains, mis en valeur par des peintres comme Auguste Renoir, Pierre Bonnard mais Malevitch et Mondrian exposent sans cadre. Rothko peint les bords du châssis pour en éviter l’encadrement. Certains types de châssis dits « galerie » offrent une toile fixée non sur les bords du châssis, mais à l’arrière, en sorte que les bords peuvent être peints ou pas, mais permettent d’accrocher l’œuvre sans cadre.

Styles[modifier | modifier le code]

Pour les tableaux, il existe plusieurs styles classiques d'encadrement, notamment à base en bois (précieux ou non), le plus souvent doré, et parfois sur un décor de stuc.

Cadre de retable, d'iconostase ou de jubé[modifier | modifier le code]

Église de Saulges (Mayenne), 1401.

Un retable est un décor figuré sculpté ou peint posé au-dessus d'un autel, dans un édifice chrétien. Dans le même type d'édifice, le chœur peut être séparé de la nef par un jubé ou une iconostase.

Les cadres de retable étaient à l'origine en pierre, compris dans l'œuvre sculptée, sur le modèle des tombeaux de marbre antique (arcatures). Avec le développement des retables à panneaux fermant, le bois sculpté est apparu, enrichi de fins décors gothiques flamboyants (XVe ‑ XVIe siècle) dont il existe encore de beaux exemples aux musées du Louvre ou de Cluny (Paris), ou au Musée des Cloîtres (New-York). Certains encadrements étaient ornés de figures sculptées ou non, ou encore d'un texte.

Au cours du XVIe siècle, l'influence du maniérisme architectural en vogue en Europe pousse à une épuration des décors. Les cadres de tableaux s'élargissent, et l'on développe les cadres légers, pour les œuvres de petite taille comme les portraits.

Annonciation, Lucques (Italie), vers 1500.

Avec la disparition des retables à parties amovibles, au profit de retables architecturés, le style des encadrements de type religieux suit l'évolution des styles profanes.

Cadre de portrait[modifier | modifier le code]

Portrait d'un bourgeois allemand, fin XVIIIe, Musée Reiss-Engelhorn, Mannheim

La vogue des portraits individuels ne prend véritablement son essor qu'à partir du XVIe siècle, notamment dans l'aristocratie germanique, et un peu en France, Italie et pays scandinaves. Cela devient un phénomène de grande ampleur au cours des deux siècles suivants, dans toute l'Europe. Les cadres sont d'abord de style maniériste, à décor simple ou à incrustations géométriques. Certains sont en bois d'ébène, comme pour les tableaux de l'école hollandaise.

Le XVIIe siècle développe l'usage du stuc recouvert d'or en feuille. Du décor géométrique sous Louis XIII, on passe au décor floral progressivement, pour ne trouver au debut du XVIIIe siècle des cadres de style baroque. Les rubans n'apparaissent qu'avec l'époque du classicisme. De même, les portraits sont portés sur des miniatures dont les cadres sont très souvent ovales.

Les cadres de portrait s'agrandissent notamment au XIXe siècle avec des cadres de portrait de pied, ou de cour royale ou impériale. Le style s'épure à nouveau, avant de passer à une période dont l'éclectisme rejoint là encore les périodes de l'architecture et de la mode stylistique.

La raréfaction progressive des portraits peints, au fur et à mesure que se démocratise l'usage de la photographie, voit disparaître peu à peu les cadres de portraits dont le style est calqué sur l'évolution architecturale. Les encadrements photographiques sont en général simples dans leur facture, et parfois standardisés, proches des encadrements de gravures.

Au cours du XXe siècle, les cadres autres que rectangulaire deviennent des exceptions.

Cadre de tableau[modifier | modifier le code]

Le sujet religieux est d'abord le sujet principal des tableaux qui ne sont pas des portraits, puis viennent les scènes de vie rurale ou domestique, puis les scènes légendaires ou mythologique et enfin la vogue des paysages. Le XIXe siècle est de toutes les vogues et de tous les styles, avant la nette rupture de l'art moderne puis contemporain. Le style des encadrements des tableaux suit la même évolution que celui des portraits peints.

Cadre d'époque Restauration du tableau de Guillaume Bodinier Contrat de mariage en Italie 1831, Paris, musée du Louvre

Une certaine généralisation des styles met en vogue au milieu du XXe siècle le cadre dit « Montparnasse », au décor patiné plutôt que doré, et reprenant les formes stylistiques des cadres en bois dorés rectangulaires des époques précédentes. Certains cadre sont également toilés.

Accessoires[modifier | modifier le code]

Haut de cadre Louis XIV armorié.
Les armoiries du commanditaire peuvent figurer (en haut) de l'encadrement.
Cartel sur un tableau d'Alfred Sisley.
Le cartel, placé sur l'encadrement, permet d'informer le visiteur dans un musée sur les caractéristiques de l'œuvre exposée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voire plus au cadre qu'au tableau : Balzac, Pierre Grassou -1839
  2. Leon Battista Alberti, Della Pittura - 1435
  3. Débordement de nuages et de personnages dans la fresque du Baciccio, église du Gesù de Rome.
  4. Seurat, Théorie de l'encadrement

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Lebensztejn, Étude sur l’histoire des cadres, la signature, l'accrochage..., 1987
  • Jacques Foucart, « Étude critique de l'encadrement », in Revue de l'Art, année 1987, Volume 76, no 76, pp. 7-14 [lire en ligne]

Lien externe[modifier | modifier le code]