Souâd Ayada

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Souad Ayada
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Fonctions
Présidente
Conseil supérieur des programmes
depuis le
Inspectrice générale de l'Éducation nationale (d)
-
Inspecteur d'académie - inspecteur pédagogique régional
jusqu'au
Biographie
Naissance
Nationalités
Activité
Conjoint
Autres informations
Directeur de thèse
Œuvres principales

L'Islam des théophanies

L'Art, un miroir du sacré ?

Souâd Ayada est une philosophe française, née en 1970, anciennement doyenne de l'Inspection générale de philosophie[1].

Spécialiste de la spiritualité et de philosophie islamiques, elle est présidente du Conseil supérieur des programmes depuis le 23 novembre 2017[2],[3],[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née au Maroc en 1970, Souâd Ayada est arrivée en France à l'âge de 4 ans, en 1974. Cadette d'une fratrie de cinq enfants, elle est la fille d'un ouvrier[5]. Scolarisée à Grande-Synthe dans le Dunkerquois, puis au lycée Faidherbe de Lille pour les classes d'hypokhâgne et de khâgne[6], elle étudie ensuite à l’université de Lille.

À 23 ans, en 1993, elle décroche le CAPES et l’agrégation de philosophie, puis est allocataire de recherche[7].

Jusqu’à la fin des années 2000, elle enseigne la philosophie en lycée et en classes préparatoires dans les académies de Lille et de Créteil. Elle est inspectrice d’académie de philosophie dans les académies de Lyon, Grenoble, Paris et Orléans-Tours, avant d’être nommée inspectrice générale en novembre 2011[8].

À la suite de la démission du géographe Michel Lussault, Souâd Ayada est nommée présidente du Conseil supérieur des programmes le 23 novembre 2017[9]. Elle est la troisième à occuper ce poste, après Alain Boissinot et Michel Lussault, qui l'ont respectivement abandonné le 9 juin 2014 et le 26 septembre 2017[9].

Elle partage avec son mari, le philosophe Christian Jambet, une passion pour le soufisme[10].

Apport à la philosophie[modifier | modifier le code]

Souâd Ayada obtient son titre de docteur en philosophie avec une thèse soutenue, à l'université de Poitiers, en 2009, sous la direction de Jean-Louis Vieillard-Baron : L'islam des théophanies : structures métaphysiques et formes esthétiques[11]. Elle est publiée, en 2010, sous le titre : L'islam des théophanies. Une religion à l'épreuve de l'art.

Résumé : les deux modèles de la révélation[modifier | modifier le code]

Mahomet, le Voyage nocturne, 1494-1495.

Le résumé de cette thèse affirme qu'elle «a pour but de démontrer l'existence d'une correspondance entre la métaphysique de l'islam et les arts de l'Islam, qui sont les manifestations sensibles d'une conception de l'Absolu. Cette figure de l'Absolu se donne dans la religion, selon deux modèles de la révélation que dessine le Coran»[11].

  • «L'un soutient la représentation d'un Dieu transcendant et inaccessible, l'autre se fonde sur l'idée de la manifestation de Dieu. La religion présente une division, que la pensée islamique interprète selon deux conceptions du monothéisme : un monothéisme abstrait affirmant l'invisibilité de Dieu, un monothéisme de la théophanie qui soutient la vision d'un Dieu apparaissant dans les miroirs de ses créatures. La pensée d'Ibn 'Arabî, formée sur l'intuition de la théophanie, constitue la philosophie immanente aux arts islamiques. Elle offre l'exposé synthétique du théophanisme, dont nous éprouvons la valeur au regard du modèle défendu par Hegel et fondé sur l'idée de l'Incarnation de Dieu»[11].

Sujet : les formes de représentation en islam[modifier | modifier le code]

Souâd Ayada a présenté le sujet de ses recherches dans l'introduction de sa thèse :

Mahomet sur son tapis de prière, image persane.

«Notre travail a pour sujet les formes de représentation majeures qui sont déterminées par l'islam. Il veut explorer certaines contrées de ce continent de l'Esprit formé par l'islam, en étant guidé par deux idées»[12] :

  • «Premièrement, l'islam ne s'épuise pas en croyances et pratiques qu'il faudrait laisser à elles-mêmes. Comme révélation, il a suscité une compréhension de l'être et une vision du réel. Il a construit une figure de l'Absolu que nous voulons mettre au jour et analyser»[12].
  • «Deuxièmement, cette figure s'exprime et se manifeste dans des réalités qui constituent la vie spirituelle de l'islam. Elle se donne à voir et à connaître dans ce qu'il convient d'appeler des formes de représentation. La matière que nous voulons étudier est celle-là même que nous offrent les formes de représentation les plus aptes à révéler l’Absolu, celles où l'Absolu trouve son chez soi et s'exprime tel qu'il est en sa pureté et son intégralité. C'est la matière que nous offrent les formes de représentation religieuses, philosophiques et artistiques nées de l'islam»[12].

Souâd Ayada dit encore vouloir déterminer ce qui fait l'unité des trois représentations : «Prenant appui sur la tripartition hégélienne de l'Esprit absolu, telle que notre matière la modifie, nous voulons montrer que les formes que sont la religion, la philosophie et l'art, ont quelque chose de commun. Bien qu'elles appartiennent à trois registres différenciés de l'expérience, elles reposent sur une commune conception de la manifestation qui nous semble trouver son expression adéquate dans la notion de théophanie, entendue dans son sens littéral, indépendamment des surcharges sémantiques qu'elle peut subir. Cette conception produit une construction systématique qu'il convient d'appeler le "théophanisme»[12].

Méthode : le penser hégélien[modifier | modifier le code]

«Un tel sujet impose de lui-même sa méthode : le penser hégélien formera le mode de saisie de ce qui nous occupe. Par "méthode", nous ne désignons pas une grille d'analyse qui serait extérieure à la chose étudiée. Nous voulons nommer une réalité qui est la condition de constitution de notre sujet. La méthode n'est-elle pas cela même qui se pense dans l'acte de penser ? Le penser hégélien est bien plus pour nous qu'une manière d'approcher les manifestations spirituelles de l'islam. Il fournit le contenu même de la matière qu'il s'agit de comprendre»[12].

  • «Nous devons au système philosophique de Hegel les trois éléments qui composent notre sujet : 1) une détermination forte de la notion de révélation, qui la conçoit comme révélation de l'Esprit – du vrai qui est réel – à la conscience ; 2) le principe de l'automanifestation de l'Esprit qui s'achève dans des formes où l'Esprit, apparaissant dans sa réalité complète et vivante, se manifeste comme Esprit Absolu ; 3) la structure intime de l'Absolu, qui veut que la religion, l'art et la philosophie en soient les formes parfaites de représentation. À notre démarche exégétique, Hegel fournira ses philosophèmes[13] les plus décisifs. Il formera le "climat" philosophique de toutes nos réflexions. Il sera notre guide, mais aussi cet interlocuteur privilégié avec lequel se nouera un débat continu et parfois contradictoire. Tout se passe comme si l'interprétation de l'islam spirituel, tel qu'il se donne dans ses formes de représentation religieuses, philosophiques et artistiques, exigeait de cheminer avec Hegel, de débattre avec Hegel»[12].

La notion de théophanisme[modifier | modifier le code]

Nour El Houda Ismaïl-Battikh[14] a présenté le travail de Souâd Ayada en ces termes :

«L’intention de l’auteur est établie avec vigueur et sans reste dans une introduction dense, dont l’inspiration est explicitement hégélienne. L’ouvrage se donne pour objet d’étude "les formes de représentation majeures qui sont déterminées par l’islam", désignant par là la religion, la philosophie et l’art pratiqués en terre d’islam et dont il s’agit de produire l’unité. L’opérateur de l’unification est constitué par la notion de théophanisme ― selon un terme emprunté à Henry Corbin. Par là, est désigné le système ou la doctrine de la manifestation qui présente le réel comme la somme des apparitions de Dieu et que l’auteur met au jour dans les textes coraniques ainsi que dans la pratique spirituelle et esthétique déployées en contexte islamique. La théophanie, désignerait ainsi la manifestation ou monstration de Dieu et non sa seule révélation ― en quoi elle constitue littéralement une épiphanie ― telle qu’elle s’opèrerait dans son devenir sensible. C’est donc l’intuition fondamentalement islamique selon laquelle Dieu se manifesterait dans le monde et dans les formes sensibles, qui offrirait leur assise métaphysique aux représentations philosophiques, aux pratiques esthétiques et à la spiritualité, mise en œuvre en contexte islamique»[15].

  • «La première partie de ce beau livre est consacrée à l’étude des représentations religieuses et philosophiques qui fondent le modèle de la théophanie, modèle qui trouve sa formulation philosophique dans une métaphysique de l’image. L’œuvre d’Ibn 'Arabî, en particulier son ouvrage intitulé Les chatons des sagesses (Fuṣūṣ al-Ḥikam), constitue l’édifice philosophique qui élève le modèle de la théophanie au statut de discours rationnel. Ibn 'Arabî y constitue une métaphysique qui est aussi une esthétique et qui s’accomplit dans une anthropologie mystique. Elle justifie les arts comme autant de lieux de manifestation d’une même réalité»[16]

La pratique esthétique de l'islam[modifier | modifier le code]

La reine de Saba, art safévide, 1590.

Nour El Houda Ismaïl-Battikh[14] relève dans le travail de Souâd Ayada l'idée d'une double approche du monothéisme islamique :

  • «La pièce maîtresse du dispositif interprétatif mobilisé par S. Ayada réside dans son analyse de l’épisode coranique de la rencontre entre Salomon et la reine de Saba. Celui-ci offre le paradigme par excellence de la pratique esthétique islamique. L’interprétation qu’elle produit de cet épisode sert à attester de l’existence d’une source coranique de sa vision esthétique de l’islam. Loin qu’il s’agisse de faire œuvre d’«orthodoxie» en exhibant les preuves d’une interprétation autorisée ― la question, aussi cruciale fût-elle, n’est pas là ― l’enjeu est d’identifier, à partir de l’enseignement coranique, les ressources nourrissant une lecture non moins rigoureuse, mais néanmoins résolument esthétique, de la promesse monothéiste. En d’autres termes, il s’agit de donner une source scripturaire forte à l’appui de la thèse suivante : le monothéisme (islamique) ordonne deux approches et plus largement, deux métaphysiques incompatibles mais néanmoins simultanément inscrites en lui : 1) la première, entièrement subordonnée à la reconnaissance d’une transcendance séparée, dépouillée de toute immixtion avec le sensible et le multiple, inaccessible par essence et par excellence à l’ordre de l’humain, ne saurait produire qu’une vision du monde appauvrie et tronquée, dont la puissance négative culminerait dans ses retentissements juridico-politiques ; 2) la seconde, au contraire, veillerait à ménager la reconnaissance d’une dimension intermédiaire de la sensibilité, par le déploiement de la conception d’une transcendance engagée, c’est-à-dire manifestée sur un mode sensible, dans l’immanence du monde des créatures et que ne pourrait saisir qu’une capacité imaginative élevée à sa dimension visionnaire»[15].

Enseignement scolaire de l'islam[modifier | modifier le code]

Comme présidente du conseil supérieur des programmes, Souâd Ayada a été auditionnée, le 24 janvier 2018, par la commission culturelle de l'Assemblée nationale[17],[18]. Elle a déclaré :

  • «Je suis très frappée par les limites de cet enseignement. Je vous le dis très directement. Quand on lit les programmes, c’est un enseignement qui ne respecte pas les règles de l’histoire critique. (...) C’est un enseignement dogmatique. On présente le prophète de l’Islam sans mettre en perspective le contexte socio-culturel auquel il appartient. On peut lire des choses très très étonnantes sur les "piliers de l’islam" par exemple. Ce n’est pas dans le rôle d’un professeur d’histoire de parler ainsi du fait religieux C’est un enseignement qui sacralise, qui ne me semble pas servir des fins de connaissances. C’est un enseignement qui vise à flatter, à apaiser, à soutenir des choses qui relèvent du vivre ensemble mais qui n’est pas articulé au souci de vérité. Je vois quelques difficultés. Il faut faire un enseignement qui obéit à toutes les règles de l’histoire critique»[19],[20].

Pédagogie scolaire[modifier | modifier le code]

Souâd Ayada est membre de la mission Mathiot[21] chargée de réformer le baccalauréat[22]. Depuis qu'elle est présidente du Conseil supérieur des programmes, elle s'est plusieurs fois exprimée sur l'école, la pédagogie et les programmes scolaires.

  • À propos de la laïcité, Souâd Ayada a déclaré : «Je considère que la laïcité, ce n'est pas la guerre contre les religions. C'est la possibilité de leur coexistence. Elle suppose de reconnaître les religions, et pour les reconnaître, il faut les connaître. Les professeurs doivent être formés. Il faut par exemple encourager les professeurs de français à enseigner la littérature bachique qui a rayonné en terre d'Islam. Toutes les religions doivent se plier à des règles critiques. Ce qui fait l'identité de notre école républicaine, c'est la vision critique»[23].

Souâd Ayada est définie comme une «anti-NVB», c'est-à-dire en désaccord avec la politique de la ministre précédente[24]. Elle prône «un retour aux fondamentaux dans les programmes scolaires», selon Le Figaro[23] et déclare son attachement à l'exercice de la dissertation : «Contrairement à ce qu’en disent certains, ce n’est pas un exercice formel ou de pure rhétorique. Il sollicite toutes les compétences et permet de mettre en avant l’autonomie, la réflexion personnelle»[23].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Avicenne.
  • Avicenne, éd. Ellipses, 2002.
  • Écrits mémorables / Louis Massignon, textes établis, présentés et annotés sous la direction de Christian Jambet par François Angelier, François L'Yvonnet et Souâd Ayada, éd. Robert Laffont, coll. «Bouquins», 2009.
  • L'Islam des théophanies. Une religion à l'épreuve de l'art, éd. Cnrs, 2010[25].
  • L'Art, un miroir du sacré ?, ouvrage collectif dirigé par Maurice Arama, Albin Michel, 2009.

Articles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nour El Houda Ismaïl-Battikh, « Souâd Ayada : L’Islam des théophanies. Une religion à l’épreuve de l’art », Les Cahiers de l'Islam,‎ (lire en ligne).
  • Ève Feuillebois-Piérunek, « Souâd Ayada : L'islam des théophanies, une religion à l'épreuve de l'art », Abstracta Iranica, vol. vol. 32-33, no document 386,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Souâd Ayada est devenue doyenne de l'Inspection générale de philosophie en décembre 2013 ; elle remplaçait Paul Mathias.
  2. Annuaire de l'administration, Service-Public.fr, 24 novembre 2017.
  3. « A la tête du Conseil des programmes, Souâd Ayada, une philosophe au conservatisme assumé », sur Le Monde.fr (consulté le 4 février 2018)
  4. Souâd Ayada, présidente du Conseil supérieur des programmes, education.gouv.fr, 26 décembre 2017.
  5. Natacha Polony, « Souâd Ayada, une chance pour la France », Le Figaro, samedi 3 / dimanche 4 février 2018, page 17.
  6. Causeur.fr, 10 septembre 2018.
  7. Ayada : d’Avicenne au Conseil supérieur des programmes», Les influences.fr, 26 novembre 2017.
  8. Bulletin officiel de l'Éducation nationale, décret du 29 novembre 2011.
  9. a et b Mattea Battaglia, « Souâd Ayada nommée à la tête du Conseil supérieur des programmes », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  10. « Souad Ayada, itinéraire d'une philosophe devenue présidente », sur Al Huffington Post,
  11. a b et c Cf. Thèses.fr.
  12. a b c d e et f Souâd Ayada, L’islam des théophanies. Structures métaphysiques et formes esthétiques, introduction.
  13. Selon le Wiktionnaire, un philosophème est une proposition philosophique, une unité discontinue significative d’un discours philosophique donné comme système.
  14. a et b Nour El Houda Ismaïl-Battikh, Actua Philosophia.
  15. a et b Nour El Houda Ismaïl-Battikh, « Souâd Ayada : L’Islam des théophanies. Une religion à l’épreuve de l’art », Les Cahiers de l'Islam,‎ .
  16. Ève Feuillebois-Piérunek, « Souâd Ayada : L'islam des théophanies, une religion à l'épreuve de l'art », Abstracta Iranica, vol. vol. 32-33, no document 386,‎ .
  17. Audition de Mme Souad Ayada, présidente du Conseil supérieur des programmes, Vidéos. Assemblée nationale.
  18. «L’enseignement du fait religieux sur l’islam est dogmatique, sans honnêteté historique», La nouvelle gazette française, vidéo, 24 janvier 2018.
  19. «Les manuels scolaires accusés de "sacraliser" l'Islam», Valeurs actuelles, 24 janvier 2018.
  20. «La présidente du Conseil supérieur des programmes dénonce les "limites" de l’enseignement sur l’islam», La Croix, 25 janvier 2018.
  21. Pierre Mathiot est chargé de mission sur la réforme du lycée et du baccalauréat auprès de Jean-Michel Blanquer.
  22. EducPros by l'Étudiant, 9 janvier 2018.
  23. a b et c Le Figaro, 1er février 2018.
  24. Le Point, 31 janvier 2018. NVB désigne Najat Vallaud-Belkacem.
  25. Recension dans Les Cahiers de l'Islam

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Mahomet reçu par quatre anges, Perse, 1436.

Liens externes[modifier | modifier le code]